‹ Quelques documents sur J.-P. Rameau et sa familleChapitre 14 sur 16 · id · texte numérisé non relu

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( 1 ) Sauf à reprendre ces 4000 livres sur la succession.

Un certain nombre d’articles de la masse sont mis en commun, tels les art. 3, et 13 (1) ; de plus, les parties se font abandon réciproque des rentes viagères (art. 6), chacune de ces rentes étant respectivement attribuée à Mme Rameau, à Claude François et à Marie- Alexandrine.

Voici les conventions arrêtées au sujet de l’article 3 laissé en commun, c’est-à-dire, au sujet du fonds de musique de Rameau :

« On laisse en commun le fond de musique et le dit Sr Rameau (Claude François) reconnaît que sa mère, du consentement de sa sœur, lui a remis tous les exemplaires gravés, les 2.016 planches d’étain qui ont servi à la gravure des œuvres du Sr Rameau, les 200 exemplaires du Code de musique avec les planches gravées pour les exemples de cet ouvrage, enfin toute la musique manuscrite mise ou non au jour de la composition du Sr Rameau qui s’est trouvée et que les parties observent ne comprendre guère d’ouvrages suivies et parfaites que ce qui en a été donné, au public. Les parties conviennent que M. Rameau voudra bien se charger de procurer soit le débit en détail des exemplaires subsistants, soit la réimpression et débit de ceux qui se trouveroient comme il y a déjà de rares même la gravure, impression et débit, tant des planches qui sont ou se trouveront usées, que des ouvrages non gravés que les parties croiraient devoir mettre au jour, que des recettes qu’il fera à ce sujet et dont il sera cru à sa déclaration, ainsi que des prix dont il sera convenu. Il retiendra 1/4 et remettra les 3 autres 1/4 à Mme sa mère, dont une moitié pour elle et 1/4 pour le compte de sa fille, que les dépenses et fiais de gravure impression, papier et autres seront supportés de la même proportion, et qu’à défaut de recettes ès mains du Sr Rameau pour les acquitter, la De et Dllc Rameau lui fourniront leur quote part dans lesdites dépenses et aussi dans la même proportion.

Enfin, que le dit Sr Rameau demeurera en tous événements, chargé de représenter ce fonds ou les recettes qu’il aura faites à ce sujet, faute de quoi, il tiendra compte des objets qui n’existeroient plus sur le pied et la prisée portée audit Inventaire. »

Bref, Claude-François se trouvait investi de l’administration du fonds de musique laissé par son père, quitte à rendre compte de sa gestion à sa mère et à sa sœur. Quelque temps après, le 28 décembre 1764, de nouvelles dispositions intervenaient à cet égard, et Claude-François demeurait seul et unique propriétaire de la musique, des planches et des manuscrits, avec faculté d’en disposer comme bon lui semblerait, et cela, en raison de ce

(i) L’art. 3 comprend le fonds de musique gravée et imprimée, et l’art 13, le traité intervenu entre Pallu et Rameau.

qu’il avait, après arbitrage, indemnisé sa mère et sa sœur de la part qui leur revenaient dans cette collection (i).

Nous avons cité précédemment le passage du Journal de Collé, où Rameau est rapproché du personnage de Dupuis de la comédie de Dupuis et Desronais. Il semble que ce rapprochement corresponde à quelque réalité et qu’il ne faille pas le mettre au seul compte de l’imagination du lecteur du Duc d’Orléans. Rameau, en effet, aurait déclaré que sa fille ne se marierait pas de son vivant et nous avons vu qu’il en fut ainsi ; il aurait ajouté : « Je suis Dupuis. » Or, sous les traits de ce personnage, Collé dépeignait un père égoïste et sans entrailles qui imagine toutes sortes d’expédients pour différer le mariage de sa fille Marianne fiancée au séduisant et généreux Desronais. Dupuis se défie prodigieusement de son futur gendre ; il craint que sa fille, une fois mariée, ne l’abandonne, et afin d’éviter pareille calamité, il joue à l’infortuné galant les plus mauvais tours qu’il agrémente de déclarations barbares dans le genre de celle-ci :

C’est en partant d’après ce principe ennemi Que j’entends, que je veux que votre mariage,

Que vous pressez tous deux si fort.

Ne se fasse qu’après ma mort (2).

