‹ Quelques considérations sur les affections dites tumeurs blanchesChapitre 2 sur 6 · ALTÉRATION DE LA SYNOVIALE · texte numérisé non relu

ALTÉRATION DE LA SYNOVIALE

Il ne faut pas regarder, avons-nous déjà dit, comme des tumeurs blanches , toutes les maladies inflammatoires des membranes synoviales : celles-ci peuvent être le siège d’une phlegmasie chronique ; l’articulation peut offrir un engorgement considérable , sans cependant offrir les caractères essentiels propres aux affections de cette nature , c’est à-dire , l’altération du tissu malade. Il arrive assez souvent que les synoviales restent gonflées , injectées à la suite des hydarthroses , lorsque, sans faire attention à la phlegmasie delà synoviale , qui , dans un grand nombre de cas , est la cause unique de l’accumulation de la synovie dans l’intérieur de la jointure, on dirige tous les moyens curatifs contre la collection du liquide , et qu’on ne fait rien pour faire disparaître l’état d’inflammation de l’organe sécréteur ; et nous avons pu nous convaincre dans plusieurs cas , que l’altération delà synoviale avait débuté par unehydarthrose ; qu'à la suite de la disparition de celle-ci par des moyens convenables, il était resté un peu de douleur, de gêne et d’engorgement dans l’articulation, et que ces symptômes , en augmentant d’intensité,

avaient fini par amener une véritable tumeur blanche. Et voici ce qui arrive dans ces cas, où , à la suite de plusieurs phlegmasies de la membrane synoviale , il se manifeste une tumeur blanche Quand la membrane est enflammée pour la première fois, et que les symptômes sont trés-prononcés, les anti phlogistiques employés d’une manière convenable , sont nécessairement suivis d’une amélioration sensible. Qu’arrivet-il alors? Les malades se croyant entièrement guéris , et ne comptant pour rien une faiblesse et une légère douleur dans lesmouvemens de la jointure , s'adonnent h leurs occupations ordinaires, et fatiguent toujours plus ou moins, selon le genre de leurs travaux, l’articulation malade; et, comme la membrane synoviale, de même que tous les autres organes , est d’autant plus exposée à contracter de nouvelles affections , qu’elle a été plus souvent malade et que la résolution de la première inflammation a été incomplète , une nouvelle phlegmasie se déclare par la plus légère cause , la synoviale s’engorge de nouveau, les mêmes moyens thérapeutiques sont suivis des mêmes résultats , et de nouveau encore , le malade se livre à ses travaux , avant la résolution complète de cette seconde inflammation. C’est ainsi que, par une série de phlegmasies qui toutes ont été incomplètement guéries et qui toutes à leur tour ont laissé , pour ainsi dire , leur somme d’engorgement , la membrane synoviale s’altère , s’épaissit; toute apparence d’organisation primitive disparaît ; elle est convertie en une substance pul-

peuse , lardacée , d’une épaisseur plus ou moins considérable ; le tissu cellulaire environnant a subi la même transformation et adhère si fortement à la synoviale , quelle ne parait former avec elle qu’un seul et même tissu.

Voici à l’aide de quels signes il est possible de reconnaître le siège primitif de la maladie dans les premières périodes.

L’altération de la membrane synoviale qui constitue la première espèce de tumeurs blanches , s’observe assez généralement chez des individus d’un tempérament robuste et ayant passé l’âge de puberté. Elle survient à la suite de plusieurs arthrites rhumatismales ou produites par toute autre cause , telles que le froid, l’humidité, etc. Dans le commencement de la maladie , les symptômes inflammatoires sont trèsprononcés ; la douleur est vive , étendue , superficielle ; la peau est rouge , tendue , tuméfiée ; l’articulation ne tarde pas à s’engorger. Cette tumeur présente assez souvent des signes de fluctuation ; les mouvemens , sansêtre gênés , sont très-douloureux. Les anti-phlogistiques , et plus tard les vésicatoires, sont suivis d’une amélioration sensible. Immédiatement après leur application , diminution de l’engorgement et des autres phénomènes inflammatoires. A cette époque , la maladie passe à l’état chronique , ses progrès sont suspendus ; bien plus , on dirait assez souvent qu’ils ont entièrement lâché prise ; la douleur est presque nulle , les mouvemens assez faciles , l’engorgement

imperceptible ; le malade reste dans cet état stationnaire pendant un espace de temps toujours considérable, et ce n’est que fort long-temps après, que les symptômes acquièrent une nouvelle activité, souvent amenée par une lésion extérieure ;ylans d'autres cas, au contraire , cette exaspération des phénomènes morbides apparaît sans cause connue. Cependant , la désorganisation s’empare des autres tissus, la synoviale subit cette transformation dont nous avons déjà parlé , et alors apparaissent tous les caractères communs à toutes les espèces de tumeurs blanches. A cette période de la maladie , l’articulation présente de nouveau, commedans son début, un engorgement assez considérable ; mais on ne retrouve plus ici les mêmes caractères. En l’examinant avec les doigts , on n’éprouve plus la sensation d’un liquide fluctuant dans l’intérieur de l’articulation ; cette tumeur , au contraire , est molle , élastique ; son toucher offre la même sensation que donnerait le caout-chouc.

Enfin , il est un dernier phénomène propre à nous faire connaître que la maladie a envahi une grande étendue de la synoviale , et s’est propagée jusqu’aux cartilages ; c’est le craquement que le malade et le praticien peuvent fort bien reconnaître , quand on imprime au membre des mouvemens. Nous appelons craquement , cette espèce de bruit que perçoit le malade dans l’intérieur de l’articulation quand on l’a fait jouer ; bruit qui ressemble à celui que l’on ferait , si l’on frottait de petits cailloux les uns contre

les autres. Nous avons pu observer assez souvent ce phénomène ; il est surtout très-manifeste sur les malades actuellement couchés au n° 18 de la salle des militaires , et aux n03 31 et 48 de la salle des civils.

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