LES PARTA6B0X
ivre, à vendre leur travail aux conditions qui plaisent lux détenteurs du capital ; que, par conséquent, il n'y a [pas d'autre remède au mal signalé que de faire entrer à la propriété collective toute cette partie du capital qui représente l'instrument de travail, de manière à ce qu'il soit garanti à tous les travailleurs.
Ceux-ci, dès lors, au lieu d'avoir à partager chaque jour avec les exploiteurs de tous genres, pourront jouir de toits les fruits de leur travail.
l'association internationale des travailleurs (1)
Cette association, fondée à Londres en septembre 1864 par les délégués ouvriers des pays les plus industrieux, a pris, en quelques années, de telles proportions, qu'elle préoccupe partout et les gouvernements et la bourgeoisie.
Il y avait bien eu dans Tantiquité Spartacus, et au moyen âge les Jacques ; les temps modernes avaient môme entendu retentir le cri de : Vivre en travaillant ou mourir en combattaiit, et plus tard celui de : Bu 'pain ou du plomb; mais jamais dans Thistoire on n'avait constaté ce fait : les prolétaires de tous les pays se groupant pacifiquement pour étudier et discuter les causes fondamentales du paupérisme, ainsi que les moyens propres à y remédier radicalement.
... En Europe et en Amérique, depuis longtemps, les ouvriers avaient formé dos associations dans le but de se soutenir mutuellement en cas de maladie, de chômage, etc. Ces associations avaient un caractère local ou national, et durent maintes fois entrer en lutte avec les patrons pour
(1) Extrait de VAlmanach du Peuple pour ÎS71. — Cet exposé historique étant un peu long, et n'offrant pas partout le même intérêt, nous y avons fait quelques coupures, et resserré un peu le texte en divers endroits.
défendre les intérêts de leurs membres, le patron étant naturellement porté à payer ses employés le moins cher possible. La diminution des salaires se fait surtout dans les temps de crise, alors que les bras des travailleurs s'offrent en grand nombre aux capitalistes et aux patrons.
L'expérience apprit bientôt aux travailleurs la cause delà baisse des salaires, et l'extrême misère où ils se trouvaient les obligea de songer à remédier au mal. Ils fondèrent leurs sociétés de résistance.*.
Le sentiment du droit se développait de plus en plus au sein des classes ouvrières ; les caisses de résistance, soutenues par le plus grand nombre des Qi:^riers, devenaient puissantes... Concevant leur position sous un nouveau Joar, les ouvriers réclamèrent l'augmentation des salaires et la diminution des heures de travail. Les grèves devinrent de plus en plus fréquentes ; lu solidarité entre ouvriers du même pays était si puissante que Pavantage leur restait presque toujours. Cependant, les communications inter^ nationales étaient devenues tellement faciles que, dans quelques heures, les patrons pouvaient appeler d'un pays voisin les ouvriers pour remplacer ceux qui se mettaient en grève. Ce cas se présenta dans plusieurs grèves importantes, et fut la cause de plusieurs insuccès des ouvriers. C'est là ce qui détermina la fondation de l'Association internationale des travailleurs.
En outre, les idées modernes, pénétrant les masses populaires, portaient les travailleurs des différentes nations à ne plus se considérer comme ennemis les uns des autres malgré les différences d'origine ; et la communauté des souffrances et ridentité des intérêts devaient faire des classes ouvrières de tous les pays un seul corps social.
Les délégués des classes ouvrières se réunirent annuellement, à partir de 186G, en Congrès généraux, et là s'opéra un double travail : développer, fortifier TorganTsation gé-
l'ihtbrnatiowale 39
ÉiéraLe du prolétariat, et formuler, au moyen de résolutions, les aspirations générales des travaiileurs.
L'organisation fédérative des caisses de résistance apparut à tous comme le moyen le plus pratique d'assurer le succès au travail dans les luttes qu'il a à soutenir contre le capital. Mais on comprit aussi que, pour ne pas tourner éiernellement dans le même cercle, il était nécessaire de supprimer la cause de l'antagonisme existant... Pour faire cesser cet antagonisme, il faut que l'instrument de travail, la capital, soit mis à la disposition du travail sans que celui-ci eu soit l'esclave ; en d'autres termes, il faut réformer le système de propriété.
Lorsque cette question fut abordée dans les Congrès généraux, deux systèmes se trouvèrent en présence : le mi^ tuellisme et le collectivisme,
La théorie mutuelliste, qui se réclamait de Proudhon, voulait fonder l'organisation sociale, non pas sur la propriété, mais sur le crédit : cette organisation, due à l'initiative des producteurs, se créditant mutuellement et se garantissant l'échange de leurs produits^ aboutissait à la gratuité du crédit et à l'échange à prix de revient... Quelques-uns des disciples de Proudhon tentèrent dans les Gonpiès de faire prévaloir le mutuellisme, mais ils restèrent en minorité.
Le système collectiviste, qui prévalut dans l'Internationale, peut se résumer comme suit: La richesse naturelle est inaliénable ; une appropriation individuelle de celte richesse ne peut être légitimée par la science; seule la nécessité sociale a pu la justifier dans le passé ; aujourd'hui cette nécessité a disparu... L'appropriali^i^n individuelle de la richesse industrielle ne [leut pas èlre légitimée davantage : il est bien positivement constaté, par la science économique, que toute richesse, tout capital ne peut être que le fruit du travail collectif, combiné avec les forces naturelles... Tel esl, eii résumé, le point de départ*du
collectivisme ; dans ses conséquences pratiques, il n'aboutit nullement, comme le prétendent des gens mal intentionnés, au communisme absolu (1), mais sa formule est celle-ci : Appro^priatiorif par la collectivité sociale y du fo?ids, de l'instrument de travail ; [/arantie à V individu des produits de son travail personnel.
Les conséquences de la propriété collective ne peuvent être autres que celle-ci : suppression de toute exploitation de rhomme par l'homme, par la concession accordée, à chaque producteur, du capital nécessaire pour faire valoir son travail ; et élévation de la richesse sociale au maximum, par Torganisation complète de la force collective.
Tels sont, en résumé, les principes collectivistes. En se prononçant pour eux, Tlnternationale s'est mise en opposition radicale avec la société bourgeoise fondée et développée sur le principe individualiste; elle s'est faite révolutionnaire.
A quelle époque verrons-nous la réalisation pratique de ces principes ? Quels moyens les classes ouvrières devrontelles employer pour cette réalisation ?
Les événemenis décideront de l'époque desgrandes luttes révolutionnaires ; lâchons d'être prêts, afm que, lorsque le moment viendra, le prolétariat organisé se trouve à la hauteur de la mission historique qu'il doit accomplir.
Quant aux moyens, deux courants d'idées se manifestent dans le sein de l'Internationale. Les uns veulent s'emparer de l'Etat actuel et le modifier graduellement jusqu'à ce qu'il soit la fidèle expression des besoins des travailleurs. Les autres veulent supprimer, tout d'abord, l'organisation politique et juridique, de manière à enlever toute garantie publique aux privilèges économiques de la bourgeoisie et à dés-
(1) Le « communisme » dont parle Schwitzguébel pour le rejeter est le communisme utopique et autoritaire de Cabet et dequelques autres.
l'internationale 41
organiser ainsi complètement l'ordre social actuel ; puis reconstituer les communes et les fédérer internationalement, en procédant à cette organisation nouvelle par Tinilialive du peuple lui-même.
Le prochain Congrès général montrera quel est celui de ses deux courants d'idées qui aura la majorité parmi les travailleurs (i).
