‹ Quelques figures de femmes aimantes ou malheureusesChapitre 10 sur 31 · CATHERINE HOWARD · texte numérisé non relu

CATHERINE HOWARD

d'après une peinture anonyme de l'école d'Holbein. (National Portrait Gallery de Londres).

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trièmes noces, avec le frère du régent Somerset. Mais on raconte qu'avant de mourir, elle a été tourmentée par d'affreux cauchemars ; ce que je tiendrais volontiers pour un effet du remords, si les âmes de ce genre n'avaient pas, en général, Tenviable privilège d'être fausses vis-à-vis d'elles-mêmes aussi bien que des autres, et, jusque dans les pires actions, de garder la conscience de leur honnêteté.

Quant à Catherine Howard, la sévérité méprisante des historiens à son endroit n'a d'égale que leur complaisance pour Gatlierine Parr, Ils se bornent à dire que cette jeune feiinric avait eu des amants avant son mariage, qu'elle a continué à en avoir après, et qu'on a fort bien fait de lui couper le cou : sauf à ajouter ironiquement, comme M. Pollard, que « son orthodoxie catholique était incontestable ». Ils abandonnt^nt iiux auteurs de romans et de mélodraim^s le soin d'approfondir le détail de son aventure ; et Ton sait (ou peut-être, heureusement, ne sait-an plus) de quels crimes odieux Alexandre Dumas a « étoffé » le rôle de Catherine Howard.

L'unique qualité que tous les témoignages, anciens ou récents, reconnaissent à la cinquième femme d'Henri VIII est d'avoir été extrêmement jolie. Et c'est, aussi, ce que nous apprend, tout d'abord, un portrait excellent de Catherine

Howardy à la Galerie Nationale de Portraits de Londres : avec l'ovale régulier et délicat de son visage, ses fins cheveux châtains, ses yeux d'un vert profond et voluptueux, cette exquise figure se détache en un relief saisissant, parmi la banalité ou la laideur des cinq autres femmes d'Henri ; et nous nous imaginons aisément le bonheur qu'a dû éprouver celui-ci à pouvoir remplacer la pitoyable Anne de Clèves par une jeune femme dont nous savons, en outre, qu'elle était merveilleusement élégante et légère, dans sa petite taille, et toujours souriante, chantante, répandant autour d'elle" un adorable parfum de printemps. En fait, Catherine Howard est seule à nous attester que le « Barbe-Bleue anglais » n'était pas incapable d'apprécier la beauté féminine ; et de cela, tout au moins, les apologistes du roi pourraient bien tenir un peu compte à la pauvre femme. Mais le plus curieux est que, dans le portrait de Londres, ce charme pénétrant de la figure de Catherine résulte moins des traits eux-mêmes que de leur expression, et que celle-ci est infiniment attachante et sympathique, nous révélant un mélange tout particulier de courage et de douceur, de franchise intrépide et de tendre bonté. Se peut-il que tout cela n'ait été qu'un masque, cachant une âme toute noire de vice ?

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Avec la fervente « orthodoxie catholique »

que lui reconnaît M. Pollard, Catherine, à sa dernière heure, dans sa confession solennelle devant l'évêque de Lincoln, a juré qu'elle était innocente de Tadultère dont on l'accusait. Elle a avoué, au contraire, qu'avant de devenir la femme d'Henri elle s'était fiancée à l'un de ses cousins, un certain Thomas Culpeper, et que, après son mariage, elle avait continué d'aimer ce jeune homme, au fond de son cœur, et de lui rendre service en toute occasion, et de regretter qu'il ne lui eût pas été possible de devenir sa femme. Pendant son emprisonnement à la Tour, elle n'a point cessé d'affirmer que, sans avoir mérité la mort, elle l'attendait avec joie, afin de pouvoir être unie à l'homme qu'elle aimait. Et sur Téchafaud, après avoir accordé, en souriant, au bourreau le pardon qu'il lui avait demandé à genoux, elle s'est écriée : « Je meurs reine; mais combien j'aurais préféré pouvoir mourir la femme de Culpeper! » Après quoi, elle a prié ardemment, et puis, toute souriante, a posé sa tête sur le billot.

