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sauf le contrat de mariage de 1726. Ce sont, d’abord, la constitution de rente du 18 juin 1740, portant création de 160 Livres de rente viagère sur les revenus du roi, sur la tête de Marie- Louise Rameau, puis l’acte de profession des vœux de cette même Marie-Louise, acte que nous venons de transcrire. A l’appui de cette rectification, Rameau produisait des actes d’état-civil (1).
En raison de la rareté des autographes de Rameau, nous croyons intéressant de donner ici le fac-similé d’un court billet daté de 1753 et qui constitue une décharge adressée par Rameau au facteur de clavecins Chiquelier (2).
'fflff/JxettV' CÀùjttsfctS ska Yenàu iïeu-z. CUueew* ^ I' $ vvi'é.j W ^ ,
Arrivons maintenant à un procès dans lequel s’engagea le musicien pour se faire rembourser une créance qui, comme la créance Blénac, provenait d’un transport. Ce procès fait l’objet d’un volumineux dossier conservé aux Archives nationales, et contenant les procédures soutenues en novembre 1754 au Châtelet de Paris (3). Il nous introduit dans l’épais maquis où les robins traînaient leurs infortunés clients ; interminablement, les grimoires succédaient aux grimoires, et les sentences s’amoncelaient, sans que jamais intervînt une solution définitive.
L’origine de cette nouvelle affaire remonte au mois de mars 1749. Nous allons essayer de la résumer aussi brièvement
(1) L’acte de baptême de Rameau produit en cette circonstance contient le certificat de bonnes vie et mœurs qui suit: «Nous soussigné Docteur en Sorbonne, trésorier Chanoine de S^Etienne et curé de S4 Médard (de Dijon), certifions que le présent extrait est fidète et conforme à l’original, et que nous l’avons délivré au Sr Jean Philippe Rameau pour lui servir en toute occasion où il pourra en avoir besoin, duquel dit Sr Rameau, nous certifions aussi qu’il nous a toujours paru de bonnes mœurs et de bonne vie. Fait à Dijon, le 6 aoust 1709, Signé, Mansin.» — Minutes Fortier, Vingtain succr.
(2) Ce billet se trouve dans les papiers Chiquelier conservés aux Arch. dép. de Seine & Oise, E. 651. Christophe Chiquelier était garde des instruments de musique de la Chambre du Roi. Voir pour les honoraires qu’il touchait, en qualité d’accordeur de clavecins, O1 2861.
(3) Arch. nat. Sentences du Châtelet , X 3 B. io6i, (12, 25,28 et 29 novembre 1754).
que possible. En 1749, Rameau se trouvait créancier de Sylvain Ballot notaire à Paris, de ce même Ballot dont il tenait la créance Blénac, et de Sylvain Ballot le jeune, son frère, pour une somme de 34.000 livres.
COMPTES. Ier MARS 1749.
Par devant les Conseillers du Roy notaires au Châtelet de Paris furent présents : Sieur Jean-Philippes Rameau bourgeois de Paris, y demeurant, rue Saint-Honnoré paroisse Saint-Eustache, d’une part.
Me Silvain Ballot avocat au Parlement, Conseiller du Roy Notaire audit Châtelet et Me Silvain Ballot le jeune aussy avocat au Parlement, demeurant tous deux ensemble, susdite rue Saint-Honnoré, paroisse Saint Eustache, d’autre part. Lesquels ont reconnu avoir comptés ensemble de toutes les sommes dues par ledit M« Ballot notaire sous le cautionnement dudit Sr Ballot le jeune, son frère audit Sr Rameau suivant les Billets, promesses et Reconnaissances dudit Sieur Ballot Notaire et les Reconnaissances de Cautionnement dudit Sr Ballot le jeune. Par lequel compte le d' Me Ballot Notaire s’est trouvé et se reconnait redevable envers ledit Sr Rameau, sous le Cautionn1 dud* Sr Ballot le jeune, de la somme de 34.000 Livres » (1).