Que la bourgeoisie ne se réjouisse pas des divergences i'opinion qui se manifestent sur ce point dans l'Internationale. Tous marchent au même but : affranchissement 5oniplet du travail, ce qui revient à dire, pour .les temps Eictuels, suppression de toute exploitation, de toute domination bourgeoise.
Et vous, compagnons, qui êtes restés en dehors du mouirennent, votre concours est précieux dans l'œuvre générale. Repoussez avec indignation ces hommes qui vous ont égarés en répandant la calomnie, et acceptez la main fraternelle des ouvriers de tous les pays. Plus le concours des opprimés deviendra général etsérieux, plus vite aussi sonnera l'heure de l'affranchissement.
Les bourgeois, nos maîtres, crièrent au moyen âge : Commune ! Commune /Prolétaires, reprenons ce cri ; mais que, sortant de nos poitrines, il signifie, non pas la Commune des privilèges, mais la Commune égalitaire, la Commune du travail radicalement affranchi (2).
(1) L'Internationale avait eu, jusqu'à cette date, quatre Congrus généraux, ceux de Genève (1866), de Lausanne (1867), de Bruxelles (1868) et de Bàle (1869;. Les événements politiques avaient empêché la réunion J'un Congrès en 1870; ils l'empêchèrent également en 1871. Le Congrès de la Haye, en 1872, ne fut qu'une comédie organisée par Karl Marx et les agents de sa dictature personnelle. Ap/ès la défaite de la coterie marxiste et le triomphe du principe de Tautonomie dans l'Internationale, les Congrès généraux recommencèrent à se réunir; il y en eut encore quatre : à Genève (1873), à Bruxelles (1874), à Berne (1876) et à Verviers ^877).
(2) Ceci était écrit en novembre ou décembre 1870, par conséquent
trois ou quatre mois avant le mouvement commnnaliste du 18 ISTI. Mais (It'jà à Lyon, le 2S septembre 1870, et à Paris, le 2 tobre suivant, on avait parlé de Commune. L'idée était "
LA GUERRE ET LA PAIX (f).
Diëpvfis quelque» anniées, les peuples commençaient à »' animer au souffle régénérateur de la démocratie socialiste ; fes classes ouvrières, naissant à la vie infeliectuelle et miorafle, recherchaieni scientîKquement les causes des désordres «M>ciaux qui affligent encore Thumanité ; la solidarité hn~ Maiâe commençait à s'affirmer pratiquement ; une vaste organisation internationale allait bientôt relier entre eux les proFétaîres de tous pays et de toutes professions ; la démoeraftie avait trouvé, en un mot, uBre base d'opération conforme aux tendances modernes, et une formule d'organisation générale qui devait tôt ou tard lui assurer le concours moral et matériel de tous les opprimés.
Le despotisme, sous toutes ses formes, craignait ce mouviement pacifique qui s'opérait au sein des masses populaires ; il avait compris que ce travail calme et profond aurait des conséquences bien autrement efficaces que les émeutes des rues. H fallait, à tout prix, anéantir ce mouverrrent, avant qu'il n'éclatât, ou tout au moins fe paralyser, en détournant l'attention publique des questions sociales.
(1) La Guerre et la Paix, par Adhémar Schwitzouêbel ; Saiiit- Imier, Propagande socialiste, 1871. Prix : 10 centimes.
La diplomatie raviva les haines de races qui s'éteignaient; des armées permanentes, habilement dressées aux boucheries humaines, ne demandaient pas mie^x que de faire merveille et d'acquérir un peu de gloire ; instruments servîtes des castes gouvernantes, on a^ait étouffé en elles le sentiment du droit pour leur apprendre à marcher à la voix d'un chef.
Des troupes innombrables, munies d'un matériel de guerre terrible, se sont ruées les unes sur les autres ; le choc a été épouvantable : le nombre des morts effraie l'imagination, les cris*des blessés forment un concert infernal, de riches campagnes sont dévastées, des cilés détruites,' la misère, peut-être la famine, montre sa tùle hideuse, -r- Quelle leçon les humains ont-ils retirée dé ce jeu sanglant ? — On s'est généralement indigné, en voyant la « paix européenne » compromise par la volonté d'une diplomatie mtrigante, on a maudit les auteurs de cette guerre qui arrêtait court l'essor industriel et commercial, on a pleuré sur le sort des victimes des ambitions dynastiques, on a souscrit pour soulager les blessés, les familles des sacrifiés ; puis est venue la fin honteuse de l'empire de Bonaparte et la proclamation de la République ; la Prusse militaire a continué défaire la guerre à la France républicaine, comme si le peuple était responsable des crimes de ses gouvernants.
Aujourd'hui, les uns désirent la victoire de la République française, parce qu'ils sympatliisent avec les idées républicaines ; les autres, le triomphe des armées prussiennes, parce qu'ils voient dans la jeune République la Révolution européenne, et qu'ils craignent cette révolution ; mais le 'grand nombre, au fond, désire que cela finisse vite, pour que chacun puisse reprendre ses occupations habituelles en toute sécurité.
Cette guerre, comme toutes celles qui l'ont précédée.
LIk aUfiRRR BT LA TAIX 45
teBi*ellé pas le résultat logique de l*urgadîsatioD sociale ciueliey et, au lied de perdre notre temps à formuler des ^■irs de paciGcatîon, n'avonà-aous pas à rechercher dV ne n|(jDièr8 approfondie les causes preniières de ces désastres périodiques, ainsi que les remèdes «capables d'y mettre fin
iour toujours?
Hommes de la pensée ej de Taction, ce n'est pas par de
ieux désirs iquQ Ton remédié au mal, A l'œuvre donc,
kacun suivant ses facultés !.
.La cause qui apparaît premièrement à l'observation de tous ceux qui, ne se contentant pas d'accepter passivement (es faits, .en recherchent les causes pour en déduire les moyens propres à combattre ces faits s'ils sont nuisibles, cette cause immédiate des guerres est certainement l'organisation militaire.
Nous n'avons pas à insister longuement sur ce fait. La constitution d'une armée *n 'a sa raison d'être qu'en vue de la guerre offensive ou défensive ; pour être un véritable homme de guerre, il faut abdiquer l'idée du Droit humain, et ne plus avoir d'autre guide que le Devoir envers l'Autorité ; la première condition de la puissance d'une armée est la Discipline, ce qui implique soumission absolue de la volonté individuelle aux ordres du chef. En un mot, L'homme, en devenant soldat, abdique pour devenir machine.
La personnalité humaine, surtout dans l'époque de civilisation relative où nous sommes, ne s'annule cependant
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pas ainsi complètement ; si on enlève à rindividu le but moral, par lequel il cherche la complète jouissance de ses droits, il faut pourtant donner un élément quelconque à son activité morale. Le génie infernal du despotisme inventa pour le soldat la Gloire militaire, l'Honneur du drapeau.
C'était là satisfaire Tambition qui germe au fond de tous les cœurs, donner une apparence noble et sacrée au dévouement que l'on exigeait du soldat, tout en forgeant Tanneau le plus solide de la longue chaîne par laquelle le despotisme relient les peuples en esclavage.
La vie monotone des casernes ne répondant pas au but, il fallait stimuler Tardeur, les ambitions des armées, par Tespoir des grandes luttes, des victoires éclatantes remportées sur des armées rivales. Lorsque le défenseur du sol natal se trouvait ainsi transformé en brute sauvage, ne rêvant plus que carnage et pillage pour gagner un galon ou une épaulette, il ne restait plus qu'à pousser le cri : « Sus au Prussien ! Sus au Français ! » Tels étaient les mots d'ordre sauvages que se répétaient partout des hommes faits pour s'aimer, mais qui se haïssaient parce qu^on leur avait dit que la France en voulait à Thonneur, à la gloire de la Prusse, et vice versa.
