‹ Quelques faits et considérations pour servir à l'histoire du magnétisme animalChapitre 6 sur 13 · DEUXIÈME FAIT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME FAIT

Samnambule née et élevée pour le diagnostic et le traitement des maladies. — Plusieurs de ses consultations : elle-offre le troisième degré du somnambulisme.

Madame V...., âgée de trente-sept ans, est assez grande, maigre, sèche, et douée de cette constitution particulière où prédominent les os, les veines et les nerfs, constitution en quelque sorte érectile, dans laquelle l’exaltation et l’affaissement, l’'embonpoint et la maigreur, la rougeur êt la pâleur se succèdent, avec la rapidité de l'éclair, à la moindre action de l’atmosphère ou des hommes. Ses cheveux d'un blond foncé, ses yeux enfoncés et perçans, sa figure maigre et vieille, mais pleine de feu, et même un peu dure, lui donnent quelque chose de l'air qu’on prête aux sorcières. Dans l’état de veille habituelle, c’est une femme de bon sens et d’une intelligence ordinaire ; somnambule , c'est un être remarquable par sa puissance à sentir les maladies de ses semblables, et à trouver pour elles un traitement propre. C'est vers cette fonction uniquement que M. Chapelain a concentré toutes les facultés instinctives de madame V..., parce qu’elles lui ont semblé y être naturellement portées. IL ne fait jamais sur elle aucune autre expérience, bien convaincu de cette vérité magnétique, qu'on ne doit jamais détourner la vocation d’une somnambule, ni changer la direction qu’on lui a une fois imprimée, si l’on veut que sa lucidité soit belle et se conserve long-temps telle. Ce médecin a déterminé pour la première fois le somnambulisme chez elle pendant le cours d’une gastro-entérite chronique très-avancée, et tendant au cancer; elle a été guérie par le sommeil magnétique, dont elle dormait une heure ou deux tous les jours, et par l’usage de quelques moyens que dans sa lucidité elle se prescrivait à elle-même et qu'elle employÿait à son réveil. Elle a, malgré sa guérison, conservé la faculté d'être somnambule , et sa clairvoyance, loin de diminuer,

(29) | s'est accrue davantage.-— M. Chapelain Y'endort ordinairément en peu de temps. Pour cela, il se met ou non enrapport avec elle de la main gauche, appuie la droite quelque temps sur son front, fait ensuite avec la même main, à distance, quelques passes sur ses bras, ses avant-bras, sur le devant du tronc et les extrémités inférieures, en prononçant à haute voix ou mentalement dormez. Pour la réveiller, il conduit en sens inverse ses deux mains étendues sur les membres, le tronc ; la tête, les réunit sur le front un instant, d’ouù il les étend subitement de chaque côté, en disant d’une voix nette et claire,ou mentalement, éveillez-vous. Sa volonté sans gestes peut à distance et mentalement endormir ou éveiller madame V...; mais elle a besoin d’un temps plus long. Cette opération est aussi plus fatigante pour le magnéti- -seur et la magnétisée. En s'endormant, madame V... passe tour à tour du sommeil magnétique au somnambulisme du premier, puis du second degré, dans lequel: elle reste le plus ordinairement, état où elle n’est en rapport qu'avec M. Chapelain.. Mais quelquefois, et le plus souvent alors indépendamment de la volonté de ce médecin, madame V... entre dans le troisième degré du somnambulisme. Dans cet état, que M. Chapelain croit avoir produitet noté le premier, elle n'est plus en rapport même avec lui. Il lui parle, elle ne l’entend pas ; il la touche, et elle ne le sent pas. La concentration de la somnambule est des plus profondes; son corps est plié en deux, la tête touche pour ainsi dire les genoux; la figure est très-congestionnée, mais calme et riante; la respiration ne s'entend plus, et semble comme suspendue, le pouls existe à peine; l'action nerveuse périphérique de l’axe encéphalo-rachidien, du grand sympathique et de ses ganglions semble avoir abandonné les organes auxquels elle se distribue pour ‘se concentrer tout entière en elle-même,.et vivre à leurs dépens d’une vie propre ou intime. M. Chapelain essaie-t-il de détruire cet état, en magnétisant davantage ou en démagnétisant madame V...., non-seulement il échoue le plus souvent; mais, bien plus, tous ses efforts ne servent qu’à en augmenter l'intensité. Presque toujours alors il est forcé de quitter la chambre où est la somnambule, de s'éloigner le

(50 ) plus possible d'elle ; peu à peu elle semble se dépouiller de sa concentration, et elle revient enfin au second degré de somnambulisme ; mais ce n'est quelquefois qu'au bout d'une demi - heure ou de trois quarts d'heure. C'est en riant qu'elle sort de cet état, qui paraît lui plaire infiniment , et elle raconte sur son absence momentanée toujours la même histoire. Comme il m'a été impossible, par la nature même de son récit, d’envérifier l'exactitude, je n’en ferai pas mention, car je n'y crois pas. Mais, ainsi que je l'ai déjà dit, madame V.... demeure plus souvent au deuxième état du somnambulisme, celui pendant lequelelle donne ses consultations. En ce moment, les veines de sa figure et de tout son corps sont très-gonflées : il y a une sorte de congestion érectile de tout son être; ses paupières sont complètement fermées, son corps est immobile, et sa tête porte l'empreinte de la . méditation. M. Chapelaix établit alors entre elle et le malade, qui place une de ses mains sur ses genoux, un rapport seulement de sensibilité générale , au moyen de laquelle la somnambule peut percevoir toutes les souffrances du malade, ct les remèdes propres à leur curation, sans que pour cela elle entende sa voix. Quand ce médecin juge que la somnambule est suffisamment éclairée, si le malade le désire, il établit par une seconde action entre lui et elle un rapport complet qui ne s'opère jamais sans que cette dernière n’éprouve dans tout son être comme des secousses électriques. Une fois le rapport com= plet établi, la somnambule entend le malade, et ils peuvent converser ensemble. Il est facile de saisir les raisons qui font agir ainsi M. Chapelain. Î a remarqué qu'en déterminant de suite le rapport parfait, la plupart des malades, dans leur impatience, faisaient mille questions anticipées à la somnambule,, avant qu'elle eût le temps inême de les examiner, troublaient sa lucidité, et provoquaient de sa part des réponses incomplètes. En procédant comme je l'ai indiqué d'abord, cet inconvénient disparaît : la somnambule et le malade conservent d'ailleurs tous leurs droits et leurs avantages. Pendant la consultation , pour éviter la possibilité d'une action iwême involontaire de sa part, M. Chapelain a soin de s’isoler lui-même le plus qu’il

