QUJBNCBS AU POINT DE VUE DES INTÉRÊTS OUVRIERS. DBS
IfOYBNS PRATIQUES DE RBlféDIBR A LA SITUATION EGONO- MIQUB ACTUELLE.
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[pport présenté par V Union des Sections internationales du district de Courtelary au Congrès de la Fédération jurassienne de V Internationale y réuni à la Chaux-de-Fonds les 26 et 27 avril 1874 (l).
-- Il est temps que les travailleurs recherchent les causes crises industrielles qu'ils subissent (2) et qui augmen-
<1) Par décision du Congrès, ce rapport fut publié en une brochure de propagande. Le Bulletin de la Fédération jurassienne du 7 juin 1874 en annonce la mise en vente chez le secrétaire correspondant du Comité fédéral jurassien, Numa Brandt, 13, boulevard de la fcitadelle, Cbaux-de- Fonds, au prix de 10 centimes. — Ce même rapport fut aussi présenté au cinquième Congrès de la Fédération des ouvriers graveurs et gnillocheurs, réuni à la Cbaux-de-Fonds les 17, 18 et 19 mai 1874, par la Section des graveurs et guillocheurs du district de Courtelary : il a été imprimé dans le Rendu-Compte de ce Congrès (Saint-Imier, imprimerie E. Grossniklaus, 1874), pages 39-44.
(2) Dans les derniers mois de 1873, une grave crise financière et industrielle s'était déclarée aux Etats-Unis, et le contre-coup s'en 6tait bientôt fait ressentir dans le Jura suisse.
lent les difiicullés, déjà si considérables, de leur existence. Le murmure, lorsque la misère pénètre dans la famille de l'ouvrier, ne change en rien la situation ; il faut apprendre à réfléchir et à agir. En abordant cette élude et en en déduisant les conséquences pratiques qu'elle comporte, nous savons que nous nous heurterons aux préjugés de beaucoup de nos collègues (1) ; mais, précisément parce que nous avons la conviction qu'une tendance plus radicale doit être imprimée à nos associations ouvrières, nous avons le devoir de cherchera démontrer pourquoi nous n'avons plus confîance dans la conciliation avec le monde bourgeois, comme moyen d'améliorer la condition des ouvriers et d'émanciper le travail de la domination du capital.
Les crises industrielles ont leurs causes dans la situation économique et politique actuelle. Nous nous efforcerons de prouver cette afûrmalion.
Abordons en premier lieu la question économique. Le système de la production capitaliste, inauguré et développé par la bourgeoisie, a eu pour conséquence — c'est une chose aujourd'hui parfaitement établie et démontrée — de concentrer entre les mains d'une minorité, qui se réduit toujours, l'appropriation exclusive du capital social. Ce travail de concentration ne s'opère qu'ensuite d'une lutte implacable entre tous les intérêts, lutte où les plus forts, les plus puissants, dévorent les plus faibles, les petits. Ce système de libre concurrence — c'est ainsi qu'on l'appelle
(1) Cela était vrai, non des membres de la Fédération jurassienne de rinternationale, mais de ceux de la Fé^iération des ouvriers graveurs et guillocheurs, à laquelle ce rapport était aussi destiné.
DES CAUSES DBS CRISES INDÏÏSTRÏBLLES
a produit un tel déclialoement des passions égoïstes, la mbî lieuses des ho m mes ^ qu'il n'existe plus aujourd'hui aucune règle morale dans l'appropriation des richesses. « Etjriehis-toi par n'importe quels moyens », telle est la
Im orale bourgeoise.
■ Les moyens ne manquaient pa?* La hourgeoîsîe créa des B^raîeurs fictives, inventa les jeux de bourse, se lauc^ éper-
dûment dans les spéculai ions de toute sorte ; elle fonda ces t immensps compagnies fiDancièrea qui accaparent non seu-
■ lement le capital industrie], mais au^isi les voies de circu- Hjatton, et qui commencent à envahir ragriculturej qui r tloTW^nf^ttt la banque, le commerce, et même les gouverne-
menls, qm produisent fictivement la hausse ou la baisse Lpour assurer la réussite de leurs spéculations ; qui, par la Idéprécialion înatlendue du papier- monnaie el la retraite [du capital argent, sont causes de ces crises financières qui entraînent d*immenses faillilea, arrêtent le commerce et Tinduslrie, augmentent la misère du grand nombre et la I richesse de quelques habiles spéculaleurs.
Celte domination ab^iorbanle du capital sur la production
[a eu pour conséquence inévilable un manque absolu
jd' équilibre entre la production et la consommation. Les
[entrepreneurs d'industrie n'ont pas pour but de satisraîre
I |€S besoins de la consommation, mais de produire des ar-
1 tîcles de commerce qu'ils lancent sur le marché général et
[qu'ils cherchent à vendre le plus avantageusement possible,
I Ce mode de production et d'échange des produits aboutit
là exagérer la production, à déprécier les produits, à sur-
I charger le marché général de produits non utilisables et
non consommables p et, après des époques de surcroît de
travail dans certaines industries, à provoquer des arrêta
subits qui n'ont pas d'autre cause que la surabondance des
[produits qui ont inondé le marché.
Ces indications générales suffisent pour démontrer que
les causes économiques des crises industrielles sont l'appropriation exclusive, entre les mains d*une minoriil du capital social.
L'étude des causes politiques des crises industrielles cob-< duit également à une condamnation absolue de Torganii tiijn sociale actuelle.
Le système de concentration des capitaux a eu pour corollaire politique la constitution des Etats centralisés. Ce1 centralisation politique, qui se manifeste aujourd'hui Europe par la constitution de grands empires militaires, ne^^i s'est réalisée que grâce aux guerres de conquête entreprisM par ces empires. Cet état de guerre, nécessitant une organisation militaire permanente, absorbe une partie considérable des fruits de la ])roduclion, et par suite est une cause d'appauvrissement ; chaque Etat étant menacé par la puissance de TKtal voisin, tous se considèrent comme des ennemis ; de là un antagonisme politique général. Cet cnwjigonisme se manifeste lorsqu'un Etal, rompant la paix convenue avec ses voisins, entreprend une guerre quelconque. Le monde de la finance, les entrepreneurs de Tindustrie, le commerce, se sentent frappés dans leurs intérêts, la crainte de perdre arrête les affaires ; le travailleur chôme, la misère pénètre au foyer des ouvriers et des paysans. Ces conséquences sont plus ou moins accentuéeSi selon les chances de victoire ou de défaite.
Est-ce l'ouvrier qui est responsable de cette situation?
Qui donc inspire les actes de la diplomatie? Qui dirige les gouvernements ? Qui remplit les fonctions publiques? Qui occupe les grades de l'armée? Qui donne le ton à