ÉPANCHEMENTS DE BILE
Les observations de rupture de la vésicule biliaire ne sont pas très rares. Breschet (Dicéionnatre des sciences médicales, art. déchirure), Velpeau (Dictionnaire en 30 volumes, art. contusions de l'abdomen), en ont rassemblé un certain nombre dues à différents auteurs. Dans ces cas, l’'épanchement de bile se fait dans des conditions de quantité et de rapidité qui amènent promptement une péritonite suraiguë; fatalement mortelle, dans l’espace de trois à sept jours, de quelques heures même, dans certains cas.
Mais si l’arrivée du liquide est elle-même plus lente, comme lorsqu'il y a déchirure du parenchyme et des canalicules biliaires, l'affection peut présenter une marche moins rapide et la mort tarder jusqu’au quinzième ou vingtième jour.
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Ce sont là des faits parfaitement établis par les observations rapportées dans la thèse de Villemin, et auxquelles nous pouvons ajouter les suivantes :
Lyon-Médical, 1877, p. 186. — Observation de M. Dutrait.
Péritonite par perforation calculeuse de la vésicule biliaire, observée dans le service de M. Soulier.
Cette observation est remarquable par l’ensemble des symptômes qui sont un peu viciés du type normal : début marqué par des frissons peu intenses, fièvre modérée, absence de vomissements. La mort survint au bout de douze jours, et à l’autopsie on trouva une péritonite généralisée, et dans la cavité plusieurs litres d’un liquide crêmeux, La vésicule biliaire présentait une perforation de la dimension d’une plume d’oie qui donnait passage à la bile.
Gazette hebdomadaire, 1880, p.280. — Observat. de M. Richard.
Epanchement de bile dans la cavité péritonéale sans symptômes de péritonite.
C'est là une observation qui offre un grand intérêt en ce qu'elle montre un cas rare dans lequel la bilea pu fluer en grande quantité dans le péritoine, sans déterminer les accidents formidables habituels de la péritonite par perforation.
Nous ajouterons à ces faits une observation recueillie, ces jours derniers, dans le service de M. le professeur Lépine :
Phthisie pulmonaire. — G..., âgé de 63 ans; entré le 20 mai.
Pas d’antécédents pathologiques, sauf de l'alcoolisme. Depuis un an le malade tousse et perd l'appétit. Cachexie progressive.
Ur Je laisse de côté les signes physiques constatés aux poumons.
Mort le 8 Juin, d’une manière inopinée, après avoir eu la veille de la fièvre (39° c.).
Autopsie le 9 juin.
Cavernes pulmonaires.
Cœur flasque, athérome aortique.
Le péritoine renferme un demi-litre de liquide ressemblant à de la bile claire. Ce liquide contient, par litre :
Acide sulfurique. . . . RTE I gram.
Soufre incomplètement y de HU 40) 2001 Contigs L'origine de cet épanchement se trouve dans deux perforations lenticulaires de la vésicule biliaire. Celle-ci renferme une bile jaune normale.
La vessie renferme environ 1 litre d’urine, qui a la composition suivante par litre :
IDÉES ES ee EEE oO SZ AcidesuMuriqué, + essor 1 8 Soufre incomplètement a le HE (9) 20,
vraisemblablement d'origine biliaire.
Le foie est très graisseux.
Le péritoine ne présente pas de traces de péritonite.
Cette observation, recueillie avec le soin tout particulier que notre maître apporte dans toutes ses recherches, offre un double intérêt,
Elle nous montre d’abord un cas de rupture de la vésicule biliaire rapidement suivie de mort; et, d'autre part, la quantité de soufre incomplètement oxydé, plus considérable qu’à l’état normal, contenue dans l'urine, nous indique qu’une certaine quantité de bile a été résorbée par le péritoine.
C'est là un fait qui se rapproche absolument des expériences de MM. Lépine et Guérin sur le soufre incom-
me PS plétement oxydé de l'urine, soufre d’origine biliaire, et dont nous allons dire quelques mots.
Recherchant, au point de vue du soufre, les modifications qui surviennent dans la composition de l'urine, quand on metun obstacle à l'écoulement de la bile, M. Lépine a employé une méthode qui permet la résorption de la bile à un degré beaucoup plus marqué que la simple ligature du canal cholédoque. Cette méthode consiste (après avoir lié le cholédoque) à exciser un grand lambeau de vésicule, de telle sorte que la bile s'épanche dans la cavité péritonéale d’où elle est promptement absorbée.
La mort arrive d'ordinaire au bout de 24 heures ; il est probable que, si elle est si prompte, c’est à cause de l’action toxique des sels biliaires résorbés ; en tout cas, ce n’est pas la péritonite qu'il faut accuser, car souvent on n’en trouve pas trace à l’autopsie.
Nous allons rapporter en entier l’une de ces expériences :
Chien bouledogue de 12 kilogr. Le 4 octobre, l'animal étant À jeun depuis la veille, on lie le canal cholédoque et on excite le fond de la vésicule afin de produire une fistule bilio-péritonéale. L'animal vide la vessie pendant l'opération ; consécutivement 1l vomit beaucoup ; 24 heures après, il meurt.
Le péritoine est très fortement injecté ; il renferme un liquide * sanguinolent et un peu bilieux ; des adhérences entourent la vésicule qui, pour cette raison, n’est pas vide et contient une certaine quantité de bile verte.
L’urine trouvée dans la vessie est jaune, sédimenteuse et renferme beaucoup de pigment biliaire.
ENT er Analyse faite par M. Guérin :
Azote recueilli par l’hypobromite de soude. . 14 gr. SOS HRDre ris tantu ns PALERME Enter 3,402
» aprèsoxydation au moyen du nitrate TOO Mer UT ait ou 9,306
Ce résultat a été confirmé par plusieurs autres expériences établies dans des conditions à peu près identiques, et toujours on a trouvé dans l'urine une quantité de soufre incomplètement oxydé plus considérable qu’à l’état normal.
Portant alors ses recherches dans le domaine de la clinique, M. Lépine a fait analyser les urines d’un grand nombre de malades se trouvant dans des conditions favorables à la résorption de la bile (colique hépatique, cirrhose, etc.), et toujours il à constaté une augmentation, moins considérable toutefois, du soufre incomplètement oxydé.
De là, M. Lépine a tiré cette conclusion : La présence d’un excès de soufre difficilement oxydable dans l'urine est un symptôme de résorption biliaire. On voit de suite, sans qu’il soit besoin d’insister, l'usage qu’on pourrait faire de cette notion pour le diagnostic d’un cas de rupture des voies biliaires avec épanchement de bile.