Los. À»

(31) peut de la somnambule ; il la laisse seule avec le malade, et va dans une autre chambre; ou s’il reste, il cause avec celui-ci de choses étrangères à son état de souffrance. Il y a quelque chose de si caractéristique dans tout l'habitude d’un être soumis au sommeil magnétique, qu'il est difficile qu’un magnétiseur habile puisse s’y laisser tromper. Dans tous les cas, rien de plus aisé que d’acquérir une certitude positive à cet égard. Il suffit, au moment où la personne magnétisée ne s’y attend pas, de diriger à distance, derrière son dos, la pointe d'un doigt sur un point quelconque du corps’ avec l'intention ferme et tacite d'y produire un mouvement convulsif. Ce mouve-

ment manque rarement d’avoir lieu. On peut même avec une volonté

plus forte le produire mentalement sans le secours du doigt. Quant à la lucidité d'une somnambule pour le diagnostic et le traitement des maladies, on la juge en la mettant à l’'épréuve quand on est médecin. Ilest facile à un malade de prendre des précautions telles qu’il puisse être sûr que ni la somnambule ni le médecin ne connaissent d'avance sa maladie, et une fois mis en rapport avec elle, il s'aperçoit bien vite par les questions qu'il lui adresse sur ses souffrances, leurs causes, leur nature, etc., par la scène qui se passe dans elle-même, si elle joue ou non un rôle, sielle ment ou dit la vérité. Je me suis convaincu de la réalité du sommeil de inadame V..... en ayant recours au moyen indiqué. Sa lucidité pour les maladies a été mise hors de doute pour moi par ses consultations elles-mêmes. J'ai déjà cité celles qu’elle a données pour moi. J’ai soumis en outre à son investigation des malades que ni M. Chapelain ni elle n'avaient jamais vus, des malades que j'observais depuis long-temps, dont je connaissais les affections internes , à la suite d’une longue étude de ces affections faite par tous les moyens de diagnostic que la médecine actuelle peut donner, des malades, dont le caractère, les qualités morales et intellectuelles m’étaient familières par suite d’une fréquentation habituelle ; j'affirme que cette femme a parfaitement saisi à la première vue leurs maladies, qu’elle leur a prescrit un traitement très-rationnel, et le

plus souvent le même que celui que je leur faisais suivre 2 elle à fait

plus, elle a senti leurs qualités morales, intellectuelles, leurs caractères, leurs penchans, leurs pensées intimes. Je l'ai vue me donner sur la présentation immédiate des cheveux d’un de mes amis, médecin résidant en province à plus de cinquante lieues de la capitale, une consultation parfaitement juste en tous points. Je l'ai vue diagnostiquer , mais plus difficilement et avec plus de lenteur, des affections d'organes dont elle n’a pas les analogues, des organes génitaux de l’homme, comme flux de semence, induration de la verge, et leur prescrire un traitement on ne peut plus convenable, En général, son diagnostic est certain; et son traitement, approprié aux circonstances morbides et variable comme elles , ne serait pas désavoué par les princes actuels de la science. — Elle se trompe rarement ; quand elle ne saisit pas en effet la maladie , elle avouc naïvement qu’elle ne voit rien, et se tait, bien différente en cela de beaucoup de somnambules , qui, ne voyant pas toujours, veulent cependant par amour-propre toujours voir, et débitent alors des fables dangereuses. Rendue à la vie ordinaire, madame V....., comme toutes les somnambules en général, ne conserve aucun souvenir de ce qu'elle a été, de ce qu'elle a dit ‘et fait pendant sa vie magnétique. IÎl n’en est pas de même de celle-ci par rapport à la première. Somnambule elle a une mémoire très-claire et plus perfectionnée de son état de veille; elle se rappelle aussi fort bien ses somnambulismes précédens.

Je pourrais citer d'elle plusieurs consultations très-remarquables 4 qu’elle a données devant moi. Je me contenterai d'en rapporter quatre.

Première consultation de madame V..... , donnée pour un vieillard , le 13 février 1831.

J'ai été le médecin habituel , et pour ainsi dire le fils de celui qui fait le sujet de cette consultation. C'était un vieillard de 83 ans, vieillard respectable, s’il en fut jamais, par l'élévation de son cœur et de

son intelligence , et doué surtout d’un esprit observateur très-remarquable, qui semblait s'être aiguisé avec les années. Comm: tous les vieillards, il se plaignait souvent de sa santé, et m'avait forcé plus d'une fois à l’examiner tout entier et avec soin. Son intelligence, sa vue, son ouïe étaient intactes. Tous ses organes étaient complètement sains ; il avait seulement une légère expectoration bronchique, plus faible encore que celle de tous les vieillards de cet âge, et qui tient , comme l’enflure de leurs pieds, à une hypertrophie du ventricule gauche du cœur, et à une gêne de la circulation générale et pulmonaire; sa seule infirmité était une faiblesse habituelle des extrémités inférieures, plus marquée en certains momens que dans d’autres, et qui, en somme, augmentait tous les jours davantage. Rien n’était donc altéré dans ses viscères ; mais de jour en jour la vie leur échappait, comme une lampe s'éteint en brûlant. L’air de la campagne pour soutenir ses forces décroissantes, quelques poudres, quelques loocks où entrait de la belladone pour calmer le catarrhe pulmonaire léger, qui prenait quelquefois un peu plus d'intensité, tels étaient les seuls médicamens que jelui conseillais. I consulta plusieurs médecins célèbres, qui ne luien dirent pas davantage. Sa raillerie s'était exercée bien souvent aux dépens de ma croyance aux phénomènes magnétiques, qu'il traitait de folie. Aussi quelle ne fut pas ma surprise quand il me proposa de lui amener une somnambule. « Pour en rire, lui dis-je ? — Oui, et pour la consulter , » me répondit-il.

