LES REINES
Marie Stuart. — Élisabath d'Autriche, reine de France. — Elisabeth de Valois, reine d'Espagne. — Marguerita de Valois, reine de Navarre.
Marie Stuart partage avec Jeanne d'Arc, — révérence gardée, — une auréole de martyre qui lui a fait une popularité énorme chez les peintres. Depuis trois cents ans les grands et les moindres exploitent à leur profit cette lamentable histoire de la reine d'Écosse; l'imagerie s'est emparée d'elle à son tour, indice certain d'une faveur marquée. Les historiens, les romanciers, les poètes l'ont discutée, dramatisée, idéalisée de mille manières, et, hâtons-nous de le dire, ni les artistes, ni les écrivains ne nous ont donné la note juste. Cette nature complexe, irrésolue, n'a point été comprise; on a confondu la reine de France et la reine d'Écosse, l'enfant et la femme; on a mêlé les époques avec une désinvolture singulière. A l'heure présente je ne pourrais citer ni un tableau moderne ni un livre qui mette à son plan définitif « la petite sauvage d'Écosse », la contemporaine de François Clouet, de Brantôme et de Ronsard.
Pour se convaincre de ce fait il suffirait de jeter les yeux sur la collection des portraits peints ou gravés de la petite reine, et de lire les centaines de brochures ou de livres publiés sur elle. Effigies, romans ou histoires diffèrent sur le détail et, ce qui est plus grave, sur les points principaux. L'art a fait d'elle une physionomie de convention, je ne sais quelle dame affublée de collerettes, de voiles, de béguins dont l'idée première se retrouve dans quelques médiocres gravures du xvii'' siècle. Les livres nous la présentent au gré de leurs caprices et de leurs opinions comme une sainte ou comme un démon. Tous se trompent. Même dans la • recherche des œuvres immédiatement contemporaines, dans le grou-
pement des portraitures ou des chroniques qui la concernent, la plus élémentaire critique fait défaut. Les Anglais et les Russes ont surtout accumulé les erreurs sur ce point, en donnant le nom de Marie Stuart aux figures les plus opposées'. On la voit toui' à tour petite ou grande, brune ou rousse, grasse ou maigre, costumée à la mode de 1530 et à celle de 1600 : c'est le chaos complet.
Fille de Jacques V et de Marie de Lorraine-G-uise, Marie Stuart était née le 15 novembre 1542. Son père mourut presque aussitôt, laissant aux mains du comte d'Arran son royaume exposé aux tentatives des Anglais, aux intrigues presbytériennes. A peine âgée de six ans, la princesse devint le point de mire des princes ambitieux et entreprenants; mais, grâce à la politique de ses oncles de Guise, son uiariage fut décidé avec le jeune dauphin François de Valois, fils de Henri II, de quelques mois plus jeune. Les lords écossais résolurent donc de l'envoyer en France pour lui faire donner une éducation plus conforme aux exigences de son état futur. En juillet 1548, une flotte commandée par Villegaignon cingla vers le nord, reçut la petite reine à Dumbarton et revint aborder àlloscofl", sur les côtes de Bretagne. Delà elle fut dirigée en grande pompe sur Saint-Germain-en- Laye, où les enfants royaux faisaient leur demeure. Elle se mêla à leurs jeux, et, laissant là ses conseillers intimes, les officiers de sa maison, elle oublia vite son royaume pour une poupée.
Quatre ans après elle s'est dépouillée do son barljarisme grossier, suivant l'expression de Brantôme, elle est devenue une petite fille de neuf ans, très sérieuse, très hautaine, légèrement dédaigneuse envers les enfants chétifs dont elle est la compagne. Elle porte coquettement l'escofflon brodé des grandes dames, elle a un buste de fer qui moule sa taille, des bijoux épandus partout. La reine Catherine, qui voyage en France dans le milieu de l'année 1552, et qui a confié la nichée royale à M"'''de Humières, veut revoir tout ce petit monde au moins en effigie. Elle est à Ghàlons le l*^' juin; elle mande qu'on lui envoie les portraits des enfants, « tant fils que filles avec la royne d'Écosse, ainsy qu'ils sont, sans rien oblier
1. Voir surtout les portraits exposés:, ea juin 1837, à Londres, par l'Institut archéologique, publiés en photographies.
ELISABETH DE VALOIS, Reine cI Espagxe Crayon alliibué a Fi'ançois Cloukt
de leurs visaiges ; mais il siiffist que ce soit un créon pour avoir plus tost faict ». Peu importe le peintre d'ailleurs'.