Elle était certainement coupable de n'avoir pas tout de suite effacé de son cœur le souvenir de son ancien fiancé, pour ne plus aimer et adorer au monde que le grand roi qui avait daigné l'admettre à l'honneur de divertir sa vieillesse.

Mais quand on songe, d'une part, à ce qu'était alors devenu ce roi, et quand on découvre, d'autre part, dans l'enquête officielle instituée et poursuivie par les ennemis acharnés de Catherine Howard, les pièges de toute sorte qui lui lurent lendus, dès le lendemain de son mariage, pour la maintenir en rapport avec Culpeper, on ne peut s'empêcher de ressentir pour elle beaucoup plus de pitié que d'indignation. Ou plutôt même on est tenté de s'émerveiller que, dans ces conditions, elle n'ait pas été plus coupable : car, je le répt'te, en l'absence de toute preuve pour TaccuKcr, personne n'a le droit de mettre en doute la sincérité de la confession qu'elle a faite en mourant. Peut-être aurait-elle pu, il est vrai, refuser de devenir la femme d'Henri VIII : mais c'était là une forme de résistance que le vieux roi n'admettait guère, et qui n'aurait guère été admise non plus par les oncles et cousins de Catherine, trop heureux de profiter d'un tel moyen pour assurer la prépondérance du parti calholique. Dans ce mariage comme dans les précédents, c'est la politique qui a joué le rôle principal : elle Ta joué aussi dans le dénouement du mariage; et c'est elle encore qui, depuis bientôt quatre cents ans, contribue, sans qu'on s'en doute, à noircir la mémoire de Catherine Ilo^vard. Et puisque la « protestante » Anne

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Boleyn a trouvé de nombreux défenseurs, il serait à souhaiter qu'un biographe impartial, ne fût-ce qu'à Taide des documents recueillis par M. Martin Hume, essayât de reviser le procès de cette seconde des « mauvaises femmes »

d'Henri VIII, en oubliant qu'elle a tu, parmi ses autres torts, celui d'avoir été une h catholique ».

Marie Stuart a-t-elle réellement écrit les « lettres du coffret », dont ses ennemis se sont servis pour établir qu'elle avait pris part à l'assassinat de Darnley, son second mari ? Ou bien ces lettres sont-elles Tœuvre d'un faussaire, comme on sait qu'elle Ta toujours affirmé C'est là une question qui, en France même, a donné lieu à de nombreuses controverses ; mais tandis qu'elle n'intéressait guère, chez nous, que les érudits, on peut dire qu'en Angleterre et en Ecosse, depuis trois siècles, elle a ému et continue à émouvoir le public entier.

Aujourd'hui tout de même qu'en 1570, tous les compatriotes d'Elisabeth et de Marie Stuart se croient tenus d'avoir un avis, dûment motivé, sur l'authenticité des « lettres du coffret » ; et pas une année ne se passe sans que la « littérature » de ces lettres s'enrichisse de quatre ou cinq livres nouveaux, écrits par des avocats.

MARIE 8TUART (1518),

d'après une peinture attribuée à P. Oudry.

(National Portrait Gallory de Londres).

des médecins, des prêtres, des propriétaires campagnards : toutes personnes qui, [délaissant leurs occupations habituelles, se sont lancées à la poursuite de quelque ingénieuse hypothèse, avec l'espoir d'achever définitivement, — on, au contraire, d'empêcher à jamais, — la réhabilitation de la reine d'Ecosse.

