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QUELQUES D1FF1CULT]^S DANS LA PRATIQUE DBS ASSOCIATIONS OUVRIÈRES

Scènes de la vie ouvrière Jurassienne (1).

Jacques, ouvrier socialiste (à Jules). — Allons, il est bientôt deux heures, il est temps que nous nous rendions à l'assemblée. — (C'est un dimanche.)

Josephy ouvrier bien intentionné, mais léger (jouant au billard avec Auguste). — Dans quelques minutes nous aurons terminé la partie. Attendez-moi, je vais avec vous.

Jacques et Jules attendent quelques minutes. Leurs deux compagnons recommencent une nouvelle partie, le perdant ayant réclamé la revanche ; Joseph insiste pour que Jacques et Jules Tattendent, mais ceux-ci s'en vont, l'heure de l'assemblée étant proche.

Plusieurs heures après, Jacques et Jules, en revenant de l'assemblée, s'arrêtent de nouveau au café Y**. Auguste et Joseph sont toujours au jeu. Ils paraissent gais ; mais, en

(1) Extrait de VAlmànach du peuple pour 1875.

les observant, on devine chez eux l'anxiété. Durai Taprès-midi, des amis sont arrivés, et tous ont été invitésl à boire un verre. La dépense est considérable ; les deux:] amis débattent à qui paiera Técot. Tous les deux font la! partie en artistes, et sont admirés par les amis qui entourent le billard. Joseph est le perdant ; il devient de plus en plus sombre et embarrassé, et Qnil, cependant» par expliquer à Toreille du cafetier qu'il doit lui faire crédit jusqu'au samedi suivant.

Le café Y*^ est très fréquenté, et le lundi, à onze heures du matin surtout, il y a toujours foule.

Jacques vient s'asseoir à une table où sont réunis quelques-uns de ses collègues d'atelier.

David, vieil ouvrier, noceur. — Dis donc, nous venons de faire une belle « monture » à Alcide. Il a fini par s'en aller en pleurant parce que je lui ai dit une plaisanterie sur sa , sœur.

Plusieurs buveurs. — Si tu avais entendu celte « scie »^ il y avait de quoi crever de rire !

Alphonse, ami de Jacques. — Ce qui veut dire que c'élait bête comme tout!

Jacques, — Et pourquoi Tavez-vous fait pleurer, ce pauvre diable ?

Louis et Edouard. — Eh, parbleu ! î4 faut bien rire un peu.

Jacques, — Allez, vous n'ôtes pas les seuls à rire. Ces

messieurs rieat aussi très bien de -vous. (Il désigne une table j voisine occupée par quelques bourgeois.) Ils se disent : Que .1 viennent-ils parler d'émancipation, ces ouvriers qui n'ont pas même le respect d'eux-mêmes, ni le sentiment de la dignité !

David, — Moi, je me ûchede tout ça. Lorsqu'on est en noce, il faut s'amuser. Après nous, arrive que pourra !

Alphonse. — Veux-tu te taire ! Est-ce à un vieux de ton âge à parler ainsi à des jeunes gens ?

Jacques. — Ce qu'il y a de triste, c'est que les jeunes gens croient le père David sur parole, quand il leur parle ainsi.

David. — Allons, allons, laissez-moi tranquille. Est-ce que vous allez me faire de la morale ? Parlez de votre socialisme entre vous, et fichez-moi la paix.

Jufes, ami de Jacques. — Oui, nous en parlerons, et je n'ai pas, quant à moi, des choses bien gaies à dire. Je viens de recevoir le Bulletin^ qui contient de tristes nouvelles. En Espagne, les autorités viennent de faire jeter secrètement à la mer, enfermés dans des sacs, soixante ouvriers, membres de l'Internationale (1). En Italie, on vient d'arrôter une quinzaine d'ouvriers qui ont pris part à une manifestation organisée pour protester contre la misère publique, qui grandit toujours. En France, on arrête toujours et à chaque instant des ouvriers compromis dans les affaires de la Commune.

(1) Bulletin dé la Fédération jurassienne, 7 juin 1874: « Les assassinats commis à San Fernando crient veng»'ance. Soixante-six ouvriers ont disparu de cette localité. Le peuple de San Fernando sait que ces malheureux, après avoii- été arKlés, ont été conduits à bord d*un navire, et que là, au milieu de la nuit, on les a cousus dans des sacs et jetés à la mer avec des boulets aux pieds. L'auteur de ce crioie, le capitaine-général Arias, vient de recevoir le salaire de son forfait : il a été nommé ministre de la marine. »

David. — Ces imbéciles I s'ils faisaient comme moi, il ne se feraient pas a fourrer au trou ».

