LA DEFENSE
La bande compacte des « Chargeurs réunis » ne trouva devant elle qu'une défense dissociée, paralysée.
La tactique de la courbette aux juges du Conseil de guerre, et de l'éponge aux gredins de l'État-Major devait prévaloir.
L'assassin de M° Labori n'eut pas de 2)lus sûrs complices que les partisans de la paix à tout prix.
M^ Labori s'était remis de sa blessure. Il ne se rétablit pas de son absence aux débats.
Les malins de la presse et de la politique avaient remarqué tout de suite que tout se passait bien gentiment, quand M^ Labori n'était pas là. Plus d'incidents d'audience, plus de dialogues violents à la barre, plus de témoins poussés à bout, plus de heurts, plus de secousses ! . . .
Quelle sérénité chez les juges!... Et voilà que ressuscitait le trouble-fête...
Il exaspérait le général Mercier, le président Jouaust...
Et ses amis lui tiraient clans le dos, comme l'homme du quai de la Vilaine...
Et, pourtant, puisque c'est M*^ Labori c[uo?i redoutait, puisque c'est M' Labori dont on voulait se débarrassser, c'est M' Labori qu'il fallait garder...
«Que Labori se taise et c'est l'acquittement », voilà ce qui s'écrivait, à peu près, dans des lettres autorisées de Paris qui circulaient à l'audience, passaient sous les veux mêmes de l'avocat.
Et comme après deux ans de peines et de luttes, à la minute suprême, il ne voulait pas déserter, ce fut à peu près ofiiciellement, par ordre^ sur une démarche faite près de lui , le dernier jour, à cinq heures du matin, qu'il dut se taire, déposer les armes.
Mathieu Dreyfus, la famille, les amis, les tacticiens, figavi<tes ou révolutionnaires^ tous opinaient pour la retraite :
— Tout d'un coup, je me suis aperçu que j'étais tout seul, aurait dit M'' Labori..
Il n'y eut que Jaurès, à la dernière minute, qui ne s'opposait pas à ce que Labori donnât l'assaut.
Tant mieux pour lui. S'il avait parlé, on l'eût fait responsable de la défaite. Et les plus éloquentes paroles n'eussent pas ajouté à sa gloire. Quoi qu'il arrive, par son courage, par sa foi, par son talent, par le sang versé, il demeure l'avocat de la vérité, de la justice, sinon de Dreyfus.
Mais, répétons seulement le mot de Cambacérès :
— Ce procès a été jugé : il n'a pas été