CHAPITRE PREMIER
L'homme sort de la barbarie primitive et devient successivement chasseur, pasteur et agriculteur. ^- Il fonde la famille, la tribu, la cité, la nation. *^ La loi du progrès se manifeste ; sa mission et sa puissance. — Progrès dans la religion, dans la vie domestique, dans Téconomiè sociale, dans l'organisation politique. — La poésie et l'art apparaissent sur le théâtre de l'histoire ; leur mission. — - L'âge d'or n'est pas derrière nous, mais devant nous. — Les progrès du passé et les progrès de l'avenir. — La formule du dernier Évangile.
c( Il y a sur la terre une force qui crée toujours et qui suit dans son travail la loi de progression. Cette force a successivement produit Teau, le sol, la plante, ranimai, l'homme enfin, panthéon vivant de toute la série antérieure de la création. Arrivée à ce dernier terme, elle passe de la nature proprement dite, désormais achevée, dans Fhumanité, c'est-à-dire, la nature élevée sur cette terre à sa suprême puissance
TH. i
et appelée h de nouveaux progrès. Elle continue h créer avec l'argile humaine, dans une perpétuelle ascension du matériel au spirituel, non plus des races comme par le passé, mais des civilisations... Le progrès est le mouvement universel des êtres qui, incessamment épanchés de Dieu, gravitent infatigablement vers lui sans pouvoir l'atteindre. . . Dieu a offert à ses créatures sa propre essence en communion; il leur a -donné sa propre éternité à revêtir de plus en plus par la durée, et sa propre immensité à conquérir par la progression V »
Ces paroles éloquentes renferment toute la théorie rationaliste du progrès indéfini ; elles embrassent à la fois le passé, le présent et l'avenir de l'humanité.
Faible, nu, sans désirs, sans prévoyance, vivant des fruits spontanés des forêts, l'homme à son apparition sur la terre n'a pas même le pressentiment confus du glorieux itinéraire qu'il doit parcourir dans son pèlerinage à travers les siècles.
La misère et la douleur l'arrachent à sa torpeur native. Stimulé par l'aiguillon de la faim, il devient successivement chasseur , pasteur et agriculteur. Poussé par le désir d'exploiter le travail de la femme, il la conserve à ses côtés et fonde la famille. Unies par les liens du sang, retenues par les avantages vaguement entrevus de la vie collective, les familles issues du même couple se fixent sur le même sol et forment la tribu. Appauvries par le pillage, décimées
(1) Eug. Pelletan, Profession de foi du XIX' siècle; 4« édition, pp. U, i 5 et 343.
par la guerre, les tribus se groupent pour bâtir les murailles de la cité. Coalisées pour la défense commune ou amalgamées par la conquête , les cités se groupent à leur tour et produisent la nation.
Dès cet instant la loi du progrès se montre dans toute sa puissance. Dépositaire immortelle et essentiellement active, la société reçoit, féconde et transmet d'âge en âge l'expérience acquise par chacun de ses membres. Idées, doctrines, arts, métiers, secrets arrachés à la nature, victoires remportées sur les éléments, création de richesses nouvelles, toutes les pensées et toutes les œuvres de l'homme, recueillies et classées par la tradition, deviennent le patrimoine commun de la tribu, de la cité, du peuple. Chaque génération apporte son contingent et transmet h la génération suivante, avec les champs assainis et fertilisés par ses sueurs, un trésor toujours plus vaste de lois, de mœurs et de lumières laborieusement acquises. La famille et la nation grandissent et s'épurent, enveloppées en quelque sorte dans un invisible courant d'idées vivifiantes.
Bientôt ce courant franchit les frontières que l'égoïsme et la peur ont tracées le long des fleuves, au fond des vallées et sur la crête des montagnes. L'avarice et l'ambition deviennent les messagers du progrès. La caravane, que l'amour de l'or attire dans les soli- ,tudes meurtrières du désert , échange les idées en même temps que les produits de l'industrie des peuples. Le navire, que la soif des richesses entraîne sur les abîmes, porte la civilisation d'une cité dans ses flancs fragiles. Envisagé des hauteurs de l'his-
toire, le conquérant qui mêle les races et les mœurs, les religions eît les lois , contribue lui-même, dans son orgueil sauvage, au mouvement ascensionnel de rhumanité. Poussé par Tinsaliable besoin de félicité qui le travaille , guidé par la force créatrice accumulée dans son être, Thomme découvre chaque jour un horizon plus vaste ; ses connaissances s'accumulent, ses préjugés s'afiFaiblissent, son empire sur les animaux et les éléments s'étend avec ses idées, ses richesses toujours croissantes lui procurent les loisirs que réclame la pensée.