Je priai M. Chapelain de conduire chez lui madame VW... Ai-je besoin de dire que ce vieillard et son état de santé leur étaient totalement inconnus à tous deux? Plongée dans le deuxième degré du somnambulisme par M. Chapelain , madame V...... fut placée près du malade, et prit une de ses mains, qu'elle tint long-temps sans rien dire , et sans faire aucun mouvement; elle l’examina avec attention et dit enfin : « J’ai la tête excellente, l'estomac et les intestins trèsbons. J’ai la poitrine un peu embarrassée, sans qu'elle soit malade pour cela. Elle contient quelques phlegmes (mucosités) qui me génent quelquefois davantage Ja respiration, mais c’est bien peu de

(3% ) À chose. » Elle garda un moment le silence. « Dame, je n'ai plus mes jambes de quinze ans, reprit-elle; elles sont très-faibles, sans étre malades, pour cela. » Elle porta ensuite ses mains sur sés joues. « Les nerfs de cette partie sont quelquefois irrités, et douloureux, ajoutat-elle. (Le malade ressentait en effet de légers accès de tic douloureux de la face). Il faut à ce monsieur l'air de la campagne, et le magnétisme d’une personne vigoureuse pour soutenir ses forces; un régime doux, mais nourrissant; un peu de vieux vin de Bordeaux, son café au lait: les ragoûts épicés, les mets excitans ne lui vont pas (c'était la vérité ). On fera avec des feuilles de belladone séchées au soleil et arrosées de quelques gouttes de laudanum, et du papier non collé, de petits cigarres, dont monsieur en fumera un le matin à jeun: il avalera même un peu de fumée ; cela calmera beaucoup sa poitrine. — Je ne vois rien autre chose. »

Je priai M. Chapelain de me mettre en rapport complet avec élle, ét l’interrogeai moi-même sur létat du consultant , en cherchant à la tromper : elle me répondit ce qu'elle avait déjà dit, et mit à rectifier mes erreurs volontaires une sorte d'impatience.

Réflexions. La précision du diagnostic dans toutes ses parties, l’àpropos du traitement, leur identité parfaite avec ceux de médecins ‘célèbres, et du médecin habituel, témoignent dans cette éonsultation de la lucidité de la soninambule. Son instinct confirme la parole de la science , il lui rend l'autorité qu'il en recoit. |

Deuxième consultation de Madame V'..... pour une affection chronique des conjonctives et de l'intestin.

M. D... L...., âgé de 35 ans, né à la Martinique, doué d’un tempérament nervoso-sanguin, et homme de plaisirs, fut, à la suite de travaux intellectuels, entrepris tout d’un coup ét poussés de suite à l'excès péndant long-temps, atteint d’une irritation chronique des voies digéstives, et d’une inflammation chroniqué vésiculeuse des.

deux conjonctives , envahissant. un peu la peau des paupières. Plusieurs médecins qu’il consulta, médecins justement renommés pour leurs connaissances des maladies de la peau , lui prescrivirent un traitement adoucissant pour son affection intestinale, et ne voyant dans l'eczéma chronique des paupières qu’une lésion purement locale de solide, lui conseillèrent l'usage de pommades plus ou moins excitantes, qui faisaient bien disparaître pour quelque temps l’affection vésiculeuse, mais ne l’empéchaient pas de se reproduire plus tard. Quand elle disparaissait ; le malade ressentait plus de malaises généraux, souffrait davantage de l'intestin ; tous phénomènes qui s’amendaient ou cessaient avec le retour de la maladie des paupières. Peu satisfait des médecins, qui ne le guérissaient pas, M. D... L.... consulta madame V....., chez M. Chapelain, le 25 février 1831. J'assistai à la consultation. Le jugement et le traitement de la somnambule diffèrent totalement de ceux des médecins célèbres que M. D... L... avait consultés avant elle, et qui ne furent alors que l'expression de l'état actuel de la science. La singularité même de l'opinion de cette femme éloigne donc toute idée d'influence étrangère préalablement communiquée. Le rapport de sensibilité générale seulement ayant été établi entre M. D... L.... et la somnambule, celle-ci se concentra pendant quelque temps et dit: « Comme j'ai lesang âcre , la maladie est toute entière dans le sang ; elle date de loin, et sera longue à guérir. » Elle se palpa ensuite la région épigastrique et le bas-ventre. « Les boyaux (intestins) sont malades, mais ce n'est pas d'une inflammation, comme les autres. Ce monsieur est très-constipé ordinairement, et aurait besoin d’être relâché (purgé), mais on ne le peut maintenant, il y a trop d’irritation encore. Il faut donner quelque chose de relâchant, et en même temps d’adoucissant ; il devra boire le fond de l’eau de Seine, qui aurait reposé pendant quelque temps, elle le calmera en le faisant aller à la garde-robe; s’il avait les intestins entamés (ulcérés : elle fit en effet avec ses doigts un geste qui indiquait ce mode de lésion), cette eau boueuse (limoneuse) lui ferait gal; mais ils ne le sont pas; ils sont seulement irrités par un sang qui est

