‹ Quelques écrivains de ce tempsChapitre 10 sur 18 · C. LEGIGNE · texte numérisé non relu

C. LEGIGNE

bordes-Valmore, F Influence littéraire des femmes au dix-septième siècle^ En marge des livres. Scribe et son théâtre ^ Proscrites^ etc.. C'est intéressant et c'est fouillé. Si M. Leeigne disséquait dans un amphithéâtre il ferait merveille, car il excelle à dissocier et à présenter dans toute leur nudité les fibres intellectuelles, morales et sociales qui brillent de blancheur ou ruissellent de hontes et de turpitudes.

Son esprit connaît toutes les finesses de l'analyse, mais il sait aussi fort bien la force de la synthèse, et lorsque, d'un seul coup, du revers d'une phrase cinglante, il veut jeter bas un adversaire comme Thalamas, il lui jette à la face cette galanterie : « Votre nom brillera toujours dans l'histoire nationale comme une tache de goudron au milieu d'un tunnel aux environs de minuit... »

Il fait avec énergie le procès des écrivains modernes qui s'hypnotisent sottement devant le soleil de la Démocratie, ce fameux soleil du vingtième siècle qui a tout au plus la pâleur blafarde de la lune et tous les éclats de l'utopie... Il méprise les snobs et les illuminés qui vantent la philanthropie à l'approche des élections et la rangent au rayon de l'histoire ancienne dès qu'ils sont élus. Il a la haine avouée de tout ce qui n'est pas français, dans le cœur, sur la langue et dans les gestes. Il est positif en tout et n'accepte pas les rêves bleus dans les questions qui sont à base de réalité et d'observation. « Je ne puis lire un roman de Tolstoï, me disait-il un jour, sans un effort d'héroïque abnégation. » Il déteste l'individualisme anarchique

dans les choses de la foi, le modernisme en religion, le romantisme en littérature, l'idéologie en science sociale, et par conséquent... la démocratie en politique.

Mais M. Lecigne n'est pas seulement un esprit pur, un ciseleur de phrases et un remueur d'idées, c'est aussi et surtout un convaincu et un lutteur. Sa vie, il la consacre tout entière au relèvement de la pensée. Ecrire est pour lui une joie, une véritable ivresse, une sorte de fonction de son existence. Chez lui, tout sent le gentilhomme de race. A cette époque où tous les respects sont morts, il garde intégral le respect des traditions et de toutes les dignités de l'âme humaine. Dans la série de ses études savoureuses et puissantes où brille une merveilleuse érudition, on sent qu'il a la passion du bien, l'amour de la beauté, l'enthousiasme du dévouement et qu'il ferme son cœur aux orgueils stériles. Il fauche sa vie pour la moisson des âmes, et la fatigue du corps est sa meilleure récompense, car il peut dire le soir, après une longue veille, en levant les yeux vers les étoiles qui scintillent aux cieux: Seigneur, je n'ai pas perdu ma journée et c'est pour vous que j'ai travaillé.

Son activité est surprenante. Il est en môme temps à Lille, à Paris, à Bruxelles, à Arras, à Tournai où il prodigue ses conférences. Il est tour à tour professeur, journaliste, prédicateur, poète et critique. En dehors de sa besogne professionnelle qui est écrasante, le distingué doyen de la Faculté des lettres collabore régulièrement à la Dépêche de Lille, à la Croix illustrée de Paris, à

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