QUANTITÉ DE SANG TRANSFUSÉ
Ici se présente une question dont la solution touche autant et plus à la physiologie qu’à la thérapeutique : Comment 2 ou 3 onces de sang au plus injectées dans les veines d’un mourant, ont elles plus d’influence sur la vie que n’en exerçaient avant l’hémorrhagie des quantités décuples qui remplissaient les vaisseaux?
A celte question se rattache évidemment celle-ci : Comment agit le sang transfusé?
On sait que l’effet immédiat des grandes hémorrhagies est de diminer la force de contraction du cœur avec d’autant plus de rapidité que les vaisseaux ont mis moins de temps à se vider : le sang ne peut plus faire qu’une sorte d’oscillation entre le cœur et les gros vaisseaux; la périphérie décolorée, se refroidit; le cerveau cesse aussi de recevoir le liquide et l’influx nerveux diminue ou même cesse complètement. Or le sang nouveau transfusé, arrivant directement au cœur, le stimule, lui rend la force nécessaire pour reporter à l’extrémité des membres, le liquide qu’il pouvait à peine faire mouvoir auparavant, les organes périphériques retrouvent toute leur activité, renaissent à la vie. Les globules nouveaux excitent aussi les autres globules dont la vie est prête à s’éteindre et l’organisme est sauvé.
“Sans doute ce n’est pas à une action simplement mécanique qu’il faut rapporter l’influence exercée par le sang injecté dans les veines, mais bien aussi à une stimulation directe du système nerveux.
Un premier fait universellement constaté dans tous les cas, c’est l’instantanéité des effets produits, la rapidité du réveil des forces.
De plus, après les premiers effets de réveil et de stimulation obtenus, la continuation de l'injection ne produit plus d’effets utiles; elle est plutôt dangereuse et tous les chirurgiens s’accordent à
prescrire une limite peu élevée à la quantité de sang à employer. Une trop forte proportion produit des syncopes, des convulsions, des empoisonnements occasionnés d’après Brown-Séquard par l’acide carbonique ingéré en trop grande quantité. Du reste, de l’avis du plus grand nombre des physiologistes, c’est à l’acide carbonique que sont dus les effets de réveil et de stimulation produits par le sang sur les systèmes musculaires et nerveux, et le cœur servirait en quelque sorte de régulateur.
Nous terminerons cet article par quelques réflexions relatives aux cas où il n’y a pas eu hémorrhagie rapide et comme foudroyante.
D’après P. Bérard, «du sang de mammifère injecté dans les «veines d’un mammifère d’une autre espèce, est très-bien supporté, «quand ce dernier n’est pas exsangue et que cela constitue une «simple addition.»
C’est là probablement tout le secret de la réussite des opérations de transfusion, pratiquées dans le principe, des animaux sur l’homme : car n’oublions pas, que les premiers essais ont été faits sur des sujets débilités sans doute, mais n’ayant pas perdu tout leur sang. Et tel sang qui serait incapable d’entretenir la vie si on le substituait au sang d’un autre animal, pourra pourtant être supporté, si on ne fait que l’ajouter au sang que l’animal possède.
Ces raisons en outre, sont de nature à nous engager à pratiquer transfusion, chez les individus anémiques ou débilités.
Nous allons maintenant relater quelques observations choisies entre les plus intéressantes.