Je crois avoir retrouvé la plupart d'entre eux dans les dessins aujourd'hui conservés à Gastle Howard en Angleterre. On voit dans cette collection célèbre le petit dauphin François, fait en juillet 1552; Gharles- Maximilien, depuis Charles IX, également daté du même temps, et enfla « Marie royne d'Escosse en l'eage de neuf ans et six mois, l'an 1552 au mois de juillet^ ». C'est la première fois que ces rapprochements sont faits, ils fixent un point curieux do l'iconographie de Marie Stuart, mais l'œuvre hâtive du peijitre ne permet point d'y attacher une importance énorme. L'enfant est tranquillement posée; elle a son maintien raisonnable de personne importante; son costume est très riche, un peu vieillot pour elle. Le nez est fort, les yeux vifs et noirs. Par une bizarrerie inconcevable, ce portrait, en passant chez Alexandre Lenoir, avait été baptisé Marie de Guise, mère de Marie Stuart, et c'est sous ce nom d'emprunt que Prieur l'avait lithographié, au commencement de notre siècle ^
Quand les maigreurs de l'extrême jeunesse auront disparu, vers la quinzième année, Marie s'affinera. Son visage, assez froid et sérieux, prendra une charmante expression de grâce pudique et décente. L'ovale en est allongé, les contours adoucis ; la bouche sourit à peine, les yeux noirs et veloutés sont un peu vagues. Mais la volonté se devine dans les traits; le nez et le front sont presque sur la même ligne droite: Marie est très jeune fille, mais reine avant tout. Elle sait à quoi l'oblige son alliance, elle garde la majesté royale.
C'est à cette époque précise, vers le temps des fêtes de son mariage, que notre portrait a été pris. Cette fois l'artiste a mis tout son esprit et toute sa conscience dans son travail. Il n'est point un homme de mestier ordinaire, car la petite reine a posé devant lui, s'est arrêtée pour lui, a daigné condescendre à ses conseils. Elle regarde devant elle, au loin, ■comme absorbée dans ses pensées. Le crayon ainsi obtenu n'est pas
d. Lettres de Catherine de MJdicis publiées pau H. de Laferrière dans la Collection des documents inédits, année 1S52.
2. Publiés par lord Ronald Gower, French portraits, I, 16, 28.
3. Cf. collection alphabétique des portraits à la Bibliothèque nationale, M.iRiE Stuart.
une besogne de pratique ; le peintre s'est complu à no rien omettre, à tout indiquer en vue d'une peinture définitive. Pourquoi cet anonyme ne serait-il pas François Glouet? Lui seul avait l'autorité et l'importance nécessaire pour immobiliser une reine durant quelques heures. - Une miniature représente Marie Stuart dans la pose même de notre crayon ; le corps y est terminé, elle joue avec une bague. Mais le regard, lexpression restent semblables. Ce bijou, provenant de Charles 1", appartient à la reine d'Angleterre et fait partie des collections de Windsor.
J'imagine que Charles IX vit le crayon, et que d'après cette douce et poétique ressemblance il devint amoureux fou de sa belle-sœur. Elle était retournée en Ecosse, mais lui, à en croire Brantôme, « ne regardoit jamais son portrait qu'il n'y tint l'œil tellement fixé et ravi qu'il no l'en pouvoit oster et rassasier, et dire souvent que c'estoit la plus belle princesse qui naquit jamais au monde ». Malheureusement la reine Catherine ne goûtait pas ce second mariage ; outre que les âges étaient différents, la reine d'Écosse était trop sous la domination des Guises. Et puis elle avait eu la langue un peu longue, un peu dure pour sa bellemère, qu'elle nommait la Marchande de Florence; Catherine l'abandonna et la fit reconduire à ses « sauvages ».
Jamais princesse n'eut plas d'adorateurs, de prétendants, et, partant, nulle ne fut davantage portraiturée. C'est, après Charles IX^, don Carlos qui la convoite parce que les Flandres lui sont un « passage pour aller en Ecosse ». C'est aussi Philippe II, son père, ce sont des principicules allemands. Et puis les modestes, les amoureux sans espoir : le grand prieur de France, oncle de Marie, qui s'est pris de passion en la déchaussant pendant une tempête à son retour de France; Damville, de la maison de Montmorency, qui l'adore en cachette, et sur qui elle laisse tomber ses yeux. Qui sais-je encore ? Ronsard le poète qui la pleure. Que devenir, s'écrie-t-il, - - . ' •
i Quand cest yvoire blanc qui eutle vostre sein,
Quand vostre longue, gresle et délicate main, Quand vostre belle taille et voslre beau corsage. Qui ressemble au portraict d'une céleste image, Quand vos sages proupos, quand vostre douce voix, Qui pourroit esmouvoir les roches et les bois, Las ! ne sont plus icy !..
