PREMIÈRE OBSERVATION
(Maison municipale de santé. Service de M. Demarquay.)
Mrae M..., cinquante-sept ans, d’un embonpoint remarquable, paraît jouir d’une excellente santé. Étant enfant, on lui plaça un cautère au bras gauche, elle ignore pour quel motif. Le cautère fut entretenu jusqu’à l’âge de quinze ans, puis on le laissa cicatriser. Aucune maladie qu’une fistule lacrymale, traitée et guérie par M. Robert.
A l’âge de trente ans, elle crut devoir se réappliquer son cautère et le plaça à la face interne de la cuisse. Puis, incommodée du siège de son cautère, elle le fit cicatriser pour le remettre au bras sur la cicatrice même du premier, où elle l’entretint constamment.
A l’âge de cinquante-trois ans, son époque critique, la plaie du cautère devint rouge, douloureuse, s’entoura d’une aréole inflammatoire, augmenta d’étendue et se couvrit de bourgeons fongueux. La malade consulta successivement MM. Velpeau, Michon et Gosselin. La plaie fut cautérisée par le nitrate d’argent, mais n’augmenta pas moins d’étendue.
En juillet 1862, un an après le début, la tumeur est large comme la paume de la main. Attaquée par le chlorure de zinc, puis excisée à deux reprises différentes par un courant galvanique.
Le 24 juillet 1863, la tumeur s’est reproduite dans la cicatrice et a envahi l’humérus. Nouvelles cautérisations sans résultat.
Le 12 novembre, désarticulation scapulo-humérale, 'cicatrice linéaire , réunion par première intention dans les trois quarts supérieurs.
La cicatrisation est complète le 1er janvier 1864.
Rienderemarquabledans ce moment, sinon quelques petits abcèssouscutanés, qui se formèrent sous la clavicule et se fermèrent après quelques jours de suppuration. Sensibilité particulière des parties profondes de l’aisselle, cependant on n’y trouvait que la dureté normale du tissu de cicatrice.
Le 11 avril, à la partie inférieure de la cicatrice linéaire du moignon est une tumeur bosselée, ulcérée, dure, se prolongeant sous le rebord du grand pectoral. Élancements douloureux. Extirpée le 14 , cette tumeur a été examinée par M. Gornil. Voici le résultat de ses recherches :
Cancroïde à cellules pavimenteuses typiques. Les bourgeons de la surface, qui sont à l’œil nu semi-transparents et gris, sont composés de cellules épithéliales pavimenteuses affectant la disposition de tubuli glandulaires. Les acini ne présentent pas de cavité centrale ou lumière en aucun point. Dans leur intérieur, les cellules affectent souvent la disposition concentrique qui caractérise les globes épidermiques. Le tissu environnant est un tissu conjonctif très-peu développé.
Les parties centrales de la tumeur sont grises et opaques ; on y voit des espèces de bourbillons allongés, blancs, comme des larves d’insecte, qui sortent par la pression et sont constitués par des cellules épithéliales généralement infiltrées de graisse. C’est cette infiltration
graisseuse qui donne évidemment à la partie centrale de cette tumeur son opacité.
Nouvelle reproduction, quatrième récidive, et enfin mort de la malade après l’extirpation.