Instruments dociles du progrès, les peuples s'avancent lentement vers l'idéal divin qu'ils entrevoient dans le lointain mystérieux des siècles. Dans le domaine des idées religieuses, ils montent du fétichisme au polythéisme , du polythéisme au monothéisme, du Dieu terrible et jaloux au Dieu miséricordieux et bon , du Jéhovah des Juifs au père céleste des chrétiens ; ils s'élèvent de la religion de l'épouvante à la religion de la confiance , de l'holocauste à la prière, du sacrifice à l'amour, du raaiérialisme auspiritualisme,' de la mort à la résurrection, du fatalisme à la providence, de la Bible à l'Évangile. Dans le cercle de la famille, ils passent de l'esclavage de la femme à la dignité de l'épouse , de la polygamie à la monogamie, du despotisme brutal du chef à l'autorité protectrice du père. Dans la sphère de l'économie sociale, ils vont de la confusion primitive à la caste, de la caste à l'esclavage, de l'esclavage au servage , du servage au prolétariat, de la possession à la propriété, de la caravane au navire, de l'échange
à Ja monnaie, du travail musculaire au travail de la machine fougueuse obéissant à la souveraineté de la pensée. Dans Tordre politique, ils avancent de Tisolement à l'association, de la caverne à la hutte, de la hutte à la tente, de la tente h la maison, de la maison à la cité, de la cité à la nation, du pouvoir arbitraire du patriarche au gouvernement rationnel établi, réglé et pondéré par la science. La civilisation, mère féconde et généreuse, multiplie ses merveilles à mesure que la barbarie, vaincue par le travail , s'éloigne et se perd dans la nuit des âges ; elle enfante la poésie et l'art pour les placer, comme un double rayon d'immortalité, au front des générations qui marchent h la conquête de l'Éden humanitaire.
Animé d'un souffle divin, l'homme tend à se rapprocher des attributs de Dieu, en étendant chaque jour son empire dans lé temps et dans l'espace. Il déplace la limite dans le temps, par la succession ; il déplace la limite dans l'espace, par le mouvement; il participe de plus en plus à l'éternité par la durée , h l'immensité par la domination croissante de la pensée sur la matière^. Tandis qu'il conquiert et transforme sans cesse des portions nouvelles du globe, la science et l'industrie franchissent tous les obstacles, triomphent de toutes les résistances, confondent tous les intérêts et remplacent l'égoïsme national par l'amour pur et désintéressé de l'humanité. Parla tradition, par les arts, par l'écriture, par la presse, par les lois, chaque génération s'assimile
(1} Pelletan, loc. cit. y pp. U et suiv.
CBAPITRB I.
les forces et la vie de toute la série des générations antérieures. C'est en vain que la lassitude et Fhésitation envahissent parfois les âmes les plus vigoureuses; c'est en vain que d'innombrables multitudes, déserteurs de la plus sainte des causes, courbent la tête et préfèrent les ombres de la mort aux ardeurs vivifiantes du soleil de la civilisation : l'humanité n'en continue pas moins sa marche triomphale à travers les siècles ! Qu'importe que les ténèbres dérobent momentanément à nos regards le navire qui glisse sur les vagues? Il s'avance dans la nuit, et le premier rayon qui perce les nuages fait étinceler la bannière du progrès au haut de sa mâture.
L'œil du sage n'a plus besoin du don de prophétie pour percer le voile mystérieux de l'avenir. L'âge d'or n'est pas derrière nous , mais devant nous. Le progrès, attribut essentiel de notre nature, est un accroissement continu de vie, une infusion permanente des perfeclionsdivines dans l'humanité. Dépositaire et organe de la force créatrice, toujours plus puissant, plus grand, plus vivant, plus divin, l'homme possède dans sa raison l'oracle d'une révélation progressive. Il sera chaque jour plus riche, plus éclairé, plus parfait, plus libre, plus aimant, plus vertueux. Il restreindra de plus en plus le règne de la superstition, de la misère, de l'ignorance, de la servitude. Les dernières traces de l'esclavage et du servage disparaîtront des mœurs et des codes. La démocratie, qui n'est que la plénitude de la vie sociale, accomplira la rédemption du prolétaire, par la multiplication de la propriété, par la substitution du divi-
dende au salaire, par la découverte et l'asservissement de forces naturelles à peine entrevues par la science du dix-neuvième siècle. L'idée d'humanité sera placée au-dessus de Tidée de patrie. La solidarité des nations succédera è la solidarité des cités. La guerre, dépouillée de son auréole, sera définitivement classée au nombre des crimes. Le règne de la justice, de la vérité, de la paix, de la raison, le « règne de Dieu » va s'établir sur la terre. Déjà Taurore d'une civilisation nouvelle illumine de ses splendeurs le fronton du temple où la main du prolétaire affranchi sculptera, sur le bronze et le marbre, la formule du dernier évangile : Lirbrté, Égalité, Fraternité.
Telle est, avec ses vérités et ses exagérations, la doctrine du progrès indéfini, qu'on rencontre aujourd'hui dans toutes les sphères ouvertes à l'activité intellectuelle de l'homme. Des poètes, des philosophes, des historiens, des jurisconsultes, des savants et des artistes en font tour à tour le caractère distinctif de la conscience, du génie et des œuvres de l'humanité^.
