‹ Quelques considérations sur les affections dites tumeurs blanchesChapitre 3 sur 6 · DEUXIÈME ESPÈCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ESPÈCE

LXCÉRATIOX DES CARTILAGES.

Une seconde forme sous laquelle peuvent se présenter les maladies dont nous nous occupons , c’est l’ulcération des cartilages. Il est d’observation clinique , que si , dans beaucoup de cas , l’ulcération des cartilages paraît avoir été produite par les progrès d’une altération qui aura déjà envahi tous les autres tissus environnans , il arrive aussi assez souvent que les cartilages paraissent être le point de départ de la maladie. Nous avons vu plusieurs cas où la destruction des cartilages était complète , quand les autres tissus présentaient à peine des signes d’altération.

Une première circonstance dans l’histoire de cette affection , propre à nous faire connaître que la maladie réside dans les cartilages , c’est la lenteur de la marche des phénomènes morbides , et le peu d’intensité qu’ils présentent dans leurs premières périodes. On pourrait trouver l’explication de ce fait, dans les conditions anatomiques et physiologiques des carti-

lages. Ceux-ci , dans leur étal normal , jouissent de peu de sensibilité ; leur vitalité est très-peu prononcée; on 3 aperçoit à peine des traces de vaisseaux rouges ; leurs fonctions sont très-bornées. En faisant attention à toutes ces considérations , sera-l-on étonné de voir les maladies de ces tissus procéder avec tant de lenteur et d’une manière sourde et cachée? En effet , on voit souvent les malades ne réclamer les secours de l’art , que fort long-temps après l’apparition des symptômes morbides , alors que les cartilages sont ulcérés dans une grande partie de leur étendue.

L’ulcération des cartilages attaque , en général, les sujets adultes , de même que la première espèce , c’est-à-dire, l’altération delà synoviale ; mais, dans cette dernière affection , les symptômes inflammatoires sont très-prononcés au début , pour aller ensuite en diminuant , à mesure que l’on s’éloigne de la première période de la maladie , tandis que, dans l’ulcération des cartilages , ce n’est que dans les derniers temps que les phénomènes morbides apparaissent avec toute leur gravité, et augmentent de plus en plus, à mesure qu’on s’éloigne de l’époque du développement de la maladie. Dans la première espèce , celle-ci reconnaît assez souvent pour cause occasionelle des phlegmasies rhumatismales ; dans la 2me , c'est une lésion extérieure quelconque qui aura précédé l'apparition des symptômes. Dans les altérations de la membrane synoviale , les anti-phlogisliques et les révulsifs sont très-efficaces dans la plupart des

cas ; il n’en est pas ainsi dans l'ulcération des cartilages , où leur usage n’est suivi souvent d’aucun résultat avantageux. Quand la maladie a pris son point de départ dans les cartilages , la douleur , nulle au début, ne conserve pas toujours ce caractère de bénignité ; quand l’ulcération occupe une assez grande étendue , et que les symptômes abandonnant cet état stationnaire qu’ils conservaient depuis long-temps , marchent avec une nouvelle rapidité , cette douleur devient dans plusieurs cas très-vive , et la violence est telle que le plus léger mouvement arrache des cris aux malades ; elle pourrait même servir de signe caractéristique de cette affection. A dater de ce jour , elle augmente , à mesure que les accidens deviennent plus graves; toutefois, il n’est pas rare de la voir paraître et disparaître à diverses reprises , pour se fixer ensuite avec persévérance jusqu’à parfaite guérison ou jusqu’à une terminaison funeste.

Quand l’ulcération réside dans la synoviale, la douleur est le premier signe qui apparaît , et cette douleur est bientôt accompagnée d’un engorgement considérable. Il n’en est pas ainsi dans cette espèce de tumeur blanche : ici , le premier symptôme n’est pas toujours la douleur, et il ne se manifeste pas , dès les premiers jours , un engorgement ; celui-ci n’apparaît jamais que dans les dernières périodes de la maladie, et alors il n’est pas dù à la synovie , mais bien à une collection purulente.

Quand l’ulcération , loin de se borner aux carti-

lages , s’est étendue aux parties voisines, tels que les ligamens, la synoviale , le tissu cellulaire , etc. , il se manifeste un symptôme assez important à noter; je veux parler de ces déplacemens des extrémités osseuses articulaires. Ces surfaces n’offrent plus alors les conditions normales qui doivent les maintenir en rapport; ces moyens d’union étant détruits, aucune résistance n’est opposée à l'action des muscles qui font mouvoir l’articulation , et il résulte que les têtes osseuses obéissant à cette contraction musculaire, éprouvent des cliangemens notables dans leurs rapports. Ce sont ces déplacemens , symptôme d’une affection grave, qu’on a appelés luxation spontanée, consécutive, symptomatique (Celle dernière dénomination nous paraît préférable ) ; et , comme c’est surtout dans les affections de cette nature qui ont leur siège dans les cartilages de l’articulation coxo-fémoraîe que ces déplacemens ont été observés, c’est à ceux-ci qu’on a appliqué exclusivement ces dénominations.

Tels sont à peu près les phénomènes particuliers qui nous ont paru propres à nous faire connaître le siège spécial et primitif de l’altération. Toutefois , ferons- nous observer que ce n’est absolument que sur la présence de tous ou du plus grand nombre , qu'on pourra établir un diagnostic probable ; car le peu de données fixes que présente l'étude de ces affections , ne permet que rarement à l’homme de l’art d’asseoir son jugement d’une manière certaine , et il

serait d’autant plus essentiel de reconnaître le siège du mal dans les premiers degrés , que ce n’est qu’ alors qu’il y a lieu d’espérer que les moyens thérapeutiques que l’on mettra en usage , seront suivis de quelque succès. Mais , il n’en est pas ainsi : les malades ne sont pas assez frappés de la nature de leur mal ; ils sont bien loin d’envisager tous les dangers , toute la gravité d'une affection, qui, dans son début, est si légère , et de prévoir que cette maladie , si insignifiante dans les premiers temps , ne manquera pas d’amener des désorganisations si profondes , que l’ablation d'un membre ne préviendra pas , dans tous les cas , une terminaison funeste.

Avant de finir ce que nous avons à dire sur cette espèce de tumeur blanche , nous ferons observer que cette affection a une prédilection toute particulière pour les cartilages de l’articulatiou coxo-fémorale , de même que la première espèce s’observe souvent dans les articulations du genou. Mais si , dans ce dernier cas, nous trouvons la raison de cette circonstance dans les conditions anatomiques et physiologiques de l’articulation , nous ne saurions , dans le premier, voir des raisons assez puissantes pour expliquer la fréquence des cas dans lesquels les cartilages inter-articulaires de la hanche sont affectés primitivement.

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