Monsieur X. (de la table voisine). — Si ces ouvriers donti vous parlez travaillaient honnêtement devant eux, comme un brave ouvrier doit le faire, leurs pays ne seraient pas! en révolution, et le commerce irait mieux.

Jacques, — Je conçois très bien que vous, monsieur X., qui êtes un riche fabricant, vousjugieztoutaupoi'nt devue'i de vos intérêts commerciaux. Mais je vous ai entendu' souvent déclarer publiquement que vous étiez un bon républicain, un libéral. Comment conciliez-vous ces dé-.^'1 claralions avec ce principe que vous venez d'affirmer, que les ouvriers français, espagnols, italiens, doivent traoiiquillement se soumettre à Todieux despotisme qui pèse sur eux ?

Monsieur X. — Oui, oui, je suis républicain et je suis libéral. Mais Tordre avant tout. Si on laissait faire les oiJbvriers, à quoi aboutirions-nous? Au partage, au communisme 1 Plutôt la domination de Bismarck que le triomphe du socialisme !

Jacques, — C'est bien là le bourgeois! Libéral, démocrate, tout ce qu'on voudra dans ce sens, tant que le dieucapital n'est pas atteint; mais si les ouvriers bougent, ie bourgeois devient le plus féroce réactionnaire, et, pour tromper et effrayer le peuple, on invente des phrases sur le partage, le communisme, la destruction de la famille ; et avec cela monsieur X. est un honnête homme et les socialistes sont des bandits.

Alphonse, — Tu as raison, Jacques, la bourgeoisie se moque de no«És.

Artlmr^ ouvrier libéral. — Vous, Jacques, je vous Tai déjà répété cent fois, si vous aviez un peu de patriotisme vous vous occuperiez à lutter contre les ultramoutains, au lieu de perdre votre temps à des théories irréalisables.

Monsieur X, — A la bonne heure ! Voilà au moins un ouvrier qui aime son pays. En présence des scandales que commeltent les curés ultramontains, tout bon citoyen doit travailler à les faire remplacer par des curés libéraux. Tenez, lisez cette correspondance.

Arthur prend un journal libéral et fait lecture à haute voix d'une correspondance dans laquelle est relaté le fait qu'un curé a été vu en état d'ivresse. Les réflexions dont le journal accompagne cette correspondance soulèvent une hilarité générale. Chacun trouve un bon toôt à l'adresse des ultramontains.

Armandy opportuniste (à Jacques, à voix basse). — Tu sais que je suis aussi socialiste que toi, mais tu as tort, chaque fois qu'on attaque le socialisme, de le défendre ainsi publiquement ; tu sais bien que cela ne sert à rien, et que tu ne fais que te compromettre davantage. Parlons-en entre nous, lorsque nous nous rencontrons quelques amis. Tu conviendras, par exemple, puisque l'opinion publique esi préoccupée de ces luttes religieuses, qu'il serait plus pratique de prêter son concours à la lutte contre les ultramontains ; le socialisme viendra toujours après.

Jacques. — Ton socialisme est très commode. Lorsqu'on rencontre un ami, on lui serre la main en lui disant à l'oreille-: ce Tu sais, je suis aussi socialiste ; mais^ parce que Topinion publique est travaillée par un autre courant d'idées, il faut lui faire toutes les concessions désirables afin de ne pas se mettre mal avec ses concitoyens ». C'est là une manière d'agir très ingénieuse. Avec celt on peut être à l'occasion ultramontain, libéral, radical ou socialiste. Quant à cette lutte contre les ultramontains, en quoi peutelle ^'ntéresser les ojvriers ? Les conditions du travail ne seront en rien changées, parce que la messe sera dite par un curé libéral plutôt que par un curé ultramontain. Les libéraux reprochent aux socialistes de ne pas combattre les

iiltramontains. Mais si les bourgeois libéraux veuleiftl réellement le bien-être moral et matériel du peupteij comme ils le prétendent, ils doivent non pas susciter des' luttes religieuses, mais les enterrer, et favoriser Torganisation des ouvriers pour la défense de leurs intérêts de travail. Us s'efforcent, au contraire, de réveiller des questions qui n'ont aucun intérêt réel pour le peuple, et ils combattent les socialistes tout aussi impitoyablenaeni que les ultramontains peuvent le faire. Les uns et les autres sont les ennemis de l'émancipation du travail; pourquoi lutterions-nous pour les uns en faveur de& autres?

