‹ Quelques considérations sur le cœur des tuberculeux et des cancéreuxChapitre 9 sur 17 · ALTÉRATION GRAISSEUSE · texte numérisé non relu

ALTÉRATION GRAISSEUSE

L'une des altérations les plus fréquentes amenées par la tuberculose et le cancer, et aussi par les autres affections chroniques aboutissant à la cachexie, est ce que l’on désigne sous les noms de dégénérescence graisseuse, hyperplasie de la graisse du cœur, lipome capsulaire du cœur, métamorphose graisseuse. Nous ne nous occuperons pas, dans ce chapitre, de la surcharge graisseuse du cœur ; cette altération, se rencontrant très-souventchezdes sujets absolumentsains, estproduite par les progrès même de l’âge, et chez les gens obèses. Cette altération est trop fréquente, chez des sujets qui ne sont ni tuberculeux ni cancéreux, pour que nous y insistions ici. Mais à côté de cette altération qui se produit par un mécanisme d'invasion, le tissu graisseux proliférant à travers le tissu conjonctif sous-péricardique dans les silions et le long des vaisseaux et souvent dans l'épaisseur même du tissu musculaire, il en est une seconde dont le mécanisme est inverse. Au lieu d’être le résultat de la polysarcie générale, la prolifération graisseuse s'effectue ici par suite d’un vice de nutrition ; le myocarde devient graisseux parce qu'il est mal nourri. C’est de cette dernière altération que nous voulons dire quelques mots. Au préalable, nous allons esquisser rapidement l’historique de la question des rapports de la dégénérescence du cœur avec la tuberculose et le cancer.

La dégénérescence graisseuse du cœur ou stéatose interstiüelle, comme lésion sui generis et indépendante de lasurcharge graisseuse, n’est pas connue depuis longtemps. Dans l’article Cœur du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, J. Parrot fait remarquer que c’est à tort que l’on cite Lancisi et Morgagni comme ayant différencié les deux altérations.

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Corvisart et Laennec seraient, d'après le même auteur, les premiers qui auraient établi cette distinction. Mais Corvisart avoue n'avoir jamais observé la dégénérescence graisseuse, qu'il admet par analogie avec celle des autres muscles. Quant à Laennec, nous pensons avec Barrabé, qu'il n’a pas vu cette lésion.

C'est à Rokitansky que revient l'honneur d’avoir, le premier, décrit la dégénérescence graisseuse du cœur (1842). Peu après, Peacock traite le même sujet. Bizot en parle également.

Louis signale la stéatose cardique au nombre des complications de la tuberculose pulmonaire. Paget (1) et Quain (2) affirment, chacun de son côté, que la dégénérescence graisseuse du myocarde est fréquente chez les phthisiques. Ormerod (3), Aran (4) font la même remarque. Wagner (5) sur 21 observations a trouvé 8 fois la stéatose du ventricule droit, 4 fois à la suite de tubercules pulmonaires, 4 fois dans le cas de bronchite chronique ou d’emphysème liés à l'existence de tubercules (Barrabé). Stokes (6) dit avoir rencontré souvent l’altération graisseuse du cœur dans les affections chroniques s’accompagnant d'amaigrissement. La même constatation se trouve dans Friedreich (7), etc. Plus près de nous, Cornil et Ranvier, Peter, etc., admettent la fréquence de Ia dégénérescence graisseuse du cœur dans les maladies générales chroniques, et particulièrement dans les cachexies tuberculeuse et cancéreuse.

Sous quel aspect se présente le cœur atteint de dégénérescence graisseuse ? |

(4) Pacer. — London méd. gaz., vol. II, 1847, p. 229.

(2) Quain. — On fatty diseases of the heart, 1851.

(3) Ormeron. — London méd. gaz., nov. 1849.

(4) Aran. — De l'atrophie graisseuse du cœur. Rev. méd. chir. Paris, 1855. (5) Wacner. — Dict. Fettmetamorphose des Hersfleicher. Leipsig, 1864.

(6) Srores. — The diseases of the heart and aorta. Dublin, 1854.

(7) Frrepreica. — Traité des maladies du cœur. Trad. Doyon et Lerbet, 1873.

Un des caractères les plus constants est la modification subie par la coloration du myocarde. Dans le cas qui nous occupe, il est jaunâtre ou feuille morte. Mais cette coloration est loin d’être toujours uniforme, et par endroits se trouvent des taches plus foncées que le reste, ce qui donne au myocarde, vu à travers l’endocarde, un aspect pommelé (Quai).

La résistance du muscle est ordmairement diminuée ; il est mou, facile à déchirer, graissant le papier (Laboulbène).

Au point de vue du volume, il est habituel de le trouver diminué, l’atrophie accompagnant généralement la dégénérescence graisseuse du cœur. Cependant on a pu, bien que rarement, observer l'augmentation de volume et de poids de l'organe, comme dans l’observation suivante, extraite du Bulletin de la Société anatomique, 1879, p. 132.

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