(36) | , très-âcre , et qui y vient avec force. » Elle porta ensuite ses mains sur ses paupières et ses yeux. « Ils me cuüisent, ajouta-t-elle, il y a là un grand feu ; leur mal est dû au sang qui est malade , et qui s’y porte aussi comme au ventre; lui et les yeux ne seront guéris pour toujours que quand le sang sera guéri. Il y a aussi dans le nez de petits boutons qui démangent et tiennent aussi à la maladie du sang. Il faudrait prendre des bains d'eau avec deux onces de vinaigre et deux ou trois onces de potasse et de soufre (sulfure de potasse) dans chaque bain; on aura soin de les faire dissoudre dans de l’eau très-chaude à part, avant de les mettre dans le bain, où l’on restera une heure et demie au moins. On prendra deux fois le même bain, parce qu’un bain nouveau tous les jours irriterait. On prendra ces bains tous les soirs avant de se coucher, et on se couchera après par-dessus, pour que la sueur continue. On devrait appliquer de la rouelle de veau pendant la journée sur les paupières, et la renouveler à mesure qu'elle s'échaufferait. Le soir, en se couchant, il faudrait faire cuire une pomme dans de la cendre, la laisser refroidir, en faire avec de l'eau de guimauve un petit cataplasme, que l’on mettrait sur les yeux pendant Ja nuit. Il faut prendre des lavemens tous les jours , un jour avec de l'eau de son, et deux onces de miel de mercuriale , le lendemain avec de l'eau de son seulement. Il ne faut pas surtout travailler de tête; je vois que ce monsieur-là a beaucoup travaillé de cette manière, et son sang a de la disposition à s’échauffer par le travail. Il s'est aussi un peu trop amusé. L'exercice en plein air lui convient, mais il ne faut pas qu'il se fatigue. Quand ce monsieur aura pris de ces bains pendant quelque temps, il aura des démangeaisons à la peau, qui le porteront à se gratter ; il y viendra de petits boutons pleins d’eau ; alors il sera mieux. Si on pouvait produire des plaies à la peau sans vésicatoires , cela lui ferait du bien. 1] doit suivre un régime, mais c'est un drôle de régime ; il ne faut ni thé, ni café, ni chocolat, ni liqueurs, ni choses salées ou épicées ; il faut manger du beurre frais, de la viande blanche, du poisson; pas de lait ni de choses acides ; boire à ses repas de l’eau légèrement rougie, ne pas manger d’autres

(157 ) fruits que des pêches, des fraises et du raisin; pas de pommes, de poires, pas de prunes ni d’abricots, pas de noix ni sèches ni vertes. Il faut faire le pot au feu avec moitié bœuf, moitié veau ; manger le veau , laisser le bœuf. Ce monsieur prendra pendant un mois chaque matin un verre de jus d'herbes, qu'il fera avec parties égales de fumeterre, de pariétaire, de saponaire et de beccabunga (elle nomma les premières plantes qu'elle connaissait, elle décrivit la dernière); il faut les piler dans un mortier, passer sans presser , et faire chauffer doucement au bain-marie pendant une demi-heure. Il faudra boire aussi à jeun de la tisane de salsepareille (elle décrivit la plante), que l’on fera bouillir long-temps. » Elle se concentra davantage, et resta quelque temps sans rien dire de plus. « Que faites-vous, lui demanda M. Chapelain? — Je cherche des eaux auxquelles monsieur pourrait aller ; elles sont situées dans un pays où il fait en ce moment un ciel superbe, un temps chaud, semblable à celui du mois de mai à Paris, où il y a des montagnes, des haies de grenadiers , et où l’on se bat en ce moment, des soldats , des bourgeois et des paysans. Les femmes y sont bien vêtues. Pour y arriver, il faut passer par Lyon, par des montagnes couvertes de neige. Un peu plus loin que ces eaux, il y à un lac et une belle plaine. Ces eaux sont sulfureuses et contiennent aussi un peu de fer, Je les vois dans une espèce de trou où il faut descendre pour y arriver. L'endroit où elles se trouvent présente trois sources, deux chaudes, une froide; c’est de la plus chaude dont il faut boire et dans laquelle il faut se baigner ; du reste, la source qui convient à monsieur est un peu blanche et sent plus les œufs pourris. Quand il ira dans ce pays, il fera bien de porter une coiffure dont le dessous de la visière soit vert et large , pour que le soleil ne donne pas sur ses yeux. Il faut aller prendre ces eaux au mois de mai, et les prendre pendant un mois. Mais avant, il faut, dit-elle en s'adressant à M. D... lui-même, suivre jusqu’à cette époque le traitement que je vous ai indiqué pour vous y préparer. Îl faut vous soigner, car il vous pousserait sur le corps quantité de petits boutons pleins d’eau, qui se sécheraient, et vous rendraient comme lépreux. Vos yeux ne

guériront que plus tard ; ils ne le seront entièrement que quand votre sang sera renouvelé et purifié. Ne vous tourmentez pas, si ce que j'indique pour vos yeux ne vous produit que du soulagement. Pardieu , je pourrais en vingt-quatre heures enlever votre mal d’yeux avec une pommade ; mais il reviendrait, et d’ailleurs tout remède qui ferait disparaître rapidement votre mal d’yeux vous serait funeste. L’humeur dartreuse se porterait sur votre poitrine , et pourrait vous jouer de vilains tours. » M. D... L.... ayant désiré alors adresser lui-même quelques questions à la somnambule, M. Chapelain établit entre elle et le malade le rapport complet. « J'ai employé du lait caillé pour mes yeux. — Cela ne vous a pas réussi, et cela né vaut rien; le lait contient un acide qui tourne au vinaigre, tandis que la pomme en contient un différent. — Que dites-vous de la graine de moutarde blanche? — Elle ne vous vaut rien ; tout ce qui tend à irriter vos entrailles vous * fera du mal. Ne prenez pas de drogues, vous savez comme moi qu'elles vous font mal. Je vous engage aussi à être sage et modéré avec les femmes, » ajouta-t-elle en riant.