ET LEURS PEINTRE?. 2j
Même aussi Brantôme, le pseudo-sceptique, le vieux garçon ami des belles femmes, qu'il n'ose entreprendre. Avant son départ de France, un peintre a représenté la reine dans ses voiles blancs de veuve. Elle est apparue mille fois plus belle et séduisante; la nacre de son teint efface la blancheur des mousselines qui l'enveloppent : Brantôme, qui l'a vue le jour de ses noces, la trouve plus majestueuse, plus désirable encore dans son deuil.
Mais les joies sont passées pour la reine d'Écosse ; à son arrivée dans son royaume les difficultés politiques commencent. Adieu les fêtes, les bals de Saint-Germain ou de Fontainebleau, les douces paroles françaises, les peintres ingénieux et spirituels de la cour ! Des artistes maladroi!s voudront la peindre par delà, mais plus rien ne reste des flatteries savantes d'un Glouet. Marie est devenue une Écossaise engoncée dans ses atours de mauvais goût, une dame quelconque, que ses amoureux d'autrefois ne voudraient plus reconnaître'.
Une princesse allemande devait lui succéder sur le trône de France^ candide figure que l'histoire nomme à peine, Elisabeth d'Autriche, fille deMaximilien II. La raison d'État jeta la pauvre enfant timide et craintive dans cette cour dépravée des Valois où les femmes ne comptaient que par leur impudence ou leurs vices. Elle vint, croyant trouver en Charles IX le mari tranquille que sa douce nature d'Allemande lui faisait désirer; elle se heurta à un caractère impressionnable, à un être irrésolu et mal équilibré qu'elle se mit à aimer de tout son cœur. Il sut mentir et dissimuler assez longtemps pour surprendre cette affection ; mais une passion le possédait qui ne lui laissait aucun répit, c'était la belle Marie Touchet, fille d'un magistrat d'Orléans, personne astucieuse et maligne qui se flattait de ne point le perdre de sitôt. « L'Allemande ne me fait pas peur ! » avait-elle dit en examinant dans ses, moindres détails le portrait de la reine. Et de fait, autant Marie Touchet montrait de gaîté et d'entrain,
\. De tous les portraits peints ou dessinés de Marie Stuart, je ne saurais guère signaler, comme indiscutables, que : 1° Le dessin de Castle Howard daté de 1552, publie' par L. Ronald Gower, French portraits, I, fol. 16; 2'^ le crayon de la Bibliothèque nationale (cartons alphabétiques, Marie Stuart); 3" la miniature conservée à Windsor ; 4° le crayon de la Bibliothèque nationale où elle porte le deuil blanc (cartons alphabétiques, Marie Stuart). Toutes les autres portraitures sont sujettes à caution, et ne méritent pas qu'on s'y arrête longuement.
autant Élisabelh demeurait sérieuse et retenue, fraiclie pourtant et gentiment colorée, mais faisant une moue de ses grosses lèvres bourguignonnes, découvrant une expression résignée peu capable de séduire.
Aussitôt arrivée on lui fit quitter ses ajustements espagnols, sa résille, sa grosse robe en cloche, et on la vêtit à la française ; elle laissa faire, mais quand, pour la hausser un peu et lui donner une taille majestueuse, on voulut la chausser de patins, elle refusa tout net ; elle refusa de même le masque de velours noir et en général les coquetteries auxquelles on ne l'avait point habituée. Si l'on en croit Brantôme, elle avait une carnation magnifique, mais elle disparaissait au milieu des princesses ses belles-soeurs, surtout auprès de Marguerite.