(I) Nous nous sommes surtout attaché à reproduire les bases du système de M. Pelletan. — Voyez, pour les détails et les sources, Y Appendice (litt. A.).
S I. — li'Inde, l'ÉsTpte et la Grèee.
LInde ancienne. — Incompatibilité entre la civilisation brahmanique et la théorie du progrès. — L Egypte. — La civilisation égyptienne au point de vue du progrès. — Préjugés régnant sur les bords du Nil : mépris de l'étranger, horreur de la mer, dédain du commerce, régime des castes, consécration de Timmobililé administrative. — La civilisation égyptienne était l'antithèse de la doctrine du progrès. -^ La Grèce. — A-t-elle connu la doctrine du progrès?
— Les développements de la civilisation arrêtés par Vesprit de division inhérent au caractère de la race hellénique. — Le génie grec personnifié dans Aristole et Platon. — Doctrines économiques de ces deux philosophes : Platon repousse le progrès ; Aristote se fait le champion de l'esclavage, de l'isolement, de l'immobihté sociale.
— Prétendu cosmopolitisme de l'école stoïcienne d'Athènes. — La décadence nécessaire de la civilisation érigée en axiome historique. — Le progrès repoussé en même temps par les écoles philosophiques et par les mythes populaires.
Comment la théorie du progrès indéfini a-t-elle pénétré dans la science moderne? Quels sont les développements qu'elle a successivement reçus au sein des civilisations antérieures? Quel est Thomme ou la nation qui lui a donné naissance ?
Jetons un rapide coup d'œil sur les doctrines, les institutions et les mœurs des peuples qu'on désigne
ordinairement comme les pères de la civilisation européenne.
La théorie du progrès indéfini, telle que nous l'avons exposée, ne pouvait naître sous le ciel splendide de l'Inde ancienne. Énervée par les ardeurs du climat et plus encore par les rêveries absorbantes d'un vague panthéisme ; voyant la perfection suprême dans le repos absolu ; trouvant le dernier mot des récompenses divines dans l'anéantissement de la personnalité humaine, la race brahmanique ne pouvait concevoir l'idée d'un progrès incessant, dirigé par la raison, éclairé par la science, réalisé par le travail, dans le mouvement perpétuel des individus et des peuples. La doctrine de l'égalité religieuse et politique devait être profondément antipathique à des sectaires pour lesquels l'inégalité native des hommes et, par suite, le maintien éternel des castes étaient des dogmes révélés par le législateur suprême. «Pour la propagation de la race humaine, » dit Manou, «le maître souverain produisit de sa bouche, de son bras, de sa cuisse et de son pied, le Brahmane, le Kchattriya (Guerrier), le Vaiçya (Marchand) et le Çûdra (Serviteur). Il donna en partage aux Brahmanes l'étude et l'enseignement des Védas, l'accomplissement du sacrifice, la direction des sacrifices offerts par d'autres, le droit de donner et celui de recevoir. Il imposa pour devoir au Kchattriya de protéger le peuple, d'exercer la charité, de sacrifier, de lire les livres sacrés, de ne pas s'abandonner aux plaisirs des sens. Soigner les bestiaux, donner l'aumône, sacrifier, étudier les livres saints, faire le commerce,
prêter à intérêt, kibourer la terre, sont les fonctions allouées au Vaiçya. Mais le souverain maître n'assigna au Çùdra qu'un seul oiBce, celui de servir les classes précédentes... Par son origine, qu'il tire du membre le plus noble, le Brahmane est de droit le maître de toute cette création... C'est par la générosité du Brahmane que les autres hommes jouissent des biens de ce monde.. Le Çûdra a été créé pour le service des Brahmanes par l'Être existant de lui-même: tètat de servitude est son état naturel^, » Les aspirations vers un avenir meilleur, vers le règne du droit et de la justice, n'avaient point de place dans l'âme de ces millions d'esclaves, assouplis et dressés par l'action séculaire du despotisme théocratique. Doux et résigné sous le joug, acceptant l'Inégalité des conditions comme la conséquence rationnelle d une inégalité de nature, l'habitant de l'Inde se prosternait dans la poussière, au passage d'un despote dans lequel il voyait « le feu, le vent, le soleil, le génie qui préside à la lune, le roi de la justice, le dieu des richesses, le souverain du firmament..., une grande divinité résidant sous une forme humaine *. » Là où la femme était à peine admise au nombre des créatures humaines, où le code religieux consacrait sept espèces d'esclavage, où le Çùdra venait après le cheval dans la classification des êtres, où l'avilissement même du Çûdra était un objet d'envie pour les tribus nombreuses rejetées en dehors de toutes les
{i) Lois de Manou, I, 8, 88-91, 93; VIII, 413, 4U. Traduction de Loiseleur-Deslongchamps, p. 8, 20, 24, 344.
