‹ Quelques faits et considérations pour servir à l'histoire du magnétisme animalChapitre 7 sur 13 · TROISIÈME FAIT · texte numérisé non relu

TROISIÈME FAIT

Jeune somnambule se traitant et se guérissant elle-même : ses vues à dis-

tance; ses prévisions ; sa facilité à prendre les symptômes des maludies des autres, à les diagnostiquer, les traiter. On produit sur elle la transmutation des liquides ; on abolit la sensibilité , etc.

Mademoiselle Clarice Lef.. , qui fait le sujet de cette observation, est d’Arcis-sur-Aube, âgée de vingt-quatre ans, brune, bien portante, et d’un tempérament bilioso-nervoso-sanguin. Gette jeune personne , que l’on croyait sourde de naissance, avait été infructueusement trai-

-tée par les médecins les plus recommandables de la capitale, et-spécialement par M. tard, dont la réputation pour les maladies de l’oreille est si connue et si bien méritée. Ses parens, qui; par leur fortune et leurs qualités , tiennent un rang distingué dans le monde, désespérés de limpuissance des médecins, la menèrent chez une de ces prétendues somnambules, qui, sans être dirigées par aucun médecin, donnent elles-mêmes à tort et à travers des consultations fabuleuses, Cette femme assura à la jeune Clarice qu’elle ne ressentirait rien de l'action magnétique, et que surtout elle n’entrerait jamais en somnambulisme. Néanmoins elle viat avec son père consulter M. Chape- {ain le 30 janvier 1831. M. Chapelain lui annonça, au contraire, qu’elle serait probablement somnambule. En effet, dès la première séance, il la mit en somnambulisme; et dès la deuxième séance, elle montra une grande lucidité. A la troisième séance, elle entendit parfaitement dans son sommeil magnétique, lors même qu'on lui parlait à voix trèsbasse. Sa surdité, égale pour les deux oreilles, était très-prononcée dans l’état de veille; elle ne pouvait participer aux conversations ordinaires ; il fallait élever de beaucoup la voix pour se faire entendre d'elle. Dans la séance suivante, elle déclara voir parfaitement bien son oreille interne ; elle en donna en effet une description anatomique très-exacte, et affirma qu’elle n’était point sourde de naissance, comme

(50) on le croyait, maïs que sa surdité provenait de l’ébranlement communiqué à son oreille interne par des coups de pistolet et de fusil tirés en signe de réjouissance auprès de la femme qui la portait à l'église le jour de son baptême. Elle assura que l’action magnétique produirait spécialement sa guérison, qu’elle guérirait au mois d’octobre suivant , si elle était magnétisée par M. Chapelain jusqu'à cette époque; mais qu'elle prévoyait que l'ennui qu'elle ressentait de l'éloignement de sa mère la ferait partir avant ce temps; qu'elle n’en guérirait pas moins cependant, mais plus tard. Les jours suivans , elle continua à être mise en somnambulisme par M. Chapelain, et chez lui, Elle dormait habituellement presque toujours aux mêmes heures, c'est-à-dire de deux à quatre heures du soir. Endormie , elle fixait elle-même la durée de son sommeil, précisait le moment de son ré- veil, qui avait lieu toujours à la minute indiquée par elle. Elle ne se trompait jamais, quelque effort que l'on fit pour l’induire en erreur, en indiquant à la pendule de l’appartement les heures, les demiheures, les quarts d’heures,les minutes ; et il fut bien constaté que de la place où elle dormait elle ne pouvait apercevoir de quelque manière que ce fût la pendule. Sa vie de somnambule lui paraissait pleine de charmes et de délices. « Si tu savais, disait-elle alors à son père, si vous saviez tous combien je suis heureuse dans l’état où je suis ! Je ne puis le comparer à rien; je ne voudrais jainais en sortir ; cependant il faut étre raisonnable ; je ne suis pas chez moi. Le magnétisme me fait beaucoup de bien ; c’est lui qui me guérit. » En parlant de sa béatitude , elle avait l'air de la savourer ; on sentait qu’elle vivait de son sommeil. Durant cet état, souvent elle parlait ou à son père, ou à une de ses cousines, ou à M. Chapelain; mais elle préférait ordinairement rester silencieuse et dormir à son aise. « Laissez-moi; vous me prenez de mon bonheur. » Elle sortait quelquefois de sa concentration pour sé prescrire contre sa surdité des médicamens , qu’à son réveil elle mettait.en usage chez elle, quand ils n'étaient pas désagréables, ou qu’elle aimait mieux prendre dans son sommeil même quand elle jugeait qu'ils lui répugneraient éveillée. C'est ainsi que je l'ai vue plus d’une

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