‹ Quelques écrivains de ce tempsChapitre 2 sur 18 · PAUL DÉROULÈDE · texte numérisé non relu

PAUL DÉROULÈDE

Il est grand par la taille, plus grand par sa fierté. Il fut grand dans l'épreuve comme dans les triomphes. Jamais il n'abdiqua pour une douleur morale.

Ambitieux de gloire et non d'argent, il adore la bataille, le pavois, les grands coups téméraires. 11 a les allures d'un chef et ressemble à quelque chevalier du treizième siècle empêtré dans la phraséologie des rhéteurs du vingtième siècle et la robe à queue de la Démocratie.

Dans l'exil, il souffrit de ces mille tortures qui déchirent les cœurs et désolent les âmes, mais il souffrit avec orgueil. Quand on lui serrait la main, là-bas, par delà Roncevaux, et qu'on lui portait quelques fleurs de France, il serrait la gerbe avec tendresse, comme s'il avait tenu un bijou venant de sa mère... Et le cœur du poète exhalait sa réponse en mettant de grosses larmes tout le long de ses joues. Pauvre Déroulède!

Et maintenant, attristé, fatigué, silencieux, incompris peut-être, il vieillit solitaire au cœur même de la France, comme un chef blessé qui rêve toujours aux espoirs de revanche, toujours prêt à claironner le beau couplet de ses vingt ans :

Je ne suis pas de ceux qui, le poing sur la hanche, Aux efforts du pays ne joindront que leur voix...

Ceux qui ne connaissent Déroulède que d'après des photographies, ceux qui ne l'ont pas vu dans l'intimité, se le représentent volontiers sous l'aspect d'un grand diable sanglé dans une redingote très longue et fort évasée dans le bas, une espèce de vieux grognard moderne qui a toujours sur les lèvres les grands mots de Pairie, Devoir, Honneur, qui clame sur les foules des couplets sanguinaires, que grisent l'odeur de la poudre et le sifflement des balles, et qui court au danger, le bras tendu, le nez au vent...

En réalité, Déroulède est le meilleur des hommes, le plus doux des poètes, le plus sûr des amis. Quand il vous accueille dans l'intimité de son home, son œil clair s'illumine de douceurs imprévues. — Il ressemble aux acteurs qui, le même jour, changent tour à tour et de masques et d'atours. Chez Paul Déroulède le don Juan des foules devient pour les amis le don Juan du cœur. Il fait songer à ces officiers de panache qui, dans les revues et défilés, sont fiers comme Artaban et

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