On ne peut s’empêcher de constaterunecertaine ressemblance entre le père de Marianne et celui de Marie-Alexandrine, à cela près qu’à la fin de la pièce de Collé, et après une scène larmoyante, Dupuis finit par céder, tandis que Rameau serait mort dans sa pleine intransigeance. Remarquons toutefois que la date de la comédie (1763) empêche de croire qu’on se trouve là en face d’une pièce à clef.

Quoi qu il en soit, Desronais s’était présenté aux yeux de Marie-Alexandrine Rameau sous les traits d’un fringant mousquetaire, François-Marie de Gaultier, et il est probable que

(1) La modification dont il s’agit est inscrite en marge de l’acte, comm aussi l’approbation signée le 15 janvier 1765 par Marie-Alexandrine Rameau et son mari des dispositions insérées dans le partage de la communauté.

(2) Dupuis et Desronais , acte III, Scène IV, pp. 78-79.

bien avant la maladie de Rameau, la question du mariage de sa fille s’était agitée dans le ménage du vieux musicien. Nous n’en voulons d’autre preuve que la hâte avec laquelle Marie- Alexandrine convola avec Gaultier, sitôt son père enterré. Elle n’attendit, en effet, que trois mois et demi pour contracter cette union, union au demeurant fort flatteuse pour elle, et dont les préliminaires étaient déjà terminés en novembre 1764.

Le 28 novembre de cette année, en effet, les parents de Messire François-Marie de Gaultier, qui habitaient la petite ville de Mazan dans le Comtat-Venaissin (1), passaient par devant un notaire du cru, affublé du nom pittoresque de Ouinquin, une procuration à l’effet de se faire représenter au prochain mariage de leur fils par Charles- Antoine de Gouve, procureur en la cour des Monnaies de Paris.

« L’an 1764, le 28 novembre, par devant nous Antoine Quinquin, notaire apostolique de cette ville de Mazan soubsigné et en présence des témoins après nommés, furent présents Messire Sauveur de Gaultier (2), écuyer et noble dame Marie Rose de Guinier son épouse qu’il authorise par les présentes à leur effet, demeurans à cette ville de Mazan dans le Comté Venaissin, lesquels informés du mariage que Messire François Marie de Gaultier, leur fils, écûyer mousquetaire du Roy en sa première compagnie, désire contracter avec noble D11* Marie- Alexandrine Rameau, fille de feu Messire Jean-Philippe Rameau, écûyer, compositeur de la musique du Cabinet du Roy, et pensionnaire de Sa Majesté, et de roble Dame Marie Louise Mangot son épouse, ont par ces présentes, volontairement déclaré qu’ils donnent, l’un et l’autre, leur consentement audit mariage, et qu’ils authorisent ledit Sieur leur fils à contracter ledit mariage . (3) ».

Avec quelle complaisance on donne de la noblesse aux dames Rameau ! Marie-Louise Mangot devient une « noble dame » et sa fille une « noble demoiselle » .

Le contrat de mariage fut passé le 29 décembre 1764, devant Me Lambot et son confrère, notaires à Paris, mais, en raison des nombreux et illustres personnages appelés à y figurer, il ne fut clos que le 6 janvier 1765.

(1) Mazan à 7 Kil. au N.-E. de Carpentras.

(2) Sur les Gaultier, voir La Chesnaye Desbois Vil, p. 130.

(3) Procuration jointe au Contrat de mariage Gaultier-Rameau. Les témoins étaient Alexandre Hiacinthe Quinquin aussi notaire et Noël Ripert. L’acte fut légalisé par Charles de Manzoni, Patrice de Lugo, Recteur du Comtat Venaissin, à la date du 29 novembre.

Nous en donnons ci-après les principaux dispositifs, ainsi que la très curieuse liste des personnes qui assistèrent au mariage Rameau-Gaultier, et qui signèrent au contrat.

« Par devant . furent présents :

Messire François Marie de Gaultier, écuyer, mousquetaire du Roy en sa première compagnie demeurant rue des Bons-Enfans à l’hotel d’Orléans (i) paroisse Saint-Eustache, fils majeur de 25 ans de Messire Sauveur de Gaultier, écuyer, et de Dame Marie Roze de Guinier, son épouse, ses pèieet mère, demeurant à Mazan dans le comtat Venaissin, stipulant pour luy et en son nom, sous l’autorité, et assisté de Messire Charles- Antoine de Gouve conseiller du Roy en ses conseils et son procureur général en la cour des monnoyes de Paris, y demeurant, rue du Mail aussy paroisse Saint-Eustache, à ce présent et comme fondé de la procuration spécialle à cet effet desdits Sr et D® de Gaultier . d’une part.

