‹ Quelques dessous du process de RennesChapitre 4 sur 10 · JUSQU'A TROIS HEURES ET DE- MIE · texte numérisé non relu

JUSQU'A TROIS HEURES ET DE- MIE

Dans la brochure, on trouve :((... Une conférence QUI A DURÉ TROIS HEURES A TROIS HEURES ET DEMIE l »

Page 116. — Suivant qu'il a besoin ou peut se passer des gens, le général Mercier allonge ou abrège les épithètes. A l'audience, où il fallait amadouer le commandant Ducros, témoin adverse, le général Mercier avait proféré ces louanges à son adresse : « ...J'avais laissé de côté le canon du commandant Ducros ^ quoiqu il réalisât im progrès TRÈS SÉRIEUX... ))

Dans la brochure, où il n'était pas à supposer que le commandant Ducros irait chercher des éloges — et puis le témoin aurait déposé quand elle paraîtrait — les épithètes aimables ont disparu, le TRES SÉRIEUX qui s'était échappé des lèvres du

général Mercier n'est pas tombé de sa plume.

Page 121. — Encore un petit tour de passe-passe — du doute à la certitude — de la sténographie sincère au compte rendu revisé. Quand le général Mercier parle, c'est : (( Mais, à mon avis, ce n'est pas la note QUI A DU ÊTRE ENVOYÉE, »

Dans la brochure, quand le général Mercier écrit, c'est : « Mais, cl mon avis, ce n'est pas la note QUI A ÉTÉ ENVOYÉE, »

Page 143. — Le mensonge, la perfidie, le faux se jouent entre les deux textes, entre l'oral et l'écrit du sfénéral Mercier.

Il devait terminer par la lâcheté. Sur la fin de son témoignage-réquisitoire, le général Mercier proclamait : « Si le moindre cloute avait effleuré mon esprit, messieurs, je

serais le premier à vous le déclarer et à dire devant vous au capitaine Dreyfus : Je me suis trompé de bonne foi. . . »

LE CAPITAINE DREYFUS (SE LE- VANT, AVEC FORCE;. — C'est ce que vous devriez dire. (APPLAUDISSE- MENTS.)

Dans la brochure, le général Mercier n'a pas osé rapporter le geste de la victime se dressant contre le bourreau, aux applaudissements de la salle.

Le général Mercier a biffé les parenthèses'.

Le général Mercier nous avait de longtemps habitués aux pires audaces de sa part. On verra qu'il s'est surpassé encore, à Rennes. Cependant, il faut limiter nos citations.

Ce par quoi le général Mercier mérite les suffrages sans réserve des bandits de Y affaire.^ ce par quoi le général Mercier est

le plus digne de commander aux faussaires de l'État-Major, c'est par son entrain à altérer les textes. Il semble que cela soit inné chez lui, tant il procède avec persistance et régularité. Il ne peut pas apercevoir une ligne qui le gêne, sans la tordre tout de suite à sa convenance. Les remarques précédentes ont pu montrer combien peu il s'embarrassait des obstacles. Celles qui suivent fourniront, je pense, un exemple plus accentué encore de sa méthode.

Le général Mercier a trouvé moyen de falsifier encore ce le faux Schneider ».

A l'audience du 12 août, le général Mercier, pour confirmer une déclaration du colonel Sandherr, demandait à M. le président du Conseil de guerre de vouloir bien faire lire la pièce que voici (1).

(1) Le général Mercier s'est plaint que la sténographie eût mal rapporté ses paroles. Il aurait dit : « Je deman- )) derai au président du Conseil de vouloir bien faire lire

Le greffier Coupois donne lecture de la pièce suivante (1) :

« Paris, 30 novembre 1897.

» On avait déjà émis bien des fois pareille supposition que le traître EST AUTRE que Dreyfus et je ne serais pas revenu là-dessus si depuis un an je n'avais appris par des tierces personnes que des attachés militaires allemand et italien auraient soutenu la même thèse dans les salons à droite et à gauche. Je m'en tiens toujours et encore aux informations publiées dans le Temps au sujet de l'affaire Dreyfus. Je continue aies considérer comme justes et estime que Dreyfus a été en relations avec des bureaux confidentiels allemands de Strasbourg et de Bruxelles, que

)) t extrait que voici cVun rapport adressé à son gouver- » nement par le colonel Schneider, attaché militaire à » Paris. » Les sténographes ont maintenu leur version. Le général Mercier, dans son compte rendu en brochure, a rapporté la sienne.

(1) Rapport Schneider, dans la brochure Mercier.

le grand Etat-Major allemand cache avec un soin jaloux même à ses nationaux. »

Le président. — Quelle est la date de cette pièce?

Le général Mercier. — 30 novembre 1897 (1).

(1) La question et la réponse sont supprimées dans la brochure Mercier.

C'est que le Figaro, qui publiait chaque jour un compte rendu sténographique des débats, avait reçu le 17 août la dépêche suivante :

Figaro, Paris.

Ems, 17 août, 10 h. 20.

