JUSQU'A TROIS HEURES ET DE- MIE
Dans la brochure, on trouve : a ... Uneconférence QUI A DURÉ TROIS HEURES A TROIS HEURES ET DEMIE l »
Page 116. — Suivant qu'il a besoin ou peut se passer des gens, le général Mercier allonge ou abrège les épithètes. A l'audience, où il fallait amadouer le commandant Ducros, témoin adverse, le général Mercier avait proféré ces louanges à son adresse : « ,.. J'avais laissé de côté le canon du commandant Ducros, quoiqu'il réalisât un progrès TRÈS SÉRIEUX,.. »
Dans la brochure, où il n'était pas à supposer que le commandant Ducros irait chercher des éloges — et puis le témoin aurait déposé quand elle paraîtrait — les épithètes aimables ont disparu, le TRÈS SÉRIEUX qui s'était échappé des lèvres du
DU PROCÈS DE REiNNES 115
général Mercier n'est pas tombé de sa plume.
Page 121. — Encore un petit tour de passe-passe — du doute à la certitude — de la sténographie sincère au compte rendu revisé. Quand le général Mercier parle, c'est : (( Mais, à mon avis^ ce n'est pas la note QUI A DU ÊTRE ENVOYÉE, »
Dans la brochure, quand le général Mercier écrit, c'est : « Mais^ à mon avis, ce n'est pas la note QUI A ÉTÉ ENVOYÉE. »
Page 143. — Le mensonge, la perfidie, le faux se jouent entre les deux textes, entre l'oral et l'écrit du général Mercier.
Il devait terminer par la lâcheté. Sur la fin de son témoignage-réquisitoire, le général Mercier proclamait : « Si le moindre doute avait effleuré mon esprit, messieurs, je
116 OL'ELQUES DESSOUS
serais le premier à vous le déclarer et à dire devant vous au capitaine Dreyfus : Je me suis trompé de bonne foi. . . »
LE CAPITAINE DREYFUS (SE LE- VANT, AVEC FORCE). — C'est ce que vous devriez dire. (APPLAUDISSE- MENTS.)
Dans la brochure, le général Mercier n'a pas osé rapporter le geste de la victime se dressant contre le bourreau, aux applaudissements de la salle.
Le général Mercier a biffé les parenthèses.
Le général Mercier nous avait de longtemps habitués aux pires audaces de sa part. On verra qu'il s'est surpassé encore, à Rennes. Cependant, il faut limiter nos citations.
Ce par quoi le général Mercier mérite les suffrages sans réserve des bandits de Vaffaire^ ce par quoi le général Mercier est
le plus digne de commander aux faussaires de l'Etat-Major, c'est par son entrain à altérerles textes. Il semble que cela soitinné chez lui, tant il procède avec persistance et régularité. Il ne peut pas apercevoir une ligne qui le gène, sans la tordre tout de suite à sa convenance. Les remarques précédentes ont pu montrer combien peu il s'embarrassait des obstacles. Celles qui suivent fourniront, je pense, un exemple plus accentué encore de sa méthode.
Le général Mercier a trouvé moyen de falsifier encore (( le faux Schneider ».
A l'audience du 12 août, le général Mercier, pour confirmer une déclaration du colonel Sandherr, demandait à M. le président du Conseil de guerre de vouloir bien faire lire la pièce que voici (1).
(1) Le général Mercier s'est plaint que la sténographie eût mal rapporté ses paroles. Il aurait dit : « Je deman- » clerai au président du Conseil de vouloir bien faire lire
Le greffier Coupois donne lecture de la pièce suivante (1) :
« Paris, 30 novembre 1897.
» On avait déjà émis bien des fois pareille supposition que le traître EST AUTRE que Dreyfus et je ne serais pas revenu là-dessus si depuis un an je n'avais appris par des tierces personnes que des attachés militaires allemand et italien auraient soutenu la même thèse dans les salons à droite et à gauche. Je m'en tiens toujours et encore aux informations publiées dans le Temps au sujet de l'affaire Dreyfus. Je continue aies considérer comme justes et estime que Dreyfus a été en relations avec des bureaux confidentiels allemands de Strasbourg et de Bruxelles, que
» Vextrait que voici cVun rapport adressé à son gouver- » nement par le colonel Schneider, attaché militaire à » Paris.)) Les sténographes ont maintenu leur version. Le général Mercier, dans son compte rendu en brochure, a rapporté la sienne.