Aussi comprend-on queCarlyle, qui aimait le paradoxe, et qui, du reste, ne se faisait pas faute d'avoir une opinion bien arrêtée sur l'affaire du coffret, ait vivement protesté contre l'importance excessive attachée, suivant lui, a cette affaire, « simple accident personnel dans l'histoire nationale. » Et l'on comprend également que M. Andrew Lang, dans la préface de son très intéressant ouvrage sur le Mystère de Marie Stuarl\ ait protesté à son tour contre la boutade du « prophète » de Ghelsea, en rappelant que le même homme qui affectait de dédaigner « ces révélations de scandales du grand monde » avait, par ailleurs, très longuement insisté sur l'affaire du collier de Marie-Antoinette. Non certes, un mystère qui, après plus de trois siècles, soulève encore une curiosité aussi ardente et aussi active ne saurait être <( un simple accident » sans portée générale ! J'ad-

* The Mysiery of Mary Stuart^ par M. Andrew Lang, i vo[. illustré^ Londres, Longman 8 et C>*, 1901.

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mets volontiers que les historiens n'aient pas à s'int|uitHer, par exemple, de découvrir Tidenlilé de rilomme au Masque de Fer, ni de connaître le véritable auteur des Lettres de Junius : mais aucune comparaison n'est possible entre ces menus problèmes anecdotiques et la question de savoir si Marie Stuart a écrit les lettres que lui ont attribuées ses accusateurs, c'est-à-dire si elle a exigé, combiné, traîtreusement préparé l'assassinat de son mari, si elle a mérité Tépouvan table torture qu'ont été les vingt dernières années de sa vie, et si, enfin, la ferveur de la foi « papiste «s'estaccommodée, chez elle, d'actes et de sentiments dont on affirme que jamais une àme protestante n'aurait été capable. Car voilà ce que, aujourd'hui comme il y a trois cents ans, représente, pour le public entier du Royaume- Uni, <^ le mystère de Marie Stuart ! »

El cependant, après avoir lu l'ouvrage de M. Andrew Lang, je serais tenté de croire, avec Curlyle, qu'on a exagéré l'importance historique des « lettres du coffret », et de tous les faits qui se rattachent au meurtre de Darnley. Car, (labord, ces faits semblent bien être à jamais entourés d'un « mystère» impénétrable, tandis que ceux qui les ont procédés et ceux qui les onl suivis, dans la tragique existence de la reine d'Ecosse, nous apparaissent au contraire.

grâce à M. Lang, avec une clarté et un relief parfaits. Et puis, de Texamen de ces faits antérieurs et postérieurs au meurtre de Darnley, tels du moins que nous les présente leur nouvel historien, une conclusion se dégage irrésistiblement: et c'est, à savoir, que, si même Marie Stuart avait causé de pires malheurs que la mort du lâche et malfaisant Darnley, l'histoire n'aurait pas le droit de l'en rendre entièrement responsable, étant données les conditions spéciales où elle se trouvait.

On a dit souvent que Marie Stuart, lorsqu'elle a cherché asile en Angleterre, après la défaite de Langside, le i6mai i568, s'est, comme une souris, imprudemment jetée dans les pattes du chat. Mais la vérité est que ce n'est pas en i568 que la souris est tombée entre les pattes du cliat: c'est beaucoup plus tôt, en i56i, dès son retour dans son royaume d'Ecosse. « Je l'ai vue souvent, dit Brantôme, appréhender comme la mort ce retour; et désiroit cent fois plus de demeurer en France simple douairière que d'aller régner là en son pays sauvage. » Sur le bateau qui la conduisait, « elle voulut se cou-

cher sans avoir mangé, «et, durant les cinq jours qu'elle passa en mer, « ne fit guère que de pleurer. » Elle pressentait, évidemment, le long supplice qui allait commencer pour elle.