Et Dame Marie Louise Mangot, veuve de Jean Philippes Rameau, Ecuyer, demeurante à Paris, rue des Bons Enfans, paroisse Saint- Eustache, stipulante pour Marie- Alexandrine Rameau, D11®, fille

mineure . d’autre part. Lesquelles parties ont fait et arrêté ainsy que

suit Les conventions civiles du mariage proposé et qui sera célébré incessamment (2) entre ledit Sr de Gaultier fils et la D11® Rameau.

Honorés de la présence et agrément,

De Mr le Duc de Choiseul-Praslin, Ministre et Secrétaire d’Etat au département des affaires Etrangères, et Mme la Duchesse de Choiseul- Praslin, son Epouse.

De Mgr le Mareschal Duc de Richelieu, premier gentilhomme de la chambre de S. M.

De M81 le Duc de Fronsac, son fils, premier gentilhomme de la chambre de S. M. en survivance.

De Mgr le Duc d’ Aumont, aussi premier gentilhomme de la chambre.

De M & le Duc de Villequier, son fils, premier gentilhomme de la chambre en survivance.

De Mme la marquise de Villeroy.

De Mme la marquise de Bezons.

De Mme la Ctoss® de Senectère.

De M. d’Entragues, grand Fauconnier.

De M. le Marquis et Mme la Marquise de Causans.

De M. le Marquis de Castellanne maréchal de camp.

De M. le Cte de Sade, Lieutenant général de la province de Bresse et Mme la Ctesse de Sade, son épouse.

(1) Il s’agit sans doute ici de l’Hôtel d’Orléans, rue des Bons Enfants, où on logeait en garni pour des prix variant de 12 Livres à 30 Livres par mois ; les repas coûtaient 30 sols. De Jèze : Etat ou tableau de la Ville de Paris considérée relativement à V Utile, à V Agréable et à V Administration , 1760, p. 46.

(2) Nous n’avons pu découvrir l’acte de mariage dont la date est certainement postérieure au 6 janvier 1765, puisque ce fut seulement ce jour là que les dernières signatures furent apposées au pied du contrat.

De M. le C‘® de la Chèze, Lieutenant général des armées du Roy et sous-lieutenant dans la ire compagnie des mousquetaires de la garde du Roy.

De M. le Marquis de la Vaupalière, aussi sous-lieutenant dans la ire compagnie des mousquetaires du Roy

De M. le VIe de Rochechouart, cornette dans la ire compagnie des . mousquetaires.

De M. le Cte du Merle, aussi cornette de lad. ite Cie et de Mme la Ctesse du Merle son épouse.

De M. de Bulsbrode, major, de M. de Fajac, ayde-major, Malauti, de Mazières, Mondollot, de Frézagues d’Ormancey, de Becdelièvre, maréchaux des logis, de Chavigny, de Beauclair de Bermond, Sousbrigadiers. Tous de ladite ire Cie des Mousquetaires de la Garde du Roy.

De M. de Valhadon mousquetaire de la même C'*.

De M. le Cle d’Ancelet, maistre de camp de cavalerie, ancien major de la 2e Cie des Mousquetaires de la Garde.

De M. de Lauson, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de Lionnois.

De M. Le Boucher Duplouyeq, Ecuyer de Mgr le Duc d’Orléans.

De M. de Ferriol d’ Argentai, conseiller d’Honneur au Parlement de Paris, ministre plénipotentiaire de l’Infant duc de Parme auprès du Roy, de Mme d’ Argentai son Epouse.

De M. d’Augny, l’un des fermiers généraux de S. M.

De M. De la Borde, Seigneur de Nontonville et autres lieux, de M. De la Borde, son fils, premier valet de Chambre du Roy et de Mme De la Borde.

De M. l’abbé de Voisenon, de l’Académie française.

Et de M. de Villeneuve, pensionnaire du Roy et de Mme de Villeneuve son épouse. Comme aussi, en présence et de l’avis et agrément des parens cy-après desdits Sr et Dlle futurs époux, sçavoir

De Mr Jacques Joseph Tavernery, Chevalier, Garde du Corps du Roy, cousin dudit futur époux.

De Claude-françois Rameau, Ecuyer, Valet de chambre du Roy frère de la Dl,e future épouse.

