‹ Quelques Considérations sur les Prostatatiques sans ProstateChapitre 5 sur 23 · ÉVOLUTION DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DE LA QUESTION

On connaissait, depuis très longtemps, les déformations du col vésical pour les avoir trouvées à l’autopsie ou pendant l'opération de la taille ; mais, ce fut en 1830 que Guthrie signala la différence entre les déformations du col dues à une hypertrophie du lobe moyen de la prostate et celles dues au développement d’un repli muqueux ou fibreux intérurétéral, qu'il désigna sous le nom de barrière au col de la vessie.

Civiale, étudiant la stagnation d'urine, fit remarquer que, si très souvent ce symptôme et l’atonie vésicale concomitante étaient dûs à une hypertrophie de la prostate, il y avait des cas où ils existaient sans lésions prostatiques notables ; :il expliqua ces derniers faits par l’atonie primitive de la vessie, cause de tous les accidents.

Quelques années plus tard, en 184%, Mercier, chirurgien français, s’attacha à l'étude des rétentions d'urine, et il décrivit, sous le nom de valvules du col, les obstacles à la miction dus à une hypertrophis musculaire ou au développement d’un lobe prostatique médian. D'après lui, cette hypertrophie musculaire ou glandulaire repoussait en avant la lèvre postérieure du col vésical, mettant ainsi obstacle à l'évacuation de l'urine. Mercier inventa même un instrument destiné à couper comme à l'emporte pièce les tissus hyperplasiés.

Enfin Guyon décrivit, dans ses leçons cliniques, le prostatisme vésical et groupa, sous le nom de « prostatiques sans prostate », les malades ayant des symptômes de prostatisme

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sans augmentation de volume de la prostate; il incrimina comme élément étiologique la sénilité, l'alcoolisme et surtout l’artériosclérose.

Dans la suite, la question fut l’objet de nombreuses études et discussions ; les publications de Desnos, Rochet, Albarran et Noguès en sont les principales.

Dès lors, l'affection était bien connue comme syndrôme clinique. Restait à en préciser les lésions et la pathogénie. Ciecanowsky attribua à la dégénérescence du muscle vésical, le rôle principal dans la rétention sans hypertrophie prostatique ; mais, son opinion fut combattue par Motz et Arrèse, qui établirent que les altérations musculaires n'étaient nullement la cause des accidents constatés. L'étude d’Albarran et Noguès sur les rétentions d'urine sans obstacle mécanique, incrimine surtout des troubles de l'inhibition, qui produisent non seulement le défaut de relâchement du sphincter interne du col, mais aussi le défaut de contraction du muscle vésical.

En Allemagne, on attribuait le prostatisme vésical à l'atrophie de la prostate, survenant sous diverses influences ; la principale forme était l'atrophie sénile, constatée après la cinquantaine et causant le prostatisme dans des proportions variables, 21 % dans la statistique de Grosglick. Pour cet auteur, de même que pour Barth et Burkardt, la preuve de l’atrophie prostatique était donnée par la petitesse de la masse enlevée opératoirement ; il s'agissait donc, pour eux, d’atrophie de la glande. II y a, dans la terminologie allemande, une erreur dont Paris a fait justice dans sa thèse en 1914. Le terme d’atrophie de la prostate employé en pareil cas, est absolument impropre, puisque ce n'est pas la prostate qui est lésée, mais les glandes périuréthales sous-cervicales. Il n’y a donc pas de raison pour que la prostate soit atrophiée, et le terme d’atrophie ne peut que créer de la confusion.

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Les auteurs américains donnèrent une pathogenie toute différente de l'affection. Pour eux, le prostatisme vésical est dû à un état de contracture chronique du col de la vessie, explication déjà notée par Civiale. La contracture surviendrait à la suite d'un processus inflammatoire ou sans cause, due alors à une rétraction du col.

Cependant, tous les chirurgiens n'étaient pas convaincus par les explications données. Motz et Arrèse avaient déjà mis en doute le prostatisme vésical. En 1912, Zuckerkandl s'élevait contre la théorie de l’atrophie prostatique et se disait persuadé que, dans bien des cas qualifiés afrophie de la prostate, ïl s'agissait tout simplement de petits adénomes sous-muqueux du col vésical. La même année, Marion publia, dans le Journal d'Urologie, une étude dont il concluait que si l’on soumettait à l’examen cystoscopique les sujets présentant des symptômes de prostatisme vésical, on constatait des lésions minimes du col ou de l'urèthre prostatique,en particulier de petits adénomes sous-muqueux.

En 1913, la question fut remise à l’ordre du jour par Escat dans son rapport à l'Association française d’urologie sur la rétraction du col vésical. Escat est d’ailleurs revenu au Congrès d’urologie de 1920 sur la même question et sur la conduite à tenir en présence de tels madades. Depuis lors, l’école de Necker a apporté une importante contribution à l'étude de ce même sujet, et Legueu en particulier, a fait part, dans plusieurs écrits, de son opinion dont nous rendrons compte plus loin.

Ainsi donc, le prostatisme sans prostate, après avoir été l’objet d’études cliniques puis anatomo-pathologiques, est arrivé à se faire une place dans la pathologie urinaire. Dès maintenant nous pouvons dire que, s’il persiste encore des imprécisions. à son sujet, on est parvenu à le connaître assez pour diriger contre lui une thérapeutique efficace.

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