Pour se libérer de leur obligation solidaire, les deux avocats concluaient l’arrangement suivant. Ballot le jeune transportait à Rameau 1.250 Livres de rente au principal de 25.000 Livres constituées à son profit par « Messire Nicolas Fourdinier, écuyer, seigneur de Saint-Michel, Remortier, Clanleu, et autres lieux. Conseiller du Roy, président trésorier de France au bureau des finances d’Amiens », rente constituée tant en son nom qu’en celui de sa femme Louise Marguerite Brunei, par contrat passé devant Ballot le Ier avril 1741 (2).
A ce capital de 25.000 livres, Ballot le jeune ajoutait, également par transportées arrérages échus de la rente depuis son origine, c’est-à-dire 8.941 Livres, 13 sols, 4 deniers, plus une soulte de 58 Livres, 6 sols, 8 deniers, dont le total faisait la somme due à Rameau, 34.000 Livres.
Voilà donc Rameau nanti d’une rente sur Fourdinier de Saint-Michel
En acceptant cette créance des mêmes mains qui lui avaient
( i ) Minutes Fortier, Vingtain succr.
(2) Ce contrat portait déclaration et promesse de la part de Fourdinier de St Michel d’employer les 25000 Livres de principal au rachat d’une rente privilégiée sur ses terres de Clanleu et autres.
déjà passé la fâcheuse créance Blénac, il s’était sans doute laissé séduire par les fonctions officielles et par la situation financière de son nouveau débiteur. Et pourtant, il ne pouvait ignorer les difficultés éprouvées par Ballot pour toucher les arrérages de la rente Fourdinier, puisque ceux-ci, demeurés impayés, faisaient partie intégrante du transport. Il ne pouvait pas ignorer non plus que Fourdinier se trouvait sous le coup de poursuites engagées contre lui. Tout cela se trouvait clairement indiqué dans l’acte de cession où, sans ambages, on déclarait que Rameau avait liberté entière pour continuer lui-même ces poursuites :
« A l’égard des grosses, sentence, et nantissement, titres et pièces concernant ladte créance, led‘ Sr Ballot le jeune déclare les avoir remises ès mains de M° Lasnier son procureur au Parlement qui poursuit actuellement à sa requeste le décret des biens desdits Sr et D8 de S'-Michel, consentant que lesdites poursuites soient continuées sous son nom tant que ledit Sr Rameau le jugera à propos, et sans que cela puisse nuire ni préjudicier aud‘ Sr Rameau qui pourra faire faire lesdites poursuites sous son nom quand bon lui semblera (i).
Rameau était donc bien et dûment averti. Le 9 mai 1744, Ballot avait fait pratiquer une saisie sur les biens de Fourdinier, et après la cession effectuée entre les mains de Rameau, les procédures suivirent lentement leur cours. Sur ces entrefaites, Fourdinier mourait, et les opérations continuaient à l’égard de sa veuve. Le 28 août 1750, le prix de l’adjudication de l’office de son mari était consigné entre les mains du Receveur des consignations de la Cour, et Rameau poursuivait la saisie des autres immeubles appartenant à l’ex-trésorier de France. Ceux-ci une fois vendus, la sentence du Châtelet du 29 novembre 1754 colloquait le musicien parmi les créanciers privilégiés sur le prix des terres de Clanleu, Bimont, Neuville, et sur le reliquat des baux judiciaires pour une somme d’environ 28.000 Livres (2). Mais le surplus de la créance devait rester encore longtemps en souffrance, et nous verrons qu’au moment de la mort de Rameau, sa veuve et ses enfants ne se souviennent même plus du nom de ce débiteur contre lequel le musicien avait brandi toutes les foudres judiciaires (3).
(1) Comptes , iermarsi749. Minutes Fortier,Vingtain succr.
(2) Exactement 27149 Livres, 19 sols. Sentences du Châtelet , 29 novembre 1754* X 3 B 1061
(3) Voir plus loin Y Inventaire de Rameau.
Après un laps de 19 ans, la veuve et les enfants Rameau font encore des démarches pour arriver à recouvrer la créance Saint-Michel dont l’existence s’est enfin précisée dans leur mémoire.