(2) Ibxd., VIII, 7-8. Ibid., p. 244 et 242.
(lastes [Tchândâlas), \h aussi devait régner Tinégalité dans la famille, dans les mœurs, dans la société. L'Inde n'admettait Tégalité ni parmi les individus ni parmi les peuples. L'association fraternelle des nations, aujourd'hui le vœu de toutes les âmes généreuses, eût été repoussée comme un rêve insensé . sur les bords du Gange. Comment admettre au nombre des égaux de la race sainte, ces barbares impurs {Mlêîchas) que le législateur divin plaçait sur la même ligne que les sangliers et les tigres*? Ces doctrines impies étaient entrées dans l'intelligence , dans les traditions, dans l'âme et dans le sang de ces peuples dont les philosophes de l'antiquité vantaient la sagesse profonde ! Trente siècles ont glissé sur cette terre favorisée de tous les dons du ciel ; les navires de toutes les nations ont visité ses rivages ; les Grecs, les Musulmans et les Chrétiens y ont tour h tour déposé les germes d'une civilisation supérieure, et cependant le descendant des Aryens, toujours immobile au sein "du progrés universel , nous montre la même horreur pour le mélange des castes, le même fanatisme dans la conservation de ses coutumes, le même dédain pour ceux qu'il appelle les barbares*.
De même que l'Inde, l'Egypte nous étonne par la grandeur de ses palais et de ses temples, par la surabondance de force et de vie qui se révèle jusque dans les ruines majestueuses qui se prolongent sur les deux rives de son fleuve sacré. De .même que
[h] Lois deManou, XII, 43. Ibid., p. 445.
(2) Voy. à l'appendice ( litt. B ) quelques réflexions sur le Bouddhisme et la race Zende.
rinde encore, elle sourit à Timagination par le mystère de son origine, parla splendeur de son ciel, par le renom de prudence et de sagesse que lui ont unanimement attribué les philosophes et les historiens de l'antiquité .
Avait-elle compris la dignité de Thomme et la fraternité des peuples? Avait-elle entrevu , dans un avenir mystérieux, les merveilles que devait réaliser le travail fécondé par la science ?
Malgré la lumière qui jaillit des admirables découvertes de Champollion, les lois, les idées, les institutions de rÉgyple, Fexistence môme de la sagesse de ses prêtres, sont devenues Tobjet d'interminables controverses ; mais, au milieu des incohérences et des obscurités de la science moderne, il est un certain nombre de vérités et de faits qu'on ne saurait sérieusement révoquer en doute. Pleins d'orgueil, aveuglés par des préjugés héréditaires, les Égyptiens de toutes les classes méprisaient profondément les nations étrangères. La vallée du Nil était à leurs yeux (( la terre de la justice et de la pureté :» au delà, ils ne voyaient que des races impures, souillées de tous les vices et capables de tous les crimes. Us abandonnaient dédaigneusement le commerce aux Iduméens, aux Tyriens, aux Juifs ; ils fuyaient la mer comme le séjour du mal, la source de la corruption, le domaine de Typhon, et ce n'est pas tout à fait sans raison que Montesquieu disait : a L'Egypte, éloignée par la religion et les mœurs de toute communication avec les étrangers, était le Japon de ce temps-là ^. » L'orga-
(4) Esprit des Lot«, liv. XVI, chap. VI.
FaiÂTION DE LA THÉOEIE BU PROGRÈS INDÉFINI. 1 3
nisation intérieure du pays n'était pas mieux en harmonie avec les notions fondamentales qui dérivent du dogme religieux et social de l'unité de Tespèce humaine. L'identification du roi et du dieu ; les vérités religieuses communiquées, sous le voile de l'initiation , h un petit nombre de prêtres d'élite, qui laissaient croupir les masses dans les superstitions les plus ignobles et les plus dégradantes ; une législation qui cherchait la garantie du droit dans la multiplicité et l'atrocité des supplices ; une caste sacerdotale , propriétaire d'une grande partie du sol, dépositaire des sciences et maltresse absolue de toutes les influences gouvernementales ; une caste militaire, parquée dans des districts particuliers, séparée du reste de la nation et absorbant, avec les rois et les prêtres, la presque totalité d^ impositions publiques ; plus bas, tout un peuple condamné à des travaux héréditaires , exerçant les métiers, payant l'impôt , naissant et mourant dans un cercle étroit tracé par des lois immuables ; plus bas encore, des troupeaux d'esclaves partageant les souffrances et la dégradation de toutes les races serviles de l'antiquité : tel était cet état social de l'Egypte qui, depuis Pla ton jusqu'à Bôssuet, a reçu tant d'éloges et tant d'hommages enthousiastes! Pas plus que la race aryenne, les riverains du Nil ne connaissaient ce besoin d'amélioration , cette soif de progrès qui nous tourmente. Fière de son isolement, glorieuse de son immobilité, l'Egypte imposait à ses rois le serment de repousser avec horreur l'invasion de toute coutume étrangère ^
(4) Voyez les preuves et les détails à l'Appendice (litt.C ).