Le 1‘ avril 1832, M. D... L... consulta une seconde fois madame V... Peu de temps après avoir été magnétisée par M. Chapeluin,'elle fut mise enrapport avec M. D... L... M. Chapeluin lui ayant adressé la parole, elle ne l’entendait pas. Il s’aperçut qu’elle était dans le troisième degré du somnambulisme, chercha à l'en retirer ; mais inutilement. Il l’abandonna à elle-même, après lui avoir en vain pincé avec force le petit doigt, moyen qui lui avait réussi sur d'autres somnambules présentant le même état. Au bout d’une demi-heure, madame V..... passa d'elle-même dans le deuxième degré du somnambulisme. La première chose qu’elle fit, en yrentrantÿ fut de toucher le petit doigt qui avait été pincé ; elle se plaignit d’en souffrir; puis se mit à rire, et raconta son histoire accoutumée.

Elle examina ensuite M. D... L..., qu’elle reconnut bientôt. « Vous n'avez pas fait, lui dit-elle, exactement tout ce que je vous avais prescrit. Vous n’avez pas de patience, et vous changez sans cesse de traitement. Je ne veux pas que vous preniez d’autres médicamens que ceux que

J'ai ordonnés. Si vous tenez à vous appliquer un vésicatoire, que ce:

soit au bras droit, parce que c’est le côté droit du corps qui est plutôt affecté, et dont vous souffrez davantage. » Ces deux consultations

frappèrent beaucoup M. D... L...; il nous avoua que la somnambule

avait dit la vérité sur tous les points, et ne s'était jamais trompée dans ses observations, comme danssesreproches. J'ai apprisdepuis que, peu docile d’abord à cetraitement, M. D... L... avait étéafiligé del’éruption vésiculeuse, dont il avait été menacé, ce qui l'avait enfin décidé à le suivre,

Réflexions. Dans cette observation , la lucidité de la somnambule est éclatante et indubitable pour lordre de faits sensibles au malade. Ainsi, elle a tour à tour conscience de l'affection chronique des intestins, dela constipation habituelle, de la lésion des yeux, del’influence funeste de certains médicamens sur le malade, de ses excès de travaux iutclléctuels, de ses excès en tous genres, comme causes principales du mal; de l’inconstance, de l’impatience du malade. Dans la seconde consultation, elle voit même qu’il n'a pas fait exactement le traitement qu'elle lui a prescrit dans la première. Elle prévoit, s’il n’est pas suivi, une éruption vésiculeuse sur toute la peau, et cette éruption se développe effectivement. Il n’y a donc pas la plus petite objection à élever contre sa lucidité dans tous ces cas. Il n’en est pas de même de sa vue à distance des eaux sulfuro-ferrugineuse; bien qu'entourées de détails, et de circonstances qui peuvent y faire croire, elle n’est pas néanmoins assez précise et assez nelte pour être reçue comme un fait.

La pensée dominante de cette femme sur la maladie de M. D... L... est toute à elle, et diffère complètement de celle des médecins consultés. L’affection vésiculeuse des paupières, lirritation chronique des intestins , considéréés par.eux comme affections locales, idiopa-

thiques , et traitées comme telles, ne sont pour elle que des symptô=

mes apparens d’une altération cachée du sang, profonde et ancienne,, qui ne disparaîtrent pour toujours qu'après sa curation, radicale. C'est aussi au sang que s'adresse spécialement sa thérapeutique, toute

humorale, et vraiment digne de fixer l'attention. L'exercice en plein air, plus de travail intellectuel; pour tisanes dépuratives, la salsepareille, les jus d'herbes ; des bains sulfureux pour agir à l'extérieur, et, par suite de l'absorption, à l’intérieur; un régime particulier, adoucissant, quoique nourrissant ; plus tard, un voyage éloigné, des eaux sulfuro-ferrugineuses prises à l’intérieur et à l'extérieur : voilà pour agir sur le sang, soit directement, soit indirectement par le système nerveux. De l’eau de Seine limoneuse, des lavemens tour à tour émolliens ou légèrement laxatifs, pour combattre la constipation symptomatique, des topiques émolliens pour rendre moins douloureuse l'affection consécutive des paupières, qu’elle craint de faire rentrer; voilà Ja médication secondaire.

J'avoue, pour ma part, que je partage entièrementson opinion dans ce cas. Après deux années d'étude des maladies dela peau sousM. Biett, je suis arrivé, en effet, à croire que beaucoup d’affections cutanées, et mêmela plupart, ne sont autre chose que des effets symptomatiques d’altérations primitives, séparées ou simultanées, du sang et du système nerveux. Je pense qu’on doit avoir pour but, alors principal, de traiter l'affection de l’un ou de l'autre de ces deux systèmes, ou de tous deux à la fois, en ne négligeant pas toutefois le traitement cutané ou local, qui, bien que local, peut d’ailleurs, on le sait, par l'absorption exercer une influence générale. Mais je pense que, dans ces cas, letraitement local seul ne doit jamais suflire,qu’il peut même être dangereux en dérivant sur un viscère important un effet plus innocent à la peau. Je pense aussi que l'on doit repousser également tout remède interne, qui, agissant comme un topique à l'extérieur, ferait disparaître l’affection cutanée, sans que l’altération fondamenlale du sang ou du système nerveux eût été préalablement modifiée. Car alors le moindre des inconvéniens de ce remède est de ne point empêcher la reproduction postérieure du mal, qu’il semblait d'abord avoir admirablement anéanti. Je soumets cette opinion à la critique éclairée de ceux qui se sont occupés des maladies de la peau , et surtout à celle du médecin célèbre dont j'ai été l’élève, et qui, plus que tout autre, est juge en pareille matière.

TS

(fm)

Troisième consultation de madame VW... pour un cas d’éléphantiasis des Grecs.

