L. Clerc
Observation VIII
Enorme lipome sous-aponévrotique de la face interne de la cuisse gauche.' — Ablation par M. Poncet. — Guérison.
subi brusquement, depuis neuf mois, un accroissement rapide, de sorte qu’il atteint aujourd’hui à peu près le volume d’une tète d’adulte.
La tumeur est nettement sous-aponévrotique, absolument mobile, sans adhérence aucune. L’état général est peu modifié. On note l’absence d’engorgement ganglionnaire. Tl n’y a pas de douleurs ni de troubles fonctionnels.
L’allure rapide prise tout à coup par la masse néoplasique fait penser un instant à un sarcome ou à un lipome ayant subi une dégénérescence sarcomateuse. On parle de désarticuler la hanche.
Mais M. Gangolphe, en constatant la lobulation de la tumeur, la possibilité de la mobiliser sur les parties profondes, son développement très lent, incline pour une tumeur relativement bénigne, peut-être un myxo-lipome, et juge l’énucléation possible.
L’opération fut pratiquée sans incident le \% novembre 1895. La tumeur pèse 3 kilos.
L’examen histologique pratiqué par M. le Dr Paviot, préparateur du laboratoire d’anatomie pathologique à la Faculté, montra qu’il s’agissait d’une tumeur à tissus multiples dans laquelle un des éléments constituants avait pris un accroissement rapide.
L’analyse porte sur trois fragments prélevés sur des points différents de la tumeur.
Le'premier offre la constitution du lipome vulgaire, à vésicules cependant plus petites que d’ordinaire.
Dans le deuxieme, on note l'aspect d’un tissu angiomateux. La plus grande partie de ce fragment est, en effet, constituée par du tissu vasculaire : énormes vaisseaux coupés en travers ou en long, réduits à leur endothélium qui repose sur un anneau de tissu conjonctif dense et plongés dans un tissu conjonctif adulte à grosses fibres et à cellules fixes rares.
La troisième portion est la plus intéressante : elle offre sur les coupes des globes cornés, sans auréole de cellules malpighiennes, quelques tubes épithéliaux tapissés par un épithélium cubique, quelques îlots où l’on trouve de nombreuses travées d'ossèine. Le tout est plongé dans un tissu conjonctif lâche, jeune , myxoïde. C’est certainement ce dernier tissu qui
est le plus embryonnaire et c’est fort probablement à son développement que la tumeur doit d’avoir augmenté de volume.
Peu de temps après l’opération le malade quittait l’Hôtel- Dieu en très bonne voie de guérison.
Il a été présenté huit mois après à la Société des sciences médicales par M. le D' Gangolphe. L’opéré, avait repris ses occupations et il n’y avait pas trace de récidive.
Observation X
(Due à l’obligeance de M. le professeur Poncet.)
Claude P..., âgé de soixante -un ans, couvreur, demeurant à La Chapelle Saint-Sauveur (Saône-et-Loire), entre le 10juin1896 à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Philippe n" 14, service de M. le professeur Poncet, pour une énorme tumeur de la cuisse droite.
Rien de particulier à noter du côté des antécédents héréditaires. Personnellement aucune maladie grave.
Il y a six ans, traumatisme de la cuisse droite. Le malade, en couvrant une maison fait un faux pas, glisse et heureusement, est retenu par la cuisse droite. Ce traumatisme n’eut pas de suites immédiates graves, Claude P... pu continuer son travail ; mais dans les jours qui suivirent, il vit apparaître, à la partie supéro-interne de la cuisse, une grosseur du volume d’une noisette, un peu gênante pour les mouvements et qui depuis, s’est accrue progressivement.
Un an après son début, la tumeur avait le volume d’un oeuf de poule. Depuis deux ans, l’évolution a été très rapide et depuis six mois, la tumeur a doublé de volume.
Actuellement, le malade se présente avec une tumeur énorme, dépassant le volume de deux tètes d’adulte, occupant presque toute la hauteur de la cuisse de la face interne de laquelle elle se détache et à laquelle elle est reliée par une large base.
La tumeur est ovoïde, à grosse extrémité dirigée en bas.
La peau a conservé sa coloration normale ; elle ne présente
ni ulcération, ni rougeur ; elle est sillonnée de veines nombreuses et volumineuses.
A la palpation, la masse néoplasique offre une consistance molle, inégale, presque fluctuante en certains points, plus dure en d’autres. La percussion donne de la matité. En un point limité, on perçoit un léger souffle dans la région voisiné de la zone d’implantation par suite de la compression exercée par la tumeur sur les vaisseaux fémoraux. Le néoplasme est nettement indépendant du squelette de la cuisse ; il est mobilisable sur les plans profonds, sauf au niveau de la gaine des vaisseaux à laquelle il semble adhérer assez étroitement.
La mensuration donne :
Dans le sens vertical, 1 mètre de circonférence ;
Dans le sens horizontal (la cuisse comprise), 97 centimètres.
On ne constate pas de troubles de la sensibilité, ni de phénomènes de paralysie.
Pas de douleurs, ni spontanées, ni provoquées. Absence d’engorgement ganglionnaire. OEdèrhe et varices à la jambe du côté de la tumeur. L’état général est satisfaisant. Le malade dit cependant avoir un peu maigri depuis six mois. Malgré le poids de la masse énorme qu’il avait à porter, le malade a pu continuer son travail pénible de couvreur jusqu’au mois dernier. Il n’éprouvait qu’un peu de fatigue et des tiraillemeuts nerveux le soir après son travail.
Le diagnostic clinique formulé par M. le professeur Poncet fut celui de myxome lipomateux.
En présence du volume de la masse morbide, de son accroissement rapide, on propose l’extirpation de la tumeur, ce qui est accepté volontiers par le malade.
7 juillet. — Opération. Antisepsie rigoureuse de la région. Anesthésie à l’éther. Pas d’Esmarck. Pas d’hémostase préventive autre que la compression des vaisseaux dans le triangle de Scarpa. Incision verticale suivant le grand axe de la tumeur, allant du pli inguino-crural au condyle interne du fémur. Quelques grosses veines superficielles ouvertes sont pincées. La décortication de la masse est possible ; elle est faite rapidement sur toute la partie saillante. Toutefois elle devient plus difficile à la partie interne au niveau de la gaine des vaisseaux. En