‹ Quelques écrivains de ce tempsChapitre 9 sur 18 · C. LECIGNE · texte numérisé non relu

C. LECIGNE

Mais l'espièglerie des enfants s'en va souvent sur l'aile des ans, et les hommes d'avenir sont souvent les collégiens dont le cei*veau a conservé toute sa force et le cœur toute sa sève pour les batailles quotidiennes de la vie. — Pour M. Lecigne les lendemains devaient être des merveilles et les batailles des victoires. Sur la page blanche delà conscience la mère avait écrit des choses exquises, le père avait gravé des sentiments élevés, de nobles pensées... Quand finit le printemps de la vie tout se mit à fleurir, et l'adolescent transfiguré cueillit une gerbe de mâles et solides vertus. Désormais rien ne chancela plus dans les assises de sa pensée, et le petit confectionneur de coqs en papier devint le travailleur infatigable, le « bûcheur » qui se penche avec assiduité sur les livres comme nos paysans d'Artois sur leurs sillons.

A partir de cette étape, que j'appellerais volontiers l'étape de la résurrection, M. Lecigne consacra sa santé et sa vigueur intellectuelle à un labeur acharné. Les bibliothèques n'eurent pas de visiteur plus assidu, ni les livres de plus fidèle ami. Il fut bientôt licencié es lettres, et en dixhuit mois il conquit son titre de docteur es lettres avec une thèse remarquable qu'il ébaucha en Bretagne, là-bas aux environs d'Arzano, parmi les grâces sauvages de l'Armorique.

Depuis qu'il est professeur à la Faculté libre des lettres de Lille, M. Lecigne n'a cessé d'écrire.

Il a écrit sans trêve ni défaillance. Aussi possèdet-il maintenant un bagage littéraire dont il peut être fier.

Elle est immense cette œuvre qui a été conçue dans la solitude, stoïquement, loin des faveurs et des honneurs ! Elle compte de gros volumes comme Brizeux, sa vie et ses œuvres, Arthur Guillemin, et des cadets comme Du Diteitantisme à r action, Un Prêtre d'autrefois, le Fléau romantique, Mademoiselle de Montpensier, Amédée Prouvost, mais elle forme aussi une large mosaïque de brochures, de monographies, de petites nouvelles de délicieuse fraîcheur où le style coule, clair et limpide comme l'eau de la Clarence, sonore et harmonieux comme un chant d'oiseau. Et je préfère mille fois à ses travaux biographiques que l'Académie française a couronnés du prix Bordin, ces petites brochures grises où la langue sourit aux mots et les mots aux idées, où chaque phrase porte une philosophie avec la délicatesse frêle et nerveuse d'une femme et où les pensées ont le parfum des roses...

Lisez Résurrection. En tournant le dernier feuillet, vous aurez l'impression de le fermer sur un bijou, tant il y a, dans le labyrinthe des phrases et des mots, de cœur, de talent, de pureté, de santé morale et intellectuelle.

Lisez aussi : George Sand, Henri de Bornier, Octave Feuillet et son théâtre, Madame de Lamartine, Léon Daudet, Madame Julie Lavergne, le Divorce elle Boman contemporain, Bu Champ de bataille au cloître, Jean Aicard, Madame Des-

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