DBS CAUSES DES CRISES INDUSTRIELLES
iraîUeurs de tous les pays. C'est aussi seulement alors que Iles ouvriers pourront sérieusement contrebalancer l'in- [ fluence du capital et alténuer lés conséquences des crises.
Dans la première partie de ce travail, nous avons démontré î|ue les causes des crises industrielles résidaient dans l'appropriation individuelle des instruments de travail. Nous venons devoir comment, par l'organisation des travailleurs, on peut atténuer les conséquences de ces crises. Puisque nous connaissons la cause fondamentale ; du mal, pourquoi n en pas rechercher le remède radical? . Pourquoi hésiterions-nous devant une transformation des . rapports sociaux, si cetle transformation doit supprimer ^ les causes du mal? Pourquoi tournerions- nous toujours
dans le même cercle vicieux ?
f Après quelques années d'agitation socialiste, il n'est i; plus possible de taire, sous prétexte de s'en tenir à ce qui \ e&i pratique^ la vérité sur le résultat final du mouvement . ouvrier. Le monde bourgeois sait parfaitement bien où tend le mouvement ouvrier, et c'est pourquoi il se montre impitoyable dans sa réaction. A nous de travailler à ce que tous les ouvriers deviennent conscients de l'œuvre qu'ils ont à poursuivre. Si nous nous heurtons à des préjugés, au lieu de les respecter, nous devons les faire disparaître par la discussion. C'est en luttant qu'on réalise des progrès.
Le principe de l'appropriation collective des instruments detravail.et l'action révolutionnaire socialiste, seul moyen par lequel cette transformation pourra être opérée, soulèveront encore de vives oppositions dans nos associations ouvrières ; mais, en recherchant sérieusement les
causes de la position qui est faite aux travailleurs, on connaîtra qu*ilfaut se résoudre ou à en subir toujours conséquences, ou bien à transiormer les rapports ciaux.
G*est aux sections à travailler pour que l'étude et Tai lyse prennent une plus large part dans leurs travaux ; n( n'aurons plus ainsi seulement des masses organisées, m des groupements d'hommes convaincus, sachant où veulent marcher, résolus à l'action, prêts à tous les criQces.
Lorsque, dans nos associations ouvrières, aura ainsi nétré l'esprit révolutionnaire, le prolétariat sera devenu pable de prendre la direction administrative des intéi de la société humaine. Nous pourrons alors contrain la bourgeoisie à terminer ses orgies financières.
vin
Rapport présenté par la Section des graveurs et guillôcheurs du district de Courtelary au cinquihne Congrès de la Fédération des ouvriers graveurs et guillocheurs, réuni à la Chaux- de- fonds les 17, 18 et 19 mai 1874 (1).
Nous n'avons pas ici à argumenter en faveur du droit de grève : il n*y a plus que des idiots ou des gens de mauvaise foi qui contestent à Touvrier le droit de refuser son travail, quand les conditions qui lui sont faites ne iui conviennent pas.
La grève est une des formes de la guerre. Il y a longtemps que les nécessités de la guerre entre Etats ont créé la tactique militaire, science au moyen de laquelle on a cherché à déterminer les conditions de succès ou de défaite pour les armées. Pourquoi les ouvriers, dans leurs luttes
(i) Ce rapport a été publié dans le Rendu-Compte du cinquième Congrès de la Fédération des ouvriers graveurs et guillocheurs <Saint-Imier, imprimerie E. Grossniklaus, 1874), pages 33-39. Il a été aussi inséré, sous la forme d'articles, dans le Bulletin delà Fédération Jurassienne des 21 et 28 juin 1874 : le texte de ces articles ayant été revu et retouché par l'auteur, c'est celui-là que nous reproduisons ici, de préférence à celui du Rendu-Compte.
sociales, De chercheraient-ils pas à déterminer aussi M conditions de succès ou de défaite, pourquoi ne créeraienii ils pas une tactique des grèves ?
