‹ Quelques écrivains de ce tempsChapitre 14 sur 18 · LÉON BOCQUET · texte numérisé non relu

LÉON BOCQUET

Un excellent critique disait dernièrement : « Léon Bocquet est un des meilleurs écrivains septentrionaux. » — Gela m'a fait plaisir, je l'avoue, car Léon Bocquet est de « chez nous » par la naissance comme par les idées... Il n'est pas de ceux qui oublient leur clocher pour aller grossir, dans quelque ville cosmopolite, le flot toujours montant des déracinés. La vie l'a emporté un jour dans une carrière qui brille d'un pur éclat, mais malgré tout Léon Bocquet est toujours de « chez nous »... — On pourrait inscrire sous son nom ces vers d'Albert Samain :

Fils d'un soleil atone et d'un pays d'hiver, J'ai l'amour du changeant nuage et de la brume, Et des grands ciels d'ardoise où la houille qui fume Panache les cités nostalgiques de fer.

Hier encore, dans le monde des Lettres, on le regardait avec curiosité ; mais avec cette curio-

site toute de sympathie dans laquelle entre déjà un peu d'amour. Dans ses yeux on distinguait ce je ne sais quoi de doux et de rêveur qui séduit du premier coup. On chérissait d'instinct ce poète charmant qui n'avait pas attendu sa vingt-cinquième année pour chanter en vers ses Sensations, ce poète du terroir qui se souvenait de Marquillies, son village natal, et qui disait un jour, en écoutant les cloches de chez lui sonner le glas des morts :

Elles pleurent... De l'aube an soir je les entends Pousser vers l'inconnu des thèmes sanglotants...

Dans l'immense phalange des poètes et des écrivains contemporains Léon Bocquet apparaissait alors comme une modeste étoile... Mais l'étoile a grandi. Elle a percé bien vite les profondeurs de la nuit. Elle brille maintenant dans les revues, dans les journaux, dans les salles de conférences, au ciel des meilleurs cénacles littéraires. Sa clarté est très pure et très douce. Hier, Léon Bocquet était un débutant qui faisait antichambre chez dame Renommée; aujourd'hui il mérite qu'on inscrive son nom à la première page d'un livre qu'on pourrait intituler : les Gloires qui montent...

Les poètes réservent souvent — je devrais dire toujours — leurs plus beaux chants pour le berceau qui les a vus naître. Léon Bocquet s'est sou-

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