Les guerres périodiques sont donc avant tout le produit, la conséquence forcée de Torganisation militaire.
Cette organisation militaire, si funeste par ses conséquences aux intérêts de l'humanité, comment prit-elle naissance ?
LA GUERRE Et LA PAIX -57
Car si nous voulons découvrir toutes les causes des guerres, nous devons rechercher l'enchaînement logiqiie des faits, c'est-à-dire que nous devons remonter aux causes fondamentales.
L'organisation militaire n'a pas d'autre cause première que l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est ce que nous allons nous efforcer de démontrer.
Par le fait de l'inégalité physiologique existant entre les individus et du manque d'organisation économique dans y, la société humaine, les plus forts, les plus habiles devaient ^ peu à peu concentrer entre leurs mains non seulement lef- produits de leur travail personnel, déjà supérieur à celui des faibles et des inhabiles, mais encore une partie, sinon la totalité, des fruits du travail de ces derniers, d'où résulta l'inégalité des conditions sociales, c'est-à-dire la constitution des classes.
Les classes privilégiées durent nécessairement donner une sanction quelconque à leurs privilèges, pour les préserver contre les attaques des exploités : la jurisprudence, la politique, la religiou, te4s devaient être les moyens par lesquels on ferait respecter, à tra- . ve»8 les siècles, le fait de l'exploitation de l'homme par l'homme.
La nature poussait les hommes à la sociabilité; l'ambition, s'emparant de celte disposition, fit que la tribu, loin d'être le groupement des forces individuelles en vue du bien-ôtre de tous, devint le fondement d'un éta* social où la guerre devait être en permanence.
Les tribus, au lieu de vivre en paix les unes avec les autres, se firent la guerre ; les plus puissantes, englobant dans leur sein tout ce qui était trop faible pour leur résister, constituèrent des empires dont les chefs déterminèrent les limites ; les peuples, aveuglés par l'ambition de leurs
48 QUELQUES fcRITS
gouvernants, s'élavèrent les uns contre les autres ; i (lîfTérence d*origiae Gt natlreee mot qui déshonore L'huo ni té : Etranger.
Quels étaient ces hommes qui', à la iéte des tribus» i empires, parquaient ainsi les peuples? Les mandataires < ces castes privilégiées, qui, accaparant pour elles les ri4 chesses, n'avaient pas d'autre but que de s'en garantir kl jouissance.
Dans la tribu, on établit des coutumes, et malheur à qnil les violerait; le chef et son conseil, c'est-à-dire les notablesi; étaient là pour condamner, et le bourreau était apparu enl môme temps que le despotisme.
Dans les empires, l'humanité ayant marché, le systè-j me avait été perfectionné. Toute une classe s'était rfr-;^ serve le soin de réglementer les coutumes ; la Ld^ était apparue, et l'étude et la connaissance des loisi sous le nom de jurisprudence, étaient devenues une science. ;
Formuler la Loi et la faire exécuter constitua, sous le nom de Politique, la science du gouvernemeût.
n ne manquait plus à cet échafaudage qu'une sanction mystérieuse, imposant aveuglément aux hommes ce que leur raison aurait pu trouver d'inique dans le système d'exploilation et d'oppression organisé sous le nom de gouvernement. — La Religion sanctifia tout.
Ainsi furent établis les Etats territoriaux, antagonistes entre eux au dehor:?, et constituant au dedans, sous le nom d'ordre politique et judiciaire, le plus formidable système d'oppression populaire que Ton puisse imaginer.
LA GUBRRB BT LA PAIX 49
Les Etats territoriaux, quelle peut être la cause qui les I' contraint à cet antagonisme réciproque ?
L'Etat territorial est, tout d'abord, constitué par une agglomération formée d'individus habitant un territoire déterminé. Ces individus sont censés ne pas considérer comme ayant les' mêmes intérêts qu'eux les habitants d'un autre territoire, et c'est pour sauvegarder leurs intérêts propres [' qu'ils constituent un Etat. Ces agglomérations territoriales .-d'individus, auxquelles on a donné le nom de nation, se considèrent donc toutes comme ayant un intérêt particulier à défendre contre les agressions des autres Etats. Si nous réfléchissons à ce qui a déterminé la constitution politique des Etats, ce que nous disons plus haut n'étonnera plus : Organiser une puissance publique pour sauvegarder des intérêts privilégiés, telle fut l'origine de l'Etat,; comme cette organisation, au lieu de se faire universellement, se fit territorialement, ces différentes organisations territoriales devaient avoir pour but de sauvegarder les intérêts qu'elles représentaient tout autant contre les agressions du dehors, de ^étranger, que contre celles venant des ennemis' intérieurs.
11 y a plus : la constitution de l'Etat, ayant pour base l'oppression, devait avoir pour conséquence l'oppression. Pourquoi ces classes privilégiées, qui, de tous temps, se sont emparées de l'Etat pour le façonner d'après leurs intérêts, n'auraient-elles pas cherché à augmenter le cercle de leurs intérêts en élargissant le territoire ? Pourquoi n'auraient-elles pas inauguré les guerres de conquêtes?
La grandeur de la nation se combinait si merveilleuse-, ment avec leurs intérêts de caste, qu'il n'y avait pas à hésiter.
Voilà comment les Etats territoriaux devaient naturellement être antagonistes les uns des autres, et voilà ce que sont, au fond, les idées de patrie, de nationalité : la haine réciproque des peuples, au' profit des castes gouvernantes.
Nous pensons que, le principe de l'Etat territorial déterminé, il est inutile d'insister sjur la nécessité imposée à ces Etats de s'organiser militairement. C'était une conséquentje forcée de leur antagonisme, et ce n'est que par la suppression des Etats territoriaux que cette nécessité disparaîtra.
Examinons maintenant ces Etats quant à leur organisation intérieure.
Nous avons vu que l'ordre politique et Tordre judiciaire, par lesquels se manifeste la constitution intérieure de l'Etat, n'ont pas d'autre but que d'assurer, aux classes dominantes, la jouissance de leurs privilèges.
De même qu'entfe les différents Etats territoriaux il existe logiquement un antagonisme, de môme aussi, dans l'Etat, entre les classes privilégiées et les classes déshéritées, il existe un antagonisme.
Dans les conditions actuelles, cet antagonisme se manifeste surtout par les luttes entre le Capital et le Travail. Le Capital, concentré entre les mains de la bourgeoisie, ne se Hvre au Travail qu'à des conditions tellement onéreuses que la situation économique des travailleurs va en empi-
LA GtJBRIIB ET LA PAIX Si
Hrant, tandis que celle des capitalistes s*embellit de toutes Pies jouissances morales et matérielles dues à la production > moderne ; de là des luttes incessantes, qui, sous le nom de J/grèves, révèlent une guerre sourde, qui peut devenir bien ^autrement terrible que les guerres nationales ou dynastiques : la guerre sociale.
: La F.oi actuelle, issue des conceptions de la bourgeoisie,
; consacre d'une manière absolue les privilèges de cette classe.
Le gouvernement, exécuteur de la Loi, est donc nécessai-
\ rement appelé à prendre fait et cause pour le privilège éco-
r, nomique, dans les contlits survenant entre capitalistes,
patrons et travailleurs salariés.
L'autorité morale et de la Loi et du gouvernement ne suffisait cependant pas à imposer aux ouvriers le rospect absolu <}es conditions actuelles. L*ariiiée, que l'Etat territorial avait dû organiser en vue de se protéger contre le dehors, devait servir à l'Etat politiqne et juridi(iue jmiir se garantir au dedans. C'est ainsi que le soldat devint i 'assassin de l'ouvrier.
