‹ Quelques considérations sur les temps actuels [microforme]Chapitre 6 sur 11 · PT EE · texte numérisé non relu

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Ceux qui ont osé dire que la langue francuise chez nous n'était autre chose qu’un patois, ont fait preuve d'ignorance ou de mauvaise foi.

Nous parlons la langue classique, et c’est celle-là qui est enseignée partout, dans tous nos collèges, écoies normales et autres, Notre manière de prononcer certaines syllabes, et encore pas chez tous, diffère quelque peu, ilest vrai, de la prononciation française actuelle ; il se rencontre ça et là quelques mots qui peuvent paraître étranges à une oreille française ; mais il faut se rappeler que bon nombre de nos ancêtres ont été des marins et des militaires licen-

ciés qui se sont établis dans le pays, et ces

mots, d’origine bretonne et normande, introduits autrefois dans le langage usuel, ont en partie disparu, et ne sont maintenant que des exceptions ne pouvant

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sensiblement altérer la pureté de notre langue. Bien plus, on remarque que tous les Français venant au Canada, non seulement se font comprendre parfaitement, mais ne manquent jamais d'exprimer leur admiration en nous entendant parler un français tout fait semblable au leur, et

qui ne le cède presqu'en rien en élégance.

‘ Par un phénomène historique des plus ‘“ curieux, la langue française se parle en- ‘“ core nette et pure sur les bords du Saint- ‘ Laurent comme jadis dans les jardins de

6 Versailles. ” |

Notre langue, comparée à la langue française telle que parlée en France, se raproche bien plus de celle-ci, que l'anglais, tel que parlé par l'Américain, ne se rapproche

de celui parlé par les Anglais eux-mêmes.

1 A. Achintre .Lettres de V'Exvosition, 1878.

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Cependant, les Etats-Unis ont toujeurs été en contact et en relations étendues avec leur ancienne mère-patrie. Tous les ans bon nombre d’'Anglais se sont établis dans diverses parties de la république, tandis que nous, nous avons été complétement isolés de la France pendant de longues années.

Cen’estqu'aujourd'huique cette vieille mère, pour qui nous avions conservé, malgré tout, le meilleur des souvenirs, veut se faire

pardonner un siècle d'oubli.

Le souvenir de cette plage de ses fils d'autrefois, qui ont conservé l’image fidèle d’un glorieux passé, est pour elle comme une seconde jeunesse pleine de fraîcheur et de vie. Elle retrouve chez nous tout ce qui la fit grande et belle ; toute une famille, qui sienne un jour, a grandi à l'ombre de cette enviable et paisible liberté que lui a accordée son ancienne rivale ; et la France,

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quoique légère parfois, veut réparer un passé qui n’est pas sans reproches, et nous gratifier de quelquesunes de ces largesses dont elle a le secret, | et qu'elle à prodiguées à tant d'autre. |

Mais je m'aperçois que je m'éloigne de mon sujet, que l'enthousiasme s'empare de

moi à mon insu. Revenons à ce que nous

disions en dernier lieu en parlant de nos Journaux.

Nous nous étions arrêtés en émettant

l'opinion que bon plusieurs nos journaux étaient bien faits, et nullement inférieurs aux publications anglaises, tant sous le rap-

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port de la rédaction, que dans le choix des

A matières,

On y trouve une discussion politique raisonnée et digne, une chronique soignée, une, deux colonnes ct quelquefois davantage, de renseignements sur Îles sciences, les beaux-arts, l'histoire, l'indastrie, PF :riculture, enfin de toutes ces choses qui plaisent à l'esprit, nourrissent l’intellisence et

lé

procurent al peuple une ‘ducaition pra-

tique, morale et religieuse.

Disons-le hautement et avec fierté, nous

avons des journalistes qui savent unir dans

leurs écrits le sentiment du beau et de

l’honnête.

Ils font usage, dans la défense des opi-

nions politiques de leur parti, d'armes cour-

toises, et évitent les excès de tous genres.

La nécessité qui les oblige parfois de

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combattre hardiment le mensonge, et de signaler à la vindicte publique les perturbateurs de l’ordre et des gens sans aveux, ne les entraîne Pas aux déplorables trivialités Personnelles, si communes à quelquesuns,

Les expressions acerbes et de mauvais goût, si contraires à l’esprit chrétien, et dont l'effet est de créer des haines et des divi-

sions parmi le peuple, ne se rencontrent pas dans leurs écrits.