(1) Rapport Schneider, dans la brochure Mercier.
le grand Etat-Major allemand cache avec un soin jaloux même à ses nationaux. »
Le président. — Quelle est la date de cette pièce?
Le général Mercier. — 30 novembre 1897 (1).
(I) La question et la réponse sont supprimées dans la brochure Mercier.
C'est que le Figaro, qui publiait chaque jour un compte rendu sténographique des débats, avait reçu le 17 août la dépêche suivante :
Figaro, Paris.
Ems, 17 août, 10 h. 20.
Lettre du 30 novembre 1897, attribuée à moi et reproduite dans le Figaro, le mercredi 16 août, est un faux.
Colonel SCHNEIDER.
Cette dépêche, publiée dans son numéro du 18 août, était suivie des lignes que voici :
« Nous transmettons cette dépêche au colonel Jouaust, président du Conseil de guerre de Rennes, qui n'hésitera certainement pas à mettre le général Mercier et le général Roget en demeure de s'expliquer Sur la production de ce faux.
Quelques jours après, le Figaro insérait la lettre ci-dessous :
« Le colonel Schneider, attaché militaire à l'ambas-
Voici maintenant la lettre telle qu'elle est publiée dans la brochure Mercier :
« Paris, 30 novembre 1897.
» On avait déjà émis bien des fois pa-
sade d'Autriche-Hongrie, est arrivé hier à Paris et nous a adressé la lettre suivante :
AMBASSADE 22 août 1899.
d'autrighe-hoxgrie
Attaché militaire.
« Monsieur le rédacteur en cJief du Figaro, . « Le 17 de ce mois, j'adressais au Figaro le télégramme suivant :
« Lettre du 30 novembre 1897, attribuée à moi et » reproduite dans le Figaro le mercredi 16 août, est un » faux. ))
(c Puisque vous avez bien voulu le publier, je vous prie aujourd'hui d y ajouter ceci :
;> Le 30 novembre 1897, mon opinion était absolument contraire à celle qui se trouve exprimée dans la pièce en question.
» L'apposition de la date susdite et de ma signature au texte que Ton m'attribue constitue un faux.
)> Ce faux subsisterait même dans le cas où, ce dont je ne puis juger sans l'avoir sous les yeux, le texte lui-même émanerait de moi à une autre date.
» Agréez, monsieur le rédacteur en chef, etc.
» Signé : Colonel Schneider. »
reille supposition que le traître N'EST AUTRE que Dreyfus et je ne serais pas revenu là-dessus si depuis un an je n'avais appris par des tierces personnes que des attachés militaires allemand et italien auraient soutenu la même thèse dans les salons à droite et à gauche. Je m'en tiens toujours et encore aux informations publiées dans le Temps au sujet de l'affaire Dreyfus. Je continue à les considérer comme justes et estime que Dreyfus a été en relations avec des bureaux confidentiels allemands de Strasbourg et de Bruxelles que le grand Etat-Major allemand cache avec un soin jaloux même à ses nationaux. »
Je suppose qu'il n'est pas besoin de commentaire, et que la différence effroyable des deux textes saute à l'esprit comme aux yeux. Est-ce là falsifier un texte, ou non? Et pourquoi? Pour tenter de rejeter à l'Ile du Diable un innocent. On envoie au bagne l'employé besogneux qui a mis un chiffre à la place d'un autre, dans sa comptabilité, pour voler quelques francs. L'ancien mi-
nistre, le général, le témoin qni a juré de dire la vérité, peut mentir, tromper, altérer les pièces... Il ne s'agit que de l'honneur, de la liberté et de la vie d'un homme... Le général Mercier est libre.
Avec la même impudence, le général Mercier tronque la lettre Damjnon^ pour les besoins de son argumentation.
Voici le texte qu'il remet au greffier Coupois, qui lit, et la pièce est versée au dossier — authentiquée ainsi :
Le greffier Coupois donne lecture de la lettre Davignon ainsi conçue :
Lettre Davignon, Janvier 1894. a Je viens encore d'écrire au colonel Davignon ; si vous avez occasion de parler de la question avec votre ami, faites-le particulièrement, EN façon que Davignon ne VIENT pas à le savoir. »
(Dans la^brochure, il y a : DE façon que
Davignon ne VIENNE pas à le savoir. Mais ceci est une vétille.)
