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QUALITÉS DU SANG EMPLOYÉ

Dès son origine, la transfusion du sang a soulevé un grand nombre de questions du plus haut intérêt scientifique et pratique. Denys prétend avoir réussi dans trois opérations, consistant dans la transfusion de l’agneau à l’homme : mais on a repris les expériences sur les animaux dans toutes les espèces, et l’on arrive difficilement à se rendre compte des succès de Denys.

Sans nous engager dans une description détaillée de toutes les expériences qu’on a faites pour éclaircir la question, nous nous bornerons à formuler les principales conclusions qui sont relatives à notre sujet : quelle sorte de sang faut-il employer dans la transfusion du sang chez l’homme?

1° Peut-on injecter dans les veines de l’homme, le sang des animaux ?

S’il faut en croire Denys, qui nous donne quatre opérations pratiquées avec du sang d’animaux (mouton, veau), et dont une seulement a été suivie de mort par cause étrangère , Manfredi, Lower, qui nous offrent deux opérations de transfusion réussies avec du sang d’agneau, l’injection du sang d’animaux à l’homme, non seulement serait bien tolérée, mais encore dans la plupart des cas elle serait utile et suivie soit d’une amélioration, soit de la guérison de la maladie contre laquelle elle a été dirigée, et dans le cas unique où elle a été suivie de mort, la transfusion n’y était pour rien.

Sans mettre en doute la bonne foi des chirurgiens du 17e siècle, comme les cas de ce genre ne se sont plus présentés depuis cette

époque, nous croyons prudent de nous en rapporter aux expériences faites de nos jours.

Voici en résumé les conclusions posées par Dieffenbach, après une longue et consciencieuse expérimentation :

«Un animal épuisé de sang peut être ramené à la vie par le «sang d’un animal de son espèce et continuer à jouir d’une santé «parfaite.

«Lorsque le sang provient d’espèces différentes, il peut quelque- «fois produire des signes de revivification, mais il ne peut jamais «conserver la vie.

«Si pour opérer la transfusion, on emploie le sang d’un animal «d’une espèce très-différente, la mort en est toujours le résultat, «même quand la quantité injectée est très-petite.

«Si après l’injection d’un sang étranger, l’animal éprouve de «fortes évacuations, par le vomissement, les selles ou les urines, «cette sorte de crise diminue ordinairement le danger provenant «du narcotisme produit.»

P. Bérard professait les mêmes opinions: «Un mammifère, dit-il «mis dans l’état de mort apparente par la perte brusque de son «sang, peut être ressuscité par le sang d’un mammifère d’une autre «espèce, mais il succombe peu de temps après. Un mammifère mis «dans l’état de mort apparente par la perte brusque de son sang «peut être non seulement ranimé, mais conservé à la vie par la «transfusion du sang provenant d’un mammifère de son espèce.»

Cependant une expérience de Milne-Edwàrds et Delafond tend à faire admettre, qu’il suffirait que les deux animaux entre lesquels se pratique la transfusion fissent partie d’un même groupe naturel, bien qu’appartenant à des espèces distinctes: ainsi un âne rendu presque exsangue, reçut dans ses veines une quantité considérable de sang de cheval, se ranima et se rétablit d’une manière permanente.

Mais Brown-Séqüard va plus loin encore: Le 51 novembre 1857

à l’Académie des sciences, cet habile expérimentateur prétendait que «contrairement aux opinions de MM. Prévost et Dumas, Dieffen- «bach, Bischoff, le sang d’un animal d’une espèce n’est pas un poi- «son pour les autres vertébrés, même d’espèces très-éloignées et «de quelque classe que ce soit, pourvu que le sang ne soit pas in- «jecté en quantité trop considérable.»

Il faut avouer que la transfusion de l’homme aux animaux a généralement donné de bons résultats.

2° Peut-on transfuser du sang privé d’un ou de plusieurs de ses éléments?

C’est à la solution de cette question que les chirurgiens se sont peut-être le plus exercés.

Il nous semble inutile de nous arrêter sur la valeur des injections de sérum : deux injections, l’une d’eau à 30°, l’autre de sérum à 30°, produisent exactement le même effet sur l’état sanitaire du patient, c’est-à-dire ne l’influencent en rien. (P. Bérard, Polli).

Voici à quoi se réduit la question : le sang défibriné est-il convenable et même n’est-il pas le plus convenable pour la transfusion.

Ici encore nous devons nous en rapporter aux expériences des physiologistes.

P. Bérard tout en constatant que le sang privé de fibrine a parfaitement ranimé les animaux anémiques, ne se hasarde pas à conseiller son emploi pour la transfusion chez l’homme. Prévost et Dumas, Muller et Dieffenbach ont démontré, que pour avoir été dépouillé de sa fibrine, le sang ne perd pas pour cela sa faculté ranimatrice. Pour Brown-Séquard aussi, le sang défibriné agit aussi puissament que le sang naturel. MM. Milne-Edwards et Longet sont d’avis qu’on doit se servir pour la transfusion, de sang défibriné mais contenant les globules sanguins qui seuls sont révivificateurs. Muller conseille de ne se servir que de sang privé de fibrine par le battage.

Bischoff et Magendie prétendent bien être arrivés à des résultats

différents. Mais en face de l’opinion des autres physiologistes, nous sommes conduit à penser, que ces deux derniers se sont sans doute placés dans ces conditions défavorables.

Des expériences instituées par le docteur Giovanni Polli l’ont conduit à des conclusions extrêmement intéressantes que nous sommes heureux de pouvoir rapporter ici :

«La fibrine ne sert à rien pour ranimer les animaux exsangues.