L'enchaînement des causes et des elTets, rolativeinonl h la guerre, nous apparaît ainsi d'une manière simple, quoique terrible.
Inégalité des conditions, par suite du privilège économique pour les uns, du paupérisme pour le grand nombre ; constitution des Etats politiques, juridiques (^t Icrritorianx. dans le but de garantir au dedans, comme au deiiors, les privilèges des classes dominantes ;
Nécessité d'une organisation militaire, propre à d»'»fcndre Tétat de choses existant ; et enliii nécessité d(K guerres périodiques pour satisfaire aux ambitions militaires.
Nous connaissons maintenant les causes foiulanuMitalos des guerres ; nous pouvons donc nous occuper des moyens propres il supprimer ces causes, car, en nous bornant à attaquer TelTet, sans touchera la cause, ncejs aboutirions
52 QUBLQUBS ÉCRITS
simplement à ce résultat : reiïet apparaîtrait bientôt sou j une autre forme.
Rien n'est aussi absurde que le système du juste milieu, qui reconnaît le mal, mais qui redoute encore plus le remède. Pour nous, lâchons d'être logiques.
La cause immédiate des guerres étant Torganisatioa militaire, c'est donc cette organisation qu'il faut supprimer si nous ne voulons plus de guerres. j
L'organisation militaire étant cependant nécessitée par la constitution sociale actuelle, c'est cette constitution qu'il faut transformer de manière à ce que lorganisation militaire ne soit plus une nécessité.
— Mais c'est une révolution complète, nous diront une foule de gens qui gémissent sur les guerres, mais qui ont aussi la chair de poule au seul mol de révolution. — Soit, c'est une révolution, et pour qu'elle soit vraie, efficace, il faut (ju'elle soit destructive, d'une manière complète, de l'ordre social actuel, c'est-à-dire il faut qu'elle soit avant " tout iin-archisle.
Nous entendons déjà les clameurs intéressées de tous les gens d'ordre ; et pour ne pas allonger inutilement le débat sur ce point, nous dirons à tous les hommes de bonne foi ; Quel est cet ordre, qui nécessite pour être garanti :
1" D'immenses années vivant dans l'oisiveté, qui absorbent une bonne partie des produits du travail, et qui, à de certaines époques, — elles qui sont censées défendre la propriété, la famille, — se répandent en troupes sauvages au sein des campagnes et des villes, pour piller, saccager, tuer, c'est-à-dire anéantir la propriété, la famille;
W 2° Une classe de jurisconsultes, occupés essentiellement à faire' des lais, pour garantir les privilèges économiques, * ' et absorbant, eux aussi, une certaine quantité de produits, en récompense d'un travail improductif ;
3** Toute une bureaucratie, vivant grassement des re- ^ venus du peuple, pour obliger ce peuple à exécuter les lois ; établies par les jurisconsultes ;
4° Enfin un clergé absorbant aussi sa part du revenu public, pour menacer sans cesse le pauvre peuple des j- flânâmes éternelles, s'il ne se soumet pas bumblement à f l'ordre établi.
l Un ordre social qui nécessite une si formidable machine • . gouvernementale, juridique et militaire pour se préserver r contre les attaques qui peuvent être dirigées contre lui, n'est pas l'ordre.
La vérité simple est qu'il y a une classe qui domine et une autre qui est opprimée. Au nom du droit naturel, nous avons le droit de protester contre un pareil état de choses, et le devoir de travailler à une organisation sociale d'où résulte véritablement Tordre.
Utopie, nous diront les gens qui croient à l'éternité du fait établi et qui doutent du Progrès dans l'Humanité. Examinons si l'ordre peut être établi dans la société.
Pour rechercher la possibilité d'établir un ordre social reposant sur la justice et non sur le parasitisme des uns et le paupérisme du grand nombre, nous devons remonter au principe constitutif des sociétés humaines.
Le travail est la première nécessité, tant individuelle
"ti QIBLQUBS ÉCRITS
que socialo; c'est là une affirmation qui, aujourd'hui, it\ plus besoin 4'ùtre démontrée pour être reconnue vraie.
Sans organisation du Iravaif, le fait social que noilflt^ avons d(^(ï constaté plus haut, fa division en classes, devic nf'CPssairoMicnt se produire, les uns 8*appropriant individnetlF lomont, non seulement les produits du travail des autreB^S mais encore le fonds, et arrivant ainsi à être détenteur] absolus de la source des richesses. La personnalité humaine! elle-même fut sacrifiée, et l'esclavage devint une chose sacréB 1 aux yeux des privilégiés.
Après bien des siècles, à la suite de causes aussi inlloxibles les unes que les autres, l'esclavage disparut peu à peu pour faire place au servage. La féodalité modifia h' principe de propriété dans ce sens que le sol en fut la baaB essentielle, de sorte que l'homme n'eut de valeur que par . rapport au sol ; le serf ne fut plus attaché personnellement au seigneur, comme Tétait l'esclave antique vis-à-vis de suu maître, mais il était attaché au sol, à la glèbe, et en cefa i'onsisle la niodidcation fondamentale qui s'opéra de l'esolavage au servage. La constitution des communes, dijDTéronles ordonnances des gouvernements, apportèrent des changements notables dans la position des serfs, mais ce ne fut que lorsqu'en 178lj fut abattu l'arbre de la féodalité du moyen Age, que le servage disparut complètement.
A partir de rorganisaliou des communes se manifeste un fait important dans l'histoire. A mesure que s'affaiblit la îéoijalili'", qui était résultée de l'invasion des barbares, se forme jxhi à peu, protégée par la constitution des communes, la bourgeoisie ou Tiers-Etat. Tandis que les seiirnours avaient l^ sol* les bourgeois développaient l'industrie^ el. I(» o.nmerce et accumulaient des richesses. Le capital — entendu ici dans le sens restreint du travail accumulé d • Tlnfl isfrie — prédominait peu à peu, et ce fut plutôt en vue li.; briser les chaînes qui entravaient son
léveloppement industriel et commercial, qae dans l'intérêt do peuple, que la bourgeoisie fit la Révolution. Gomme la chute du monde féodal était un immense progrès dans rhuntianité, que c'était le seul but compris par les masses popalaires, le Tiers-Etat, en anéantissant ce vieux monde, fut réellement le représentant du peuple tout entier.
Mais toutes les insurrections, toutes les révolutions qui se tirent au nom de la Liberté humaine, et modifièrent les conditions sociales, n'eurent en définitive d'autres résultats qae la consécration, sous de nouvelles formes adoucies, du prinei^e de Tinégaltté, et par suite la confiscation, au profit d'une minorité, de la liberté du grand nombre. La formule politico-économique de la révolution de 1789 est eelle-ci : « Travaille, et jouis librement du produit de ton travail ». Mais la garantie de la liberté, — l'instrument de travail, — la révolution ne se préoccupa nullement de rassurer au peuple (i) ; aussi ne retira-t-il que peu de bénéfice de cette révolution ; par contre, la bourgeoisie, ayant brisé tous les obstacles qui s'opposaient à son ossor industrie! et commercial, et ayant entre ses mains l'instrument de travail, — !e capital, — devint la détentrice absolue de la richesse sociale et prit possession de tous les pouvoirs publics. Son règne était assuré, les libertés purement politiques concédées au peuple était bien loin d'être celle vraie liberté qui ne peut résulter que de l'égalité économique.
Alors que la bourgeoisie arrivait à l'apogoe do sa puissance, le socialisme était révélé aux masses popislniros par quelques hommes de génie, et un instant, en IS48, il
(1) Il y aurait une réserve à taire au suj»'t d.- cotte assortion trop absolue. Quelques révolutionnaires voulurent très Si^ri?useiiuMit et très passionnément assurer aux (lésh^ritês de la sociètt^, aux « sans-culottes », la ^vropriété, rinstnimeut de travail ; mais ils furent presque tous guillotinés par les contro-révolutionnaires.
