OBSERVATION V
Une femme, âgée de 45 ans, en était à son onzième accouchement, lorsqu’elle fut prise d’une hémorrhagie qui ne tarda pas à l’épuiser, tous les moyens usités en pareil cas, ayant été inutilement employés. Elle éprouvait des syncopes qui se succédaient à des intervalles de plus en plus rapprochés. Déjà les extrémités étaient froides, les battements du cœur et du pouls, étaient à peine perceptibles, les yeux avaient perdu leur éclat, tout en un mot révélait l’imminence de la mort. En cet état M. Weickert (de Freyberg, Saxe) ne voyant aucune chance de salut que dans la transfusion, se décida à pratiquer celte opération.
Ce médecin s’est entouré de toutes les précautions usitées en pareils cas, néanmoins il a rencontré des difficultés imprévues. C’est un des enfants de la malade, garçon robuste de 17 ans, qui fournit le sang nécessaire à la transfusion. Désirant avant toutes choses, de prévenir la coagulation du liquide, M. Weickert eut l’idée de ne laisser sortir à chaque fois de la veine, que la quantité de sang strictement nécessaire pour remplir sa seringue; mais après deux ou trois de ces petites saignées, le jeune homme fut pris de syncope, et il fallut recourir pour terminer l’opération au dévouement d’une femme de vigoureuse apparence, qui consentit à se laisser saigner. La patiente a ainsi reçu dans ses veines, du sang prove-
liant de deux individus différents, circonstance insolite et qui a prolongé bien au-delà du terme ordinaire, la durée de l’opération.
L’obstacle le plus sérieux contre lequel l’opérateur a eu à lutter, a été la coagulation rapide du sang; non-seulement le liquide se solidifiait en partie dans le cylindre, avant que la course du piston fût achevée, mais il commençait déjà à se coaguler dans le vase où on le recevait au sortir de la veine.
Enfin M. Weickert signale une dernière particularité, qui a encore contribué à prolonger et à compliquer l’opération. La veine médiane gauche qui a servi à l’injection du sang, avait été découverte dans l’étendue d’un demi pouce et dans toute cette longueur, elle avait été dépouillée de sa gaine de tissu conjonctif; au moyen d’un trocart, on y avait pratiqué une ouverture par laquelle avait été introduite la canule conductrice du liquide. Les choses étant ainsi disposées, l’opérateur s’apprêtait a commencer l’injection, lorsque la malade fit un mouvement brusque qui déplaça la canule. Pour éviter le retour de cet accident il fit découvrir et dénuder la veine dans une étendue plus considérable; il la souleva alors avec un fil et chaque fois que l’injection du sang était interrompue, un aide serrait l’anse de fil, de façon à appliquer étroitement les parois du vaisseau sur la canule. Il n’y eut néanmoins, aucune trace de phlébite. Enfin malgré ces difficultés et ces complications, la réussite de l’opération n’en a pas moins été complète. (Gazette des Hôpitaux, août 1862).