M. L...., âgé de trente et quelques années, d’une forte constitution bilioso-sanguine, né en France, fut, à la suite d’un séjour de plusieurs. années à la Martinique, atteint d’un éléphantiasis des Grecs très-grave , qui.a envahi toute la peau et dans beaucoup de points le tissu cellulaire sous-cutané. Il a reçu les soins les plus éclairés de M. Bielt, à qui la science doit tant pour la description et le traitement de cette maladie si extraordinaite , dont malgré ses belles recherches la nature intime et le remède spécifique sont encore inconnus. M. L:.., m'ayant entendu parler de la lucidité de madame V....., désira voir cette somnambule. La consultation eut lieu en ma présence chez M. Chapelain ; le 14 mai 1851. En la rapportant ici, je suis loin de la

‘donner comme un exemple d’une lucidité démontrée par le fait, avan-

tage que présentent à un degré irrécusable les deux premières déjà citées , et la dernière que je citerai. Mais comme elle contient la pensée d’une excellente. somnambule sur la nature et le traitement de l'éléphantiasis des Grecs, et qu'elle est environnée d’ailleurs de-circonstances intéressantes, matières à réflexions nombreuses, j'ai cru devoir la rapporter. L'époque n'est pas loin peut-être où nous autres médecins nous demanderons à l'intuition instinctive des bons somnambules la solution de heaucoup de problèmes sur la nature et le traitement de certaines maladies, problèmes que notre intelligence a sçu poser, mais n’a pu résoudre.

Mise en rapport de sensibilité générale seulement avec M. L....., la somnambule éprouva des pandiculations. « Je ne suis pas à mon aise, dit-elle ; je suis lasse; j'ai les bras et les jambes: cassés; j'ai malà la tête ; » (tous symptômes ressentis et confessés par le malade). Elle se palpa ensuite et à plusieurs reprises le bas ventre, et surtout la région du foie. «Le foyer de la maladie.est là, reprit-elle ; il y a là une espèce de bile, qui est bien différente de la bile ordinaire; elle n’est

pas jaune, comme dans l’état nalurel ; elle est plus rougeâtre..….. C'est

bien drôle, le sang de ce monsieur n’est pas non plus comme le nôtre ;

il est plus foncé et plus jaune ; qu'il circule mal, et est âcre! C’est singulier, je lui vois prendre la couleur de la marguerite violette des jardins. Quand quelqu'un a la jaunisse, la peau est jaune et le sang

‘aussi; eh bien, chez ce monsieur, le sang est d’un jaune rougeâtre

violet » (violacé). Elle se concentra quelque temps: « Cependant, ajouta-t-elle , la maladie est d’abord dans la bile, le sang n'est ma-

lade qu’à la suite. La maladie de la peau est l'effet de la maladie de

la bile. » Puis, s'adressant à M. Chapelain: « Il faut, dit-elle, chez cette personne attaquer avant tout la bile; comme chez M. D... L.... il fallait d'abord atiaquer le sang. On ne guérira jamais ce monsieur, qu'en s'adressant principalement à la bile, chez lui... Tenez, Monsieur, si vous avez une dartre, cela vient du sang. Quand vous aurez affaire à des tachés jaunes comme j'en ai sur la main (montrant des éphélides hépatiques), cela vient de la bile. » Elle se tut, et se concentra profondément. « Je vois, reprit-elle, une plante dont la racine est comme celle de la carotte jaune, maïs se divise, de plus, en plusieurs racines plus petites et semblables (radicules pivotantes) ; sa feuille ressemble à celle du panais ; elle est plus longue cependant. Je la vois dans un pays qui n’est pas très-chaud, où il y a une espèce d'hiver sans gelée , un temps frais. Ce pays, très-grand, est entouré d’eau. J’y vois des nègres, mais plus de blancs que de nègres. Je ne trouve pas de fleurs à cette plante. Elle croît dans le sable, et est aussi commune en ce pays que la fougère en France; les bestiaux, les chevaux en mangent la feuille quand ils viennent de mettre bas leurs petits. Ils vont la chercher, comme les chiens le chiendent. Cette plante est sans odeur. Les nègres de ce pays ont la peau toute marquée (tatouée) ; ils sont plus gros que grands. Les blancs y sont de toutes sortes. Les villes sont bâties en bois ; les maïsons sont belles, vastes, avec de petites lucarnes pour fenêtres; dans les bois de ce pays il y a de grands singes (orangs-outans). Si l'on. pouvait avoir cette plante fraîche ; il faudrait en râper la racine , et la manger cuite dans

(4) * Q 0 ° Q Q l'eau, sans sel ni poivre. En s’en nourrissant ainsi pendant quelques mois, ce monsieur serait complètement guéri. »

Nous cherchâmes en vain, M. Chapelain et moi, à appliquer à cette description le nom d’une plante. « Il faudrait, dit ce médecin à madame V......, indiquer d’autres moyens, puisque nous ne pouvons arriver à la connaissance de cette plante. — Ce sera alors bien plus long, reprit-elle ; il faudra se mettre à la limonade cuite, dans laquelle on laissera un peu du zeste des citrons que l’on emploiera; s'appliquer quinze sangsues au fondement toutes les trois semaines ; se purger tous les deux mois, avec dix ou douze grains chaque fois de la poudre de jalap , non pas la poudre ordinaire, mais celle qui est la plus forte (résine), et boire ce jour-là beaucoup de bouillon aux herbes ; il faudra prendre tous les jours des bains d’eau simple tiède, d'une heure et demie; jamais de bains qui portent à la peau, ils feraient du mal; pas de frictions ni d’onctions à la peau; il se forme quelquefois sur elle des ampoules, qui se crèvent ; il ne faut rien mettre dessus. 11 faut manger beaucoup d’asperges , de carottes ; quitter tout à fait le gras , le beurre, l'huile; se nourrir plutôt de légumes que de viandes. On peut manger de tous les ‘fruits, excepté les abricots; de tous les poissons, exceptée l’anguille. De l’eau rougie pour boisson. Il faut faire de l’exercice en plein air, mais ni au soleil ni au froid. Il faut se couvrir peu la tête, éviter le feu. Le magnétisme à grands courans faciliterait la circulation du sang, qui est très-gênée. Un arbre magnétisé, comme le frêne, l’orme, le lilas, ferait aussi beaucoup de bien. Le séjour à la campagne dans un endroit élevé et libre à tous les airs serait très-avantageux. »