Lettre du 30 novembre 1897^ attribuée à moi et reproduite dans le Figaro, le mercredi 16 août, est un faux.

Colonel SCnSEIDER.

Cette dépèche, publiée dans son numéro du 18 août, était suivie des lignes que voici :

« Nous transmettons cette dépêche au colonel Jouaust, président du Conseil de guerre de Rennes, qui n'hésitera certainement pas à mettre le général Mercier et le général Roget en demeure de s'expliquer sar la production de ce faux.

Quelques jours après, le Figaro insérait la lettre ci-dessous :

(( Le colonel Schneider, attaché militaire à Tambas-

Voici maintenant la lettre telle qu'elle est publiée dans la brochure Mercier :

« Paris, 30 novembre 1897.

» On avait déjà émis bien des fois pa-

sade d'Autriche-Hongrie, est arrivé hier à Paris et nous a adressé la lettre suivante :

AMBASSADE 22 aoùt 1899.

d'autriche-ho.xgrie

Attaché militaire.

(( Monsieur le rédacteur en chef du Figaro,

. « Le 17 de ce mois, j'adressais au Figaro le télégramme suivant :

(( Lettre du 30 novembre 1897, attribuée à moi et » reproduite dans le Figaro le mercredi 16 aoùt, est un )) faux. »

« Puisque vous avez bien voulu le publier, je vous prie aujourd'hui d"y ajouter ceci :

;» Le 30 novembre 1897, mon opinion était absolument contraire à celle qui se trouve exprimée dans la pièce en question.

» L'apposition de la date susdite et de ma signature au texte que Ton m'attribue constitue un faux.

)) Ce faux subsisterait même dans le cas où, ce dont je ne puis juger sans l'avoir sous les yeux, le texte lui-même émanerait de moi à une autre date.

» Agréez, monsieur le rédacteur en chef, etc.

» Signé : Colonel Schneider. »

reille supposition que le traître N'EST AUTRE que Dreyfus et je ne serais pas revenu là-dessus si depuis un an je n'avais appris par des tierces personnes que des attachés militaires allemand et italien auraient soutenu la même thèse dans les salons à droite et à «auche. Je m'en tiens toujours et encore aux informations publiées dans le Temps au sujet de l'affaire Drevfus. Je continue à les considérer comme justes et estime que Dreyfus a été en relations avec des bureaux confidentiels allemands de Strasbourg et de Bruxelles que le grand Etat-Major allemand cache avec un soin jaloux même à ses nationaux. »

Je suppose qu'il n'est pas besoin de commentaire, et que la différence effroyable des deux textes saute à l'esprit comme aux yeux. Est-ce là falsifier un texte, ou non? Et pourquoi? Pour tenter de rejeter à l'île du Diable un innocent. On envoie au baille l'employé besogneux qui a mis un chiffre à la place d'un autre, dans sa comptabilité, pour voler quelques francs. L'ancien mi-

nistre, le général, le témoin qui a juré dedire la vérité, peut mentir, tromper, altérer les pièces... Il ne s'agit que de l'honneur, de la liberté et de la vie d'un homme... Le général Mercier est libre.

Avec la même impudence, le général Mercier tronque la lettre Dcœignon^ pour les besoins de son argumentation.

Voici le texte qu'il remet au greffier Coupois, qui lit, et la pièce est versée au dossier — authentiquée ainsi :

Le GREFFIER Coupois douuo lecture delà lettre Davignon ainsi conçue :

Lettre Davignon. Janvier 1894. « Je viens encore d'écrire au colonel Davignon ; si vous avez occasion de parler de la question avec votre ami, faites-le particulièrement, EN façon que Davignon ne VIENT pas à le savoir. »

(Dans la^brochure, il y a : DE façon que

Davignon ne VIENNE pas à le savoir. Mais ceci est une vétille.)

Cette lettre est incomplète. Il y manque la phrase ci-dessous :

(( DU RESTE, IL N'Y RÉPONDRAIT PAS ; CAR IL FAUT JAMAIS FAIRE VOIR QU'UN AGENT S'OCCUPE DE L'AUTRE »

qui détruit tout le raisonnement, d'ailleurs, fort hasardeux, qu'avait essayé le général Mercier, d'après la lettre tronquée — c'està-dire falsifiée.

Il n'est pas jusqu'au texte du bordereau qui n'ait été remanié par le général Mercier. Ce qui éclaire certaines discussions demeurées troubles.

Ainsi, le lieutenant-colonel Rronaniart interrogeait le commandant Hartmann :

Le lieutenant-coloxel Rro>'g>'iart. — Il a été fait en 1894, c'est bien reconnu,

des copies et des extraits du Manuel de tir; mais ce qui est offert par le bordereau, c'est le document lui-même, le document authentique et complet. Puisqu'il est question de le PRENDRE, c'est qu'on ne l'a pas sous la main. Une copie, on l'aurait sous la main. Il n'est pas question de se le faire envoyer, mais de le prendre.