Pendant cette conversation, David, Louis, Edouard, Emile et quelques camarades ont entonné un bymne à la liberté, auquel succèdent des gaudrioles. Chacun est disposé à la « noce ».0n combine une promenade pour l'aprèsmidi, seulement Targent fait défaut.

David paraît tout absorbé.

Louis. — Allons, David, vous n'êtes jamais pris sans vert; trouvez quelque chose pour nous sortir d'embarras.

David, — Dis donc, Emile, tu vas aller chez le patron, tu lui demanderas vingt francs ; s'il ne veut pas te les donner, dis-lui que tu quittes l'atelier, et tu verras bien qu'il finirapar te les remettre. Nous te rembourserons chacun notre part samedi soir.

E7)iile. — Je suis trop jeune, il vaudrait mieux que l'un de vous y aille.

David, — H faudra bien que tu t'y fasses. Bois encore une absinthe pour te donner du courage.

Emile se décide à aller, et revient bientôt après en riant avec la pièce de vingt francs.

Monsieur N. est chef d'atelier et occupe un assez grand nombre d'ouvriers, parmi lesquels nous retrouverons les connaissances faites le lundi au café Y**.

Arthur, — Eh bien, Jacques, qu'avez-vous fait à rassemblée de dimanche ?

Jacques. — Nous avons, comme c'était notre intention, constitué une caisse de résistance pour le métier. Mais nous ne nous en sommes pas tenus là ; il a été fait une proposition d'adhérer à l'Internationale, et elle a été mise à Tordre du jour de la prochaine séance. On a décidé en outre d'envoyer un délégué au prochain Congrès de la fédération du métier, d'inviter les sociétaires à s'abonner au Bulletin et à acheter le Manifeste du dernier Congrès général de l'Internationale (1). Une souscription a été ouverte en faveur d'une grève d'ouvriers tisserands en Belgique, et il a été donné connaissance d'une invitation du Cercle d'études sociales delà localité, pour assister à une conférence qui aura lieu jeudi soir, sur la question de « l'action politique des classes ouvrières ».

Arthur, — Je n'approuve pas tous ces congrès et ces

(1) Il s'agit du septième Congrès général (Bruxelles, 7-12 septembre 1874), auquel Adhémar Schwitzguébel avait pris part comme délégué de la Fédération jurassienne. Ce Congrès avait décidé d'adresser un Manifeste aux ouvriers de tous les pays, et Schwitzguébel avait été l'un des trois membres de la commission qui fut chargée de rédiger ce document.

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souscriptions en faveur des étrangers, et ces journaux et ces brochures. Qu'avons-nous besoin de tout cela? Ce sont des occasions de jeter son argent sans qu'il vous rapporte rien. Passe encore pour la caisse de résistance du métier, car il faut reconnaître que la position de louvrier laisse à désirer; mais à quoi peut servir l'adhésion à Tlnternationale?

Jacques. — Il est bien clair que si la caisse de résistance resle isolée, elle ne peut rien faire d'utile, elle demeure impuissante ; il faut, pour qu'elle atteigne son but, qu'elle se fédère avec d'autres sociétés du même métier, et qu'ensuite tous les métiers se solidarisent entre eux, non seulement dans le même [pays, maib d'un pays à l'autre. Eh bien, ces souscriptions pour les grèves étrangères- sont un commencement de réalisation de cette solidarité générale; et ces congrès ont précisément ponr but d'établir des rapports pratiques entre les associations et les fédérations. Eq outre, on y discute des questions d'un grand intérêt pour les travailleurs, celle de la propriété, celle des services publics, etc. ; et il faut que ces questions soient résolues pour que l'émancipation du travail soit possible.

Arthur, — La masse des ouvriers, chez nous, ne s'occupe pas de ces questions-là. Il me paraît donc qu'il est plus pratique de s'en tenir aux progrès qui se réalisent graduellement dans nos petites républiques.