Cette lettre est incomplète. Il y manque la phrase ci-dessous :
(( DU RESTE, IL N'Y RÉPONDRAIT PAS ; CAR IL FAUT JAMAIS FAIRE VOIR QU'UN AGENT S'OCCUPE DE L'AUTRE »
qui détruit tout le raisonnement, d'ailleurs, fort hasardeux, qu'avait essayé le général Mercier, d'après la lettre tronquée — c'est-, à-dire falsifiée.
Il n'est pas jusqu'au texte du bordereau qui n'ait été remanié par le général Mercier. Ce qui éclaire certaines discussions demeurées troubles.
Ainsi, le lieutenant-colonel Rrongniart interrogeait le commandant Hartmann :
Le lieutenant-colonel Rrongniart. — Il a été fait en 1894, c'est bien reconnu,
des copies et des extraits du Manuel de tir; mais ce qui est offert par le bordereau, c'est le document lui-même, le document authentique et complet. Puisqu'il est question de le PRENDRE, c'est qu'on ne l'a pas sous la main. Une copie, on l'aurait sous la main. Il n'est pas question de se le faire envoyer, mais de le prendre.
Comment expliquez-vous que le commandant Esterhazy aurait été à même de prendre ainsi à volonté un document authentique et complet?
Le commandant Hartmann. — Voulezvous bien me rappeler le texte du bordereau ? Je ne l'ai pas suffisamment présent à la mémoire.
L huissier remet au commandant Hartmann le texte du bordereau.
Il y a ceci : « Ce dernier document est extrêmement difficile à se procurer et je ne puis ravoir à ma disposition que très peu de jours... Si donc vous voulez y prendre ce qui vous intéresse et LE tenir à ma disposition après, je le prendrai. »
DU PROCES DE RENNES d2S
Je crois que prendre s'applique aux renseignements que le correspondant pourrait prendre dans le Manuel.
Le LIEUTENANT-COLONEL BrONGNL\RT.
Non. Ma question est relative aux mots y^ le prendrai.
Le commandant Hartmann. — J'ai compris que l'auteur du bordereau disait à son correspondant qu'il lui envoyait effectivement le Manuel et qu'il le reprendrait chez lui, après que celui-ci y aurait pris ce qui l'intéresserait.
Le lieutenant-colonel Brongniart. — Non. Il n'y a pas : « Je le reprendrai ! » Il y a : « Je le prendrai. » C'est-à-dire : (( Je le ])rendrai pour vous l'envoyer. »
Le commandant Hartmann. — Je n'ai jamais compris de cette façon.
Le lieutenant-colonel Brongniart. — L'auteur du bordereau ne l'envoie pas et il dit : (( Si vous voulez bien, je vous en enverrai une copie, ou bien je le prendrai pour vous l'envoyer. »
Le commandant Hartmann. — Je me
permettrai de n'être pas de cet avis. Je comprends : « Si vous voulez le tenir à ma disposition après, je le prendrai chez vous. ))
De même le capitaine Beauvais :
Le capitaine Beauvais, au témoin. — Vous venez de dire que vous pensiez que le Manuel avait été envoyé par l'auteur du bordereau à son destinataire, puisque vous avez compris : « Je le reprendrai. »
Le commandant Hartmann. — Oui, mais sur cette question on ne peut faire que des hypothèses, et j'ai considéré toujours ce point comme assez peu important. C'est pourquoi je n'en ai pas parlé dans ma déposition. Il faut remarquer que, dans le bordereau, le « à moins que » de la dernière phrase comporte une alternative qui peut porter soit sur l'envoi du Manuel, soit sur le fait d'y prendre des renseignements. Il y a deux interprétations possibles.
Ou bien : « Je vous envoie le projet de Manuel ; vous y prendrez des renseigne-
ments, à moins que vous ne vouliez que je le fasse copier », ou bien : « Je vous envoie le projet de Manuel, à moins que vous ne préfériez que je le garde pour vous le faire copier. »
La divergence d'opinions provient de ce que le commandant Hartmann s'appuyait sur le texte du bordereau — tandis que les juges se fiaient au texte du bordereau — approprié par Mercier :
(( — Je remarquerai en outre que la dernière phrase :
« Si vous vouiez y prendre ce qui vous intéresse et VOUS tenir à ma disposition après, je le prendrai^ à moins que vous ne vouliez que je le fasse copier,.. »
Evidemment, suivant qu'on lit « VOUS tenir à ma disposition » ou « LE tenir » — LE bordereau — les hypothèses sur je le prendrai peuvent plus facilement varier.