En 1754, Rameau qui venait de faire représenter à la Cour un certain nombre de petites pièces et qui travaillait en outre à son ouvrage théorique Observations sur notre instinct pour la Musique et sur son principe, était pris à partie par un M. Ducharger qui l’accusait de contradictions pour ne pas appliquer dans ses compositions les principes développés par lui au cours de ses traités. Au mois de juin 1754, Ducharger posait au musicien un certain nombre de questions à cet égard, et recevait de Rameau la réponse singulière qui suit :
Monsieur,
« Le livre en question est actuellement imprimé ; il a pour titre : Observations sur notre instinct pour la Musique, etc. Je n’ai pas le tems d’écrire, ni la santé pour penser, pour réfléchir ; pardonnez-moi, Monsieur, je suis vieux, vous êtes jeune, et je suis votre très-humble et très obéissant serviteur.
Rameau.
A Paris, ce 13 juin 1754. (1)
Rameau voulait-il ainsi se débarrasser d’un importun ? Il le faisait, en tout cas, dans des termes assez maladroits et dont son correspondant devait se gausser ironiquement. Nous n’en retiendrons que l’aveu formulé par Rameau du mauvais état de sa santé en 1754.
Nous avons signalé précédemment qu’en 1750, le roi avait accordé à Rameau une pension sur l'opéra, pension que la mauvaise situation financière de l’Académie royale empêcha sans doute de payer, ce qui expliquerait les récriminations de Rameau, dont Collé se faisait l’interprète l’année suivante. Toujours est-il que Rebel et Francceur, nantis le 13 mars 1757 du privilège de l’opéra, transformèrent ce don platonique en réalité (2). Mais, en raison des déboires qu’ils eurent à supporter
(1) Réflexions sur divers^uvrages de. M. Rameau , par M. Ducharger de Dijon(i76i), pp.45,46.
(2) C'est du moins la seule explication plausible que nous puissions donne
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au cours de leur gestion, la pension Rameau « > fut ^pas servie régulièrement L’inventaire du musicien signa •
retard dans le versement des arrérages ; des états de payement relaSs à l’année 1763 semblent même indiquer que ce retard remontait plus loin, car ces états sont émargés de la main de
Mme Rameau, et, particularité curieuse, celle-ci signe a ois .
« Veuve Rameau », preuve manifeste que'espiecesde comp bilité en question ont été régularisées apres “ nlicements et
le 18 mai 1758, par devant ü g» ^
Sflb SudeÎFrtnçofs et de sa
“"puis ’leT ÎSTi ^TÆ^'Antoine-Gabnel Fallu, nommé à l'eï de a Recette des Gabelles de Vienne en Dauphiné^ demeurant à Paris à ^ôtel Lambes^ me du Jour paroisse Saint-Eustache », une somme de 28 000 L'™s.
1 Paiiu üar acte passé devant Baron notaire a 1 ans^ reco naissait avoir reçu cette somme de « Jean-Philippe Rameau, nensionnaire du Roy demeurant à Pans, rue des Bons Enfans ^”safnt-Eustache »,(3) et affectait, au paiement de sa
dette, hypothèque spéciale sur :
« La portion à 1m *P>—
Situé en Poitou ; Deux Maisons sizes dans l^ville de : r ^ ^
rentes parties de rentes sur Pi1 Livres pax lui présentement empiun- Sr Pallu que lad” somme de 28.000 ™ auP payement de pareille somme
en l’état actuel de nos connaissances. La situation^demeure^ n^nmoms^obsc^^,
ainsi que nous l’avons déjà dit, et °n n® l^roctrofpar Rebel et Francœur d’une dans lesquels le Mercure annonçait en 1757 1 octro p ^ roi 7 ans
— <Ms- “•
tara. Arch. Opéra). . r 8
(1) Arch. Opéra. Reçus de pensions. C. 28.
vraisemblablement dans la maison ou il devait mou
Fermes gcnerabs urnes de France, en exécution de l’Arrêt du Conseil d ütat du Koy du 30 avril 1758, pour être déchargé de donner caution de son administration en qualité de receveur des Gabelles de Vienne en Dauphine .