îiO QUELQUES ÉCRITS
sembla qu'une ère nouvelle allait s'ouvrir pour Thumaiiilé,] Mais la réaction bourgeoise triompha de la révolutiob s(^i ciale.
Quelques années plus tard, Tlnternationale était fondée,] et les ouvriers, tout en procédant à leur organisation fédé-l rative pour se garantir mutuellement contre les empiète-l monts du capital, abordaient Tétude des questions les plaiT ardues de la science sociale.
L'idée collectiviste naquit de ce double travail d'organî-.j salion et d'cludes scientifiques. L'histoire de Téconomie : politique et sociale apprit aux travailleurs que la source de ' toute richesse est essentiellement collective, que l'appropri.ilion individuelle de la richesse, outre qu'elle est un privilège, est la cause fondamentale des iniquités sociales: ex|)loitation économique de l'homme par Thomme, et con-* sécration légale des privilèges qui en résultent par TEtat politique et juridique. — Les ouvriers conclurent nettement à la propriété collective, comme au seul moyen de garantir à tous l'instrument de travail. La scission outre les tendances bourgeoises et les tendances socialistes du prolétariat fut dès lors complète; puissent les ouvriers s'élever à la hauteur de cette situation nouvelle.
Comment s'organisera la propriété collective? Par l'Etat transformé, nous diront les communistes autoritaires; par les groupes de producteurs-échangistes, dirons-nous à notre tour, nous collectivistes-anarchistes.
Le principe autoritaire est condamné par la raison philosophiqn(» ; si la liberté se concilie avec l'ordre, elle exclut par contre l'autorité.
L'Etat, dans ses différentes manifestations historiques,
test
est également condamné ; tout Etal ne peut être que lorganisatîon d'une autorité quelconque.
i^ Quant aux groupes de producteurs-échangistes, voici ! quelle nous paraît devoir être leur constitution : L Les horlogers d'une localité s'associent par un contrat : librement débattu et consenti par tous, garantissant à ; chacun ses droits de travailleur et sauvegardant les intérêts communs de la profession ; chaque métier de la localité agit de même ; tous se fédèrent pour se garantir mutuellement la jouissance du capital social, organiser l'échange et les services publics locaux ; puis les Communes se solidarisent, constituent bs Fédérations régionales suivant leur situation géographique et Tidenlilé de leurs intérêts économiques ; la Fédération internationale des Communes, remplaçant les Etats politiques, juridiques et territoriaux, se constituant de bas en haut, assure à tous les individus la pratique de la liberté, et réalise dans Tordre social la solidarité économique, — l'une reposant sur le droit naturel, et l'autre découlant de la science sociale.
Telle nous paraît devoir être la base d'un ordre réel. Nous avons eu jusqu'ici Tordre par Tautorité ; le despotisme sous toutes ses formes ^n est résulté. L'Humanité, aspirant au bien-être moral et matériel de tous ses membres, réêlame aujourd'hui Tordre par la pratique de la liberté.
L'Humanité actuelle contient-elle les éléments nécessaires à la réalisation pratique de ses aspirations intimes?- Si la société moderne ne possède pas les éléments propres "^à une nouvelle, transformation sociale, il est évidont que nous, démocrates socialistes, nous sommes dos rêveurs.
Que sont ces immenses associations de métiers fédérées internationalement, et groupant dans leur sein toutes les forces morales et matérielles du prolétariat? Ce sont les germes de la Commune sociale et de la Fédération internationale des Communes.
L'Association internationale des travailleurs nous apparaît donc comme l'organisation des forces révolutionnaires du prolétariat, le centre commun des aspirations socialistes des classes ouvrières ; en un mot, elle contient tous les germes organiques de la société nouvelle ; comme aussi la puissance de réalisation pratique, lorsque les événements faciliteront cette action suprémie. C'est à ces diiïérenls titres que nous, travailleurs de tous pays et de toutes professions, nous lui devons notre concours moral et matériel.
Il est une foule de gens qui maudissent sincèrement les guerres, mais qui détestent encore davantage Tinter nationale. Il faudra pourtant que ces personnes se résolvent à voir la continuation des guerres à perpétuité, ou à apporter leur concours a TAssociation internationale, car c'est par elle seule que pourront être détruites les causes des guerres.
Puisse le peuple travailleur de France, redevenu maître de ses destinées, s'inspirer de son génie révolutionnaire et donner le signal de Taffranchissenient général.
Le despotisme, sous toutes ses formes, a fait assez de victimes; il est temps que se réalise la devise humanitaire :
Liberté, Egalité^ Fraternité.
Premier article.
Le socialisme s'est d'abord présenté aux classes laborieuses sous la forme de différents systèmes, ayant chacun ses adeptes plus ou moins nombreux, et se donnant chacun comme TEvangile infaillible qui devait sauver la société.
A ces différents systèmes socialistes, éclos dans les cabinets de penseurs spéculatifs, a succédé un socialisme beaucoup plus populaire, qui a pris corps dans l'Association internationale des travailleurs.
Lorsqu'on étudie les différents auteurs socialistes, on s'aperçoit bien vite que la fantaisie joue un rôle considérable dans leurs écrits ; tandis que Thistoire de l'Internationale nous offre au contraire le speclacle,non d'une théorie préconçue, mais d'un grand fait économique se produisant en dehors de toute influence de secte : c'est le prolétariat lui-même prenant conscience à la fois de sa situation^ de ses besoins, et de l'avenir vers lequel le poussent des nécessités inéluctables.
De ce qui précède, devons-nous conclure qu<^ nous ne devions attacher aucune importance à Tœuvre de ces vaillantes
•(1) Extrait de VAlmanach du Peuple pour 1872 et de YAlma^ nach du Peuple pour 1873,
('coles sucialistos <]ui, dans la première moitié du dix-net viôme siùclo, ont battu en brèche le vieil MiGce social,! prépan'î ainsi Torganisation du prolétariat et son avèno mpnt? Loin de là; nous devons à tous ces infatigabla lultfMirs, pour la plupart morts à la peine, une profond rp( on naissance; ce sont eux qui ont déblayé la route ; ef,^ en marchant pins unis et plus fermes vers la réalisation àii but commun, il est juste que nous gardions un souvenir àj Ci'ux (pli ont guidé nos premiers pas.
Le point fondamental de la question, c*est la maniëte d'envi.sag«»r la propriété. Tout le monde Ta compris, let' adversaires de l'émancipation des travailleurs aussi bien que SOS partisans. La propriété, c*est le fond du débat.
Celte (jnestion si importante a été traitée dans les différents Cun.irn's de Tlnternalionale, et le principe de la projtrivlf} coUcclive est sorti, comme une nécessité historique et économique, des discussions du dernier Congrès général lenu en septembre 1869 à Bùle. Avant ce Congrès, Tinter- J nationale n'avait élé que faiblement attaquée ; mais à partir T lie cotte épo(|ue, ce fut un déchaînement d'attaques tel que | l'histoire ne présente pas d'exemple d'une association qui I ait souhn'é contre elle tant de haines.
Pour nous, tant que ces attaques viennent de la bourgeoisie, ollos sont parfaitement compréhensibles; l'Internationale ayant attaqué la base même de la puissance bour- ;;eoi:M»,il était naturel que tout ce qui participeà cette puissance se révoltât, avec passion, contre l'audacieuse négatrice (les privil(3ges de la bourgeoisie. Mais l'ignorance, l'assorvissement économique du peuple créent aussi à l'Inlernalionale, dans le sein môme du prolétariat, de nom-
reux ennemis, qu'il est de notre devoir d'éclairer et, si éssibl'^, de ramener dans le sein dé notre grande organisaon internationale.