Le pays où elle allait régner avait récemment achevé de s'affranchir de la « superstition romaine ». Toute personne convaincue d'avoir célébré la messe, ou simplement d*y avoir assisté, était condamnée, la première fois, à la perte de ses biens, la seconde, au bannissement, et punie de mort en cas de récidive. A la domination du pape de Rome avait succédé celle d'un pape local, John Knox, homme prudent, mais plein d'activité, qui parcourait villes et villages en excitant le peuple à la haine des papistes en général, et de Marie Stuart en particulier. « J'aimerais mieux, disait-il, voir débarquer en Ecosse dix mille ennemis qne d'y voir célébrer une seule messe ! » Et quand, après le retour de la jeune reine, une messe fut célébrée dans la chapelle royale, le farouche apôtre n'eut plus de repos que, fût-ce au prix du débarquement de dix mille ennemis, « l'odieuse idole » n'eut été détruite. « L'arrivée de la reine, — écrivait-il à Calvin, le 24 octobre i56i, — est venue troubler la tranquillité de nos affaires. »

Pour la protéger contre ce terrible adversaire de son idolâtrie, Marie Stuart trouvait auprès

d'elle un groupe de hauts personnages, presque tous protestants. C'étaient, notamment, son frère Murray, le secrétaire d'État Lethington, le chancelier Morton, Kirkaldy de Grange, Ruthven, James Balfour. Quelques-uns d'entre eux nous ont été présentés par les historiens comme d'assez honnêtes gens ; et nous pouvions croire, par exemple, sur la foi de Mignet, que Murray, avec toute son ambition, était un chrétien « d'une foi profonde » et « d'une conduite soutenue ». Kirkaldy de Grange nous apparaissait volontiers comme le type du laird écossais, un « second Wallace ». Et Morton, Lethington, et les autres, nous les imaginions tous, plus ou moins, sur le modèle des chevaleresques highlanders des romans de Walter Scott, intrépides et loyaux, capables d'un meurtre, au besoin, mais incapables d'un mensonge ou d'une trahison. Or, M. Andrew Lang les amène tous devant nous, l'un après l'autre : après quoi, avec une conscience et une impartialité que je ne saurais trop louer, il nous les montre à l'œuvre. Et nous découvrons alors que, tous, sans exception, « ces généreux highlanders » sont des hommes d'une bassesse et d'une perversité d'âme effrayantes, coutumiersdu faux et de la trahison, et si absolument dépourvus de scrupules moraux qu'il n'y a pas une infamie dont ils ne soient

Mo PROFILS DE HEINES

capables. Lethington, que ses compatriotes appelaient Michaël Wylie (et cela signifiait Machiavelli), était proprement un monstre. Marie Stuart, qui pardonnait à tous, à lui seul ne put jamais pardonner sa conduite envers elle, même après qu'il eut péri au service de sa cause. Morlon, le futur régent du royaume, était « un assassin aux mains rouges de sang, vivant en adultère public avec la veuve du capitaine Gullen, qu'il avait fait pendre, et s'associant le plus ouvertement du monde avec des meurtriers de profession, tels que son parent Archibald Douglas, le chanoine de Glasgow ». Voleur, faussaire, « avec tout cela, c'était un saint homme : il était l'ennemi des Idolâtres, et TEglise d'Ecosse, tout en déplorant ses excès, avait pour lui un regard favorable. » Quant à son parent Archibald Douglas, le chanoine de Glasgow, « meurtrier de profession, » celui-là s'était fait une spécialité du faux en écritures. Un c« saint homme », lui aussi, bien que, après son ordination, il ait demandé à un autre pasteur de prier à sa place, disant que lui-même « n'en avait pas l'habitude ». Kirkaldy, « le second Wallace, » excellait également dans le faux en é(Titures. Mais plus répugnant encore que ces coquins avérés, et plus dangereux, était l'inilexible Murray, le frère de la reine, type achevé

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de lâcheté et d'hypocrisie, agent d'Elisabeth, inspirateur occulte du meurtre de Rizzio comme de celui de Darnley, et, plus tard, le principal accusateur de Marie, à qui il devait tout.

Ainsi la malheureuse princesse, dès son arrivée de France, était tombée tout à coup dans une caverne de brigands. « C'étaient, — nous dit M. Andrew Lang, — des hommes tels que peut en produire une époque où une révolution religieuse et sociale a renversé toutes les bases de la moralité, où la simple adhésion à un parti théologique suffit pour conférer le titre de saint homme^ et où l'attachement à un chef est infiniment plus puissant que la fidélité au roi, à la patrie, ou aux lois essentielles de la morule. » Et en effet, à travers les quatre cents pages du livre, nous voyons ces hommes s'occuper sans cesse à nouer et à dénouer, autour de la reine, de vilaines intrigues, où bientôt se joigrieiit à eux des personnages nouveaux, le « lépreux »

Darnley, puis Bothwell, le troisième mari de la reine, aventurier plus franc et plus brave que les autres, — le seul d'entre eux, au total, qui ne fût point tout à fait méprisable.