Naturellement, c'est la version créée par le texte — FAUX — du général Mercier, que le lieutenant-colonel Brongniart, le
les publications qui en ont été faites à la suite des procès précédents; mais je vous prierai, dans le cas où mes explications vous paraîtraient trop brèves et insu ITi santé s sur certains points, de vouloir bien me demander de les conjpléter.
Dès que i'ai pris possession du minislère ^ de la guerre (c'était au ronimencomcmt 484 ao- 4 893) le colonel Sandherr, chef de la section de stalistique, me prévint que la situation devenait de plus en plus grave au point de vue de l'espionnage, qu'il y avait un vaste système d'espionnage organisé autour de nous, qu'autrefois le chef de cet espionnage allemand ét".it un civil, mais (pie, depuis quelque temps, l'employé civil avait disparu et que le chef de l'espionnage allemand était désormais l'altaclié militaire à Paris, M. le colonel de Schwarizkoppen.
Il me prévint, en outre, que l'attaché mili taire allemand était puissamment secondé par l'attaché militaire italien, le commandant Panizzardi. 11 me dit qu'il existait à Paris un bureau d'espionnage très bien organisé, sous la direction du colonel de Schwartzi<^oppen ; qu'il en existait un autre h. Bruxelles, sous la direction du colonel do M... attaché militaire ùiîruxelles; et enfin qu'il yen avait un à Stras bourg et que ces trois bureaux d'espionnage avaient des relations fréquentes entre eux.
Pour contirmercetledéclaration du colonel
s, Sandherr, je demanderai au président du
Conseil de vouloir bien faire lire l'extrait que
voici d'un rapport adressé à son Gouverne-
Fac-similés de la brochure remise par le génér
du Consi
au i" avril au nouveau plan de manière à ne pas être obligé de le refaire.
Cette étude fut faite dans les bureaux de l'étal-major général.
Il sembla que ce travail pût être réalisé; et malgré les observations très sérieuses faites par le 3' bureau, le principe fût adopté à la dale du 22 mai.
A cette date, le 3° bureau envoya au 4" un tableau contenant la nomenclature complète des troupes de couverture avec l'indication de leurs zones de concentration et de leurs points de débarquement. '
Communication de ce travail fut donnée au G" corps le 25 mai. Le 21 juin, le ministre envoya aux différents corps d'armée l'état des troupes de couverture qu'ils avaient à fournir, mais en leur indiquant simplement la date et l'heure sans leur indiquer ni la destination ni l'affectation.
J'appelle toute votre attention sur ce que ces deux communications du 25 mai au 6' corps, et du 21 juin aux différents corps, relatives aux troupes de couverture, ne portaient aucune mention que des modifications devaient être faites plus lard au dispositif des troupes de couverture, parce qu'à ce moment on croyait fermement, à l'étatmajor général, que ces modifications ne seraient pas nécessaires.
Le secret n'existait donc pas encore.
Mais en juillet et en août, on s'aperçut, à mesure qu'on creusait l'idée, qu'on ne pourrait pas arriver à faire un dispositif, et lo
'.vexer ^ avec corections de sa main, aux membres guerre.
capitaine Beauvais, le Conseil de guerre adoptaient...
Eh bien ! ce n'est pas la déposition sténographiée, ce n'est pas même la brochure tripatouillée, qui a été déposée chez les juges.
Il parait que i.e n'était pas encore ça. Ce n'est pas la déposition initiale, ce n'est pas la brochure revue, c'est un exemplaire recorrigê^ et augmenté^ de la main même du général Mercier, qui a poursuivi, jusque chez eux, les membres du Conseil de guerre (l).
Ce fut donc une déposition inconnue de l'accusé et de ses avocats, qui devint le vade
(1) Ces surcharges, plus tard, furent collées en feuillet d'Errata, à la fin de la brochure distribuée gratuitement à Paris en octobre et novembre.
mecum des juges durant le procès. Ils avaient cette petite brochure ckins leur poche.
Évidemment ces retouches successives, ces ajoutés à la sténographie d'abord, à la brochure ensuite, avaient leur importance.
Sans quoi, pourquoi?
(Vers la fin du procès, Cavaignac et le général Roget crurent devoir imiter l'élégante correction du général Mercier.
Ils couchèrent, sous une seule couverture, leurs réquisitoires jumeaux, propagés aussi gratuitement que celui du général Mercier.)
D'où vient l'argent ?