Jaloux d’être utile à la science en général, et à un compatriote malade en particulier , je tâchai d'arriver à la connaissance de la plante vue par la somnambule. M. Gaymard, médecin et naturaliste distingué, à qui je communiquai tous les détails donnés par elle, eut la complaisance de faire plusieurs recherches; elles le conduisirent à penser que la description de la somnambule appartenait, plus qu'à

tout autre végétal, à l’ammi visnague, daucus visnaga (Linneus ). ammi visnaga ( Lamark), herbe aux cure-dents.

« Cette plante croît, dit-il dans la note qu'il me remit à ce sujét , en Barbarie, et sans doute aussi au-delà de l'Atlas , dans les îles de la Grèce , en Espagne et inême en France. On vend en Turquie ses ombelles desséchées pour cure-dents. Linnœus l'avait rapportée au genre carotte; mais elle en diffère par ses semences. Ses fleurs sont. extrêmement petites et à peine visibles. Cette plante passe pour apéritive et diurétique. Chose remarquable, c'est que , dans une thèse peu connue, et soutenue à Montpellier de 1810 à 1812, le docteur Mergot en préconise beaucoup l'emploi dans l'éléphantiasisdes Grecs. La contrée que j'ai désignée d'abord est la seule , en effet , où il y ait à la fois des hommes noirs, des blancs de toutes sortes de pays, des chevaux, des grands singes ; etc. »

Réflexions. Au début de la consultation, la somnambuüle manifeste et dit éprouver plusieurs phénomènes morbides , dont le malade avoue l'existence habituelle chez lui. Sa perception est doc irréprochable jusqu'ici. Puis, sans être détournée aux désordres si graves de la peau, elle voit de suite que le point de départ de la maladie est tout entier dans une altération de la bile,que celle du sang, pérçeue par elle seule, n’est que consécutive, et que l'affection cutanée elle-même est un effet. Aucune preuve.ne confirme encore la vérité de son assertiôn, mais aucune ne linfirme non plus. Sa lucidité sur ee point-est done douteuse : elle mérite cependant quelque attention. par sa logique même. C'est la bile qu’elle sent avant tout malade ;, c'estla bile- qu’elle sent avant tout devoir être modifiée. Dans cette intention, elle conseille toutes les trois semaines des saignées locales à l'anus, saignées qui agissent beaucoup , comme on le sait, sur le système hépatique; tous les deux mois, un purgatif; pour boiïsson-tisane, la limonade cuite; pour médicamens-alimens, la carotte, l’asperge, deux substances qui exercent , la première surtout, sur la sécrétion biliaire , une influence très-réellé, bien connue des anciens, à peu près inconnue aux mo-

dernes , si elle n’est pas niée par eux; elle proscrit le gras, le beurre j l'huile : mais tous ces modificateurs biliaires lui paraissent de’ beaucoup inférieurs à l'usage, commealiment , d’une plante qu’elle voit et décrit d’abord , et assure être un spécifique contre l’éléphantiasis des Grecs. Pour moi, qui ai acquis par une longue expérieuce toutes les preuves morales, intellectuelles et physiques, de la bonne foi et dela lucidité habituelles de cette somnambule , j'avoue que je suis porté à croire à la sincérité et à la vérité de sa perception sur ce point. Mais le doute est légitime, je dis plus, est un devoir pour d’autres: jeconçois méme que l’on puisse traiter cette vue de vision. Néanmoins je ferai observer que les caractères botaniques assignés par la somnambule à la plante, sont assez précis pour qu'un naturaliste distingué ait trouvé qu'ils se rapportent parfaitément à l’'ammi visnague. J'appellerai aussi l'attention sur ce fait, qui ne laisse pas que d’en être digne, que la même plante a été préconisée par un médecin de Montpellier, justement dans l’éléphantiasis des Grecs. Alors onm’accordera bien, je pense, qu'il serait bon peut-être de tenter l'expérience de cette plante contre une si terrible maladie, si surtout l’on a eu, comme moi, le triste avantage de se convaincre de l'impuissance et de la pauvreté de la science à cet égard.

Lé resté du traitément dela sonambule mérite aussi d’être remarqué, quelque opinion qu’on adopte sur son diagnostic. Elle sent que lâ circulation était très-génée ( elle l'était en effet, car la peau était gravement compromise); elle Conseillé pour y remédier le magnétisme à grands courans. Ce moyen est le plus puissant, que je sache, pour faciliter les circulations sanguine et nerveuse, et rétablir leur harmonie dans tous lés organes. Le magnétisme d’ün arbre magnétisé, la vie à la campagne, dont les nombreux végétaux nous magnétisent à notre iscu, le séjour dans un éndroit très-aéré et élevé, l'exercice en plein air, ni au soleil, ni au froid , et la tête peu couverte, tous ces moyens qu’elle prescrit concourent encore à remplir la même indication, activer la circulation, modifier le sang.

Êllé ne véut d’autre action sur la peau que célle des bains d’eau

-tiède simple, qui assouplissent cet organe sans l’irriter : elle proscrit toute onction quelle qu’elle soit, car l'affection cutanée n’est pour elle qu'un symptôme.