Elle donna séance au peintre de la cour, dans le costume délicieux qu'on lui avait imposé: coiffure en arcelets, chargée d'un escofflon, ornée de perles et de joyaux, fraise délicate au col, corsage à gros bouillons de soie cachant la poitrine, manches à épaulières surélevées. C'est l'œuvre officielle, celle qui sera mille fois copiée pour porter dans toute la Franco les traits de la nouvelle reine. L'original en peinture est aujourd'hui conservé au Louvre; il est donné à Glouet par tous les catalogues, ce qui doit être une tradition, mais il avait appartenu à Roger de Gaignières au xvii*" siècle, et celui-ci ne faisait aucune attribution. Avant que de passer à l'exécution définitive, l'artiste s'était servi du crayon, et cette esquisse sur nature, ce premier jet appartient aujourd'hui à la Bibliothèque nationale
Mais la princesse honorée, fêtée et encore joyeuse n'est pas celle qui nous intéresse le plus ; d'ailleurs ce portrait charmant, l'honneur de noire École française du xvf siècle, est trop connu pour que nous le reproduisions ici. Un temps vint bien vite où la souveraine oublia les fêtes de son sacre, les triomphes de son entrée à Paris, la joie d'être reine de France. Le roi, son seul ami, la délaisse pour d'autres, elle le sait, mais elle refoule sa douleur profonde au dedans d'elle-même sans en laisser rien paraître. D'instant à autre, Charles fait une courte visite et s'enfuit. Il a les traits fatigués, la démarche lourde, il est sombre et
1. Bibliothèque nationale, Estampes. (Cartons, alphabétiques, Élisabeth.)
préoccupe. Au matin de la Saint-Barthélemy, un courtisan raconta à Elisabeth la partie qui se jouait, et qu'elle ignorait complètement. « — Grand Dieu ! s'écria-t-elle, mon mari le sait-il ! — Oui, madame, c'est lui-même qui le fait faire. — 0 mon Dieu! qu'est cecy ? Quels conseillers sont ceux-là qui lui ont donné de tels avis? Mon Dieu, je te supplie et requière lui vouloir pardonner, car si tu n'en as pitié j'ai grand peur que cette offense ne lui soit mal pardonnable ! » (Brantôme.)
Tels sont les contrastes! Ainsi parlait dans cette triste journée la propre belle-fille de Catherine de Médicis. Celle-ci ne l'aimait pas, mais elle se contentait de la tenir à l'écart, de la laisser deviser en son baragouin moitié allemand moitié espagnol avec une ou deux vieilles dames, sans plus de souci. Un jour la reine eut une lueur d'espérance: elle devint enceinte. Malheureusement ce fut une fille qui naquit, une pauvre enfant vouée à l'étiquette dès la première heure de sa vie et qu'on emporta tantôt à Amboise pour lui faire sa nourriture, tandis que la maîtresse, Marie Touchet, conservait dans sa maison le petit Charles d'Angoulême, le bâtard, pouvait le cajoler tout à son aise, et laisser paraître ses ambitions.
Quand le roi fut à ses derniers instants, suffoqué par la phtisie et le mal étrange qui le minaient depuis l'année terrible, Elisabeth accourait à toute heure, fort empêchée par l'étiquette des cours. Brantôme luimême se découvre devant cette note de jeunesse et de simplicité qui le changeait un peu des autres. Il raconte qu'elle s'asseyait au pied du lit du roi « un peu à l'escart et en sa perspective où estant, sans parler guières à luy selon sa coustume, aussy luy à elle, tant qu'elle demeuroit là jettoit ses yeux sur luy si fixement que sans les retirer aucunement de dessus, vous eussiez dit qu'elle le couvoit dans son cœur de l'amour qu'elle lui portoit ».
Après son veuvage elle se revêt d'une robe simple, d'un béguin de deuil, se pare d'une fraise blanche. Elle dit adieu au monde, ses yeux sont rougis par les larmes. Le peintre qui a pu la surprendre ainsi n'a pas obtenu de séance. Comme Valentine de Milan elle eût inscrit sur les murailles de son château la phrase de femme inconsolée : « Plus ne m'est rien, rien ne m'est plus. » Elle se cache aux yeux, elle évite même ses
proches. Les dames la considèrent avec étonnement. Quel amour était donc celui-là pour tourmenter à ce point? Les sceptiques qui rient do tout se taisent. Parfois une de ses femmes s'échappe à lui murmurer quelques mots do consolation. Elle est jeune, pourquoi garder en soi un deuil immortel? Un prince, fùt-il son propre beau-frère Henri, ne tarderait pas à la faire reine une seconde fois. Elisabeth se contenta de regarder sévèrement son interlocutrice et protesta ne vouloir « violer par un second mariage les cendres honorables du feu roy, son mary ».