C'est précisément le principe collectiviste qui sert de base
IX attaques dirigées contre l'Internationale, et c'est en dé-
iturant ce principe, en en faussant l'application, qu'on est
irvenu à susciter contre elle tant d'ennemis.
Le collectivisme serait, d'après les différentes catégories
adversaires: l** la destruction de la liberté individuelle;
• la réalisation d'une égalité paralysant tout effort indivi-
uel ; 3° un partage des ricbesses, et, par suite, la des-
kructioQ graduelle, sans proQt pour personne, du capital ac-
iDmu lé jusqu'à ce jour ; ou enQu, 4*^ un système social ne
Imposant sur aucune donnée scientifique, et par conséquent
nne utopie.
Répondons brièvement à ces divers reproches.
1* La liberté individuelle n'a pas de pires ennemis que beux qui aujourd'hui ont la prétention de la défendre. En présence du mouvement social qui s'accentue toujours davantage, la bourgeoisie crie bien haut contre les atteintes que le socialisme porterait à la liberté individuelle, et se ôonstitue la protectrice passionnée de la liberté. Mais comme les mots ne sont pas toujours Texpressioii des faits qu'ils sont censés représenter, il y a lieu d'examiner.
Il est un axiome admis par tout le monde, c'est que chacun doit avoir la liberté de jouir des fruits de son travail; et cet axiome est certainement pour les bourgeois la partie
62 QuiLQUBS tours
la plus essentielle de ce qu'ils appellent la liberté iod duelle : ils en usent et éo abusent tellement, que cette berté n'est plus un droit pour chaque être humain, n seulement le privilège de ceux qui, par habileté^ n fraude, ou hasard de la naissance, parviennent à mono liâer toutes les jouissances humaines. En effet, en ob vaut ce qui se passe dans la société, nous constatons < bien loin de respecter le droit qu'a chaque individu de < poser des fruits de son travail, la bourgeoisie tend à acca rer, pour son propre profit, la plus grande somme posai des produits du travail du peuple ; ce qu'elle appelle la borlé individuelle, ce n'est donc pour elle que la libl absolue d'exploiter, sans pitié ni merci, le peuple I vailleur.
Eq regard de cette liberté toute bourgeoise, nous p vons déduire du principe collectiviste la vraie liberté d chaque iHre humain aura la pleine jouissance. Ce qui o stituo la hase de la liherlé individuelle, c'est la garai de l'existence, qui a sa source dans le travail ; pour ( celui-ci soit libre, il faut que Tinstrument de travail i garanti à chaque travailleur ; or, c'est là princîpalem la mission de la propriété collective, tandis que lapropr. individuelle n'aboutit qu'à la concentration des inst ments de travail dans un petit nombre de mains, dont déshérités sont dés lors complètement tributaires.
2*^ Le reproche que le collectivisme n'est que la réal; tion d'une égalité paralysant tout effort individuel n'est plus fondé que celui d'après lequel il serait la destruct de la liberté individuelle. Dans ce reproche, comme dan:
LB COLLECnYISMB 63
oédentyil y a, de la part des bourgeois, une affreuse consion de mois. Ce qu'ils appellent « effort individuel » l'est que la puissance qu*ont quelques individualités priilégiées de faire valoir toutes leurs aptitudes, leurs capailés personnelles, mais surtout d'exploiter savamment du. grand nombre.
Le but du colleetivisme est de mettre fin à tous ces priiilèges, en donnant à chacun, par une éducation rationlelle d'abord, puis en mettant à sa disposition tous les é)éneots nécessaires, la possibilité de faire valoir toutes ses ^iHudes, toutes ses capacités. Cette égalité du point de làpart, puis des conditions, permettra à toutes les forces iadÎTidaelles de se faire valoir ; il est vrai que l'émulation ■ni en résultera ne produira plus de ces monstres d'ambition ^aiy arrivés au sommet, dévorent toutes les autres indivi- ^alités; au contraire, cbaque individualité étant limitée iwr le développement donné à tous les individus^ lemulatîon ne sera plus un jeu sanglant où périssent les plus faibles, mais un jeu salutaire où chacun produit ce dont il est capable, sans nuire à autrui.
3' L'accusation portée contre Tlnlemationale de tendre à un partage des richesses est certes la plus absurde. Elle prouve tout d'abord la bêtise absolue de la bourgeoisie : comment ne s'aperçoit-elle pas qu'accuser une société de vouloir joar/a^^r, parce qu'elle proclame le principe de la propriété collective, c'est porter une accusation contradictoire? En effet, si ^Internationale voulait réaliser un partage, il est évident quo par là elle maintiendrait le principe de la propriété individuelle en l'élargissant ; tandis que, si «lie se prononce pour la propriété collective, elle se déclare
Oi QUBLQUBS ÉCRITS
par cr r.iil r<>nneniie du partage du fonds, des instrami de (ravail.
Uans VAhnanach pour i87î^ nous avons montré «'*(uient los vraîs c partageux » ; nous n'avons pas à y re^ iiir; los mrmos vampires existent encore, et les rich< cmk's par le travail collectif continuent à grossir les des capitalistes et de leurs suppôts, tandis que le pea] soiiflre loujoiirs des mêmes misères.
Si I Internationale admet comme base de Torganii social la pntpriété collective du fonds, des instruments travail, do manière qu'ils soient garantis à cfaraque vailleiir, elle reconnaît cependant la liberté absolue qu'oi les individus, les groupes, de s'organiser commô ils l'( t(3ndr4jnl, de suite que ce sera à ceux-ci de déterminer mode de répartition des fruits du travail collectif chaque association. Ain$i,Ioin de tendre à un communisoM^ autoritaire, le collectivisme assure parfaitement aax indi-i vidus, aux groupes, le droit au produit du travail.
4^ Il nous reste à examiner le dernier reproche adressée au collectivisme, celui de n'avoir aucune base scientifîquei ; d'être une utopie. ]
Avant d'affirmer le principe de la propriété collective, l'Internationale, par l'organe de ses Congrès, a analysé les dilTérents principes par lesquels la philosophie, la jurisprudence, l'économie politique ont'cherché à justiGer la propriété individuelle. Après cette analyse rigoureuse, un seul principe restait debout, c'est que la propriété individuelle a été une nécessité sociale, puisqu'elle a été le fondement de l'ordre social jusqu'à ce jour. Mais cette nécessité sociale existe-t-elle encore ?
Pour répondre à cette question, il fallait examiner les laits économiques contemporains. Partout nous constatons une concentration de plus en plus grande, dans les mains d*aoe minorité, de tous les capitaux (l) en général. Cette poissante concentration est à elle seule une transformation le la propriété: ce i^'est plus le modeste champ qui, par né- Bessité sociale, est la propriété personnelle du petit cultivateur ; ce n*est plus l'atelier qui, par nécessité sociale, est la iropriélé personnelle du travailleur industriel. Les compaloies flnancièreâ ont transformé notre monde économique, ^1 les grandes exploitations agricoles et industrielles enlirahissent et annihilent peu à peu le petit chez-soi du paysan Leide Touvrier-patron ; nous en sommes à la réalisation de pa propriété collective en faveur de quelques-uns ; et, que îvDOUs le voulions ou non, nous marchons vers ce dilemme : ^u la propriété collective réalisée en faveur de tous, ou le monde devenu la propriété exclusive de quelques grands seigneurs financiers.