On s'attend à trouver des idées plus pures , plus généreuses et plus justes, quand on s'approche de la Grèce. Le nom seul de cette terre privilégiée fait tressaillir le cœur de tout homme qui s'intéresse aux destinées intellectuelles du monde. C'est la terre de la poésie et de l'art, le théâtre des nobles dévouements et des vertus viriles, le foyer d'où des torrents de lumière ont jailli sur l'Europe encore barbare ; c'est le berceau de tout un peuple de héros, de poètes, de philosophes , de législateurs et d'artistes qui feront éternellement l'orgueil de l'humanité. Toutes les forces, toutes les grâces, toutes les séductions de l'intelligence étaient le partage de la race hellénique . Vive , courageuse , ardente, avide de poésie et de science, admirablement douée de l'instinct du beau dans tous les genres , elle était visiblement destinée à porter le sceptre du génie parmi les peuples de l'antiquité. Aujourd'hui encore, les statues de ses dieux , de ses héros et de ses sages font l'ornement de nos musées et le désespoir de nos statuaires. Les monuments de son architecture nous éblouissent par la grâce des détails et les proportions harmonieuses de l'ensemble. Sa littérature, malgré les trésors engloutis par le temps, nous offre une vaste collection de chefs-d'œuvre inimitables. Les ruines mêmes qui couvrent son sol désolé, jadis si riant et si fertile, arrachent au voyageur un cri d'admiration mêlé de reconnaissance.
Cependant c'est en vain que l'on cherche, dans les monuments littéraires des siècles les plus brillants de la Grèce, une aspiration quelconque vers cette éga-
lité fraternelle des individus, des cités et des peuples, qui forme Tidéal de la politique humanitaire. L'habitant de la Hellade commençait par diviser l'espèce humaine en Grecs et en Barbares : ceux-lk nés pour la liberté, la gloire et les nobles travaux de Tintelligence ; ceux-ci condamnés par la natui e elle-même au travail du corps, h la dégradation, à l'esclavage. Cette première division opérée, le Grec, oubliant la triple communauté de l'origine, de la langue et du culte, élevait une barrière h peu près infranchissable entre les villes de sa belle patrie : les habitants de l'une étaient étrangers dans l'autre, et le même mot servait à désigner l'étranger et l'ennemi * I A l'intérieur même de la cité, on rencontrait des distinctions non moins odieuses : au sommet, une minorité d'hommes libres possédant le monopole de tou» les droits et de toutes les faveurs ; au milieu, les periœ^ ques chargés de la culture du sol et presque toujours attachés à la glèbe ; à la base, une multitude d'esclaves irrévocablement condamnés à tous les travaux, à toutes les misères, à toutes les humiliations*. Les hommes libres eux-mêmes se subdivisaient en factions turbulentes, et peu de cités grecques ignorèrent les horreurs d'une lutte acharnée entre l'aristocratie et la démocratie , entre les riches et les pauvres. Un philosophe catholique a résumé toutes les tendances sociales de la Grèce en quatre mots,
(4) Et'voç, 'EXÔpU, — Homère , dans rilliade ( V., v. 214.), rend V'iôée d'ennemi par celle d'étranger, dX?^Tpio^ fà;.
(2; Voy., pour les détails sur les periœqueSf moii ouvrage Le Socialisme depuis V antiquité, t- 1, p. 46.
quand il a dit : « Elle est née divisée ^. » Dans le dialogue des LoiSy l'un des interlocuteurs faisait à son insu rhistoire de son pays, en disant à Platon : ce II y a entre tous les États une guerre toujours subsistante... Ce qu'on appelle ordinairement la paix n'est tel que de nom, et dans le fait, sans qu'il y ait aucune déclaration de guerre, chaque État est naturellement toujours armé contre tous ceux qui l'environnent*. »
La grandeur du génie grec doit être cherchée ailleurs que dans ses conceptions politiques et économiques. Pour en avoir la preuve, il sufDt d'ouvrir les écrits d'Aristote et de Platon, deux philosophes qui représentent, l'un dans la sphère infinie de l'idéal, l'autre dans le domaine de l'histoire et des faits, toute la puissance intellectuelle de leur patrie/L'un et l'autre se sont efforcés de formuler les lois d'un État approprié ë toutes les exigences de la nature humaine.
Rien n'est plus beau, plus sublime, j'allais dire plus divin, que les' doctrines de Platon, lorsque, s'élevant au-dessus des préjugés et des passions de son siècle, il se demande quels doivent être- Je mobile et le but du législateur politique* Dans ce magnifique langage dont il a emporté le secret dans sa tombe, il fait admirablement ressortir la nécessité de prendre pour fondement de TÉtat, les bases éternelles de la justice et de la morale ; pour guides des magistrats et dès citoyens, le bon, le beau, le vrai, le
(\) DeMaistre, DuPape, t. H, p. 49; édit.de Bruxelles (4844).