En outre, il présentait comme caution, Mre Barthélemy - Antome Nouveau seigneur de Chennevière, (1) et, à la suite de 1 obligation que nous venons de citer, intervenait, le 12 août 1700, une délégation de Pallu à Rameau sur les intérêts qui devaient être payés au premier à la ferme générale, pour assurer le paiement des intérêts résultant de l’obligation précédente. (2)
Entre temps, l’affaire Blénac cheminait à travers le réseau serré des procédures, et en 1761, elle était loin d’être terminée.
Le 14 septembre 1761, en effet, Mme veuve de Blénac, (3) pour se libérer envers Rameau « compositeur de la musique du, Roy » de la somme de 17.847 Livres, 15 sols, 9 deniers, qu elle lui devait encore, consentait, en faveur du musicien, à une délégation de pareille somme sur le prix de la vente de la terre, seigneurie et comté de Blénac effectuée par contrat passé devant Me Angot le 22 décembre 1760.
Rameau avait fait pratiquer une saisie sur tous les biens de sa débitrice. On lui devait, en effet, sur les 17.240 livres comprises dans le transport d’octobre 1740, une somme de 9.276 Livres, 5 sols, 5 deniers, la différence ayant été payée le 9 mars 1741 (4), plus les intérêts en cours, soit 17.847 Livres 15 sols, 9 deniers. La terre de Blénac, mise en vente, trouvait acquéreur moyennant 60.000 livres, dans la personne de M. de Laf argue, brigadier des armées du roi. La marquise de Blénac pouvait donc éteindre sa dette, au moins partiellement, et, en raison de la délégation qu’elle effectuait au profit de Rameau, celui-ci donnait main-levée de toutes saisies pratiquées à sa requête. Mme de Blénac se réservait pourtant de surseoir à l’exécution de la garantie qu’elle offrait jusqu’au règlement
(1) Obligation du 12 août 1760. Minutes Baron. Poisson succr.
(2) Délégation du 12 août 1760, mêmes minutes; on verra figurer à l’Inventaire de Rameau un certain nombre de pièces relatives à cette affaire.
(3) M. de Blénac mourut le 27 novembre 1755 (Arch. de Seine et Oise E. 1026). La liquidation de sa succession eut lieu le 4 juin 1756.
(4) Quittance du 9 mars 1741. Minutes Mélin, Laueffer succr.
des contestations pendantes entre elle et son fils Arnoult-Pierre marquis de Courbon, Cte de Blénac, seul et unique héritier de la fortune paternelle (i).
C’était là une échappatoire, un moyen dilatoire, et nous verrons par l’inventaire du musicien, que de son vivant, Rameau ne parvint pas à rentrer en possession de son argent.
Signalons encore, à côté des affaires Blénac et Fourdinier de Saint-Michel, un autre procès intenté par Rameau au Sr de Rouanet, marquis de Gamaches, en février 1764, et sur lequel nous ne possédons d’autres renseignements qu’une simple indication consignée sur une feuille volante conservée aux Archives de Seine-et-Oise. (2)
En mai 1764, Rameau recevait du roi des lettres de noblesse, etile brevet de règlement d’armoiries fut expédié par d’Hozier pendant la maladie du musicien, au mois de septembre 1764. Les armes octroyées à Rameau étaient les suivantes :
« Un écu d’azur à une colombe d’argent, tenant dans son bec un rameau d’olivier d’or. Cet ecu timbre d un Casque de profil orne de ses Lambrequins d’or, d’azur et d’argent » (3).
Jean- Philippe Rameau est mort, rue des Bons Enfants, dans la soirée du 12 septembre 1764, et fut enterré le lendemain 13 septembre, à Saint-Eustache sa paroisse. (4) Il était tombé malade le 23 août précédent, d’après la note suivante du Mercure parue en octobre 1764 :
(1) Délégation du 14 septembre 1761. Arch. de Seine & Oise E. 1026. — Ce dossier comprend les papiers de Gaultier, gendre de Mme Rameau.