Et c'est dans ses voiles de veuve que les graveurs populariseront son image, comme si elle eût personnifié l'amour conjugal, la fidélité de l'épouse, si près de disparaître en France. Thomas de Leu interprète au burin l'esquisse que nous reproduisons ici ; il nous montre le ravage des larmes, les traits fatigués et meurtris. Pour une fois les vers de louange mis au bas de l'effigie ne mentent point effrontément :
Reynes si quelques foys vous penchez les prunelles Sur ceste reyne iey l'honneur des loyautez N'admirez seulement ses mortelles beautez Ainçois de ses vertus les beautez immortelles.
Elle quitta la France vers la fin de 1575, obligée de laisser sa fille à Catherine de Médicis ; elle se retira à Vienne dans le couvent de Sainte- Claire qu'elle avait fondé. Elle y mourut à trente-huit ans à peine.
Quand l'Impératrice, sa mère, eut appris la triste nouvelle, elle s'écria devant M. de Lansac, qui le répéta : Le meilleur d'entre nous est mort : « El meyor de nosotros es muerto ! » Avec la petite reine de France, on avait perdu l'amour sincère, la religion vraie, la charité; il n'en restait plus guère au monde
On a dit que les chroniques d'alors ne respectaient personne, qu'elles passaient au même crible preudes femmes ou meschines. Élisabetli d'Autriche est sortie toute blanche de l'épreuve, les plus malveillants
1. On a peu conservé de portraits originaux d'Élisabeth d'Autriche. Je citerai : Le crayon original de la Bibliothèque nationale (cartons alphabétiques, Elisabeth d'Autrici-ie), qui est la première idée du tableau du Louvre; 2" le tableau du Louvre (École française, n° 730); 3° portrait peint du Musée de Versailles, n» 3940 (sous le nom de M^e de Guise); 4° portrait peint au château d'Azay-le-Rideau; S" crayon représentant la reine en veuve à la Bibliothèque nationale (cartons alphabétiques, Élisabeth d'Autriche).
ont à peine osé lui reprocher de s'être montrée trop tendre, au temps où la santé du roi ne lui permettait plus d'être bon mari. Par contre, Marie Stuart, lancée dans les mêlées religieuses, récolta bon nombre de calomnies, bon nombre de vérités, car s'il y eut grosso fumée autour d'elle, le feu n'y manquait pas. Il en fut de même pour Elisabeth de Valois, la première des flUes de Catherine qui fut mariée, et qui avait épousé en 1559 Philippe II d'Espagne, aspirant évincé par la reine d'Ecosse. Brantôme, qui prétendait lui porter une affection sincère, et louait ses vertus quand il la nommait, ne manquait pas de lui décocher quelque médisance bien pointue sous le voile de l'anonyme, en l'appelant simplement « une grande reine ». C'était le procédé ordinaire du bavard incorrigible, de l'infatigable cancanier qu'il se faut garder de croire sans réserve. Sur ces histoires graves, et qui sentent leur Phèdre d'une lieue, Schiller a brodé un drame lugubre, une fiction terrible. Son génie a su donner un corps aux bruits de cour, et sans avoir faussé l'histoire au même degré que Victor Hugo dans le Roi s'amuse, il a longuement décrit l'adultère incestueux de la princesse française avec son propre beau-flls don Carlos. Suivant la commune loi, le roman, la convention ont popularisé les caractères; on a mieux retenu la fabulation imaginée que l'histoire vraie, et don Carlos demeure pour les moins prévenus la victime d'un tyran cruel et jaloux, d'un père outragé mais impitoyable.
Suivant Brantôme, la reine avait « quelque poussière en sa fleute », de graves choses à se reprocher; ses filles ressemblaient à tout le monde, fors au roi, leur père putatif. En sa qualité de Gascon et de courtisan, il avait su rhabiller Fliistoire. Au fond, le brave homme mentait impudemment. Il était passé en Espagne dans le courant de l'année 1564, c'est la reine Catherine de Médicis qui nous l'apprend dans ses lettres il rapporte des nouvelles toutes fraîches de par delà; mais Elisabeth attendait encore son premier enfant. Elle n'accoucha que deux ans plus tard, dans l'année 1566, et comme elle mourut en 1568, il n'y a guère apparence que Brantôme ait pu discuter la ressemblance d'une fillette de deux ans dans l'intervalle. Vanteries françaises, rodomontades méridionales que tout