(2) Lois, livre I, p. 5 ; traduction de M.Gousin. — Tout homme tant, soit peu versé dans l'histoire de la Grèce ancienne sait à quoi s'en tenir sur le conseil des Amphictyons, les jeux Olympiques, etc.
respect des lois, Famour de la paix, les lumières , la droite raison; pour règle de conduite, la prudence, la modération, la tempérance, le mépris de la volupté, le respect de soi-même ; pour fondement de l'éducation nationale, la religion, l'immortalité de Tàme, le désintéressement, la générosité, le courage moral, l'amour de la vertu et le dévouement absolu à la patrie. Là, le disciple de Socrate est vraiment grand ! Malheureusement, quand le philosophe descend des hauteurs de la théorie et qu'il s'efforce. de mêler ses idées aux institutions et aux faits, aussitôt son génie perd sa puissance, son prestige disparaît, et, au lieu d'un législateur presque divin, on ne trouve plus qu'un Grec qui cherche la perfection politique dans l'exagération des lois de Crète et de Sparte !
Quelle est, aux yeux de Platon, l'organisation sociale modèle, celle « qui mérite seule le nom d'État, » et à côté de laquelle toutes les autres formes de gouvernement sont nécessairement impuissantes et stériles? Quelle est la République a dont le ciel présente le modèle à quiconque veut le contempler^?» Évidemment, si Platon a connu la loi du progrès, c'est ici que nous devons en découvrir des traces. Or, aux questions que nous venons de transcrire le philosophe répond : ce L'État qu'il faut mettre au premier rang est celui où l'on pratique le plus à la lettre l'ancien proverbe : que tout est véritablement commun entre amis. Quelque part qu'il •arrive ou doive arriver un jour, que les femmes
(4) République, liv. IV, p. 498; V, 250; IX, 223; trad. de M. Cousin.
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soient communes, les enfants communs, les biens de toute espèce communs, et .qu'on apporte tous les soins imaginables pour retrancher du commerce de la vie jusqu'au nom même de propriété; de sorte que les choses mêmes que la nature a données en propriété à chaque homme deviennent en quelque sorte communes h tous, autant qu'il se pourra, comme les yeux, les oreilles, les mains, et que tous les citoyens s'imaginent qu'ils voient, qu'ils entendent, qu'ils agissent en commun, que tous approuvent et blâment de concert les mêmes choses, que leurs plaisirs et leurs peines roulent sur les mêmes objets ; en un mot, partout où les lois auront pour but de rendre TÉtat parfaitement un, on peut assurer que là est le comble de la vertu politique. Les lois ne peuvent avoir une direction meilleure. Un tel État, qu'il ait pour habitants des dieux ou des enfants des dieux, est l'asile du bonheur parfait*. » Communauté des biens, des femmes et des enfants; suppression de la famille et de la propriété ; promiscuité des sexes; égalité d'éducation et de travaux pour l'homme et la femme ; compression incessante et impitoyable de toutes les passions généreuses que le Créateur a placées dans l'âme et dans le cœur de l'homme; immolation de la nature au despotisme, à l'omnipotence de l'État ; absorption de tous les droits, de toutes les facultés, de tous les sentiments et de tous les intérêts dans une monstrueuse unité digne des prédilections d'un Brahmane : voilà la société*
(1) LoiSj liv. V, p. 284 ; trad. de M. Cousin.
idéale dont Platon établit les bases et célèbrfe les délices dans l'immortel dialogue de la République! C'était détruire le principe de l'activité humaine et tarir à la fois la source du progrès et celle des vertus les plus douces et les plus pures ; c'était, ainsi que le dit Aristote, oublier la notion môme de la cité, qui se compose nécessairement d'individus différents*; c'était l'anéantissement du moi, la confiscation de la personne du citoyen au bénéfice d'un Etat impossible et contre nature. Platon lui-même comprit que ces étranges doctrines ne pouvaient être accueillies par la Grèce : « Ce serait, dit-il, demander trop aux hommes nés, nourris et élevés comme ils le sont aujourd'hui*. » Cédant â la nécessité, il crut devoir accepter une transaction entre la propriété et régalité , et ce fut dans ce dessein qu'il écrivit le livre des Lois, Il v détermine avec un soin infini le plan, l'emplacement, les institutions et les mœurs d'une nouvelle cité modèle^.
Ici la famille est maintenue, et la propriété conserve un simulacre d'existence ; mais toute idée de progrès et d'amélioration n'en reste pas moins radicalement incompatible avec les conceptions politiques et sociales du philosophe. 11 veut que la ville soit bâtie loin de la mer et qu'elle se trouve séparée des États voisins par des montagnes escarpées et des
(i) Politique, liv. II, c. I et II, pp. 51 et 64. Trad. de B. Saint- Hilaire.
(2) Lois, liv. V, p. 283.