Et c'est évidemment sans entente préalal)le, c'est par le hasard que ces trois témoins^ non contents d'avoir accablé le juif à l'audience, se sont retrouvés dans les imprimeries pour dépêcher dans le public et dans le privé — ces brochures d'une inspiration tout évangélique — sans les réponses qui y avaient été, ou qui pouvaient y être faites.
Plus haut, nous avons signalé que les exemplaires destinés aux juges titulaires étaient sous couverture jaune, sous couverture bleue les exemplaires réservés aux suppléants. Le volume que nous connaissons est à couverture jaune. Peut-être qu'il va se rencontrer à Rennes, comme il s'en est levé un à Paris, un Freystœtter...
Qu'il en soit ainsi pour l'honneur de l'humanité.
Le général Mercier dévoilait assez en quelle piètre estime il tenait l'intellect des juges, pour oser des moyens aussi grossiers : les mensonges impudents, les faux les plus hardis qu'il fixait sous leurs yeux, par sa brochure. Il fallait qu'il fût bien certain de leur faiblesse, de leur incurable ignorance ; il fallait qu'il fût bien assuré de les hypnotiser de son grade, de son uniforme, de ses artifices !
La collusion en permanence.
Après ces criminelles familiarités avec les textes, le général Mercier ne devait pas s'embarrasser de quelques collusions de plus ou de moins avec les personnes.
La collusion, elle fut constante entre le
général Mercier et le Conseil de guerre, entre Mercier et les témoins...
(Mais la collusion existait presque autant de la part des témoins complices ; nous le verrons en d'autres paragraphes.)
Quelquefois le général Mercier aurait pu hésiter à intervenir — après les huis-clos où il n'avait pas assisté.
Mais il était rapidement et exactement renseigné sur ce qui s'y était passé, par des membres du Conseil de guerre : pour s'en assurer, il n'y a qu'à vérifier avec quelle aisance, en audience publique, il aborde certains points du huis-clos...
Manifestement, un juge suppléant, le lieutenant-colonel Lucas, cousin-germain du général Lucas, commandant du corps d'armée de Rennes, lui a prêté ses lumières.
Leur méthode.
Du reste, le général -Mercier a défini sa méthode d'un trait :
Un jour, pendant une suspension d'audience, il siffle Carrière comme un chien :
— Carrière !
— Mon général...
— Pourquoi avez-vous laissé la défense agir ainsi ?
— Mais, je ne pouvais pas intervenir...
— Il faut toujours intervenir.
Ce fut toute sa méthode — et celle du général Regot aussi.
11 n'est guère d'audiences où ils ne soient apparus à la barre.
Le respect des textes.
Sans reproduire les critiques décisives qui anéantissent la déposition du général Mercier, une ou deux remarques encore.
Par exemple. Le général Mercier parle de
la dépêche du 4 juillet 1894 aux commandants de corps d'armée.
Dans la dépêche, il y a : ... « F artillerie des formations de campagne. . . » l'expression de formation de campagne s'appliquant aux divisions, aux corps d'armée.
Le général Mercier traduit, intervertissant, par : « ... Formations de campagne de V artillerie.,. » pour rattacher cela au paragraphe 3 du bordereau annonçant « une note sur une modification aux formations de r artillerie. »
Puis, citant toujours la dépêche du 4 juillet, le général Mercier dit : «... Augmentation des batteries de 120 dans les groupes de campaf/ne » et il en conclut qu'il y est bien question des formations de l'artillerie.
Or, ce qu'il y a dans la dépêche, c'est: « ... Augmentation d^ une batterie pour chacun des groupes de 120 court affecté aux formations de campagne du nord-est... » Et les formations de campagne dont il s'agit sont ici encore les divisions, les corps d'armée. Rien, donc, de commun avec le bordereau.
Le général Mercier a tôt fait d'arranger les choses. iVvec le mensonge, le faux et la mauvaise foi, — acceptés des juges, on se tire vite des pas les plus difficiles.
Un coup d'œil encore, sur cette déposition (2), à propos des troupes de couverture.
Dans le fameux bordereau, il est dit : (( Quelques modifications seront apportées par le nouveau plan.., (aux troupes de couverture.) ))
Une dépêche aux commandants de corps d'armée dit : « Quelques modifications ont été apportées aux centres de fabrication... »
(Il s'agit donc, non du dispositif des troupes de couverture^ mais... des boulangeries l II)
Eh ! bien, le général Mercier pour rattacher le bordereau à cette dépêche sup-
(1) Pages 93-94 de la brochure contenant sa déposition revisée.
(2) Page 101 de la brochure contenant sa déposition revisée.