Nous ne pouvons, dans ces quelques pages, entrer dans les détails qui nous permettraient d'appuyer de faits précis cette courte analyse ; nous pensons qu'elle suffira pour faire entrevoir, à ceux qui l'ignorent, le côté scientifique du collectivisme, et nous recommandons, à ceux qui voudront se rendre compte, par des chiffrés, du mouvement qui nous entraîne vers la grande propriété, la lecture du Manifeste aux paysans annoncé sur la couverture de l'almanach dé Tan passé (2).
(1) Par le terme de « capitaux », l'auteur entend ici également la propriété ioncière, comme on le verra.
(2) Ce Manifeste, rédigé en allemand par Joh. Ph. Becker, et traduit en français par James Guillaume, avait paru en brochure à Genève, au commencement de 1870, sous ce titre : « Manifeste aux travailleurs des campagnes, publié par le Comité de propagande des sections allemandes de TAssociation internationale des tra- Tailleurs ».
■Il
■ j* AG QUELQUES ÉCRITS
(> qui «levifint plus difficile à établir, c'est la réalisa pratiipK* (lu culloctivisme. Kt, sous peine de tomber c Ips sysit'ini's pnVongus et utopiques, dans la fantaisie, r no pouvons (It)nnor des n'î^^les absolues.
L.'i n illsiifioii du principe collectiviste dépend compl mon' de i.-i in;iri!h'^ des ovonements révolutionnaires nntr" -o. irir rA appelée à subir. Si le principe de Vl n'ost juis iMn porto dans la tourmenle, nous aurons cnniniiinisiiic aiit(»ritaire ; si c'est la Commune libre Iriornnlio, ••»' sf»ra dans la commune que se réalisera d'al ridôo c.»ll«'clivist'\ <ïr, si nous étudions les aspiration la rlass'» qtio la logique dos faits appelle au gouvernai la Jlévvjliitioii Kocialo, nous pouvons en induire que le p cipo (](• la Coiiimiino libre ot de la libre féJ»''ralion desc< !iiMn?'s fiiiif'a par (^Iro le principe politique dû proléta
A{ r" ■• •vn'r. îMMi.lanl ih'r^ siècles, ou à subir Tindivic lisîpp ,!■ 'oln, nius n'aurons pas à craindre de voi Irioii.pli;- i]p Toxlrr-mo coiitrairo : le communisme aul ritiir '.
SrfO}trl fti'f.hJe.
LE CeLLBCTIVISME 67
Wion pratique de ses espérances : la légalité et la révolu-
Vtion.
$- Analysons Tun et Tautre de ces moyens.
; Que pouvons-nous entendre par les voies légales ? ;. La société humaine, dans son travail d'organisation, a produit jusqu'à ce jour, conîme forme et fondement d'organisation sociale, TËtat.
Si on analyse, d'après les données historiques, Torigine de TEtat, on trouve que c'est la force qui a présidé partout à rétablissement de ce qu'on a appelé Tordre social.
La constitution primitive des tribus, puis des Etats, tant dans l'antiquité qu'au moyen âge et dans les temps modernes, nous offre toujours le plus révoltant spectacle d'autorité et de despotisme, au profit de quelques-uns, pour anéantir la liberté et les droits du grand nombre. Les formes plus ou moins démocratiques de gouvernement qui ont été au service de cette organisation sociale n'atténuent en rien les conséquences désastreuses, pour le développement de
. rhumaoité, du principe autoritaire qui a été, jusqu'à ce
I jour, à la base de Tordre public.
, Dans TEtat, même démocratique^ c'est toujours le maître
. qui domine Tesclave.
I Dès Tinstaut qu'il y eut deux classes en présence, — Tune
'^s'attribuant, grâce au travail de la masse, toutes les jouissances possibles, Tautre subissant la misère, le despotisme et l'exploitation, sans pouvoir satisfaire aux exigences légitimes de l'existence humaine, — il était naturel que la classe dominante, qui avait en mains toute la direction dos
i)H QCBLQUIS ÉCRITS
afTdîres publiques, et dont toute l'organisât ioa de l'EI — son œuvre — garantissait sous tous les rapports les pii vi loges sociaux, se servit du pouvoir qu'elle avait acqi pour assurer conriplètement sa domination.
Tout ce travail d'organisation des pouvoirs de garantie^ des privilèges et de la domination a reçu sa consécration dans La Loi, qui, dans tout Etat, est devenue l'arche sainte à laquelle personne ne peut toucher sam commettre un crime contre la société.
La hourgeoisie, qui, en commun avec le peuple, a subi, pendant bien des siècles (outes les vexations de la noblesse J dirigeante, a pris, à partir de 1789, dans Fhistoire humaine, un rôle prépondérant, et est devenue à son tour la suprême régulatrice des intérêts des peuples.
Elle formula son dogme politique dans ce grand mensonge social : Tégalité devant la Loi, mais elle se garda bien de toucher aux bases fondamentales de l'économie publi(|uc. Elle apparaissait comme la démocratie ; mais, en réalité, en maintenant et en consacrant — tout en rélar*xissaut d'après ses propres intérêts — le principe de la propriété individuelle, elle ne faisait que prendre la place de la noblesse en se masquant des apparences de la liberté.
Ces conséquences historiques de Toeuvre de la bourgeoisie ne se sont manifestées clairement que dans ces derniers temps, où l'antagonisme entre le capital et le travail a pris le caractère d'une guerre sociale permanente jusqu'au jour de la solution.
La direction de tous les Etats civilisés est entre les mains de la bourgeoisie ; toutes leurs institutions juridiques sont son œuvre et la consécration pure et simple de ses privilèges économiques ; les services publics sont partout absolument organisés dans ses intérêts propres.
Telle est la position légale de la bourgeoisie ; dès lors que
Fpeut sigai6er, p3ur le prolétariat, taire de la iè^a!i;è ? Ce [ serait s*ÎDtroduîre peu à peu dans le ^rouveroement des
Etals et se substituer, comoie classe, à la bourg^eoisie en
se mettant en son lieu et place.
Examinons cette tactique au point de vue de la pratique . et du but à atteindre.
La première condition pratique de cette tactique serait E la constitution du prolétariat en un parti politique disùnot de tous les partis bourgeois; tout compromis avec Tua ou Tautre de ces partis serait une nouvelle duperie, à moius que ce parti^ converti définitivement au socialisni;^, no fit toutes les concessions désirables au prolétariat. Or, dans tous les Etats, nous constatons qu*ducun parti bourgeois n'apprécie réellement Tœuvre d*aflranebis$emeut des classes ouvrières, et que, là où les partis dits aN'anoés daii^uenl s'occuper de la question sociale, c'est pour en faire un marchepied à leur ambition politique.
Sont-ce les sociétés et les fédérations de métier qui seront la base d'organisation du nouveau parti politique ouvrier, ou'bien Taction de ces sociétés reslera-t-elle indépendante de l'action politique des travailleurs ? Sans di>ute que les circonstances seules détermineront positivement dans quelle mesure Torganisation et Faction politiques du prolétariat pourraient être combinées avec son or<;!:anisatiou et son action économiques ; mais, comme Torganisation fédérative des métiers se montre chaque jour davantage comme le mode le plus positif d'organisation, parce qu'il est l'organisation môme des intérêts, il est permis de supposer que ce serait là aussi, dans riiypothèse dont nous nous occupons, le fondement de raction politique.
70* QUELQUBS âCUTS
C est la logique des faits qui commande. Nous supposo» donc que la réforme de la législation au profit des ouvrien serait devenue le but. Les fédérations, au Heu de transfor mer les faits économiques eux-mêmes, s'en iraient en coa séquence demander à la Loi toutes les garanties possible contre Texploilation des patrons, et finalement la suppr sioii du patronat.