(2) Arch. de Seine et Oise. E. 1026. Le dossier devait contenir 13 pièces.
(3) Les lettres de noblesse de Rameau ont déjà été publiées deux fois : une jere fois par M. A. Pougin dans le Bulletin de V Histoire du Théâtre d’avril 1902, n° 2 une 2e fois par M. Louis de Grandmaison dans la Réunion des Sociétés des Beaux- Arts des Départements : Essai d'armorial des Artistes français , année 1904, pp. 648-650. Ces pièces proviennent du fonds d’Hozier, très connu de tous les généalogistes, où elles figurent aux Mss fr. 31504, fos 2, 3,4 et 279, f° 5. Rameau fils était anobli en même temps que son père.
(4) Voir: Annonces , Affiches et avis divers , 20 septembre 1764, p. 679, à la rubrique « Enterremens ». — L’acte de décès de J. P. Rameau a été publié par Jal (p. 1036). Nous le transcrivons ci-après : « Du jeudi , 13 septembre 1764. Jean Philippe Rameau, âgé de quatre-vingt dix ans ( erreur , il avait 81 ans et quelques jours,) compositeur de la musique du Cabinet du Roy et pensionnaire de S. M. et de
« Il jouissoit en apparence d’une assez bonne santé qu’il disoit devoir depuis plusieurs années à l’usage du Baume de Le Lièvre, lorsqu’il fut attaqué subitement d’une fièvre violente le 23 août de la présente année » (1).
Collé le fait mourir le 11 septembre, et trace du musicien un portrait peu flatteur ; la bienveillance, d'ailleurs, est le moindre défaut de cet écrivain aussi bavard qu'acrimonieux :
« C’étoit un homme dur et très désagréable à vivre, d’une personnalité aussi bête qu’injuste. Dans ses ouvrages, il n’a jamais regardé que lui directement et non le but où l’opéra doit tendre. Il vouloit faire de la musique (2), et pour cet effet, il a tout mis en ballets, en danses et en airs de violon ; il a tout mis en ports de mer, il ne pouvait souffrir les scènes.
Tous ceux qui ont travaillé avec lui étoient obligés d’étrangler leurs sujets, de masquer leurs poèmes, de les défigurer, afin de lui amener des divertissemens. Il ne vouloit que cela. Il brusquoit les auteurs à un point qu’un galant homme ne pouvait pas soutenir de travailler une deuxième fois avec lui ; il n’y a eu que le Cahuzac qui y ait tenu ; il en avoit fait une espère de valet de chambre parolier ; la bassesse d’âme de ce dernier l’avoit plié à tout ce qu’il avoit voulu. La patience et l’esprit souple de Bernard (3) lui ont aussi donné les forces de composer trois fois avec lui ; mais je crois que si on lui demandoit ce qu’il a souffert, il en feroit de bons contes, pourvu qu’il voulût être vrai et nous parler en conscience.
Sa personnalité était encore plus cruelle dans sa famille ; il avait déclaré à sa fille qu’il ne voulait point la marier, & qu’elle se marierait après sa mort (4). Il étoit d’une avarice sordide, et il ne voulait point se dessaisir. Aussi, dit-il à M. de Monticourt (5), après avoir vu Dupuis et Desronais (6) : « Je suis Dupuis, moi, à l’exception que je ne me laisserai jamais attendrir par ma fille, et qu’elle ne sera point mariée de mon vivant » ; ce sont ses propres paroles. C’étoit d’ailleurs le mortel le plus
l'Académie Royale de musique, décédé hier au soir, rue des Bons Enfants, a été inhumé dans notre église, en présence de Claude François Rameau* écuyer, valet de chambre du Roy son fils et de Edme Charles Le François de Villeneuve, pensionnaire du Roy. » Signé Rameau. — Le François de Villeneuve.
(1) Mercure , octobre 1764, ier vol. pp. 182, 199.
(2) C’était là, il faut en convenir, un sentiment assez naturel. Néanmoins, l’opinion de Collé s’accorde assez exactement avec la réalité, car Rameau s’intéressait beaucoup plus aux parties symphoniques de ses ouvrages qu’à la partie purement vocale.