Jacques. — C'e^t justement parce que la masse des ouvriers, chez nous, n'a pas conscience de la grande transformation sociale qui se prépare dans le monde civilisé, que nous devons, au moyen de journaux, de brochures^ de conférences, chercher à éclairer nos compagnons de travail sur nos tendances, sur la situation réelle qui leur est faite, et sur la nécessité d'un changement radical. Quant à ces progrès graduels qu'on fait miroiter à nos yeux pour Dous éblouir, où sont-ils? On revise les constitutions, on

refait les lois à chaque instant, on renouvelle sans cesse le personnel des gouvernements, des administrations publiques, des tribunaux, des assemblées législatives, et, malgré tous ces changements de forme, le fond de la situation reste le même, quand il n*empire pas.

Plusieurs voix. — Ça, c'est la vérité, ce sont toujours les gros bonnets qui profîtent de tout.

Le patron. — Ce sont les mauvaiscitoyens qui raisonnent commeJacques.il faut avant tout aimer son pays et le servir en bon patriote, et ne pas chercher des changements impossibles. Que diable ! il y a toujours eu des pauvres et des riches, et il y en aura toujours.

Jacques. — Ce n'est pas vous, monsieur N., qui avez à vous plaindre de la situation, je le crois bien. Vous dites, d'après TEvangile, qu'il y aura toujours des pauvres, et vous en prenez facilement votre parti ; mais les pauvres, eux, finissent par se fatiguer de la misère.

Alphonse. — Moi je dis que l'amour de la patrie, dont les bourgeois parlent tant, n'est qu'une blague dans leur bouche ; l'amour de leurs sacs d'écus, voilà le fin mot de leurs sentiments.

David. — Et moi je ne vois qu'une chose : pour les sociétés ouvrières, il faut de l'argent. Je préfère, au lieu de payer des cotisations, boire quelques bonnes chopines déplus.

Auguste. — Ou faire quelques parties de billard.

Achille, ouvrier rangé. — Vous feriez mieux,tantles uns que les autres, de mettre vos économies à la caisse d'épargne. Au moins cela rapporte, et on ne confie pas son argent à des gens qu'on ne connaît pas.

Lepatro7i. — A la bonne heure ! Voilà au moins. un conseil pratique.

Charles, ex-militant désabusé. — Le socialisme est très beau en théorie, mais les ouvriers sont trop ingrats pour qu'on puisse espérer en voir la réalisation. Ceux

qui se dévouent à cette cause se sacrîGent inatilemeni Quant à moi, j'ai été bien enthousiaste, mais je ne ferai plus rien.

Alphonse. — Oui, ce sont de rudes farceurs, ces ouvrien qui n'ont pas le bon esprit de cbeminer selon Thumeur de Monsieur Charles. Comment? Monsieur Charles est décidé, et vous ouvriers, vous ne Tètes pas? Allons, dépèchez-voiu d'emboîter le pas, sans cela Monsieur Charles ne fera plus rien pour votre cause !

Après un silence, Jacques rappelle à ses compagnons d'atelier que ceux qui voudront s*abonner au BuU letin jurassien, acheter le Manifeste du Congrès général de l'Internationale, et souscrire pour la grève des tisserands belges, pourront s^adresser à lui le samedi soir.

Le jeudi au matin, le facteur entre dans Tatelier de Monsieur N., et remet à une douzaine d'abonnés le journal libéral de la contrée.

Il y aura des élerctions le dimanche suivant, et le comité Kbéral adresse à tous les bons citoyens un appel patriotique pour les engager à donner à ces élections le caractère d'une manifestation populaire. Le patron, après avoir fait lecture de ce document, réchauffe le zèle électoral de ses ouvriers.

Celte causerie politique est interrompue par l'arrivée de deux délégués de l'une des sociétés politiques de la localité, venant solliciter des dons volontaires en faveur de l'achat d'une bannière pour leur société. Le patron ouvre la liste

de souscription par ua doo généi^eux, et engage ses ouvriers h contribuer à cette œuvre patriotique ; la plupart d'entre eux s'exécutent.

Bientôt après, un voyageur de librairie vient faire ses offres de service : un roman à sensation est en cours de publication par livraisons^ et les nombreuses souscriptions Jéjà recueillies témoignent de t'intérêt que le public porte k cette œuvre littéraire. Un moment après, le voyageur se retire d'un air très satisfait : il a récolté dans Tatelier de Monsieur N. quinze sonscriptions.

Le soir, Jacques rappelle la conférence qui aura lieu au Cercle d'études sociales, sur « l'action politique des clapses ouvrières ».

