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DISCOURS DE L'HON. H. A. DUBUQUE

prononcé, le 1 septembre 1896, an XIe Congrès des Canadiens dn Connecticut, immédiatement après l'adoption, par le Congrès, des Résolutions précédentes.

(Extrait de u L' Indépendant „ de Fall Rive?-, Massachusetts, 9 septembre 1896).

M. le président, Mesdames et messieurs,

Nous assistons à un congrès historique dont l'influence se fera sans doute sentir sur nos destinées. C'est la première fois, depuis le commencement de l' immigration canadienne, que nos nationaux sont appelés à se prononcer carrément et ouvertement sur une question

aussi importante que celle du clergé national. Jusqu'ici nos congrès se sont abstenus de toucher à cette épineuse question, parce que les conditions dans lesquelles ils étaient tenus ne permettaient pas aux délégués de l'aborder.

Ce n'est pas que les congrès antérieurs aient été stériles. Au contraire, ils ont permis aux premières colonies canado-américaines de se connaître, de se grouper, de s'unir, de se développer au soleil de la liberté. Nos devanciers ont dû tout édifier, et ils avaient le désavantage d'être pauvres et de rencontrer sur leur chemin des obstacles presque insurmontables. Cependant, leur courage fut à la hauteur de la tâche qui leur incombait. Us ne perdirent pas leur temps à se plaindre inutilement; mais, forts de cet enthousiasme gaulois qui jadis bouleversa l'Europe, ils se mirent à l'oeuvre pour se protéger contre les antipathies et les haines dont on les honorait en certains quartiers.

D'abord ils firent venir le prêtre canadien, le père de famille spirituel qui a joué un si grand rôle dans 1' histoire de notre peuple, et que certains des nôtres, oublieux du passé, voudraient mettre de côté pour faire place à des religieux étrangers. Une fois la paroisse constituée, les Canadiens purent jouir d'une plus grande somme de bonheur; car, s'ils étaient éloignés du village natal vers lequel leur pensée aimait à s'envoler souvent, ils retrouvaient sur le sol de la République américaine l'église canadienne où ils entendaient la parole de Dieu en français et où ils aimaient à se réunir pour prier. La paroisse canadienne fut suivie de la fondation de nos sociétés de bienfaisance, et chacun de vous sait ce que ces sociétés ont fait de bien dans les groupes canadiens disséminés sur tous les points de la Nouvelle-Angleterre et même des Etats-Unis. La société de bienfaisance, unissant son influence à celle de la paroisse, a protégé l'élément canadien contre bien des dangers, et ceux-là seuls qui ont été les fondateurs savent les sacrifices de toutes sortes qu'elles ont coûtés. Mais je n'insisterai pas sur ce point. Le principal, c'est qu'elles sont florissantes, et que, plus que jamais, elles espèrent en l'avenir. Leur rôle, dans le été admirable, et noblesse oblige. Leurs états de

service sont une garantie de leur fidélité constante à la cause commune.

Mais, si elles ont noblement accompli leur devoir en soulageant leurs membres tombés dans l'infortune et en établissant des liens de cohésion entre les divers groupes de Canadiens immigrés, que ne font pas celles du Connecticut en inaugurant un mouvement dont l'issue

est attendue avec tant d'impatience? Je veux parler du clergé national. Vos sociétés voient depuis longtemps les paroisses canadiennes confiées à des prêtres étrangers à notre race. Ces prêtres, vous les avez respectés parce qu'ils étaient des ministres de Dieu; mais, interrogez les cœurs de vos jeunes gens, et vous verrez qu'ils n'ont pas été cultivés comme ils auraient pu l'être par des ecclésiastiques canadiens. Loin de moi l'idée d'amoindrir volontairement le mérite de qui que ce soit, encore moins des curés hollandais, belges ou flamands qui desservent la plupart de vos paroisses; mais j'ai la faiblesse de croire que le ministère d'un curé canadien, dans une paroisse canadienne, doit généralement être plus fructueux que celui d'un curé étranger a notre race, à nos coutumes et à nos aspirations. Â.i-je raison ?

L'expérience répond : oui.

C'est ce que vous avez compris, et voilà pourquoi vous êtes venus en si grand nombre assister au XIe congrès du Connecticut.

En venant ici pour sanctionner par vos suffrages la revendication d'un droit reconnu que l'Eglise Catholique accorde volontiers à tous ses enfants, sans excepter ceux qui sont nés de parents canadiensfrançais, vous avez fait preuve d'esprit de corps et montré que parmi vous l'union n'est pas un vain mot. Votre empressement à revendiquer vos droits est un fait consolant; car il devient un bel exemple pour les Canadiens des autres parties du pays qui souffrent comme vous, mais qui n'osent élever la voix pour faire entendre leurs plaintes. L'union vous a permis de vous développer à l'ombre des institutions du grand pays qui est notre patrie d'adoption; l'union vous réserve encore d'autres consolations et d'autres triomphes. C'est en elle que vous trouverez un remède infaillible à tous les maux qui peuvent fondre sur vous, au point de vue religieux et social; c'est elle qui vous rendra de plus en plus forts et qui vous préservera de la décadence et de l'anéantissement !

Restez donc unis, Canadiens-Américains du Connecticut qui venez de vous montrer si fermes, en ce jour solennel. Vous aurez encore dei. luttes à soutenir, des combats à livrer; mais, marchant côte à côte, la main dans la main, liés par des sentiments fraternels, vous posséderez une force qui déroutera vos plus cruels ennemis. L'union est indispensable dans toute société bien organiséé comme chez tout peuple qui marche fièrement vers des destinées glorieuses. Cultivez-la avec soin ; car elle manque trop souvent parmi les nôtres.

Maintenant, mes amis, je vous dirai un mot, avant de terminer, sur la nouvelle phase dans laquelle vient d'entrer la question du clergé national. Vous avez voté d'emblée, comme un seul homme, le mémoire que j'ai préparé pour les Autorités Romaines.

C'est qu'il reflète fidèlement vos opinions intimes et devient l'expression de vos plus ardents désirs. Mais vous devez être circonspects et sages. Il ne faut pas chanter victoire ou vous livrer à des démonstrations bruyantes qui paraîtraient déplacées. Vous avez pour adversaire un prince de l'Eglise qui mérite le respect de tous les catholiques; et, s'il ne peuse pas comme vous, il n'en a pas moins des titres à votre vénération.

Dans tous les cas, il est évêque ; il exerce une autorité qu'il tient du Chef visible de l'Eglise, et cela suffit pour que vous le traitiez respectueusement. Vous vous cyojqz lésés dans vos droits; je le crois moi-même, et c'est pourquoi, tous ensemble, nous avons recherché le meilleur moyen de remédier à votre situation.

Ce moyen, nous cro}Tons l'avoir trouvé. Rome prêtera certainement l'oreille à vos plaintes si bien fondées. Mais, encore une fois, il ne faut pas précipiter les événements. L'attente sera peut-être longue ; mais soyez paisibles et prudents, soyez patients, so}'ez persévérants dan» les bonnes résolutions que vous allez prendre aujourd'hui, et confiez-vous en la sagesse de Rome, qui distribue à tous la justice sans distinction de races ou de castes !

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