Comment expliquez-vous que le commandant Esterhazy aurait été à même de prendre ainsi à volonté un document authentique et complet?

Le commandant Hartmann. — Voulezvous bien me rappeler le texte du bordereau? Je ne l'ai pas suffisamment présent à la mémoire.

L'huissier remet au commandant Hartmann le texte du bordereau.

Il y a ceci : « Ce dernier document est extrêmement difficile à se procurer et je ne puis ravoir à ma disposition que très peu de jours.,. Si donc vous voulez y prendre ce qui vous intéresse et LE tenir à ma disposition après, je le prendrcd. »

Je crois que y^r^;?^//'^ s'applique aux renseignements que le correspondant pourrait prendre dans le Manuel.

Le lieute>'a:\t-coloxel Brongniart. — Non. Ma question est relative aux mots je le prendrai.

Le commandant Hartmann. — J'ai compris que l'auteur du bordereau disait à son correspondant qu'il lui envoyait effectivement le Manuel et qu'il le reprendrait chez lui, après que celui-ci y aurait pris ce qui l'intéresserait.

Le lieutenant-colonel Brongnlvrt. — Non. Il n'y a pas : (( Je le reprendrai ! » Il y a : (( Je le prendrai. )) C'est-à-dire : « Je le prendrai pour vous l'envoyer. »

Le commandant Hartmann. — Je n'ai jamais compris de cette façon.

Le lieutenant-colonel Brongniart. — L'auteur du bordereau ne l'envoie pas et il dit : « Si vous voulez bien, je vous en enverrai une copie, ou bien je le prendrai pour vous l'envoyer. »

Le commandant Hartmann. — Je me

permettrai de n'être pas de cet avis. Je comprends : « Si vous voulez le tenir à ma disposition après, je le prendrai chez vous. »

De même le capitaine Beauvais :

Le capitaine Beauvais, au témoin. — Vous venez de dire que vous pensiez que le Manuel avait été envoyé par l'auteur du bordereau à son destinataire, puisque vous avez compris : « Je le reprendrai. »

Le commandant Hartmann. — Oui, mais sur cette question on ne peut faire que des hypothèses, et j'ai considéré toujours ce point comme assez peu important. C'est pourquoi je n'en ai pas parlé dans ma déposition. Il faut remarquer que, dans le bordereau, le « à moins que » de la dernière phrase comporte une alternative qui peut porter soit sur l'envoi du Manuel, soit sur le fait d'y prendre des renseignements. Il y a deux interprétations possibles.

Ou bien : « Je vous envoie le projet de Manuel ; vous y prendrez des renseigne-

ment S, à moins qne vous ne vouliez que je le fasse copier », ou bien : « Je vous envoie le projet de Manuel, à moins que vous ne préfériez que je le garde pour vous le faire copier. »

La divergence d'opinions provient de ce que le commandant Hartmann s'appuyait sur le texte du bordereau — tandis que les juges se fiaient au texte du bordereau — approprié par Mercier :

(( — Je remarquerai en outre que la dernière phrase :

« Si vous voulez y prendre ce qui vous intéresse et VOUS tenir à ma disposition après, je le prendrai^ à moins que vous ne vouliez que je le fasse copier,.. »

Evidemment, suivant qu'on lit « VOUS tenir à ma disposition » ou « LE tenir » — LE bordereau — les hypothèses surj> le prendrai peuvent plus facilement varier.

Naturellement, c'est la version créée par le texte — FAUX — du général Mercier, que le lieutenant-colonel Brongniart, le

les publications qui en ont été faites à la suite des procès précédents; mais je vous prierai, dans le cas oii mes explications vous paraîtraient trop brèves et in su l'usante s sur certains points, de vouioirbien me demander de les compléter.

de statistique, me prévint que la situation devenait de plus en plus grave au point de vue de l'espionnage, qu'il y avait un vaste système d'espionnage organisé autour de nous, qu'autrefois le chef de cet espionnage allemand était un civil, mais (jiie, depuis quelque temps, l'employé civil avait disparu et que le chef de l'espiounage allemand était désormais l'altaclié militaire à Paris, M. le colonel de Schwarl/koppen.

Il me prévint, en outre, que l'attaché militaire allemand était puissamment secondé par l'attachémilitaireitalieD, le commandant Panizzardi. 11 me dit qu'il existait à Paris un bureau d'espionnage très bien organisé, sous la direction du colonel de Schwartzkoppen ; quil en existait un autre à Bruxelles, sous la direction du colonel de M.., attaché militaire à iîruxelles: et enfin qu'il yen avait un à Stras bourg et que ces trois bureaux d'espionnage avaient des relations fréquentes entre eux. Pourconfirmercelledéclaration du colonel ^Sandherr, je demanderai au président du Conseil de vouioirbien l'aire lire l'extrait que voici d'un rapport adressé à son Gouverne-

Fac-similés de la brochure remise par le général

du Conseil

au 1" avril au nouveau plan de manière à ne pas être obligé de le refaire.