Plusieurs voix. — Nous n'avons pas le temps d'y assister. ,

Joseph (bas, à Jacques). — J'irais bien, mais il faut que je travaille le soir, pour pouvoir payer le cafetier.

Louis et Edouard. — Il faut que nous rattrapions le temps perdu les premiers jours de la semaine.

Arthur. — J'en reviens toujours à mes moutons : il ne peut y dvoir qu'une seule politique, c'est de voter pour des candidats libéraux.

Jacques et Jules, ainsi qu'Alphonse et Emile, s'apprêtent à sortir.

Dai'zo? (à Alphonse et à Emile). — Restez plutôt avec moi, je vous donnerai ce soir une petite leçon pour vous former l'esprit ; vous êtes jeunes, il faut écouter les conseils des vieux.

Le patron (à Jacques). — Vous feriez mieux d'encourager ces jeunes gens à travailler et à mettre leur argent de côté, au lieu de les pousser à perdVe leur temps à des idées impossibles.

Ljft vendr-^di S'^ir. ïL y d grande aiiitition ddo* Tatelier de Uùn^te»^^' Taui'T'* les ^û'iét^TS pop il aires ioûL oaQvoquéet «On d'organiser un cor:*iî2e imp05iir,£ pjur i^?* eLectîoasdfi , (IjmAFiche, L'tie diz-iinr d^ Oîiçriêf* app^rtienneot à l'une py^ |*Aulrê d-^ cei ^^oci^ttr^, f-.t r^r?5 huit heures les iolé-

JmqneÈ fàM-.n^i'fur N\ . ^ Commeot, vous ne Iroarei psiqiiÊ ce» me^^sieiirs Vi>nt perlre leur temps '} 11 me semble -^^*jjjj feraient mieu.x dft trarailj*fr plutùt que daller â dee

Le patron fftft mordant ïes ji^vre^i . — Ici il :?"ag^it de s<ïcjélés rcflpecfabit^s, utiles, et l-iut lion n*: te citoyen doit leâ iotltenîr^ ce n'est pas comme vos so. i-^tt^s de résistance, de fédér»*"^"' d*lnrern^tiorïa^-.

jf^qttffa, — Vous le?* fîTitime?: !ii fp^rt» ces âocîétéâ-lâ, atroe qu*''ï^*'^ fw^rvcnt n la jpunesâe d écoles de politique ^ljniër<^t comrnn votjs i^n ave/ t.jujriur!! pratiqué, et

ijjluddélournent fffs jfiines ^zan^ dos -j^jcièté^i inivrières.

du SOIT, dans

' SCÈNES DB LA VIE OUVRIÈRE lOS

Jacques. — Eh bien, collègues, ceux d*entre vous qui veulent s'inscrire cornuje abonnés au Bulletin jurassien sont invités à s'annoncer.

Plusieurs voix, — Le prix de Tabonnenient est trop élevé, et puis nous sommes abonnés au journal de la localité, qui est beaucoup plus intéressant que votre Bulletin,

Jacques, — Il est Vrai que, proportionnellement aux autres journaux, le prix de l'abonnement au Bulletin est élevé (1), mais à qui la faute? A vous, qui préférez donner votre argent à des journaux ennemis, plutôt qu'à un organe ouvrier. Vous dites que les autres journaux sont plus intéressants : il est vrai que c'est bien intéressant pour vous d'apprendre que l'ex-impératrice Eugénie est arrivée en Suisse, que Bismarck a fait un séjour aux bains, que Monsieur un tel s'est cassé la jambe à tel endroit ; et qu'au contraire cela doit être assommant de connaître quelques détails du mouvement ouvrier dans les autres pays, et d'étudier quelques articles de fond sur les questions sociales.

Jules et Alphonse seuls se font inscrire.

Jacques in vile ceux qui veulent acheter le Manifeste du dernier Congrès de Tlnternationale à s'adresser à lui.

Plusieurs voix, — Nous n'avons pas le temps de lire ces brochures, et puis cela coule toujours.

Jacques, — Lire des romans est plus instructif et plus économique.

11 unit cependant par vendre cinq exemplaires du Mani-

ai) L'abonnement au Bulletin, depuis que l'organe de la Fédération jurassienne, qui au début ne paraissait que deux fois par ' mois, était devenu hebdomadaire et avait agrandi son formai (juillet 1873), coûtait deux francs par trimestre. Au 1er janvier 1875 eut lieu un nouvel agrandissement de format, sans augmentation de prix.

f este, et ouvre ensuite la souscription pour les grévistes' belges.