En abordant cette étude, nous ne nous faisons pas d'illa sion sur la valeur réelle des grèves. Nous savtms que c'e un mode de combat qui est imposé aux ouvriers par le conditions actuelles, la seule arme qu'ils aient entre leil mains jusqu'à présent pour faire . valoir leurs inléréti contre leurs patrons ; nous savons que ses résultats, mémel les plus positifs, n'aboutissent qu'à améliorer quelque pes^ la condition des ouvriers, sans changer en rien les basevl des conditions sociales actuelles. En résumé, nous savons ■! que c'est une arme plulôt défensive qu'offensive. En effet, î qu'on se rappelle quels sacrifices ont dû s'imposer les ou- ' vriers pour aboutir à une réduction minime des heures de travail et à une élévation également très mini aie des salaires ; combien de métiers sont restés absolument dans la môme situation, mals:ré des efforts héroïques pour améliorer leur position ; et enfin qu'on pense à l'augmentation continuelle du prix des objets nécessaires à l'entretien de l'existence des êtres humains, augmentation qui annule les résultats des luttes pour Télés'ation des salaires.
En constatant ces résultats généraux, nous devons, non pas nous abandonner au découragement, mais tras^ailler à perfectionner nos moyens d'action et à faire mieux que par le passé. Si nous savons profiter des enseignements que nous donnent nos déceptions et nos efforts inutiles, sî nous voulons sérieusement notre émancipation, nous comprendrons que la pratique de la résistance doit nous conduire à la pratique révolutionnaire. Puissent les indifférents et les timides secouer leur torpeur, et nos associations marcheront plus sûrement vers la réalisation de leur but.
T, ' Nous avons en premier lieu à nous rendre compte des l causes de non-réussite des grèves ; et nous devons tout d'abord mentionner le manque d*une organisation suffisante.
j^ C'est, en effet, par l'organisation seule que les ouvriers .pourront développer leur puissance d'action. On a déjà réalisé quelques progrès dans l'organisation ouvrière ; il existe des associations et des fédérations de métier, des \ fédérations locales et régionales bien organisées ; TA-Ssocia- \. lion internationale des travailleurs, dans certains pays, I contient en son sein une partie considérable du prolétariat. Mais combien de millions de prolétaires, tant ouvriers que paysans, sont restés sans organisation, et n'en ont pas môme Tidée! Et, parmi ces millions, combien n'ont pas même conscience de la situation misérable qui leur est imposée ! Lorsque l'exploitation bourgeoise atteint ses dernières limites, que la misère devient la faim, alors ces masses non organisées refusent leur travail ; mais le capital, qui est tout-puissant par l'organisation de l'Etat, les contraint, après quelques jours de lutte,* à se soumettre aux mêmes conditions. La mitraille a ^quelquefois mis fin . à ces conflits entre patrons et ouvriers. Même dans les métiers les mieux organisés, le manque d'une organisation généralisée empêcbe très souvent les revendications ouvrières de triompher de l'obstination et de Tégoïsme bourgeois.
Le. manque d'argent a été une seconde cause de nonréussite de beaucoup de grèves. Sans ressources maté- • rielles suffisantes, les organisations ouvrières ne peuvent
entreprendre aucun mouvement sérieux. Car Touvrier qu? cesse de travailler doit avoir, pour vivre, d'autres rea-j sources que celles que lui procurait son travail journalier,! autrement il serait forcé de mourir de faim ou de re- 1 prendre son travail. Or, on sait que, malgré les histoires fabuleuses que la presse bourgeoise sert à ses abonnés sur le compte des finances des associations ouvrières, celles-ci n*ont encore à leur disposition que fort peu de capitaux ; ei, si on compare les sacrifices financiers qu'elles peuvent s'imposer à ceux que peut s'imposer le monde capitcdtste, on comprendra qu'il est indispensable que les associations ouvrières, pour assurer la réussite de leurs grèves, développent considérablement leurs moyens financiers.
