‹ Quelques écrivains de ce tempsChapitre 12 sur 18 · JULES CLARETIE · texte numérisé non relu

JULES CLARETIE

C'est un vétéran des lettres parmi nos contemporains ; mais c'est un vétéran qui a conservé une grande activité physique et intellectuelle, et qui augmente chaque jour son bagage littéraire, déjà énorme.

Nulle carrière ne fut, plus que la sienne, rapide et brillante ; nulle ne fut plus intimement mêlée à notre vie politique, à nos distractions comme à notre vie artistique.

Jules Glaretie est né à Limoges en 1840 d'une ancienne famille limousine. — Il quitta bientôt sa ville natale pour aller à Paris faire ses études au collège Chaptal puis au lycée Gondorcet. De son origine provinciale il n'a gardé que le souvenir de son grand-père, vieux gentilhomme voltairien chez qui il passait ses vacances. Tout le reste s'est effacé devant la vie intense de Paris, à ce point que Jules Glaretie est devenu l'écrivain le plus parisien qui soit. Sa vocation commençait déjà à se

manifester au collège où il passait ses loisirs à écrire des romans et où ses maîtres remarquèrent en lui un goût très marqué et de brillantes dispositions pour toutes les choses de la littérature.

Comme beaucoup d'écrivains, Jules Glaretie taquina les Muses. En 1860 il présenta au concours de l'Académie une pièce de 300 vers sur la Sœur de Charité au dix-neuvième siècle. Cet essai poétique ne fut pas couronné et ce fut Henri deBornier qui obtint le prix cette année-là. Ce premier échec ne découragea pas le jeune littérateur. Jules Claretie sentait en lui un talent très certain, capable d'embrasser tous les genres et d'y réussir, sinon d'y briller. Il essaya le journalisme. Il publia au Diogène un article très fin qui le fit remarquer de Jules Janin et l'encouragea dans cette voie. Sous divers pseudonymes il collabora successivement à la France^ la Patrie, la Revue française, r Artiste, etc.. — Pendant les dernières années du second Empire les grands journaux exclusivement littéraires, parce qu'ils n'avaient pas le droit d'être politiques, n'acceptaient au bas de leurs colonnes que des noms connus et célèbres. Les jeunes talents n'avaient aucune chance d'être reçus. De plus, toute la jeunesse d'alors, follement éprise de liberté, avait besoin d'organes nouveaux pour exprimer en toute indépendance ses aspirations, sa foi, ses haines. Les feuilles nouvelles surgissaient en même temps que les tendances, au fur et à mesure des besoins, et disparaissaient toutes après une durée plus ou moins brève. Sous la censure si sévère de l'Empire, il suffisait, en effet, d'un

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