ÉPANCHEMENTS D'URINE
Cux persecta vesica lethale, a dit Hippocrate. Cet arrêt fatal prononcé par le père de la médecine est-il sans appel et rigoureusement vrai ?
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Malheureusement pour les perforations intra-péritonéales, cet aphorisme n’est que trop justifié, ainsi qu’il résulte du mémoire de M. Bartels, de Berlin (2e Traumen der Harnblase, von D' Max Bartels, in Archi. für Klin Chirurgie von Lengenbeck, Bd x11, p. 518, 1878), puisque sur 94 cas rapportés par l’auteur, 93 fois l'issue a eté fatale.
Le seul malade atteint de perforation intra-péritonéale de la vessie, qui ait échappé à la mort, a été sauvé par Walther, de Pittsbourg, qui lui fit l’opération de la laparotomie (Observat. publiée en 1862).
Il ressort de l’ensemble des faits observés que, pour qu'il y ait rupture de la vessie, il faut que l'organe soit à l’état de plénitude. Dans ces cas, l'épanchement d’urine se fait dans le péritoine, si la lésion siège sur une portion de l'organe tapissée par cette membrane. C’est ce qui arrive dans la moitié des cas environ, d’après les recherches de M. Houel (7'hèse d'agrégation, 1857).
D'une façon générale, on peut dire qu'ici il est de règle de voir survenir une péritonite diffuse qui enlève le patient dans un délai qui varie de 3 à 15 jours, ainsi qu'il résulte des observations rapportées dans la thèse de Villemin, et de celles citées par Velpeau dans sa thèse et dues à Cuzack, Fix, Cloquet, de Moudière, etc.
Cependant, si quelquefois l’épanchement d'urine n’amène pas une issue fatale, c'est peut-être parce qu'il détermine une abondante sécrétion séreuse, qui, en diluant le liquide épanché, vient en atténuer les effets.
Mais c’est là une circonstance heureuse sur laquelle il ne faut guère compter, et jusqu'ici l’aphorisme d’'Hippocrate conserve toute sa valeur. Mais, peut-être, les
propositions formulées par M. Vincent (P/ares pénétrantes 1intra-péritonéales de la vessie, in Revue de Chu rurgie d'Ollier et Verneuil, Juin-Juillet 1881) viendrontelles désormais corriger cet arrêt fatal.
S'appuyant sur le succès obtenu par Walther, M. Vincent a entrepris un certain nombre d'expériences tendant à établir la gravité des épanchements d'urine dans le péritoine, et le traitement rationnel à leur opposer. Il a vu que, même chez les animaux à péritoine réputé sensible (lapins), la séreuse péritonéale peut être inondée par une grande quantité d'urine, sans que, pour. cela, son inflammation doive s’ensuivre forcément, à la condition toutefois que l’inondation ne soit que passagère et que la source en soit promptement fermée.
De l’ensemble de ces expériences, il semble découler : .
1° Que le contact de l’urine avec le péritoine n’est pas aussi fatalement grave qu'on le suppose, puisque 12 lapins sur 15 ont survécu à une inondation péritonéale momentanée ou prolongée ;
2° Que dans les cas de solutions de continuité intrapéritonéales de la vessie, suivies d'épanchement d'urine dans la cavité séreuse, on sauve, presque avec certitude, le sujet, en procédant immédiatement, ou au bout de peu de temps, à la suture vésicale.
Invoquant alors les résultats obtenus chez les animaux {chiens et lapins), M. Vincent se demande s’il n’est pas permis de formuler les propositions suivantes, en faisant toutes les réserves que la clinique humaine est en droit d’exiger.
Etant donnée l’inexorable léthalité des perforations intra-péritonéales de la vessie, il faut, en présence de
ARS ue cet accident, recourir à la laparotomie et à la suture vésicale comme à l'unique moyen rationnel de salut. Il faut procéder à cette opération le plus tôt possible, parce que, de par la clinique et de par l’expérimentation, les chances de succès, au point de vue de la vie, sont en raison inverse du temps qui s’est écoulé depuis l’accident.