Cette étude fut faite dans les bureaux de l'étal-major général.

11 sembla que ce travail pût être réalisé; et malgré les observations très sérieuses faites par le 3* bureau, le principe fut adopté à la dale du 22 mai.

A cette date, le 3® bureau envoya au 4° un tableau contenant la nomenclature complète des troupes de couverture avec l'indicatio.n de leurs zones de concentration et de leurs points de débarquement.

Communication de ce travail fut donnée au G* corps le 25 mai. Le 21 juin, le ministre envoya aux différents corps d'armée l'état des troupes de couverture qu'ils avaient à fournir, mais en leur indiquant simplement la date et l'heure sans leur indiquer ni la destination ni l'affectation.

J'appelle toute votre attention sur ce que ces deux communications du 25 mai au 6* corps, et du 21 juin aux différents coips, relatives aux troupes de couverture, ne portaient aucune mention que des modifications devaient être faites plus lard au dispositif des troupes de couverture, parce qu'à ce moment on croyait fermement, à l'étatmajor général, que ces modifications ne seraient pas nécessaires.

Le secret nexistait donc pas encore.

Mais en juillet et en août, on s'aperçut, îi mesure qu'on creusait l'idée, qu'on ne pourrait pas arriver à faire un dispositif, ot In. /• /^/^ ^ z

Mercier^ avec corections de sa main, aux membres de guerre.

capitaine Béarnais, le Conseil de guerre adoptaient...

Eh bien ! ce n'est pas la déposition sténographiée, ce n'est pas même la brochure tripatouillée, qui a été déposée chez les juges.

Il paraît que ce n'était pas encore ça. Ce n'est pas la déposition initiale, ce n'est pas la brochure revue, c'est un exemplaire recorrigè^ et augmenté, de la main même du général Mercier, qui a poursuivi, jusque chez eux, les membres du Conseil de guerre (1).

Ce fut donc une déposition inconnue de l'accusé et de ses avocats, qui devint le vade

(1) Ces surcharges, plus tard, furent collées en feuillet d'Errata, à la fin de la brochure distribuée gratuitement à Paris en octobre et novembre.

mecum des juges durant le procès. Ils avaient cette petite brochure dans leur poche.

Évidemment ces retouches successives, ces ajoutés à la sténographie d'abord, à la brochure ensuite, avaient leur importance.

Sans quoi, pourquoi?

(Vers la fin du procès, Cavaignac et le général Roget crurent devoir imiter l'élégante correction du général Mercier.

Ils couchèrent, sous une seule couverture, leurs réquisitoires jumeaux, propagés aussi gratuitement que celui du général Mercier.)

D'où vient l'argent ?

Et c'est évidemment sans entente préalable, c'est par le hasard qne ces trois témoins^ non contents d'avoir accablé le juif à l'audience, se sont retrouvés dans les imprimeries pour dépêcher dans le public et dans le privé — ces brochures d'une inspiration tout évangélique — sans les réponses qui y avaient été, ou qui pouvaient y être faites.

Plus haut, nous avons signalé que les exemplaires destinés aux juges titulaires étaient sous couverture jaune, sous couverture bleue les exemplaires réservés aux suppléants. Le volume que nous connaissons est à couverture jaune. Peut-être qu'il va se rencontrer à Rennes, comme il s'en est levé un à Paris, un Freysteetter...

Qu'il en soit ainsi pour l'honneur de l'humanité.

Le général Mercier dévoilait assez en quelle piètre estime il tenait l'intellect des juges, pour oser des moyens aussi grossiers : les mensonges impudents, les faux les plus hardis qu'il fixait sous leurs yeux, par sa brochure. Il fallait qu'il fût bien certain de leur faiblesse, de leur incurable ignorance ; il fallait qu'il fût bien assuré de les hypnotiser de son grade, de son uniforme, de ses artifices !

La collusion en permanence.

Après ces criminelles familiarités avec les textes, le général Mercier ne devait pas s'embarrasser de quelques collusions de plus ou de moins avec les personnes.

La collusion, elle fut constante entre le

général Mercier et le Conseil de guerre, entre Mercier et les témoins...

(Mais la collusion existait presque autant de la part des témoins complices ; nous le verrons en d'autres paragraphes.)

Quelquefois le général Mercier aurait pu hésiter à intervenir — après les huis-clos où il n'avait pas assisté.

Mais il était rapidement et exactement renseigné sur ce qui s'y était passé, par des membres du Conseil de guerre : pour s'en assurer, il n'y a qu'à vérifier avec quelle aisance, en audience publique, il aborde certains points du huis-clos...

Manifestement, un juge suppléant, le lieutenant-colonel Lucas, cousin-germain du général Lucas, commandant du corps d'armée de Rennes, lui a prêté ses lumières.

Leur méthode.

Du reste, le général Mercier a défini sa méthode d'un trait :

Un jour, pendant une suspension d'audience, il siffle Carrière comme un chien :

— Carrière !

— Mon général...

— Pourquoi avez-vous laissé la défense agir ainsi ?