Honnêtes, ils respectent les principes et la bonne foi chez autrui. [ls savent reconnaître le mérite qu'il peut y avoir chez leurs adversaires,

L'esprit de parti ne les aveugle pas au point de représenter sans cesse, au détriment de la morale publique, comme faux ce qui est vrai, et chercher à faire croire à

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leurs lecteurs des faits qu’ils savent être des mensonges et des impostures, mis au service de leur ambition et de leurs intérêts.

Que de malheurs sont résultés par suite de ce système de travestissement !

Qui de nous n’a pas déploré les funestes conséquences de la polémique religieuse que suscitaient naguère quelques journaux, Quoique parfaitement convaincus du contraire, pourquoi cherchaientils à fausser le jugement du peuple en lui représentant cette école politique de notre pays, qui s'intitule le “ parti libéral”, comme étant ce même parti libéral condamné par l'Eglise? Ils n’ignoraient pourtant pas que ces sortes de gens qui

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veulent s'affranchir du joug de la religion,

se recrutent dans tous les partis politiques.

Ils savaiertt pourtant, ces écrivains, qu’en agissant ainsi, ils créeaient des scènes scandaleuses et outrageaient le sentiment pro-

fondément religieux de notre population.

En lisant certaine feuille d’alors, vraiment on aurait pu se croire en pleine révolte religieuse, tant les esprits étaient montés, et c’est la conviction que devait indubitablement se former tout étranger

visitant notre pays. Heureusement que la

. sagesse de notre clergé a dévoilé ces apô-

tres au zèle déplacé et équivoque, et mis ordre à ce déplorable état de choses.

Un autre abus non moins subversif aux saines idées dans lequel donnent plusieurs

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de nos journalistes et politiques, est celui de condamner, invariablement et à tout Jamais, quiconque change de drapeau, se

fait transfuge.

Raisonnons un peu et voyons jusqu’à quel point peuvent être fondées ces accusations qui remplissent les colonnes de ces

journaux d’un bout de l’année à l’autre.

Celui qui, de bonne foi, a embrassé un parti politique, soutenu de bons com.

bats pour son triomphe, et, cependant, constatant qu'une fois ce même parti à l'œuvre ne rencontre pas les espérances qu'il promettait, croit être son devoir d’honnête homme et de bon citoyen, de s'éloigner de ceux qui trompent ainsi son attente, une fois parvenus au pouvoir, mérite-t-il l'éloge ou le blâme ?

Peut-on admettre pourun instant que tout homme doive toujours penser de la même

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manière, sans avoir égard à une foule de circonstances qui peuvent influer sur ses opinions, surtout dans un pays comme le nôtre, composé d'éléments hétérogènes ?

Dans le cours ordinaire de la vie, le jugement que nous portons à cinquante ans sur les choses et les événements, est-il le même

que celui que nous avions formé à vingt-

cinq? Ne l’avons-nous pas au contraire modifié par une infinité de circonstances ?

Voudrait-on par hasard s’arroger un droit qui n'appartient qu’à Dieu : celui de sonder les consciences et de s’en faire les juges ?

Les conclusions de ces données sont tellement évidentes qu’il n’est pas nécessaire d'insister.

Est-il possible qu’un jeune homme plein d'enthousiasme, agissant plus sous l’influence des éléments qui l'entourent, des tra-

ditions de famille que par conviction, défende des principes qu’il reconnaîtra faux plus tard et qu’il abjurera ?

Non-seulement la chose est possible, mais elle a lieu tous les jours, dans tous les pays, et nombre d'exemples d'hommes célèbres l’attestent.

Celui qui verrait son parti commettre des fautes sans le désapprouver, sanctionner des mesures de mauvaise administration, ou qui, du moins, suivañt son jugement, lui paraissent telles, par pusillanimité ou sous le vain prétexte de toujours lui être fidèle, celui-là est le malhonnête homme et mérite le blâme. C’est bien celui-là qui est infidèle à son mandat et qui trahit ses commettants, après leur avoir promis de défendre leurs intérêts.

Enfin, doit-on épuiser tout le vocabulaire

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