‹ Quelques considérations sur les causes de la mortalité des nouveau-nés et sur les moyens d'y remédierChapitre 2 sur 5 · OC J · texte numérisé non relu

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val le de qui nze jours, c’esl-à-dire depuis le retour à la ligne de terre jusqu’à l'ascension complète, il y a un gain de 38 grammes en moyenne par jour.

Première planche. — Courbe P’.

Voici une deuxième courbe prise dans l’ordre pathologique par opposition à la précédente :

Le point de départ P de la ligne de terre commence à 3,500 grammes : l’un des chiffres élevés de la néo-naissance. L’on voit d’abord la ligne d’accroissement descendre au-dessous de la ligne terrestre, ce qui n’a rien de surprenant, ce fait étant physiologique. Mais l’abaissement dépasse les limites ordinaires en descendant jusqu’à 3,200 grammes; on reconnaît alors que la mère refuse d’allaiter son enfant et qu’elle se rend coupable d’un véritable infanticide. Sur les représentations qui lui sont adressées, elle nourrit son enfant, et l’on voit la ligne de développement remonter jusqu’à 3,350; mais, comme on ne peut exercer toujours une surveillance suffisante, la femme cesse de nouveau d’allaiter son enfant, et l’on voit la courbe redescendre avec des irrégularités jusqu’à tomber à 3,120 grammes pour remonter le quatorzième jour à 3,150 grammes. Ici, l’observation est interrompue par la sortie de la mère et de l’enfant. — Ce fait donne l’occasion de faire deux réflexions importantes : .1° dans un espace de treize jours, un enfant a pu perdre 350 grammes de son poids, tandis qu’il aurait dû acquérir en moyenne 420 grammes; cette déperdition n’a jamais été compensée par aucune augmentation, preuve d’insuffisance absolue de nourriture; l’enfant s’est nourri de lui-même par une espèce d’autophagie; 2° l’ascension de la courbe, bien qu’au-dessous de la ligne normale, a eu lieu au moment où l’on a surveillé la mère et où on l’a forcée à nourrir; mais nous avons dit que la surveillance n’a pu être continuée d’une manière régulière cette surveillance est impossible, en effet, dans les établissements hospitaliers, faute d’un personnel suffisant. Dans une salle de 30 femmes en couche, nous déclarons formellement que deux infirmières ne peuvent pas suffire aux différents travau> et aux différentes obligations de leur profession. Si elles travaillent, elles nepeuven pas surveiller; si elles surveillent, elles ne peuvent pas travailler.

Deuxième planche.

La courbe suivante est prise au point de vue physiologique et pathologique. 11 esévident qu’elle appartient à un enfant vigoureux et ayant une bonne nourrice.

Dès le jour de sa naissance, l’enfant pèse 3,000. Le douzième jour, après un allai, tement maternel très-bien suivi, le poids est de 3,930 (acquisition : 330 grammes) La mère veut continuer l’allaitement, bien qu’elle soit prise à cette époque d’m

abcès de la fosse ischio-rectale avec fièvre. Le trente-troisième jour, Mmc Alliot reconnut que l’enfant avait cessé de faire des progrès : elle le fit peser et trouva 3,850 (perte : 80 grammes). — De concert avec M. le docteur Ulysse Trélat, elle confia l’enfant à une nourrice, et l’on vit alors se rétablir un état de prospérité mar- : qué par une ligne ascendante presque régulière, si bien que, le soixante-douzième jour, l’enfant avait acquis 4,470 grammes de poids (soit une acquisition de 620 gr. en 37 jours) (1).

Nous avons seulement deux observations à présenter à l’égard de ce fait :

1° L’acquisition est plus satisfaisante en apparence qu’en réalité. Bien que la courbe ait été régulièrement ascendante, elle ne s’élève pas au poids physiologique, car, depuis le jour où l’enfant a été confié à une nourrice, il aurait dû gagner, en moyenne, 30 grammes par jour, ce qui aurait donné un produit de 1 kil. 110 gr., tandis que, en réalité, il n’a gagné que 620 grammes.

2» La deuxième observation est relative à la nourrice elle-même : si l’enfant n’a pas prospéré, cela n’a pas dépendu d’elle, mais de circonstances indépendantes auxquelles elle est parfaitement étrangère. On lui a permis de garder son enfant, et de l’allaiter tout en lui donnant un nourrisson étranger. L’allaitement double est essentiellement défavorable; quelque bonne que soit une nourrice, elle ne peut fournir qu’à un enfant ; nous en avons d’ailleurs une preuve dans un fait d’un autre ordre, mais essentiellement corrélatif : l’allaitement unilatéral. Dans ce cas, nous avons vu bien rarement des résultats heureux de l’allaitement par un seul sein. Une demi-nourrice ne convient pas plus à un enfant qu’une nourrice entière à deux enfants.