Nous laissons de cùté toutes les difficultés qui s'opposeatl dans l'urdre de choses actuel à l'organisation et à TactioitH des classes ouvrières en tant que parti politique distinct | des autres partis : difficultés qui ont pour fondement Tasservisscmont économique du travail au capital et toutes les cons('queuces morales qui en découlent, et qui ne disparaîtront que par la suppression de leur cause.
Nous admettons donc, pour simplifier notre raisonne'- ; ment, que raction politique et légale du prolétariat dam TEtat serait possible, et nous allons en examiner les oonséqucKcos.
Toute tentative réformatrice suppose, d*une part, Paccomplissemcnl de réformes transitoires, et, d'autre part, la ïéforme complète, radicale.
Par réformes transitoires, nous pouvons entendre : élévation dos salaires, abaissement du prix des objets de consommalion, réduction des heures de travail, garanties contre rexï)loitation des femmes et des enfants, réforme de l'impôt, aniolioration de Tinstruction publique, simplification de toute la législation juridique, limitation ou suppression des dépenses improductives, soit cultes, militaire, etc., réduction de la magistrature et perfectionnement des sçrviees publics utiles. Nous ne pouvons analyser dans ce
LE COLLBCTIYISMB "71
[court travail la valeur réelle de chacune de ces réformes; nous nous bornerons à l'une de celles qui touchent directement à l'existence du travailleur salarié.
Une loi qui aurait pour but de Oxer la durée légale de la Journée de travail n'aurait aucune valeur positive, -si le nombre d'heures de travail déttrminé par la loi n'était déjà entré dans la pratique. Il faut, pour que la loi ne reàte pas illusoire, que l'état de l'industrie, les besoins de la conflommation, la volonté des ouvriers et le consentement • volontaire ou forcé des patrons aient déjà déterminé le nombre des heures de travail. S'il en était autrement, l'Elat, pour obliger les ouvriers à ne travailler que tant d'heures et les chefs industriels à ne pas faire travailler davantage, devrait créer tout un nouvel ordre de fonctionnaires chargés de faire exécuter la loi, et mettre à leur disposition la force armée ; ce serait une bataille sociale continue, une tyrannie épouvantable, le bouleversement des conditions normales du travail. Si, par contre, la réduction des heures de travail est déjà réalisée par l'action des sociétés ouvrières, si elle est déjà entrée dans les faits économiques, la loi n'a plus aucune valeur pratique comme agent de réforme, puisqu'elle ne fait que sanctionner ce qui existe déjà.
Ce simple exemple sufGt pour nous mettre en présence de la réalité : ce ne sont pas les dispositions législatives qu'il s'agît de transformer, mais les faits eux-mêmes.
Pour améliorer la position des ouvriers, il ne suffit pas de décréter l'élévation des salaires, la réduction des heures de travail, etc.^ mais il faut traduire en faits ces besoins d'amélioration, par le triomphe, dans le domaine économique, du travail sur le capital.
Toute autre tactique ne sert qu'à faire du bruit officiel autour de la question sociale, sans rien résoudre.
Abordons maintenant le côté le plus grave de la que tion : l'action politique du prolétariat dans l'Etat en d'une réforme radicale.
Pour que Touvrier soit déGpitivement affranchî de toali exploitation, de toute domination, il faut que rinstrumeofi de travail, le capital, cesse d'ôtre la propriété de quelque uns, pour être mis à la disposition des associations de pr ducteurs.
Tout l'asservissement économique des travailleurs, bl paupérisme, la misère, qui en sont le résultat, ont leun source dans ce fait : c'est que les uns, la minorité, détîen-1 nent à leur profil l'instrument de travail, le capital ; et quei les autres, la majorité, sont obligés de vendre à ceux-là'^ leur travail contre le prix qu'on veut bien leur en • olTrir.
Si nous voulons opérer une transformation radicale par '; l'Etat, il faudra donc que celui-ci devienne le propriétaire ' dos instruments de travail, et qu'il los concède ensuite aux travailleurs contre les garanties qu'il jugera utile d'établir. C'est le maintien de la propriété monopolisée, non plus entre les mains de la classe bourgeoise, mais au profit d'une fiction, d'une abstraction, d'un être imaginaire, l'Etat : seulement cette fiction se manifestera aux yeux du peuple par des représentants très réels, très vivants, les hommes d'Etat, les fonctionnaires de l'Etat, qui disposeront à leur gré du capital social. Les associations ouvrières, ne possédant pas directement ce capital, seront obligées d'en demander la concession à l'Etat par l'intermédiaire des dits fonctionnaires, de façon que ceux-ci deviendront les dispensateurs de la fortune publique. On
lecte que ces fonctionnaires seront élus par le peuple, et (ç par conséquent ils ne pourront faire que la volonté du q^Ie : mais aujourd'hui, dans les républiques suisses, les jrvèrnements sont déjà nommés par le peuple, ils sont ne faire que la volonté du peuple, et pourtant chasait qu'ils ne font que leur volonté propre, ^ilà ce que nous promet le communisme autoritaire ; ilà à quoi conduirait Taction politique du prolétariat dans
On nous reproche de confondre la forme de TEtat soiste avec celle de FEtat actuel. Mais prenons les promes des socialistes autoritaires (1) des divers pays : tout c'est le maintien de TEtat centralisé, le dévelopiment du suffrage universel centralisé, la Banque nalioile créditant les associations ouvrières, l'expropriation, voies légales et au profit de l'Etat, des chemins de fer, canaux, du sous-sol, des forêts, et finalement du sol des manufactures. L'agriculture, les différentes branches Ëe l'industrie, le commerce, enfin toute l'activité humaine, Reviendront des ministères de l'Etat, et, dans cette ma- {bhine administrative militairement organisée, dans ces armées industrielles, adieu la liberté des groupes de ïravailleurs.
Nous l'avons dit en commençant : ou la légalité, ou la Révolution.
Après avoir condamné la pratique légale, il nous reste à affirmer la pratique révolutionnaire.
Pourquoi les ouvriers constituent-ils des sociétés et des
(i) « Socialistes autorityaires » est pris comme synonyme de « socialistes étatistes ».
74 QUBLQUtS ÉCRITS ^
fédérations de métier? Pour solidariser leurs intérêts contre : ceux de leurs dominateurs et exploiteurs. Ils s'occupent, en général, fort peu de législation ; par contre, ils déterminent librement leurs conditions de travail et s'efforcent de les introduire dans la pratique ; ils opèrent ainsi insensiblement une révolulton dans les faits économiques, C*eii Té poque transitoire.
Que, par suite de l'antagonisme social, qui s'accentue infailliblement toujours davantage, entre la bourgeoisie et le prolétariat, la situation devienne telle qu'une solution radicale s'impose, la Révolution sociale est assurée.
Les Fédérations ouvrières n'ont qu'à procéder à l'expropriation des détenteurs des capitaux, par voie de liquidation.
Quelle sera, dans ses détails, l'organisation que substitueront, au système bourgeois qu^ils auront renversé, les groupes de producteurs industriels et agricoles librement fédérés entre eux ?
A cette question, si nous voulons faire de la science sociale et non de la fantaisia socialiste, nous devons répondre que l'expérience seule pourra résoudre certaines questions pratiques, et qu'en voulant présenter des solutions absolues on tomberait dans l'utopie.
Il importe, pour le moment, que nous déblayions la voie de notre émancipation de tous les systèmes qui peuvent nous faire dévier ; nous marcherons d'autant plus sûrement au su<;cès définitif.
CAUSBS DBS GR1SB8 INDUSTRIELLES ET DE LEURS CONSé-