‹ Quelques considérations sur le myxome lipomateux de la cuisseChapitre 15 sur 18 · L. Clerc · texte numérisé non relu

L. Clerc

lipomes déjà volumineux, dont un des éléments a subi une prolifération active, qui explique leur brusque accroissement, et permet de les considérer comme des tumeurs

mixtes au point de vue de la malignité.

Lorsque la tumeur, encore de volume moyen, s’est creusé pour ainsi dire une loge au sein des parties molles, au-dessous de l’aponévrose, sa mobilité diminue ou disparaît du fait de la contraction musculaire qui la fixe. On voit alors nettement les bandelettes aponévrotiques et les faisceaux musculaires, qui brident le néoplasme, se dessiner autour de lui ou à sa surface et toute la masse faire plus ou moins corps avec les tissus sous-jacents.

On pourra observer parfois au niveau de certains points de la tumeur des phénomènes vasculaires caractérisés par des battements ou par des bruits de souffle à l’auscultation. Dans le plus grand nombre des cas, il s’agira de battements transmis au néoplasme par l'artère fémorale et les bruits de souffle ne seront dus qu’à la compression du vaisseau par la tumeur. Il ne faudrait pas en conclure qu'on est en présence d’une transformation télangiectasique ; en effet, l’auscultation démontrera que le maximum d’intensité du souffle est situé sur le trajet ou dans le voisinage des gros vaisseaux et non pas en un point quelconque de la tumeur.

Plus rarement, il s’agira d’une véritable transformation angiomateuse pouvant donner naissance, soit à des battements, soit plus fréquemment, à des signes stéthoscopiques. Ce seront là des modifications partielles subies par la masse néoplasique, et nous en avons trouvé un exemple dans l’observation IX, dans laquelle on note qu’il existait, à l'auscultation, un souffle localisé à une région

déterminée, et à l’examen histologique, une transformation télangiectasique d'une portion limitée de la tumeur.

En résumé, il s’agit d’une tumeur de dimensions souvent colossales, tumeur mobile, sans adhérences à la peau, de consistance inégale, le plus souvent saillante et assez bien circonscrite, mais pouvant affecter, plus rarement, une forme diffuse et des adhérences susceptibles de compliquer les manœuvres opératoires de l’extirpation.

B. Symptômes ] fonctionnels. — Les symptômes fonctionnels produits par le myxome lipomateux font presque entièrement défaut, sauf peut-être à une période avancée. Les phénomènes douloureux sont nuis ou très peu accusés. Si l’on admet avec Verneuil que les tumeurs ne sont pas douloureuses par elles-mêmes, mais seulement par la compression nerveuse qu’elles déterminent, il est facile de comprendre que ces masses composées de tissus mous, graisseux et gélatiniformes, tendant d’ailleurs le plus souvent à s’énucléer au dehors sans englober les cordons nerveux, puissent ne donner lieu à aucun phénomène d’étranglement.

Les veines sont plus accessibles à la compression, et la gêne de la circulation veineuse profonde se rencontre fréquemment chez les malades porteurs de volumineux myxolipomes. Elle se traduit par un œdème plus ou moins marqué du membre inférieur et par des dilatations variqueuses des veines superficielles qui servent de voies de suppléance.

A part ces symptômes de peu de gravité, la tumeur évolue pendant de longues années, sans occasionner le

moindre trouble dans l’organisme. Elle n’entrave pas la contraction des muscles et l'intégrité fonctionnelle du membre inférieur est presque complète.

Les malades peuvent encore faire de longues marches sans être incommodés, et continuer à se livrer à leurs occupations, même pénibles. C’est ainsi que Claude P... put continuer son métier de couvreur jusqu’à un mois avant son entrée à l’Hôtel-Dieu.

Il n’y a pas de retentissement sur l’état général ; la tumeur par son développement n’amène ni infection, ni cachexie. Le sommeil, les fonctions digestives ne sont pas altérées. Les sujets atteints de cette variété de tumeur ne maigrissent pas, ne perdent pas leurs forces, souvent même ils sont doués d’une vigueur exceptionnelle. Enfin, notons que les ganglions tributaires des lymphatiques de la région malade ne sont jamais engorgés.