C’est sur ce mode d’observation, fait avec le plus grand soin, que nous nous sommes fondés pour établir les conclusions de notre mémoire. Ces conclusions générales, nous ne les répéterons pas; mais comme nous décrivons notre procédé d’examen clinique, nous voulons entrer dans quelques détails sur le mode opératoire et sur les résultats qu’il peut donner.

En premier lieu, nous pesons l’enfant nu , dans un linge pesé à l’avance, et dont nous défalquons le poids après la pesée, comme on défalque la tare d’un flacon dans lequel on pèse le liquide.

2o Bien entendu que l’observation se fait dans un lieu ayant une température ! élevée où l’enfant ne puisse pas éprouver de refroidissement.

3° Autant que possible nous empêchons l’enfant de crier ou de pleurer, car ! 'agitation qu’il se donne amène des oscillations de la balance et des erreurs d’obser- 3 vation.

4° Nous répétons l’observation à peu près à la même heure tous les jours, lorsque

(1) On trouvera, a 3a fin de ce travail, une série de 1 î planches dont on pourra facilement s’expliquer le tracé a l’aide des notes que l’on vient de lire ci-dessus.

l'enfant a urine et évacué les matières fécales,

ce qui

ne rentre véritablement pas

dans son poids.

5° Nous faisons nos observations avant la tétée, c’est-à-dire dans le cas de plus grande vacuité possible de l’estomac et de l’intestin. De cette manière nous avons le poids réel et sincère de la substance propre de l’enfant, et non pas le poids des substances ingérées dont la quantité peut être variable.

Nous conseillons de choisir pour l’observation le moment où l’on change l’enfant et où on le débarbouille. Cette précaution a les avantages suivants : on voit les langes de l’enfant, on apprécie les caractères et la couleur des matières fécales. Sous l’influence du léger refroidissement que l’enfant subit, il urine, et, par conséquent, on arrive à une de ces conditions de vacuité dont nous indiquons plus haut l’importance.

Nous saisissons cette occasion pour présenter, sous une forme presque aphoriiique, quelques remarques sur l’alimentation de l’enfant el sur les signes qui permettent d’en juger la valeur.

1. Lorsqu’on examine les couches d’un enfant , on y trouve à peu près constamment des matières fécales et de l’urine. 11 n’est pas indifférent d’en juger les caractères.

if. Les matières fécales jaunes, dorées, semblables à du jaune d’œuf cuit, sont un signe de bonne digestion, de santé, et elles révèlent la parfaite qualité de l’aliment offert à l’enfant, c’est-à-dire du lait de femme.

III. Les matières vertes, que l’on compare en clinique à de l’oseille ou à des épinards, indiquent une inflammation intestinale : leur caractère diagnostique prend une gravité plus grande si elles ont une réaction acide à l’odorat ou au papier de tour¬

nesol bleu.

IV*. Les matières peuvent avoir une couleur tout à fait noire et une odeur de tannerie ou de corroierie.

Ces deux derniers caractères (coloration verte et coloration noire) indiquent une nourriture mal appropriée, un lait trop fort, trop faible, trop jeune ou trop âgé, ou n’étant pas en rapport avec l’âge de l’enfant.

V. Deux autres caractères auxquels on ne porte pas une attention suffisante soûl la densité, la dureté des matières fécales, ou leur diminution, ou même leur absence : mauvais état de l’intestin, déterminé encore par le manque d’alimentation.

VL Les langes d’un enfant doivent être habituellement mouillés et donner une assez forte odeur ammoniacale. Quelquefois il s’exhale une odeur aigre, et leur réaction est extrêmement acide. D’autres fois ils restent secs la plus grande partie de la journée. Dans le premier cas, le lait est de mauvaise qualité. Dans le deuxième cas, il y a inanition, défaut d’allaitement, quoique l’enfant ait l’air de téter.

Ces caractères doivent être pris en considération, car ils servent en quelque sorte de phénomènes diagnostiques précurseurs.

N’est-il pas évident que ces faits, sur lesquels l’attention s’est bien rarement portée, viennent s’ajouter aux signes diagnostiques, qu’ils servent surtout de moyens prémonitoires, et qu’ils peuvent faire pronostiquer un certain nombre de maladies à venir? Un enfant dont les évacuations ne présentent pas les caractères naturels aura des hémorrhagies intestinales, une affection hépatique, un ictère, du muguet, des angines de mauvais caractère. Telles sont les maladies que l’on peut prévoir. S’il en survient d’autres, que l’on n’aura pas pu pronostiquer, il sera facile de dire au moins le caractère qu’elles présenteront : elles auront la forme adynamique ou putride. C’est dans ces cas aussi que l’on observera ces gangrènes si variées auxquelles les enfants sont sujets, et que l’on a voulu attribuer à des influences extérieures, et particulièrement à des intoxications; telles sont la gangrène de la bouche, la gangrène des doigts et des orteils, celle de la vulve et celle du •scrotum. Dans ces cas encore, on n’ose pas appliquer un vésicatoire parce que la surface de la plaie se couvre alors le plus souvent de diphthérie, s’ulcère et se gangrène.