— Mais, je ne pouvais pas intervenir...

— Il faut toujours intervenir.

Ce fut toute sa méthode — et celle du général Regot aussi.

11 n'est guère d'audiences où ils ne soient apparus à la barre.

Le respect des textes.

Sans reproduire les critiques décisives qui anéantissent la déposition du général Mercier, une ou deux remarques encore.

Par exemple. Le général Mercier parle de

la dépêche du 4 juillet 1894 aux commandants de corps d'armée.

Dans la dépêche, il y a : ... (c F artillerie des formations de campagne. . . » l'expression de formation de campagne s'appliquant aux divisions, aux corps d'armée.

Le général Mercier traduit, intervertissant, par : (c ... Formations de campagne de V artillerie.,. » pour rattacher cela au paragraphe 3 du bordereau annonçant « une note sur une modification aux formations de r artillerie. »

Puis, citant toujours la dépêche du 4 juillet, le général Mercier dit : (( ... Augmentation des batteries de 120 dans les groupes de camjjagne » et il en conclut qu'il y est bien question des formations de l'artillerie.

Or, ce qu'il y a dans la dépêche, c'est: (( ... Augmentation cl une batterie pour chacun des groupes de 120 court affecté aux formations de campagne du nord-est... » Et les formations de campagne dont il s'agit sont ici encore les divisions, les corps d'armée. Rien, donc, de commun avec le bordereau.

Le général Mercier a tôt fait d'arranger les choses. Avec le mensonge, le faux et la mauvaise foi, — acceptés des juges, on se tire vite des pas les plus difficiles.

Un coup d'œil encore, sur cette déposition (2), à propos des troupes de couverture.

Dans le fameux bordereau, il est dit : (( Quelques modifications seront apportées par le nouveau plan... (aux troupes de couverture.) »

Une dépêche aux commandants de corps d'armée dit : « Quelques modifications ont été apportées aux centres de fabrication... »

(Il s'agit donc, non du dispositif des troupes de couverture, mais... des boulangeries l II)

Eh ! bien, le général Mercier pour rattacher le bordereau à cette dépêche sup-

(1) Pages 93-94 de la brochure contenant sa dé^Dosition révisée.

(2) Page 101 de la brochure contenant sa déposition revisée.

prime tranquillement : centres de fabrication.

Et alors il conclut que le bordereau annonçant que des modifications seront apportées par le nouveau plan coïncide avec la dépêche qui dit que des modifications ont été apportées... Et comme cette dépêche n'a été connue que de l'Etat-Major, et que Dreyfus était à l'État-Major de l'armée...

Cela coïncide — avec cette différence qu'il est question, dans le bordereau, du dispositif, du placement des troupes — et, dans la dépêche, de la manutention!

Dnas le cas même où le général Mercier n'eût pas donné ce croc-en-jambe extraordinaire aux textes indiscutables, pour les faire cadrer — comment tenir compte, dans l'espèce, de la dépêche du 15 octobre?

Elle est frappée des pires suspicions.

Elle est partie du 3^ bureau.

L'auteur en est Du Patv de Clam.

Et Du Paty de Clam, depuis le 1^' octo-

bre, est transformé en officier de police judiciaire, en possession du bordereau.

La dépêche est du 15 octobre, l'arrestation de Dreyfus a été décidée l'ayant-veille, le 13.

Comment oser se servir de cette dépêche, répétant les mots du bordereau, certifiant le bordereau accusateur — alors qu'elle émane de Du Paty de Clam — le «diabolique )) metteur en scène de la pièce, avec Henry.

Le capitaine de Somer,

Personne ne doute plus de l'audacieuse sérénité avec laquelle le général Mercier piétine les témoignages encombrants. Cependant, il ne faut pas se lasser d'en citer des exemples.

Le général Mercier dépose (i).

(Ij Page 79 de sa brochure.

(( Le capitaine de Semer étant à rÉcole )) de Pyrotechnie constate que, se trouvant )) dans l'omnibus de l'École avec Dreyfus, » ce dernier se plaignit à lui d'avoir été » mis à la porte du Lureau du commandant » Barbier, sous-directeur de l'Ecole, parce » qu'il y était à une heure où il n'aurait pas )) dû y être et paraissait y faire des choses )) indiscrètes. Ce témoignage est mentionné » dans une pièce qui fait partie du dossier » secret et qui est relative à la livraison de » la circulaire relative au chargement des » obus à mélinite. »

Le général Mercier se garde bien d'ajouter que le commandant Barbier a dit : « Le fait relaté ci-dessus est complètement sorti de ma mémoire... »

Il est vrai que les juges peuvent se reporter à V Enquête de la Cour de cassation, à la plaidoirie de M*" Mornard, au dossier secret où le général Gonse avait pieusement recueilli ces attestations. Mais il est infiniment probable qu'ils n'iront pas voir, et le racontar du capitaine de Somer, dédai-

Jiieutenant-Colonel Bertin-Moui-ot.

