‹ Quelques considérations sur le myxome lipomateux de la cuisseChapitre 14 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

' ÉTIOLOGIE. — SYMPTOMES

L’étiologie du myxo-lipome de la cuisse est particulièrement obscure, et comme pour un grand nombre de tumeurs, la cause première qui préside à son développement nous est inconnue. Le traumatisme, invoqué si souvent dans la genèse des tumeurs, ne joue ici qu’un rôle bien secondaire, puisque dans nos observations, on ne le trouve qu’une fois nettement signalé. Le sexe semble avoir une certaine influence sur le développement du néoplasme, car le plus grand nombre de nos malades appartenait au sexe masculin.

Une condition étiologique plus importante est celle qui a trait à l’âge du sujet. Le myxo-lipome que nous décrivons se développe dans Page adulte, et plus particulièrement dans la seconde moitié de la vie ; la plupart de nos observations se rapportent à des personnes dont l'âge moyen dépasse cinquante ans, du moins à l’époque où on les observe, car il faut dire que souvent le début de la tumeur remonte à de longues années. La jeunesse et

l’adolescence semblent particulièrement indemnes de cette afïection .

L’hérédité ne semble avoir aucune influence digne d’être signalée. La congénitalité joue peut-être un certain rôle : une de nos observations concerne un myxome lipomateux greffé sur une tumeur primitivement congénitale, mais il s’agit d’un cas unique d’après lequel on ne peut conclure, et d’ailleurs ce n’est toujours que tardivement qu’est apparue la tumeur dont nous nous occupons.

Le début de l’affection néoplasique est insidieux ; il échappe ordinairement au malade. La tumeur reste longtemps inaperçue, à l’état latent pour ainsi dire, jusqu’à ce qu’un peu de gêne à l’occasion d’un mouvement, un traumatisme, viennent attirer l’attention du sujet. Parfois c’est seulement par hasard, en promenant la main sur la région atteinte, que celui-ci est amené à constater la présence d’une grosseur au niveau de la cuisse.

Dans l’immense majorité des cas, le développement de la tumeur s’est fait sans aucun trouble fonctionnel, ni aucun phénomène douloureux, et lorsque le malade s’aperçoit de son existence, elle a déjà souvent atteint le volume d’un oeuf ou d’une petite orange.

Le peu d’accidents déterminés par le néoplasme n’inquiète pas le sujet qui en est porteur, et il est rare d’être appelé à examiner la tumeur à cette phase initiale de son développement. Ce n’est que bien plus tard, parfois au bout de plusieurs années, lorsque le volume et même le poids du myxo-lipome sont devenus assez considérables pour gêner le malade dans ses occupations, que le médecin est consulté.

A ce moment l’affection est en pleine évolution, à la

période d’état. Nous allons étudier les caractères qu'elle présente et pour plus de simplicité, nous décrirons deux ordres de symptômes : symptômes physiques et symptômes fonctionnels.

A . Symptômes physiques. — Dans la région où nous l'étudions, le lypome myxomateux se présente sous l’aspect d’une masse plus ou moins saillante, souvent très volumineuse, assez régulière dans son ensemble, offrant quelquefois par places des bosselures ou des lobulations plus ou moins marquées.

La forme est le plus souvent arrondie ou légèrement ovoïde comme celle du lipome vrai, plus rarement allongée dans le sens de l’axe du membre comme dans le myxome diffus; le néoplasme est le plus souvent sessile et fixé par une base souvent très large sur les parties molles de la cuisse; quelquefois le poids et les dimensions de la masse morbide lui donnent une apparence de pédiculisation, mais en réalité, il s’agit d’une zone d’implantation assez étendue qui relie étroitement la tumeur aux tissus sousjacents.

On peut rencontrer le myxo-lipome dans les diverses régions de la cuisse ; cependant le triangle de Scarpa, la région des adducteurs, la partie moyenne de la face interne, semblent être pour lui des sièges de prédilection. Dans certains cas, le poids et le développement excessifs de la masse étendent ses limitesjusque dans le voisinage de l’articulation du genou.

Le volume est variable : le néoplasme arrive aisément à dépasser la grosseur d’un poing ou d’une tête d’enfant. Souvent il peut devenir considérable et dans les leçons

cliniques faites sur ce sujet par MM. les professeurs Poucet et Pollosson, ces maîtres insistent bien sur la tendance qu’ont ces productions morbides à atteindre des dimensions colossales. C’est ainsi qu’on observe des myxomes lipomateux doublant ou triplant le volume de la cuisse et lui donnant l’aspect d’un énorme gigot à renflement arrondi, ou prenant eux-mêmesla forme d’une volumineuse masse appendue à la région fémorale. La tumeur du malade de Inobservation X en est un remarquable exemple.

Nous avons dit que la tumeur présentait souvent un aspect bosselé. La peau qui la recouvre est saine, sans ulcération ; elle a conservé sa coloration normale et glisse librement sur la masse néoplasique. Mais si elle n’est pas envahie, elle peut cependant être amincie et distendue à une époque tardive de l’évolution. Sa surface est souvent sillonnée de grosses veines variqueuses, comme dans les véritables sarcomes.

Lorsque le néoplasme est à sa première phase de développement, et ne s’est pas encore énucléé partiellement au dehors pour former une masse relativement limitée, assez facile à circonscrire avec les doigts, on constate une tuméfaction locale vague, sous-aponévrotique donnant une sensation de mollesse ou même de fluctuation profonde. Le diagnostic peut alors présenter de sérieuses difficultés.

A la période avancée où nous l’examinons, la tumeur offre une consistance inégale : rénitente ou molle en certains points, plus dure en d’autres. A côté de masses bosselées, résistantes, fibroïdes, on trouve des zones qui donnent une sensation particulière de mollesse et même de véritable fluctuation.

On ne détermine, en général, aucune douleur par la pression du néoplasme. La palpation révèle parfois, en certains points, la présence de battements, et l’auscultation, l’existence de bruits de souffle.

Né aux dépens du tissu celluleux sous-aponévrotique ou intermusculaire le myxo-lipome de la cuisse constitue une tumeur le plus souvent mobile sur les plans profonds. Il semble n’avoir aucune connexion avec les couches ostéo-périostiques et, par le fait, être indépendant du squelette de la cuisse, car on peut imprimer des mouvements de totalité à la tumeur sans que ces mouvements soient transmis à l’os sous-jacent.

Dans ces rapports avec les parties voisines, la masse morbide se comporte souvent comme une tumeur assez bien circonscrite. Elle est alors simplement adjacente aux tissus ambiants par l’intermédiaire d’une enveloppe fibro-celluleuse plus ou moins complète, plus ou moins résistante. Quelquefois cependant, elle contracte des adhérences au niveau des muscles, des tendons, des feuillets aponévrotiques, elle envoie des prolongements sous forme de traînées néoplasiques diffuses dans les interstices musculaires comme cela s’observe dans le myxome pur, diffus, décrit par Rafîn. Ces infiltrations interstitielles, plus ou moins étendues, se font au niveau des points où la membrane limitante s'est effondrée. Enfin dans cette forme moins limitée, on constate fréquemment des connexions assez étroites avec la gaîne des vaisseaux fémoraux, ce qui rend l’extirpation très délicate et assez laborieuse. Ces caractères de diffusion et d’adhérences partielles se trouvaient réunis dans la tumeur du malade de M. Poncet (obs. X). Ils s’observent dans les myxo-

Page 1