Nous avons voulu jeter ce coup d’œil rapide sur la pathologie de l’enfance pour montrer à quel point elle est liée à l’alimentation.

Le médecin doit être inexorable à l’égard du traitement qu’il prescrira : la vie de l’enfant et surtout du nouveau-né est bien plus particulièrement que celle de l’adulte, liée à une alimentation convenable. Au risque de tout changer dans l’intérieur d’une famille, au risque de bouleverser toutes les habitudes établies, il doit exiger le remplacement de la mauvaise nourrice, fût-ce la mère de l’enfant, par une nourrice ayant beaucoup de bon lait.

Jusqu’à présent, la plupart des familles et beaucoup de médecins n'ont jamais su juger des qualités d’une nourrice, faute de caractères suffisants et rigoureusemen! exacts. L’erreur n’est plus possible aujourd’hui : le critérium, la pierre de touche, c’est l’enfant qu’elle allaite. Lorsqu’on montrera à une mère de famille que, depuis huit jours, son enfant a perdu 200 grammes ou même est resté stationnaire, elle ne pourra plus se faire d’illusions sur l’absence de nourriture, sur sa mauvaise qualité ou son vice d’administration.

Un détail se présente tout naturellement après ce que nous venons de dire. AL le docteur Bouchaud porte à 25 grammes l’accroissement journalier d’un enfant . Nous trouvons ce chiffre trop faible : il est très-possible qu’il soit le résultat d’une moyenne tirée de poids d’enfants bien portants et d’enfants plus ou moins affaiblis ou présentant déjà un certain degré d’état morbide. Nous le répétons, le poids moyen que nous avons obtenu des enfants sains est de 30 grammes en moyenne. On pourra même remarquer que (planche 1) la courbe donne pendant quinze jours un accroissement de 38 grammes par jour.

'Foute proposition nouvelle est sujette à objection. Aussitôt que nous avons indiqué la méthode des pesées régulières, comme moyen de contrôle de la santé et de l’accroissement de l’enfant, on nous a répondu :

1° Ce moyen n’a jamais été employé.

2<> Il serait d’un emploi difficile.

3° Les enfants s’accroissent tout seuls, ainsi que les animaux, comme par une sorte de vitesse acquise.

Nous répondons que ces objections ne sont pas fondées, qu’elles sont contraires aux faits, et que des impossibilités n’existent que quand on veut bien les laisser persister.

1° Ce moyen ri a jamais été employé. — Sans parler de Sanctorius, qui a passé la moitié de sa vie dans une balance, nous ferons remarquer que la méthode des pesées est tellement importante, qu’elle a été utilisée par la plupart des médecins modernes dont nous sommes les représentants et les continuateurs.

En France, MM. Trousseau, Depaul, Blot, Jacquemier, Broca, Barthez, Trélat, Guyon, Danyau, Alix, Bouchaud, Hervieux, M. Hardy, M. Blache, Mme Alliot, M. le docteur Bâcle, médecin des Enfants-Assités, et d’autres médecins se sont servis de ce procédé (1). Ce qui a empêché qu’on le trouvât bon, c’est qu’il n’a pas été employé d’une manière régulière et continue, au moins pendant de longues années. Nous voilà dégagés d’une première objection (2).

2° Difficulté du mode opératoire. — Le médecin trouvera-t-il dans toutes les maisons des balances et surtout des instruments d’une résistance suffisante? A défaut de cela, peut-il transporter dans sa poche ou dans sa voiture un engin encombrant et embarrassant?

Nous avons tourné la difficulté en remplaçant la balance vulgaire, la balance à plateau par la romaine, instrument léger, de peu de volume et d’une précision remarquable. Voici en quelques mots la description de notre romaine : Une tige d’acier de 42 cent. C C est articulée à l’une de ses extrémités par un anneau de suspension B. Cet anneau présente des conditions spéciales d’exactitude : son articulation a lieu par une pièce triangulaire dont l’arête supérieure forme un couteau semblable à celui sur lequel repose le fléau des balances exactes. Pour l’adaptation a des poids variables, l’anneau et le couteau ont une course déterminée et pouvant

(1) M. le docteur Crochard, auteur d’un travail remarquable sur la mortalité des nouveau-nés, nous prie de le compter au nombre de ceux qui regardent la pesée comme un moyen précieux de diagnostic.