Le Colonel Jouaust, président du Conseil; et lo Général Billot.

gné de la Cour suprême, le général Mercier le maintient hardiment, comme indubitable. Ce qu'il omet de dire, c'est que le capitaine de Somer est l'ami intime de la famille Billot-Wattines, lequel Wattines, substitut, opérait au cabinet de son beau-père, lors de la confection du dossier secret...

Ce qu'il ne dit pas non plus, c'est que, avant d'avoir été appelé au ministère, pour verser ce fait au dossier secret, le capitaine de Somer l'avait raconté à Versailles. La version publique différait absolument de la version secrète. Le commandant Barbier (( aurait ^?/^^^/^' contre Dreyfus, un jour... ))

Et c'était si grave, ce qui l'avait fait «g... », que (( le fait est complètement sorti de la mémoire » du commandant Barbier.

(( Cette déformation des souvenirs », comme M^ Mornard appelait si doucement tant de suppléments, de modifications ou de retraites de mémoire — que de fois encore nous la rencontrerons.

Sur cette façon de « servir ;> un témoignage, on pourrait poser au général Mercier la question de M' Labori au général Gonse : Croit-il que ce soit là de la loyauté militaire? ou civile?

Puis, il y a quelque réserve à observer, sur le crédit possible aux allégations du capitaine de Somer.

Dans un conseil de discipline, le capitaine de Somer rapporte, en dehors de la présence de l'accusé, qu'il a passé par une maison de correction.

Le conseil écoute cette affirmation qui influe fortement sur la décision. L'accusé est condamné, à la majorité des voix.

Le lendemain, pris de scrupule, le président va interroger l'individu, qui proteste.

En effet, il n'a pas été dans une maison de correction.

C'est un enfant trouvé — élevé à l'hospice de Bernay.

M. le conseiller Voisin sait quelque chose de cette histoire...

Le condamné n'en est pas moins à Biribi !

Le fjénêral Mercier sait se taire à r occasion.

La ruse du général Mercier tablait vo . lontiers sur l'ignorance crasse des membres du Conseil de guerre.

Le général Mercier, d'accord avec le général Duchesne, a attribué la date du 29 août au rapport de la commission pour l'expédition de Madagascar.

C'était bien ainsi, quand le bordereau était du mois d'avril. Mais quand le bordereau fut reculé au mois d'août, cela n'allait plus du tout, pour le paragraphe de Madagascar. Le général Mercier ne se déroutait pas pour si peu. Le rap

port a été terminé le 29 août, dira Mercier (1), mais il a été commencé plus tôt. Eh bien ! à ce moment-là, cette note était entre les mains du commandant du Paty de Clam, qui était au 3*^ bureau, et à ce moment-là, au mois d'août 1894, Dreyfus était au 3*^ bureau. Il a pu avoir, soit par conversation avec Du Paty de Clam, soit par indiscrétions de l'entourage du colonel Du Paty de Clam — connaissance de tous ces documents relatifs à Madagascar.

Voilà qui est ingénieux, comme toujours. Mais comme toujours cela pèche par quelque endroit. Un commandant Audry, de la commission, a écrit que le rapport était du 4 août — il fallait que Dreyfus eût pu savoir, n'est-ce pas?...

Il faudrait s'expliquer là-dessus. Un témoin insiste sur la contradiction, signale le fait... Mercier ne bronche pas. Et les membres du Conseil de guerre passent outre, sans interroger du Paty, sans pren-

(1) Page 89 de sa brochure.

Quittant le Lycée.

Le général Deloye et le général JuUiard.

dre la peine de demander aux Affaires étrangères un renseignement bien simple !

Le général Deloye.

Nous reverrons le général Mercier aux prises avec le capitaine Freysteetter, plus loin. Tout de suite, nous voudrions noter l'action parallèle à la sienne du général Roget, du général Deloye.

Le o'énéral Delove, directeur de l'artillerie, avait eu le général JuUiard, chef du bureau du personnel comme collègue, puis comme subordonné. C'est au général Julliard qu'a succédé le colonel Meert. Le général Deloye avait donc, à Rennes, lui aussi, par son ancien subordonné, de sûres intelligences dans la place. Il était bien incapable de n'en pas profiter, de même qu'il ne s'était pas fait faute de tenter d'influencer par le colonel Meert

son contradicteur, le commandant Hartmann.

Le général Deloye abrite derrière une apparente bonhomie le plus faux des bonshommes; c'est lui qui a dépouillé Turpin au profit de Triponé. C'est le maître Guérin de l'artillerie. Il y a une autre victime du général Deloye, le commandant Ply, un directeur de Puteaux, qui s'est suicidé. Le lendemain de sa mort, le général de Saint-Germain disait à qui voulait l'entendre, en faisant allusion au général Deloye et au commandant Gandin :

— Faut-il qu'ILS L'aient embêté pour le pousser là!

