‹ Quelques Considérations sur la Pathologie Chirurgicale des indigènes des Colonies résidant en FranceChapitre 17 sur 22 · TUMEURS · texte numérisé non relu

TUMEURS

Bien peu d’auteurs signalent l'existence de tumeurs malignes chez les gens de couleur; Duplay et Reclus, dans leur traité de chirurgie attirent l'attention sur leur rareté dans les terres chaudes du Mexique; Conseil (1) dit que le cancer est d'autant plus rare qu'on se rapproche des tropiques; il semble attribuer l’immunité des indigènes à labsence d'usage des viandes non saignées et de porc.

Cependant Commes (2) signale un myxo-sarcome du bras x Bramako (Haut-Sénégal); J. Ringenbach (3) parle d’un tuberculome hypertrophique du cœcum au Cameroun (diagnostic fait après autopsie), et J. Brault (4) rapporte plusieurs cas d'épithéliomas de la face chez les Kabyles et Arabes.

Pour notre part nous n'avons vu aucun cas de tumeur maligne. Il y aurait lieu, toutefois, d'attirer l'attention sur l'observation suivante faite par le D' Francis Munch (5) en ce qui concerne les nègres d'Amérique : Alors que chez ces gens le cancer était une affection inconnue jusqu'à ces cinquante dernières années, à l'heure actuelle il n’en est

(1) Caducée, 1911.

(5) Semainem édicale, 1903.

pas ainsi et lPimmunité d'autrefois fait place à une prédisposition plus marquée que dans les races blanches: les épithéliomas du sein et de l'utérus y sont très fréquents.

Par contre, les tumeurs bénégnes ont été de tout temps considérées comme remarquablement communes chez les nègres. Francis Munch dit que la prédisposition que les noirs présentent aux tumeurs fibreuses est tellement marquée que l’on à pu à bon droit parler d’une véritable « diathèse fibreuse ». Cette diathèse est si répandue que l’on doit la regarder comme une caractéristique pathologique de cette race.

Les corps fibreux de l'utérus en constituent la manifestation” la plus fréquente : cinq fois plus chez les nègres que chez les blancs, d’après la statistique de l'hôpital de La Nouvelle-Orléans, et on peut certainement considérer que cette estimation est au-dessous de la vérité, si on considère l'indolence qui caractérise les noirs et les tient éloignés de l'hôpital jusqu’à la dernière extrémité.

A côté des corps fibreux de l'utérus les chéloïdes complètent la série des manifestations les plus fréquentes de la « diathèse fibreuse ». Ces chéloïdes apparaissent souvent spontanément; Henry (1) en rapporte une observation curieuse : il s’agit d’une femme porteuse de chéloïdes très volumineuses, siégeant sur le dos, le tronc, les bras; ces tumeurs étaient disposées symétriquement de chaque côté du corps et il a été impossible de trouver une cause quelconque à ces lésions. Van den Branden (2) cite un cas d'une négresse du Congo qui avait 8 chéloïdes géantes, une superficie totale de 885 centimètres carrés, sans cause apparente.

Bouffard (3) cite un indigène du Dahomey qui présentait une tumeur piriforme au maxillaire inférieur droit, descendant jusqu’au creux de Pestomac.

(1) Caducée, 1912, page 25.

Chez les blanes on en rencontre quelquefois à la région pré-pectorale et, à cause de ce siège particulier, certains ont invoqué comme raison à leur production : le frottement des vêtements et la pression des boutons; mais on ne peut faire appel à ce mécanisme chez les indigènes à vêtements lâches et flottants, ou qui sont nus jusqu’à la ceinture.On a dit que la chéloïde était une tuberculose; d’après Dubreuilh, ce ne serait pas une lésion bacillaire, mais elle se développerait plutôt sur des terrains tuberculeux, scrofuleux. La pathogénie de ces tumeurs semble aussi obscure que leur étiologie. Nous croyons qu’on doit attribuer une part prépondérante au terrain en raison de leur fréquence chez les indigènes, soit qu'elles surviennent spontanément ou à la suite de la vaccination et de l'application de certains révulsifs en honneur chez les primitifs — tels que les sangsues, — En Birmanie, certains colpoteurs, pour ne pas être volés, se font une entaille sous la peau où ils logent des rubis et des pierres précieuses; mais il arrive que ces cicatrices deviennent chéloïdiennes.

Comme exemple de la fréquence des tumeurs fibreuses chez les exotiques, nous rapportons lobservation publiée par M. le D' Brau-Tapie (1), de Pau, concernant un adénofibrome de la mamelle survenu chez un tirailleur, affection d’une grande rareté, dont on ne connaît que quelques cas dans la littérature médicale.

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