(2) Depuis la publication de ce mémoire, nous avons lu les travaux publiés en Allemagne sur les pesées régulières des enfants : Elsàsser, Hoffmann, Bartsch, Siebold, Haake, Winckel ont chacun donné sur ce sujet des renseignements curieux, ainsi que le professeur Breslau, de Zurich. Nous reviendrons plus tard sur ces recherches consciencieuses, qui font honneur a leurs auteurs.

permettre de prendre des poids très-dissemblables. En dehors de ce point de suspension, au bout d’un bras de levier très-court, se trouve un crochet A qui permet de saisir la serviette dans laquelle on a enveloppé l’enfant.

La partie la plus longue de la tige est garnie d’une boule de cuivre D glissant à frottement destinée à faire contre-poids et, par conséquent, à marquer le poids ; elle porte une gradation régulière qui donne le poids en kilos et en divisions de 10 grammes. Pour éviter un excès de complication, et d’ailleurs par inutilité, nous n’avons pas voulu porter notre gradation au delà de 10 kilos; c’est d’ailleurs le poids normal d’un enfant de 11 mois, et il ne nous a jamais paru moins nécessaire de continuer l'usage régulier des pesées au delà de cette époque.

Nous donnons ici la figure de l’instrument que nous a construit M. Mathieu, et qui a été présenté à l’Académie de médecine.

11 est facile de voir, par la seule inspection de la planche, que l’instrument est solide, léger, et en même temps portatif; car si l’on remarque que sa tige de 42 centimètres peut se démonter en trois parties, on comprendra qu’elle tienne dans une boîte de 16 centimètres de longueur sur 8 de largeur et 4 de hauteur. La balance pèse en tout 315 grammes, et avec sa boîte 520 grammes (1). C’est un embarras moins grand qu’un forceps qui pèse 620 grammes.

3° On a dit que les enfants s' accroissent tout seuls , quel que soit d’ailleurs le choix peu convenable de la nourriture. — L’observation est là pour relever cette grossière erreur. L’enfant abandonné dépérit plus vite que les jeunes animaux, qui arrivent à subvenir à leurs besoins peu de jours après leur naissance. L’enfant de l’homme a besoin d’être soigné longtemps : il meurt si on ne le sustente pas, de même il meurt si on le sustente mal .

Donc, il faut présider avec sollicitude à l’alimentation. La condition première est que Y enfant telle du lait de femme , et si nous osions le dire : hors de ce lait pas de salut ou peu de chance de salut.

Nous répondons encore à une dernière objection : on a voulu comparer Y enfant de l’homme au petit des animaux, et l’on a dit que, comme eux, sans doute il pou-

(!) M. Mathieu, notre habile fabricant d’instruments de chirurgie, vient d’apporter une nouvelle modification à la balance qui la rend plus exacte, plus sensible et encore plus portative.

vait s’élever et prospérer avec le minimum de soin possible : porte largement ouverte à l’incurie des mères et des nourrices! 11 n’en est rien. L’enfant de l’homme réclame des soins constants; il faut surveiller l’action des applicala , des circumfusa et des ingesta .

La nécessité seule des vêtements nous démontre que la comparaison est inexacte. La donnée du problème se résout à l’aide des pesées, et l’on s’assure alors que, si l’enfant n’est pas absolument en perte, il n’est pas en voie d’accroissement.

La conclusion à tirer de cette observation est que la santé de l’enfant doit être examinée d’une manière régulière, non-seulement au point de vue de la nourriture, mais encore à celui des conditions hygiéniques au milieu desquelles on le place. Nourrissez bien un enfant, mais mettez-le une partie de la journée dans un jardin exposé aux diverses variations des vents, de la température, du soleil, et vous le verrez rapidement dépérir. L’enfant est fait pour s’accroître dans une demeure abritée et sous des vêtements sinon chauds, du moins protecteurs. L’instinct des animaux est en possession de cette règle; les ancêtres les plus sauvages de l’humanité le savaient aussi bien que nous : les Troglodytes habitaient des cavernes pour mettre à. l’abri leurs femmes et leurs enfants, (rpoyxo^ caverne, habiter. )*

On ne peut donc favoriser le développement des nouveau-nés et des enfants qu’en leur offrant dans la première et la deuxième enfance toutes les conditions nécessaires à leur accroissement, conditions qu’ils ne sont pas capables de réclamer. Passé cette époque, un enfant saura très-bien accuser ses besoins, et l’attention devra être moins éveillée à son sujet, parce qu’il ne se laissera manquer de rien. Pendant cette période critique de la vie de l’enfant, l’augmentation de poids du corps est le signe de prospérité, la diminution ou l’arrêt du poids, reconnue par la balance, la manifestation d’une détérioration de la santé.

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