Le général Deloye a été dépêché, après la déposition Hartmann, à la Cour de cassation. On connaît la NOTE perfide de ce général tartare, par les moustaches et les services; c'est ce qu'il appelle ne pas prendre parti. D'ailleurs, il ne l'a pas soutenue, en somme, contre le commandant Hartmann. H a répondu évasivement,parsa fameuse théorie de l'espion, par sa thèse

de ce qu'on peut apprendre dans les cafés, dans les pensions — reprise par le commandant Rivais, et appuyée par Jouaust : la coïncidence est au moins curieuse. Expert technique, se prétendait-il, rien de plus, l'impartialité même. Cependant, il fonçait furieusement sur Hartmann, sur Fonds-Lamothe, sur Bruyerre. Très ficelle^ il exige le huis-clos, quand les démonstrations du témoin adverse deviennent trop pressantes, dans la crainte que le témoin «ne livre la totalité du tout)^^ selon son expression tintamarresque.

Oh! le fîfénéral Delove, ce doux artilleur,

qui ne braque ses batteries que pour la science, ne voudrait pas, ohî non, écoutezle, que la condamnation de Dreyfus coulât de sa bouche, mais, affirme-t il, c'est pourtant (( un gros seigneur » qui a renseigné l'Allemagne... — (c Un gros seigneur » — c'est-à-dire le capitaine Dreyfus.

W Guérin et W Pathelin...

Et ce brave homme, dérangé de ses chères études (qui pourraient bien coû-

ter gros à la France) prend le temps, avant d'y retourner, d'intervenir comme on a vu plus haut, et d'intervenir encore pour repêcher Yalerio, noyé par le général Sebert, MM. Poincaré et Painlevé.

Quel lyrisme dans le couplet du général Delove sur les officiers sortis des rangs! Il nous avait habitués à le croire de sentiments moins « peuple », quand, au Quatorze Juillet, il donnait ordre à la troisième direction

de ne pas se rendre au bal de l'Elysée.

Oh ! que le général Deloye était un témoin désintéressé, un artilleur, rien qu'un candide artilleur !

C'est le général Deloye qui a remis le dossier du lieutenant Bruyerre au général Roo:et, venant commenter la démission de cet officier, — et le général Deloye a gravement enfreint ses devoirs par cette communication...

Mais tout est permis contre Dreyfus...

Les comédies du huis-cios.

On abusait du huis-clos au point que le gouvernement dut protester. Quelle comédie que celle du dossier secret de l'artillerie ! Rien de confidentiel. On peut défier le ministre de la guerre d'en produire l'énumération.

Cependant, les précautions du gouvernement, dans certains cas, étaient extraordinaires — s'il faut les lui imputer.

La défense avait fait demander au ministère des documents qui lui étaient nécessaires pour répondre au général Deloye.

D'abord, c'est le général Deloye qui fut chargé de les apporter — des aocuments qui devaient le confondre ^ lui l C'est lui qui les présenta !

Ses contradicteurs les feuilletèrent, sans trouver le dessin des obus allemands, justement, qu'ils cherchaient.

Ce n'est qu'an greffe, après une recherche complète, minutieuse, que le document, inaperçu au huis-clos, fut découvert. On avait replié la feuille à l'envers, FICELEE ET COUSUE^ dissimulée dans le tas, aussi sûrement que le serait un pétale de rose desséché entre deux pages collées des dixhuit volumes du dictionnaire Larousse !

Mais cela ne sert de rien d'avoir découvert cette stupéfiante supercherie.

Le commandant Hartmann, à qui l'on refuse de le laisser traiter certain point en public, est obligé de réclamer, alors, le huis-clos. Là, il veut s'approcher de la table du Conseil pour faire sa démonstration sur les dessins, comme cela se pratiquait toujours.

— C'est inutile, dit Jouaust.

Et, comme pour l'audience publique, il fait placer le témoin à la barre, à une distance où il était impossible de rien montrer, et de rien voir !

Le général Deloije et le Manuel.

11 a bien fallu que le général Deloye, comme le général Mercier, escomptât la nonchalance d'esprit du Conseil de guerre, à certains moments, pour jongler avec les questions qui lui étaient posées, comme il Ta fait.

Tout de même, ceci avait de l'importance, à propos du Manuel de t'n\ et valait bien d'exciter la curiosité du Conseil :

A propos des fuites de Bourges, bien après 1894, le colonel Picquart avait signalé (affaire Corninge) que le Manuel de tir de 1895 avait été vu par un agent entre les mains d'un agent diplomatique étranger. L'agent l'avait marqué d'un signe, pour que, si ce manuel retournait aux mains du prêteur, on pût le reconnaître.

Le général Deloye. — Je sais qu'à ce

moment-là, on « nous a signalé qu'un Ma- )) nuel de tir de 1895 avait découché {Rires.) i> et qu'il avait été au passage marqué par )) l'agent du service des renseignements, de )) façon qu'on pût le retrouver.

» J'avais donc indiqué au Conseil, hier, )) qu'on avait rappelé toute la catégorie du do- )) cument dont il s'agit^ et qu^on n'avait pas » retrouvé le document marqué . (Mouvement.)