Une troisième cause de non-réussite des grèves est le manque de solidarité morale entre les ouvriers et le peu de convictions solides qui existent chez eux. Il ne suf&t pas qu'un métier soit puissamment organisé, ni qu'il ait des ressources matérielles suffisantes, pour qu'il réussisse toujours dans ses tentatives d'améliorations ; malgré ces deux chances de succès, bien des grèves ont échoué, simplement parce qu'il n'y avait pas de lien moral entre les ouvriers en grève. La solidarité morale qui résulte de rattachement de tous à une cause commune faisant défaut, il a suffi d'un revers dans la grève, soit qu'elle se prolonge&t plus qu'on ne l'avait pensé, soit que les secours eussent diminué, pour qu'une partie des grévistes fît défection et entraînât la ruine de l'entreprise. Et si cette solidarité morale n'existe pas, c'est que dans les associations ouvrières on s'est généralement borné jusqu'à ce jour à s'occuper exclusivement des intérêts matériels, on a négligé le côté intellocluel et moral de leur œuvre, on a fait fi de l'étude des questions sociales, et il ne s'est pas encore dégagé, au moins généralement, de leur sein ces convictions bien trempées qui produisent les abnégations personnelles, les
sacriGces complets à une cause. Il faut i*avouer : pour beaucoup d'ouvriers, bien des grèves furent une simple fête, au lieu d'être une lutte sérieuse dans laquelle étaient engagés des intérêts sacrés.
Enfin, une quatrième cause de non-réussite^ qu'il nous reste à indiquer, c'est l'entreprise des grèves en temps inopportun, soit qu'il y ait manque d'action préparatoire sur les trois points indiqués ci-dessus, soit qu'il y ait arrêt dans l'industrie ou dans le commerce. Si l'écoulement des produits subit un arrêt, les fabricants peuvent se passer du travail de leurs ouvriers pour un temps plus ou ■ moins long, et, si une grève éclate à ce moment, le métier qui l'entreprend pourra consumer ses ressources sans qu'il en coûte rien aux fabricants ; et, lorsque le travail reprendra, les fabricants auront toute leur puissance de résistance, tandis que celle des ouvriers sera considérablement affaiblie ou même ruinée. Le cboix du moment d'une grève est , donc, sous tous les rapports, immensément important.
Nous avons maintenant à établir les conditions du succès des grèves. Elles nous sont clairement indiquées par ce que nous venons de dire des causes qui produisent la nonréussite.
La condition essentielle de succès, c'est le plus grand développement possible de la puissance de résistance du travail contre le capital. Il faut compléter l'organisation générale des ouvriers, sans distinction de nationalité et de professions, en prenant pour base l'organisation locale du métier, et en constituant ensuite les fédérations régionales et internationales par métieir, et les fédérations ouvrières lo-
cales, puis régioDâleSy qui embrassent ainsi la généralité^ des intérêts ouvriers, groupés distinctement, mais solidarisés en vue de l'action commune. Tous les intérêts ouvriers pourront ainsi se faire valoir, appuyés sur la solidarité générale. La pratique de la solidarité, nécessitant des sacrifices financiers, doit être organisée positivement, de manière à ce que Toq sache toujours exactement sur quelles \ ressources on peut compter, non pas dans le' sens d'une 'i centralisation des ressources financières, mais en maintenant au contraire le principe 3e l'autonomie de Tadministration ■ par groupe, les organisations établissant, par des contrats ou pactes fédératifs, dans quels cas et dans quelle mesure ^ elles veulent s'engager solidairement. 11 faudrait également déterminer, par la statistique du travail, quelles sont les conditions réelles des dilîérentes professions, afin qu'on puisse juger de l'opportunité des revendications de tel métier en présence de la situation de tel autre métier, ou des ouvriers du môme métier, suivant les localités ou contrées qu'ils habitent ; car très souvent ce sont des ouvriers déjà comparativement bien placés qui»obtiennent de nouvelles améliorations, tandis que les ouvriers déjà misérables voient leur position empirer encore. — Ces indications générales suffisent pour fake comprendre ce qu'il y a à faire sur le terrain de l'organisation, pour assurer aux ouvriers le triomphe des grèves. Pour généraliser cette formidable entreprise, il faut que les associations et fédérations existantes portent leur propagande partout, afin que les millions (le prolétaires qui sont restés stationnaires s'animent aussi au souffle puissant du mouvement émancipateur.