Je le répète, sans croire aveuglément, parce que cette somnambule, quelque bonne qu'elle soit , l'a dit, que l’éléphantiasis des Grecs consiste spécialement en une altération de la sécrétion biliaire, je pense toutefois que cette-opinion instinctive mérite un examen scientifique. Nous pouvons bien laisser tomber sur elle quelque peu de notre attention , que nous dépensons malgré nous, largement et sans profit, à des niaiïseries journalières que l’on émet gravement devant nous. Notre fierté médicale ne peut guère en pareil cas se permettre le dédain , car nous sommes bien pauvres encore sur l’éléphantiasis des Grecs, et la modestie sied bien à qui ne sait que peu ou ne possède que peu. |

Quatrième consultation pour un cas de ver solitaire, par Madame FF...

M. P.... , jeune homme brun et bilieux, portait depuis plusieurs années dans son tube digestif un tænia ; il en avait rendu à différentes reprises de larges rubans à la suite de l'usage de l'huile de ricin et de potions faites d’éther sulfurique et de fougère mâle; mais il n'avait pu se débarrasser entièrement de cet hôte fâcheux. Il fut conduit à consulter M° V..... par l’avis d’une dame de ses amies , qui elle-même avait été examinée par cette somnambule, et se trouvait fort bien de son traitement. J’assistai à cette consultation, qui eut lieu chez M. Chapelain, le 24 février 1831. M° V..... voyait pour la première fois M. P...., et ignorait complètement qu'il fût affecté du tænila.

Après avoir été en rapport avec le malade pendant quelques minutes, la somnambule s’écria : « J'étouffe, j'ai mal à la tête; mais ce n'est pas pourtant précisément du mal que j'y éprouve; Je la sens toute drôle, toute vague. » Son corps s’agita ensuite de mouvemens semblables à ceux que produit la peur. « Cela monte , reprit-elle.

Qu'est-ce que j'ai donc à la tête; c'est étonnant. » Elle continua les mêmes mouvemens, puis elle s’écria : « Oh! la vilaine bête! » Elle se livra alors à des mouvemens d'horreur, à des soubresauts convulsifs, à des contorsions bizarres, et s’éloigna rapidement de M. P.... La terreur était peinte dans tous ses traits et dans tous ses gestes. M. Chapelain la magnétisa pour détruire cette impression pénible, et la calma sans peine : « Qu’avez-vous, lui demanda-t-il ? — J'ai dans le ventre une bête longue, plate, réunie (articulée) par bouts, large à une de sés pointes, et étroite à l’autre; elle est blanche et un peu jaune. J'ai plutôt peur de cette bête-là qu’elle ne me fait mal. Il faut la tuer d’un seul coup par le magnétisme, sans quoi ce monsieur deviendrait fou. On peut la tuer aussi sûrement en buvant d’une tisane faite avec la racine et la fleur d’une plante que je vois, maïs qui ne vient pas dans ce pays- ci. C’est une espèce de rosier, dont les fleurs sont blanches, mais très-petites, et ressemblent pour la forme et la grandeur à celles de l’immortelle. Cette plante est au-delà des mers; les gens du pays l'emploient contre le ver solitaire. Quoique l'endroit où elle pousse soit très-humide, il n’y a pas de vers à trois-lieues à la ronde. — Voyez-vous quelque autre remède? Elle chercha pendant quelqué temps. — Une tisane faite avec l'écorce de la racine, et la racine fraîche du grenadier serait bonne, maïs ce remède ne vaut pas l’autre.» Je priai M. Chapelain de permettre que M. P.... replaçât une de ses mains sur les genoux de M° V.....; il y consentit. Les mêmes mouvemens convulsifs, les mêmes cris, la même terreur se réveillèrent de suite chez elle , et avec la même intensité que la première fois. M. Chapelain les fit disparaître de nouveau en magnétisant M° V.....

Réflexions. L’exactitude du diagnostic de la somnambule est démontrée par les portions de tænia rendues avant et depuis la consultation. Le traitement indiqué par elle en dernier lieu est celui que la science médicale considère en ce moment comme le plus actif, sinon comme le spécifique. —Le magnétisme local concentré sur l'abdomen, conseillé par elle; et avant tout, pourrait-il, en général, tuer le tænia?

— Je ne sais : car le magnétisme est une puissance, qui varie suivant la vertu propre de chaque individu. Mais chez un somnambule soumis à un magnétiseur habile , je pense qu’un ver solitaire pourrait être ainsi détruit. Quelle est la plante spécifique vue parelle ? Sa description n’est pas assez détaillée pour mettre sur la voie. J'ai néanmoins fait quelques recherches à ce sujet. M. le docteur Brayer a rapporté de l'Arabie une plante nouvelle, employée dans ce pays contre le tænia, et qu'il a vue réussir dans un cas de ce genre, qui avait résisté à tous les autres médicamens anthelminthiques. M. Kuntz en a donné une description dans son Synopsis plantarum : il l'a nommée du nom de M. Brayer, brayera, et, à cause de ses propriétés, anthelminthica : elle appartient, sel5n lui, à la famille des rosiers ( rosacées) et se rapproche du genre aigremoine, dont elle diffère cependant ; ses fleurs sont trés-petites et blanches. (Voyez : Notice sur une plante nouvelle de la famille des rosacées, par M. Brayer, qui a paru en 1822.) Je ne prétends pas dire que la plante, décrite incomplètement par la somnambule, soit effectivement celle rapportée par M. Brayer, décrite et classée par M. Kuntz; mais comme il ya de l’analogie dans les deux descriptions, j'ai eru devoir faire ce rapprochement,

M. P.... fut magnétisé une fois seulement par M. Chamb..…., homme doué d’une vertu magnétique bien extraordinaire. Il ressentit de cette action un soulagement remarquable et inconnu jusqu'alors. Son hôte fâcheux le laissa assez long -temps tranquille. Il se crut guéri un instant ; mais les symptômes habituellement éprouvés se reproduisirent : il eut recours à l'écorce fraîche de la racine du grenadier cultivé, quiexpulsa d’abord plusieurs lambeaux du tænia, mais finit par ne plus agir. Il fit usage alors du remède secret de M. Darbon, qui, m’a-t-il assuré, l’a entièrement débarrassé de ses cruelles souffrances. |

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