CHAPITRE HI
Nous arrivons enfin à la troisième partie de notre travail : La tête est fixée au détroit supérieur.
Avant tout, l’accoucheur doit se mettre en garde contre une erreur possible. «Il importe d'éviter l'erreur si souvent com- » mise, dit Bouchacourt, de prendre la bosse sanguine s'allon- » geant à travers le rétrécissement pour la tête elle-même, » alors que celle-ci reste toujours élevée et mobile. Avec le » soin d'explorer attentivement et assez loin le pourtour de la » basé de cette saillie toujours plus où moins molle et souvent » considérable, en tâchant de retrouver les fontanelles et les » sutures tant que la compression ne les aura pas effacées par » le chevauchement des os, et la transformation anguleuse en » une sorte de crête de la portion du crâne qui a pu s'engager, » on évitera l'erreur et on fera la part au travail fait et à celui
» qui reste à faire ».
Quelle doit être la conduite du praticien en présence d'une femme à terme, présentant un bassin rétréei dans le diamètre antéro-postérieur, fœtus vivant et tête fixée ?
Si la généralité des accoucheurs préfère le forceps à la version, quand on est forcé de faire un choix entre ces deux opérations, tous sont loin de s'entendre sur la façon dont le forceps doit être appliqué.
Disons d'abord que, par rapport au bassin, le Forceps peut être appliqué de trois façons :
SRE
1° Sur les côtés du bassin, une branche à droite, une branche à gauche, la courbure de l'instrument regardant directement en avant : l'application est dite directe par rapport au bassin ;
2° Suivant un des diamètres obliques du bassin. La courbure de l’instrument ne regarde pas directement en avant : c'est l'application oblique ;
3° Enfin, l'instrument peut être appliqué dans le diamètre antéro-postérieur du bassin : une cuiller est derrière le pubis, l’autre devant le sacrum, la courbure regarde une des cuisses de la femme. C’est l'application antéro-postérieure.
Par rapport à la tête fœtale, l'application peut être :
1° Antéro-postérieure, quand une cuiller de l’instrument répond à l’occiput et l’autre au front ;
2° Oblique, quand l'application a lieu d'une région frontopariétale à la région pariéto-occipitale ;
3° Régulière, quand la tête est saisie d'un pariétal à l’autre.
Ceci posé, passons en revue le mode d'application de forceps préféré par les divers auteurs.
Smellie et Baudelocque faisaient toujours la prise régulière de la tête, c’est-à-dire d’une bosse pariétale à l’autre : dans ce cas, l'instrument est dans le diamètre antéro-postérieur du bassin. Baudelocque adressait certains reproches à la prise directe par rapport au bassin. Pour lui, cette façon d'appliquer le forceps rendait l'accouchement difficile en augmentant le diamètre céphalique en rapport avec le rétrécissement par la compression du diamètre opposé. En outre, 1l reprochait à ce mode d'application d'être dangereux pour le fœtus en comprimart du front à l’occiput une tête déjà comprimée latéralement par le sacrum et le pubis.
Mme Lachapelle, sur une tête en transversale et fixée, introduisait les cuillers de l'instrument l’une à droite, l’autre à gauche du bassin : elle faisait donc une prise directe quant au
PA mue bassin, antéro-postérieure quant au fœtus. En agissant ainsi, elle voulait à la fois que l'instrument évitât l'angle sacro-vertébral et que la tête descendit dans une direction presque transversale.
Jacquemier, à son tour, fit une critique des diverses-manières d'appliquer le forceps au détroit supérieur :
L'application du forceps dans le diamètre antéro-postérieur du bassin lui semble très difficile, la tête étant fortement serrée entre l’angle sacro-vertébral et le pubis. De plus, il fait remarquer que la grande courbure des cuillers, qui regarde vers une des cuisses de la femme, n’est plus en rapport avec la courbure du bassin.
L'application oblique semble préférable à Jacquemier. Mais ce mode d’application pour lui n’est pas toujours facile. Jacquemier fait remarquer, en effet, qu'on est généralement appelé à intervenir sur une tête pressée fortement contre un rétrécissement et alors, quelle que soit la position de la tête, on est généralement conduit à placer les cuillers sur les côtés du bassin, c’est-à-dire à faire une application directe par rapport au bassin. Enfin, l'application oblique serait pour lui une opération mauvaise qui donnerait à l’accoucheur une prise moins sûre que l'application du front à l’occiput.
Quant à l'application directe par rapport au bassin, Jacquemier la considère comme la meilleure. L'introduction et l’articulation des branches se feraient facilement, l'extraction du fœtus se ferait sans danger ni pour la mère ni pour le fœtus lorsque l'obstacle au passage de la tête est de nature à être surmontée par des tractions modérées.
Cazeaux considère l'application antéro-postérieure par rap port au bassin comme impossible lorsque la tête est fixée au détroit supérieur. Quant au choix entre une application oblique et une application directe par rapport au bassin, Cazeaux est d’un avis tout opposé à celui de Jacquemier. [l considère