La seconde condition de succès pour les grèves, c'est l'aifaiblissement des forces de l'ennemi, du capitalisme. On sait que la situation économique actuelle a pour résultat de concentrer les capitaux dans un nombre de mains qui se réduit toujours ; on sait aussi que beaucoup d'ouvriers
^ tendent à devenir bourgeois: eh bien, que ceux-ci. reî noncent à cette visée, qu'ils restent dans le camp ouvrier, tant par leur position que par leurs tendances ; et, en apportant ainsi à l'œuvre du prolétariat le concours de leur inlelligence, de leur savoir, de leur travail, ils augmenteront sa puissance d^action, en affaiblissant d'autant celle du monde bourgeois que leur accession aurait renforcée. ■ La troisième condition de succès, c'est le développement, .parmi les ouvriers, de la connaissance des questions sociales, et les convictions socialistes qui doivent en être le résultat. Les grèves ne doivent pas être un jeu léger auquel on prend part parce qu'on y gagne à peu près autant que si Ton travaille, mais une action générale à laquelle on participe par devoir de solidarité, avec la conscience d'agir dans l'intérêt commun des ouvriers, et pour le triomphe de laquelle on est prêt à s'imposer les privations les plus (Jures. S'il n'y a pas cet attachement moral à la grève, qui ne peut être inspiré que par des convictions socialistes, la grève, pour peu qu'elle dure, risque toujours d'être trahie par la démoralisation qui ne manque pas de se produire chez les individus non convaincus. Sachons donc faire de nos associations^ non seulement des groupements d'intérêts matériels, mais aussi des écoles mutuelles où nous apprendrons la connaissance de nos droits et la pratique de nos devoirs, où nous pourrons développer notre intelligence et tremper nos caractères pour la lutte. Dans les temps de grève, nous aurons alors moins à craindre les défaillances.
£nQn, la quatrième condition de succès, c'est d'entreprendre la grève en temps opportun. Nous devons en conséquence apprendre à juger sainement de la situation du marché général, pour savoir si, au point de vue de l'offre et de la demande du travail, la situation générale, ou la situation particulière dételle profession, est favorable aux
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ouvriers. Cette appréciation positive est indispensable à hj bonne réussite de nos entreprises, nous Tavons déjà indiqué lorsque nous avons parlé des causes d'insuccès pour les grèves.
En combinant les quatre moyens d action que nous venons d'énumérer, en en tirant les conséquences pratiques que les circonstances peuvent faire naître^ nous créerons ainsi une science positive de la résistance du travail contre le capital.
Nous avons cependant l'espoir que les événements géné« raux entraîneront rapidement les classes ouvrières dans une voie plus radicale.
Il nous reste à attirer l'attention de nos lecteurs sur deux points très importants.
Nous savons tous qu'il est des circonstances où la grève est due, non à l'initiative des ouvriers, mais à celle des patrons, ensuite de mesures vexatoires que ceux-ci veulent imposer à leurs ouvriers. Dans ces cas-là, où il s'agit de la dignité des ouvriers, de la défense du droit d'association, nous pensons qu'il ne faut jamais hésiter à accepter la lutte, quelle que puisse être la situation de l'organisation qui aurait à en subir les conséquences. Une défaite honorable doit être préférée à une soumission volontaire, car la défaite lïiùme, dans ces cas-là, imposera aux patrons, tandis que la soumission volontaire démoraliserait les ouvriers.
Le second point que nous voulons encore relever pour conclure, c'est l'idée de la grève générale. En suite du peu d'améliorations réelles qui ont été obtenues par les grèves partielles, malgré les grands sacrifices qu'ont faits les ouvriers, l'idée d'une grève générale des travailleurs, qui
I metlrait fin aux misères qu'ils subisseùt, commence à ôlre l sérieusement discutée par des associations ouvrières mieux
I organisées que les nôtres. Ce serait certainement là un acte révolutionnaire capable de produire une liquidation de Tordre social actuel et une réorganisation conforme aux
^ aspirations socialistes des ouvriers.
[ Nous pensons que cette idée ne doit pas être écartée
: comme utopique, mais au contraire mûrement étudiée chez nous aussi ; et, si nous arrivons à nous convaincre de la possibilité de sa réalisation, il faudrait nous entendre avec les fédérations ouvrières de tous les pays sur les moyens d'action.
^ Pour émanciper le travail de la domination et de l'exploitation du capilal, on a essayé de tous les palliatifs ;l a voie révolutionnaire seule reste ouverte. Elle s'élargira avec ou sans notre concours. Puissions-nous, pour l'honneur de nos associations, bientôt joindre franchement notre action à celle des pays qui ouvrent, par leur marche hardie vers l'avenir libre et égalitaire, une nouvelle époque de l'histoire humaine.
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