(3j"Voy. à V Appendice (litt. D) quelques détails sur Torganisation intérieure de l'Étal proposée par Platon dans le livre de la République.
côteâ d'un accès difficile. Il partage le sol par portions égales et détermine pour chaque famille un maximum de fortune mobilière. Il assujettit les femmes à l'éducation et aux travaux des hommes, y compris les exercices militaires et la guerre. Il demande que le nombre des citoyens actifs soit invariablement maintenu au chiflFre de cinq mille quarante. Il proscrit le commerce d'importation et d'exportation. Il range au nombre des actions honteuses et dégradantes le prêt à intérêt, les contrats de dépôt et de gage, la possession de l'or et de l'argent. Il exige que le trafic intérieur et l'exercice des métiers soient abandonnés aux esclaves et aux étrangers momentanément admis dans la cité; et, sous ce rapport, il pousse la rigueur au point d'ordonner que le citoyen qui transgresse cette règle soit condamné h un an de prison , « pour avoir souillé la maison paternelle. » 11 rend obligatoires les repas en commun, aussi bien pour les femmes que pour les hommes^ Il enlace dans une multitude de règlements invariables tous les actes de la vie de l'homme, depuis le berceau jusqu'à la tombe. L'époque de la génération, les exercices corporels des femmes enceintes, les occupations des nourrices, les danses et les jeux sont déterminés avec la même rigueur que les détails de l'éducation de la jeunesse, le choix des magistrats, le culte des dieux et les mesures à prendre pour la défense nationale. «La loi, dit Platon, doit prescrire
(4) M. Cousin se trompe, quand il affirme [Arg. des Lois, p. 45.) que Platon n*a pas prescrit les repas communs pour les femmes. Le philosophe dit positivement le contraire, liv. VII, p. 47.
à tous lès citoyens, pour tout le temps de leur vie, un ordre d'actions depuis le lever du soleil jusqu'au lendemain matin*, » De nombreux fonctionnaires de tout rang et de toute nature exercent une surveillance incessante dans les rues, sur les places publiques, dans les champs, dans les temples, dans les maisons, afin que les lois soient toujours strictement observées et maintenues pures de toute coutume étrangère. Si un citoyen manifeste Tintention d'introduire des changements dans le régime du pays, il doit être mis à mort. Aucun étranger ne peut résider plus de vingt années sur le territoire de la cité, h moins que, pour un service éminent rendu h TÉtat, il n'obtienne la permission de demeurer le reste de sa vie ; mais, même dans ce cas, il ne peut, pas plus que ses enfants, obtenir le bénéfice de la naturalisation*.
Tel était, dans ses parties essentielles, le gouvernement modèle que ce vaste et lumineux génie plaçait immédiatement h la suite de la perfection idéale de sa République. Ce dédain suprême du travail, ces préjugés absurdes et ces précautions jalouses à l'égard des étrangers, cette divinisation de l'État, cet amour de l'immobilité politique et administrative, cette méfiance excessive de la liberté individuelle, cette persistance à circonscrire la nationalité dans les limites d'une ville, et, plus que tout cela, le maintien
(<)Iow,liv.VIlI,p. 49.
(2J Voy. liv. V, pp. 202, 278, 279, 282, 283 à 289, 291, 293 à 295 liv. VI, pp. 314, 354,. 367-369; liv. VII, pp. 42, 47, 63, 64, 404-106 liv. VIII, pp. 424, 425, 434, 436, 437, 444-443; liv. XI, p. 295 liv. XII, pp. 357-364.
de Fesclavage, prouvent assez que Platon ignorait la loi du progrès. Au moment où il écrivait ses dialogues harmonieux de la République et des Lois, des hommes éclairés et courageux avaient fait entendre des protestations éloquentes contre la légitimité de Fesclavage*. Le cygne de l'Académie passe ces protestations sous silence : il se contente de dire que Tesclave est une possession embarrassante, parce que rhomme, qui (( est un animal difficile à manier, ne consent à se prêter qu'avec une peine infinie à cette distinction de libre et d'esclave, de maître et de serviteur, introduite par la nécessité^. » Les sentiments philanthropiques qu'il étale dans ses écrits ne s'adressent qu'aux hommes libres, et, même parmi les hommes fibres, il Jie se préoccupe que des Grecs ^.
Ainsi que nous l'avons dit, Aristote, de même que son ifiustre maître, crut devoir émettre son avis sur les institutions et les mœurs d'une « cité parfaite. » Élevé dans les cours, ami de Philippe, précepteur d'Alexandre, citoyen d'une république, ambassadeur des Athéniens, législateur de sa ville natale, initié a tous les secrets des événements de son siècle, le célèbre philosophe de Stagyre consigna dans sa Politique le résultat de ses longues études sur les con-
(1) Aristote, PoL, liv. l, c. I et II.
(2) Lois, liv. VI, p. 361 . — Platon dit quelques mots de VutiUté et du danger d'avoir des esclaves; il ne se préoccupe pas de la légitimité de l'esclavage.