«Le sang non-seulement n’est pas nuisible, mais encore est bien «supporté et produit, suivant toute probabilité, des effets ranimateurs «peu différents de ceux du sang frais quoiqu’il ait été défibriné «par le battage; et il conserve cette propriété même lorsqu’il a été «gardé dans un récipient métallique, exposé à l’air pendant plu- «sieurs heures avant d’être injecté.

«Le mélange du sang avec l’air atmosphérique, à la suite du «battage, loin d’être nuisible doit être regardé comme utile, puis- «qu’il est reconnu que le sang artériel par cela même qu’il est «plus riche en oxigène, est meilleur revivificateur que le sang vei- «neux et que celui-ci imprégné d’air se rapproche par ses pro- «priétés du sang artériel.»

En vertu de ces conclusions toutes les difficultés qui jusqu’à présent se dressaient devant la transfusion, se trouvent renversées: nous n’avons plus à craindre la coagulation du sang puisque nous enlevons la fibrine; loin de redouter l’introduction de l’air dans les veines, nous nous efforçons au contraire d’en faire arriver en l’incorporant au liquide sanguin.

5° Peut-on se servir indifféremment de sang veineux ou de sang artériel?

Cette question est provoquée par l’impossibilité de transfuser du sang artériel d’homme à homme. Il semble tout naturel que, le sang contenu dans l’arbre veineux, se rendant aux cavités droites du cœur, on n’ait point à s’occuper du sang artériel. Mais on verra bientôt de quelles précautions on a dû entourer la transfusion avec

le sang veineux, tandis que l’injection de sang artériel aidée de l’impulsion cardiaque, telle qu’elle se pratique le plus souvent chez les animaux, est une opération excessivement simple. Cependant les physiologistes se sont crus obligés de prouver, que le sang veineux était plus apte à la transfusion. P. Bérard, Blundell, Dieffenbacu sont d’accord pour reconnaître que le sang veineux est généralement préférable au sang artériel.

Brown-Séquard dit, que le sang qui est chargé d’acide carbonique au point de devenir noirâtre, produit des phénomènes d’asphyxie et même la mort, après des convulsions violentes s’il est injecté en trop grande quantité : mais c’est justement cette excitation que nous recherchons pour réveiller l’organisme et rappeler le sujet à la vie; nous aurons soin seulement de ne pas pousser trop vigoureusement l’injection, nous laisserons à cet acide carbonique le temps d’être exhalé par les poumons. Ceci d’ailleurs nous fournira une explication des phénomènes de revivification, produits sous l’influence d’une très-faible quantité de sang.

4° Il nous resterait à parler des dangers de l’exposition prolongée du sang au contact de l’air. Nous avons déjà vu que le sang imprégné d’air par le battage pendant la défibrination, n’a aucune propriété nuisible. Mais on a craint que le sang ne se décomposât, ne perdît ses propriétés vivifiantes si on le laissait trop longtemps hors des vaisseaux.

L’abaissement de température n’a rien qui doive effrayer au point de vue de l’influence du sang sur l’excitabilité musculaire. Brown-Séquard a obtenu le réveil de la contractilité organique après rigidité musculaire cadavérique, avec du sang veineux à 19°.

Dieffenbach tire de ses expériences les conclusions suivantes :

«Le sang exposé au contact de l’air pendant longtemps, ne perd «ses propriétés révivifiantes que lorsqu’il commence à se décompo- «ser : mais une fois putréfié, il produit les mêmes effets que toute «substance animale en putréfaction.

«Le sang conservé pendant quelque temps et tenu liquide par «l’agitation, puis passé à travers un linge et injecté dans les veines «d’un animal d’espèce différente est promptement mortel.

«Mais une forte saignée, portée jusqu’à la syncope peut annihiler «l’influence nuisible d’un sang étranger et privé de sa vitalité, par «un contact prolongé avec l’atmosphère.

Et comme corollaire, «l’injection d’une certaine quantité de sang «étranger qui est resté longtemps exposé à l’air et qui sans une «saignée préalable, serait suffisante pour tuer un animal, ne pro- «duit pas ce résultat lorsqu’on commence par soustraire à l’animal «une quantité considérable de son propre sang.»

Dans ces cas, il est bien évident que nous rentrons dans les conditions qui nécessitent le plus souvent la transfusion et nous devons adopter les mêmes principes.

Nous rappellerons encore, sans les adopter complètement, les conclusions de M. Polli, énoncées dans le paragraphe précédent au sujet de la défibrination. En face de ces autorités, nous croyons que M. Monneret s’est montré trop sévère en traitant la transfusion d'opération antiphysiologique. «Le sang dit-il s’altère aussitôt

«qu’il est sorti du vaisseau et se désorganise sans retour Un

«organisme ne supportera pas un liquide qui a été élaboré, modi- «fîé préparé par un organisme tout différent — Le sang sorti des «vaisseaux est privé de vie, il s’altère, c’est le cadavre du sang «normal.»

Mais n’oublions pas que M. Monxeret écrivait ces lignes en 1851, alors que les esprits étaient encore indisposés contre la transfusion, et M. Monneret était sous l’influence d’un insuccès personnel (il avait injecté 120 gr. de sérosité). Nous nous plaisons à croire qu’il a changé d’opinion depuis celte époque.

Quant aux influences de l’âge, du sexe etc., elles ne sont comptées pour rien : nous remarquerons cependant qu’il est plus convenable de prendre le sang d’un individu sain, robuste, jeune, dont le tempérament se rapproche de celui du malade.

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