» Sous la réserve de la réalité de cette fuite y> qui ne ni! est pas démontrée, je ne connais )) pas d autres faits de fuite constatés en ce qui » concerne F artillerie. »

Le présidev^t. — Après l'arrestation du capitaine Dreyfus, il n'en a pas été constaté davantage ?

Le général Deloye. — Non.

Le président. — Est-ce que les Manuels de tir ont été complètement retirés ?

Le général Deloye. — Ohl ils ne sont pas tous rentrés.

Tout à l'heure, on avait rappelé toute la catégorie du document, et on n'avait pas retrouvé le document marqué...

^tldiiniendiniy i/s ?w sont pas tous rentrés,,. Passons !

Les mystères de Bourges !

Que d'objections à adresser au général Deloye, comme au général Mercier, sur leur affirmation que, seul, Dreyfus a pu, etc..

Pas de fuites, assurele général Deloye, à Bouro'es !

Et il y a des espions, tout le monde le sait.

Et il n'y a pas besoin d'être un « gros seigneur » pour fournir les renseignements les plus compliqués.

D'une lettre d'un ancien sous-officier d'artillerie de Bourges, j'extrais ;

« J'étais sous-oftlcier à Bouro:es en 1890- » 1893. J'ai connu, ainsi que beaucoup )) d'autres, le principe du frein hydro- » pneumatique; tout le monde en parlait.

» Je pourrais même dessiner le schéma » de ce frein. Tons les ouvriers d'art, tour- » neurs et ajusteurs de la Fonderie de ca- » nous, étaient parfaitement fixés sur ce » point, et non pas seulement quelques-uns » comme l'affirme le général Mercier...

)) Dès 1890, on parlait à Bourges, dans tous » les cabarets, de la nouvelle pièce du capi- » taine Baquet — ou, du moins, on lui en » attribuait la paternité ; — on la décrivait » dans tous les détails, le frein compris, et » les ouvriers de la Fonderie ne tarissaient » guère sur ce point pour se rendre impor- » tants... Naturellement, les officiers, le » général Deloye, le ministre ne savaient » rien de tout cela, dans leur douce torpeur » habituelle, et ils croyaient leur ca- » non secret en 1894... Mais, en 1891, les )) Ecoles à feu, au 37^ et au l^"", ont eu lieu )) avec le 120 court, pour deux batteries, et » je crois même me rappeler que beaucoup » d'officiers d'infanterie sont venus voir les » résultats obtenus et le fonctionnement » du nouveau canon. Enfin, les officiers

DU PROCÈS DE RENNES lo9

)) étrangers les ont vus aux grandes ma- » nœuvres de l'Est, de septembre 1891... » Nos camarades, les sons-chefs de l'École » de Pyrotechnie, recevaient même des no- » tions à ce sujet, et la description du » 120 court était consignée dans leur cours » spécial (1891-1892), cours imprimé qu'ils » emportaient dans leurs régiments... Il )) n'est donc pas impossible qu'un major » d'infanterie ait pu réunir des renseigne- » ments à ce sujet... »

A propos de l'obus Robin.

0 mystère de l'obus Robin!

Mais chez beaucoup, chez la plupart des officiers qui ont assisté à des tirs à feu, il y a des obus Robin — l'enveloppe ne se détruit pas.

Les officiers les emportent — en souvenir, pour orner leurs logis; ils en font les

motifs de décoration les plus variés, des pendules ou des porte-bouquets.

A propos du frein hydropneumatique.

On pourrait remarquer, en dehors du procès, qu'il n'aurait pas été nécessaire d'avoir le Manuel pour connaître le frein hydropneumatique.

Il n'y avait qu'à se procurer la pièce en double.

Soixante kilos à peu près à emporter et rapporter, après l'avoir communiqué.

Cette soustraction de quelques heures, du soir au matin, n'offre pas d'impossibilité.

Promener soixante kilos, tout de même ! s'étonneront quelques personnes.

Pourtant, lisez l'affaire de Nancy, du mois d'octobre, quelques jours après le procès de Rennes.

Tonnelier, un brigadier fourrier du 8*^ d'artillerie — impliqué dans des affaires de vol de bijoux et d'assassinat — avait dérobé des revolvers d'ordonnance, diverses pièces de matériel d'artillerie, enfin un

FREIX HYDROPXEUMATIQUE .

Voici l'explication du brigadier Tonnelier :

(( — Au retour du camp de Cliàlons, où » le 8® régiment d'artillerie avait procédé » à des exercices à feu, sept de ces freins » avaient été envovés à Bouroes, à l'Ecole » de pyrotecbnie, pour y être réparés. A leur » retour à Nancy, je fus chargé d'en aller » prendre livraison. C'est à ce moment que » je m'emparai de l'un d'entre eux, comp- » tant, — et c'est ce qui est arrivé — que l'on » ne s'apercevrait pas de la soustraction. »

La version du coupable est-elle exacte ? Cela regarde ses juges.

Toujours est-il que le frein hydropneu-

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