Plusieurs voico, — Nous n'avons pas d'argent à donner pour les grèves.

Joseph. — Tl m'est impossible de donner quelque chose ce soir, il faut que je paie le cafetier.

Louis et Edouard, — Nous voudrions bien donner, mais nous avons perdu trop de temps cette semaine. Nous n'avons presque pas le sou.

Jacques (à Louis et à Edouard). — Ah, mes amis» ce n'est pas par les cris de Vive laCk)mmuneI Vive Tlnternationalel poussés au café, qu'on fait du socialisme, mais en aidant ses frères qui luttent, et surtout en se rendant capable d'apporter son concours actif au mouvement.

Emile, — Je te remettrai quelque chose sitôt que les collègues m'auront rendu ce que je leur ai prêté au café ; ils doivent me le rembourser ce soir.

Emile attend inutilement: les emprunteurs ont d'autres comptes à régler, plus pressants que ceux d'un jeune collègue d'atelier.

Achille, — Moi, je vais porter mes deux francs à la caisse d'épargne ; je, n'ai rien à donner pour les grévistes.

David et Auguste parlent de bouteilles de vin et de par<ties de billard.

Il y a eu six souscripteurs dans l'atelier.

Le dimanche, vers une heure, la place publique est encombrée de monde. On forme le cortège ; toutes les sociétés populaires sont présentes.

Aitthur parcourt quelques groupes, et leur désigne Jacques, Jules et Alphonse, qui se promènent sans se mettre dans les rangs. On entend les épithètes de mauvais patriotes, d'alliés des jésuites, etc.

Monsieur N., en arrivant, salue plusieurs de ses ouvriers qui sont dans la foule ; il leur tend fraternellement la main, en leur disant : « Vous, au moins, vous êtes de bons citoyens ! »

David (rabordant). — Bonjour, citoyen patron. Le patron. — Bonjour, citoyen David. Vous êtes aussi là? C'est bien.

David. — Dites donc, passez- moi cinq francs. Le patron. — Diable, comme vous y allez !

j Monsieur X. s'est approché pendant que David s'éloigne [ en clignant de Toeil et la pièce de cent sous dans la poche ; ; il dit à son ami N. : u C'est un de tes braves qui revient à la charge ? ^>

Monsieur N. — On ne peut pas faire un pas sans qu'un de ces misions (1) vous demande de l'argent.

Jacques (à Jules ; tous deux ont entendu cette scène). — C'est cela: tandis^ que les ouvriers font les affaires poli- [ tiques de ces messieurs^ ceux-ci les appellent « bons ci- L . toyens », tout en se disant à l'oreille que ce sont des misions, \ puisqu'il y en a qui vont jusfju'à leur demander une avance I un jour d'élection.

Jules. — Je t'assure que cela m'attriste de songer aux difficultés que nous rencontrons. Nous avons des mœurs ouvrières déplorables, et c'est là un obstacle très sérieux à l'avancement de notre œuvre. Mais saurons-nous trouver

(1) Miston est un mot particulier à la Suisse romande, signifiant gueux, mendiant, voyou.

la force morale nécessaire pour montrer Texemple d'ui réforme dans ce sens ?

Jacques» — Mettons-nous à l*œuvre ; ne cherchons pas faire de nous-mêmes des puritains en dehors de l'humanit mais travaillons du moins à devenir des hommes co: scients et conséquents.

LA LOI FËDERALB SUB LE TRAVAIL DANS LES FABRIQUES (i)

La nouvelle constitution fédérale suisse contient à Parlicle 34 la disposition suivante :

« La Confédération a le droit de statuer des prescriptions c uniformes sur le travail des enfants dans les fabriques, « sur la durée du travail qui pourra y être imposé aux ce adultes, ainsi que sur la protection à accorder aux ouvriers « contre l'exercice des industries insalubres et dange- € reuses. »

Dans les régions gouvernementales, dans cerlains cercles bourgeois, et dans les sections du Schweizerischer Arheiterbundet de la Société du Grûtli.on s'occupe en ce moment assez activement de la mise en pratique de Tarticle 34 de la constitution fédérale. Une Commission ofQcielle a été insliluée et chargée d'élaborer un projet de loi ; les parti -

(1) Article publié dans \q Bulletin de la Fédération jurassienne d6 l'Internationale, numéro du 28 iéTrier 1875.

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