Voilà ce qu’on observe tant que le myxo-lipome n’a pas atteint des dimensions exagérées, c’est-à-dire, nous le répétons, pendant un laps de temps souvent considérable.

A une période avancée, lorsque le néoplasme est devenu volumineux, la santé générale reste bonne, mais les troubles fonctionnels locaux apparaissent ou augmentent.

La saillie formée par la tumeur, siégeant à la face interne de la cuisse, élargit d’autant l’espace intercrural, écarte l’un de l’autre les membres pelviens et rend ainsi la marche difficile.

Cette gêne mécanique s’exagère au fur et à mesure que le volume et le poids de la masse morbide augmentent, et les malades finissent par être condamnés au repos.

Ce n’est, le plus souvent, que cette gêne fonctionnelle progressive qui les décide à consulter le médecin et à réclamer une intervention.

Nous terminerons cette rapide description des troubles fonctionnels en disant que les douleurs, pour être exceptionnelles, peuvent exister parfois sous forme de tiraillements nerveux ou d’élancements irradiés vers la partie inférieure de la cuisse et vers la jambe. La fatigue résultant de la marche, l’œdème du membre inférieur assez développé, peuvent obliger le malade à suspendre ses occupations. Enfin il est possible d’observer quelques phénomènes inflammatoires dus aux frottements incessants subis parla tumeur : érythème, lymphangite, éruptions eczémateuses, etc... ; au niveau de l’insertion de la masse on voit également parfois se développer de l'intertrigo, qui s’exagère et dont le malade souffre davantage en été, en raison de l’irritation cutanée due à l’hypersécrétion sudorale.

En résumé, les symptômes physiques du myxo lipome de la cuisse sont prédominants ; et tout en tenant compte des commémoratifs, et de la valeur souvent négative des signes subjectifs, le clinicien s’attachera de préférence à l’examen des symptômes locaux pour établir le diagnostic.

Les troubles fonctionnels, au contraire, sont absents ou très peu marqués et ils n’apparaissent réellement qu’à une période avancée de la maladie, pour constituer des

symptômes de gêne purement locale et mécanique.

Evolution. — L’évolution naturelle de l’affection semble être à peu près toujours la même et sur ce point, nos observations se ressemblent. Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’un développement progressif. La tumeur, à partir du jour où elle est observée, s'accroît lentement; sa marche se compte le plus souvent par années.

Elle met trois ou quatre ans, ou même davantage pour atteindre le volume d’une orange ; puis elle continue sa marche avec une extrême lenteur pour acquérir, à la. longue, des dimensions considérables. D’autres fois, dans son évolution, le néoplasme procède par poussées successives qui se font à plus ou moins longs intervalles, sous l’influence d’un traumatisme ou de conditions mal déterminées. Enfin, il existe un assez grand nombre de cas où la tumeur, à un moment donné, prend tout à coup un développement plus rapide qui inquiète le malade, le gêne dans ses occupations, et le décide à entrer à l’hôpital . Tel est le cas de Claude P... qui vit sa tumeur évoluer lentement pendant près de six ans, puis doubler de volume en six mois.

Cet accroissement brusque s’expliquerait, d’après M. Poncet, par un concours de causes plus ou moins bien définies, par les irritations fréquentes auxquelles de telles tumeurs sont soumises, alors qu’elles ont atteint un certain volume, irritations dues aux frottements, aux tiraillements, au poids de la masse morbide (1).

Le temps qui s’est écoulé depuis le début connu de l’aflection jusqu’à l’examen du sujet, varie dans nos observations de quelques mois à douze ans. Dans la plupart des cas la constatation du néoplasme par le malade remontait à cinq ou six années.

En somme, évolution lentement progressive sans altération de l’état général aboutissant le plus souvent à un développement tout à coup rapide qui amène la tumeur à des dimensions considérables.

(1) Rafin, loc . cit .

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