Et de Drae Anne Mangot, fille majeure, sa tante maternelle, (i)

Le mariage de Marie-Alexandrine Rameau se célébrait donc au milieu d’une assistance des plus brillantes. Grands seigneurs, ministre d’Etat, officiers généraux, mousquetaires de la garde Royale s’y pressaient en foule. C’était ce qu’on a appelé dans la suite, un « grand mariage ». Il y avait même un académicien, l’abbé de Voisenon, seul à représenter les gens de lettres parmi les personnages qui « honorèrent de leur présence » le mariage de la fille de Rameau.

( i ) Nous ne tarderons pas à retrouver Anne Mangot comme pensionnaire au couvent de Poissy ; c’est d’elle dont parle Maret dans son Eloge historique de Rameau.

Les époux adoptaient le régime de la communauté. Gaultier recevait en dot de ses parents :

«Tous les biens meubles et immeubles présents et à venir qui appartiennent et pourront appartenir audit Sr de Gaultier père et à ladit®Dede

Gaultier son épouse . et notamment les biens qui appartiennent aux

Sr et Dc de Gaultier en la ville de Mazan en Comtat Venaissin, en ce compris 3 maisons sises en lade ville et ceux qui leur appartiennent aux terroir et Environs de lade ville de Mazan, particulièrement aux quartiers de Piedmilan ou Saint-Pierre, et de Blaine ou Plein Panier... »

Ceux-ci se réservaient l’usufruit de ces biens à titre de constitut et précaire, et pour tenir lieu à leur fils de cette privation de jouissance, ils lui fournissaient une pension annuelle de 2.000 Livres.

Toutefois, les paients Gaultier conservaient le droit de disposer, soit entre vifs, soit après leur mort, d’une somme de 54.000 Livres, qui, en l’absence de toute disposition de leur part, demeurait comprise dans la donation consentie en faveur de François-Marie.

De plus, Mme de Gaultier se désistait, en faveur de son fils, des bénéfices de la substitution de 30.000 Livres qu’Anne de Fayard sa mère avait faite à son profit, et qui, aux termes du testament de Mme de Fayard, lui était réversible après la mort de son frère Joseph de Guinier(i). François-Marie devenait immédiatement bénéficiaire de cette substitution.

Mme Rameau se montrait très généreuse à l’égard de sa fille qui recevait d’abord 100.000 livres, dont 50.000, provenant des deniers comptants de la communauté Rameau, se trouvaient aux mains de Marie-Alexandrine, en vertu de ses lettres d’émancipation (2), et 50.000 autres livres que Mme Rameau asurait à cette dernière en avancement d’hoirie et sous réserve d’usufruit. Enfin, il revenait à Marie-Alexandrine le quart de la succession paternelle, et sa mère promettait :

(1) Le testament de Mme de Fayard avait été reçu par Pierre Charrasse, notaire à Malaucène.

(2) La part de Marie-Alexandrine dans la liquidation de la communauté Rameau, part qui, comme nous l’avons vu, se montait à 46036 Livres, 17» 6<* s’était sans doute accrue de la somme versée par son frère en devenant seul et unique propriétaire du fonds de musique de Rameau.

« de loger nourrir et éclairer convenablement lesdits Sr et D,le futurs époux avec Elle et leurs domestiques, en luy payant la pension dont ils conviendront annuellement, tant que durera la présente convention. »

Il entrait dans la communauté 15.000 livres de chaque côté, le surplus demeurant propre à chaque époux, et Gaultier accordait à sa femme un douaire de 2.000 livres de rente viagère dont le fonds, sur le pied du denier 20, c’est-à-dire, capitalisé à 5%, devenait propre aux enfants à naître du mariage. Quant à la clause relative au préciput du survivant des époux, elle stipulait que celui-ci prendrait les meubles qu’il voudrait choisir jusqu’à concurrence d’une somme de 10.000 Livres. Selon l’usage, les époux se faisaient une donation entre-vifs. (1)

Gaultier, conformément aux conventions de son contrat, dut séjourner quelques années à Paris, auprès de sa bellemère.

Mais, dès l’année de son mariage, il se préoccupe d’acquérir une propriété aux environs de Paris. Le iet août 1765, par devant Me Bricault, notaire à Paris, il achète à « Antoine Ticquet, écuyer, Conseiller, maître des Requêtes Ordinaires de la Reine, demeurant à Paris, rue de Grenelle, paroisse St-Sulpice, et à Jean-LouisTicquet,son frère, ancien Lieutenant du Maire de la Ville de Péronne, y demeurant » , une grande maison sise au village d’Andrésy (2), avec le mobilier qu’elle contient et quelques terres avoisinantes. Le tout est payé

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