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MANUEL OPÉRATOIRE

Les premiers chirurgiens qui pratiquèrent la transfusion, Denys, Kixg, et jusqu’à Bichat et Richerand, se contentaient d’établir une communication immédiate entre l’artère qui fournissait le sang et la veine qui le recevait. Un tube droit ou recourbé, telle était toute l’instrumentation nécessaire : le cœur remplissait l’office de pompe

foulante. Le sang passait ainsi d’un organisme dans un autre, ne subissait pas le contact de l’air, n’avait pas le temps de se coaguler et restait sensiblement à la même température.

Ce procédé est évidemment le plus simple, celui dont on doit attendre les meilleurs résultats. Malheureusement, il n’est pas applicable chez l’homme, à moins qu’on ne se décide à faire passer dans le corps humain, le sang d’un animal quelconque, et il n’est pas encore prouvé que la transfusion faite de l’animal à l’homme soit exemple de danger.

Il a donc fallu recourir à d’autres procédés.

Lisfranc, dans son Traité de médecine opératoire, décrit de la manière suivante l’opération de la transfusion chez l’homme, telle qu’elle était pratiquée de son temps.

«La seringue dont on se sert doit être plongée dans l’eau chaude ou entourée d’un linge suffisamment chaud, afin de conserver autant que possible au sang, la température dont il est doué.

«On applique au bras sur les deux sujets la ligature dont on se sert pour pratiquer la phlébotomie. Chez celui qui est malade, on découvre avec les précautions ordinaires le tube veineux le plus volumineux, situé au-dessous de cette ligature, on incise ce tube longitudinalement, on comprime au-dessous de la plaie, pour empêcher le sang de couler, et on introduit dans la solution de continuité de la veine, une canule métallique ou bien encore une sonde en gomme élastique : il est indispensable que le bout de la seringue s’y adapte parfaitement: le pouce et l’indicateur d’un aide, qui ramène la peau sur lui, la soutiennent. On enlève la ligatüre. On saigne le sujet sain; on reçoit 100 à 120 gr. de sang dans la seringue et l’on injecte aussitôt ce liquide pour éviter la coagulation : mais cette injection doit être pratiquée lentement, pour soustraire le sujet aux secousses qu’elle déterminerait dans les vaisseaux et le cœur. On aide la circulation, en faisant des frictions de bas en haut sur la veine qni livre passage au liquide. Si cette quantité de

sang était insuffisante, on l’augmenterait, soit en se servant de la même seringue, soit en répétant la même opération avec un second instrument.»

Mais le temps employé à découvrir la veine est trop long et cette opération est toujours douloureuse. De plus, il n’est pas toujours possible de chauffer l’instrument au degré convenable, et surtout de l’entretenir dans une température uniforme. Le temps employé à visser le piston, est une cause de lenteur regrettable et qui peut devenir funeste. Ne pourrait-on pas aussi s’arranger de manière à n’avoir pas besoin d’une deuxième seringue? Enfin, d’après un grand nombre de chirurgiens, il faudrait essayer de soustraire le sang au contact de l’air et l’empêcher de se coaguler.

Nous signalerons pour mémoire, les appareils de MM. Bluxdell, Sotteau, Bougard, Martin, qui , bien qu’ayant donné des résultats assez satisfaisants, sont cependant trop compliqués pour pouvoir être admis dans la pratique; nous nous contenterons de décrire les instruments de M. Mathieu et l’hématophore de M. Moncoq de Caen, qui réunissent les conditions de simplicité et de sûreté nécessaires à la réussite de l’opération.

L’instrument confectionné par M. Mathieu (1853), se compose d’une sphère creuse en caoutchouc vulcanisé, dont la capacité est connue, et dans laquelle on fait le vide en la pressant dans la main, puis l’abandonnant à elle-même. Elle s’épanouit en vertu de son élasticité et exerce alors une véritable succion sur les deux tubes de verre qui lui font suite de chaque côté. Ces deux tubes se terminent, à savoir, le premier par une sorte de ventouse appliquée exactement autour de la plaie veineuse sur le bras de la personne qui fournit le sang, le second par une canule en ivoire introduite dans la veine qui reçoit le liquide. Dans les petits cylindres d’ivoire sont renfermées deux petites boules de liège, qui font office de soupapes: elles empêchent soit le reflux du sang dans la veine où on le puise, au moment où la sphère est aplatie par

la main de l’opérateur, soit le reflux du liquide de la canule et de la veine où elle plonge vers la sphère creuse, au moment où celleci s’épanouit. Ajoutons, pour ne rien omettre, que la ventouse ainsi que la canule, sont rattachées aux tubes de verre par des bouts de tube en caoutchouc, ce qui permet d’incliner en divers sens ces deux extrémités, sans déranger le reste de l’appareil et sans changer la position des deux personnes.

De cette façon le passage du sang de l’un à l’autre individu, est presque instantané; le vide est aussi complet que possible et aucune bulle d’air ne peut se mêler au fluide au moment où il est injecté; il est facile de s’opposer au refroidissement et à la coagulation, en plongeant d’abord l’instrument dans un bain d’eau chaude, la boule restera d’ailleurs à la température de la main; la quantité de sang peut se mesurer d’une manière exacte, en comptant le nombre de fois qu’on aplatit la sphère entre les doigts. (Gazette médicale de Paris, 1855.)

Passons maintenant à l’appareil que M. le Dr Moncoq, de Caen, a décrit sous le nom d’héraatophore.

Cet instrument met en rapport, par un courant non interrompu, le sujet pléthorique qui fournit le sang et le sujet anémique qui le reçoit. La partie moyenne de cette circulation intermédiaire est un petit cylindre en verre gradué, dans lequel un piston forme la systole et la diastole. Deux petites valvules en caoutchouc, placées en sens inverse à la partie inférieure du ventricule artificiel, dirigent le courant sanguin.

Un tube capillaire, terminé par un petit trocart d’argent, ouvert sur ses facettes, qui plongent dans la veine du sujet pléthorique, amène le sang dans le petit cylindre. Un second tube, de même forme et de même longueur, porte le sang dans la veine anémique. Ce second tube n’est adapté à son trocart, introduit d’abord dans la veine anémique, que quand le sang a chassé l’air de l’appareil. (Gazette des Hôpitaux, mai 1862.)

Cet instrument a l’immense avantage de n’exiger qu’une double ponction microscopique: on évite l’introduction de l’air, l’injection est instantanée et on transfuse le sang en nature. Nous devons remarquer que le piston n’est pas aussi facile à manier que la boule en caoutchouc de M. Mathieu; mais observons d’un autre côté que le placement de la canule en ivoire de ce dernier, demande plus de temps et de précaution qu’une simple ponction avec un trocart fin.

•En somme, en combinant ces deux instruments, il nous semble que l’on pourrait arriver à un appareil capable de satisfaire le chirurgien le plus minutieux.

Quant aux opérateurs qui ne redoutent ni l’abaissement de température (Browx-Séquard ayant injecté du sang à 19°), ni la coagulation et l’introduction de l’air dans les veines (puisqu’on réussit très-bien avec du sang défibriné et imprégné d’air par le battage et l’exposition à l’air), une seringue ordinaire bien propre, une lancette et un bistouri, tel est tout le bagage instrumental nécessaire, et quel chirurgien ne l’a pas toujours sous la main !

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