(3) Telle est la portée réelle des sentiments philanthropiques dont Platon recommande l'application dans les guerres entre Grecs (B^p.,liv.V, p. 295-300).
FIJilATION DE LA TBÉORIE DU PROGRÈS INDÉFINI. 23
stitulions des États, les théories des philosophes et les mouvements révolutionnaires des peuples. Il y expose nettement la nature et le but de ses recherches. « Puisque notre but, dit-il, est de chercher, parmi toutes les associations politiques, celle que devraient préférer des hommes maîtres d'en choisir une à leur gré, nous aurons h étudier h la fois Torganisation des États qui passent pour jouir des meilleures lois et les constitutions imaginées par les philosophes. . . Par là nous découvrirons ce que chacune d'elles peut renfermer de bon ^ »
Le fondateur du Lycée remplit admirablement ce vaste programme. 11 ne s*élève pas comme Platon jusqu'aux^égions sereines de Tidéal, il renferme ses appréciations dans le domaine de l'histoire et des faits; mais il observe les États et les révolutions comme il avait observé les êtres vivants, c'est-à-dire, avec une netteté de coup d'œil et un talent d'investigation qui ne seront jamais dépassés. Guidé par son génie calme et réfléchi, il arrive à des résultats tellement remarquables que parfois l'écrivain semble se transformer en prophète. Quand il parle de la nécessité d'unir dans une juste mesure la monarchie, l'aristocratie et la démocratie, on croirait entendre un publiciste écrivant sous le régime de la royauté constitutionnelle. Bien mieux que Montesquieu, il a classé les gouvernements suivant leur nature et indiqué les avantages de la séparation des pouvoirs
(4) Politique, liv. II, ch. i", p. 49 ; traduction de M. Barthélémy Saint-Hilaire. C'est à cette traduction que je renvoie dans les notes.
24 CHAPITRE n.
législatif, exécutif et judiciaire. Ses aperçus sur les causes, les tendances et les effets des révolutions feraient honneur aux hommes d'État les plus illustres de TEurope moderne. Les critiques qu'il dirige contre les institutions de la Grèce sont parsemées de maximes que les législateurs de toutes les époques devraient avoir constamment sous les yeux. Il pose en principe que, rhomme étant un être essentiellement destiné à vivre en société, celle-ci doit fournir à ses membres les moyens d'atteindre, par la culture et le développement de leurs facultés, le but final désigné par l'élévation de leur nature. Il enseigne que, pour l'État comnie pour l'individu, le bonheur est toujours en proportion de la sagesse et de la vertu. Il déclare que rÉtat le plus parfait est celui où chaque citoyen peut le mieux pratiquer la vertu et s'assurer ainsi une félicité durable. Il engage les législateurs h diriger leurs eflForts vers la conservation de la paix ; il leur impose l'obligation de se rappeler sans cesse que tout ce qui est contre nature ne peut être bien, et que les spoliations et le vice sont partout une double et inépuisable source d'infortunes. On reconnaît en lui lé disciple de Platon, quand il proteste contre le despotisme et la violence, quand il repousse l'assimilation du juste à l'utile, quand il proclame que les grandes âmes ne sont jamais intraitables qu'avec le crime ^.
Malheureusement, ici encore on éprouve une déception amère, lorsque, l'esprit ébloui par ces théo-
(4)Voy.Po^, liv. IV.
ries brillantes, on suit le philosophe dans les détails de l'organisation intérieure de sa « cité parfaite. » Dès la première page, on s'aperçoit que les notions essentielles de la loi du progrès manquent à Aristote aussi bien qu'à son maître. Aristote repousse la communauté des biens et des femmes ; mais, pour tout le reste, sa ville favorite ne s'élève pas beaucoup audessus des États imaginaires de la République et des Lois, Il divise le territoire en deux grandes portions. Tune affectée aux dépenses du culte et des' repas communâ, l'autre destinée à être partagée entre les citoyens actifs. Il veut que l'État soit maintenu dans des bornes assez étroites pour que les magistrats connaissent tous leurs administrés, et que ceux-ci puissent toujours être l'objet d'une surveillance facile. Il engage les citoyens à rendre leur contact avec les étrangers aussi rare que possible : ce La cité, dit-il, ne doit penser qu'à elle et jamais aux autres peuples, y> Il déclare les artisans indignes de participer à la possession du sol ; non-seulement il les prive des droits politiques, mais il leur défend de mettre le pied sur la place publique destinée aux délibérations des citoyens : ce La place de la liberté ne sera jamais souillée de marchandises, et l'entrée en sera défendue aux artisans, aux laboureurs et h tout autre individu de cette catégorie, à moins que le magistrat ne les y appelle formellement. » Il proclame à l'égard des classes inférieures une maxime barbare, où se révèle, toute la pensée de l'antiquité païenne sur les droits du prolétaire : « Bien que tout État, s'écriet-il, renferme à peu près nécessairement une foule