(3) Gentil Bernard, l’auteur des paroles de Castor et Pollux, d’Anacréon et des Surprises de l’amour .
(4) Ainsi que nous le verrons plus loin, l’événement justifia cette déclaration de Rameau.
(5) L’auteur des paroles du ballet des Paladins.
(6) Dupuis et Desronais, comédie en 3 actes et en vers libres de Collé, fut représentée pour la iere fois par les Comédiens ordinaires du roi le 17 janvier 1763.
35 tc»
impoli, le plus grossier et le plus insociable de son temps ; voilà son oraison funèbre- » (i)
Elle est charmante, en vérité ; nous la retrouvons d’ailleurs, à peu près dans des termes aussi aimables, sous la plumede Grimm qui écrit :
« Rameau était d’un naturel dur et sauvage ; il était étranger à tout sentiment d’humanité. J’étais présent un jour qu’il ne put jamais concevoir qu’on désirât que M. le duc de Bourgogne montrât des qualités dignes du trône. « Qu’est-ce que cela me fait, disait-il naïvement, je n’y serai plus quand il régnera. — Mais vos enfants ? » Il ne comprenait point qu’on pût s’intéresser à ses enfants au-delà du terme de sa vie. Sa passion dominante était l’avarice. Il était insensible à la réputation, aux distinctions, à la gloire ; il vouloit de l’argent, et il est mort riche (2). Il était aussi remarquable par sa figure que célèbre par ses ouvrages. Beaucoup plus grand que M. de Voltaire, il était aussi hâve et aussi sec que lui. Comme on le voyait sans cesse dans les promenades publiques (3), M. de Carmontelle le dessina de mémoire, il y a quelques années ; cette petite gravure est faite spirituellement et très-ressemblante ». (4)
Que Rameau fût avare, c’est ce qui résulte de plusieurs détails typiques fournis par son inventaire ; qu’il fût dur envers ses enfants, et notamment envers sa fille Marie-Alexandrine, c’est ce que nous examinerons plus loin. Quoiqu’il en soit, il avait le caractère difficile et emporté ; là-dessus, tous ses contemporains s’accordent ; on craignait fort ses colères, bien qu’ ainsi que le remarque M. Thoinan,«il n’eût pas toujours le dernier mot». Et l’historien du neveu de Rameau de citer ce trait assez amusant :
« 4 octobre 1742. — Rameau et Royer se sont querellés, il y a deux jours, en plein café, et le SrSimare, qui est très brusque, intervint dans la querelle. Sur ce que Rameau lui demanda ce qu’il voulait : « Vous donner vingt coups de pied dans le ventre en sortant,» répondit Simare, et si on ne l’eût pas arrêté, il lui aurait tenu parole » (5).
(1) Collé: Journal , II. pp. 374, 375.
(2) C’est ce que confirme l’acte de partage de la communauté Rameau que nous analysons plus loin.
(3) Il aimait à se promener aux Tuileries et au Palais-Royal (Cf. Thoinan, Vie de J . F . Rameau , p. 213 en note)
(4) Correspondance littéraire , VI, p. 89.
(5) Thoinan, Loc . cit , p. 198, d’après la Cmronique du règne de Louis XV, Revue rétrospective tome V.
Mais si l’homme était fort désagréable et peu aimé, l’artiste fut unanimement regretté. On célébra, des services funèbres à sa mémoire tant à Paris qu’en province, et d’obscurs ouvriers du Parnasse, lui gravèrent des épitaphes innombrables, espérant sans doute qu’un peu de la gloire de l’illustre mort rejaillirait sur leurs insipides versifications. Il y en eut de toutes sortes, en latin et en français. Voici d’abord une épitaphe latine, due à un certain Bille de Sauvigny :
« En jacet aonius frigido sub marmore Ramœus,
« Proh dolor ! et Phœbi muta jacet Cithara.
« Qui blando nostras sonitu captaverat aures,
« Hic merito famœ retulit ipse sonum » (i).
Puis, une épitaphe française par M. de C***.