Tous, suivant l'expression de M, Lang^ ils font aussi peu de cas que possible <c de la fidélité au trône et à la patrie ». Il n'y en a pas un qui, comme Knox, ne consente volontiers à

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<c voir débarquer en Ecosse dix mille ennemis », pour peu que ses intrigues personnelles y trouvent leur compte. Aussi, dans cette lutte tragique du chat et de la souris, nous apparaissenl-ils tous, à des degrés divers, comme les pourvoyeurs d'un grand et terrible chat qui se cache derrière eux, et qui joue avec la souris, et qui se plaît au spectacle de sa course aflfolée, jusqu'au moment où, d'un dernier coup de patte, il la jette à terre.

Par un scrupule qu'on n'a point de peine à comprendre, M. Andrew Lang, de même que la plupart des historiens anglais, évite d'insister sur le rôle d'Elisabeth dans l'aventure ténébreuse dont il nous fait le récit. Mais, à chaque instant, derrière les acteurs qu'il nous montre, nous apercevons l'inquiétante figure de la rivale de Marie Stuart, s'acharnant, à la fois par jalousie de femme et par ambition politique, à la perte de rinfortunée qui, bientôt, va se liver à elle. Tantôt nous l'apercevons en personne, tantôt représentée par ses agents : Cecil, qui, dès iSSg, rédigeait des rapports sur « la politique à suivre afin de recouvrer complètement TÉcosse » ; Randolph, l'ambassadeur d'Angleterre à Edimbourg, informant sa souveraine de meurtres prochains, qui se préparaient sans doute à son instigation ; et Murray lui-nu^me, « pensionné

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par l'Angleterre, » Miirray dont Knox dUait, dans une lettre à Calvin ; Salniat te Jacob us illc^ fraler regifiœ, quiy salits inter eos qui aulam fréquentant^ impietati se opponit^ Murray qui, depuis le commencement jusqu'à la fin du livre de M. Lang, ne cesse point de « s'opposer à rimpiété » en servant, conlre sa sœur, les intérêts anglais.

Qu'on se représente maintenantf transportée tout à coup dans ce milieu nouveau, au sortir de la vie facile et galante de la cour des Valois, une jeune femme de vingt ans, insouciante et légère, avec toute la fierté et tout le courage d'une princesse, mais aussi avec Tabandon, rirréflexion, la confiance naïve d'un enfant [ Je regrette de ne pouvoir reproduire en entier le portrait que nous a fait d'elle M. Andrew Lang: il est d'une vie intense, et chaque page du récit vient ensuite en confirmer la parfaite justesse*

C'était alors une grande jeune femme brune, avec de beaux yeux roux gracieusement allgngés : â demi française de tempérament, et non point belle ^ maie m charmante qu'Elisabeth retrouvait son t îiarme jusque dans les relations de ses ennemis... Klle avait dans le visage

et les rnanicres quelque chose de « divin » qui lui gagnait les t^Œurs simples, où qu'elle fût. Ses geôliers, plus lard, devaient Tadorer. Que le ciel bénisse cette douce figure ! s écriait le peuple d'Edimbourg en la voyant passer, vêtue de ces robes à traîne qui lui valaient les pieuses déronciations de Knox...

Son cœur était rempli de tendresse et de reconnaissance, En septembre i56i, après l'échec du complot Ridolfi, elle souffrit moins pour elle-même que pour ses deux servilcurs, Archibald Beaton et Willie Douglas, qui se trouvaient envoyés en Ecosse, c'est-à-dire à la mort. Elle écrivait dans une lettre, à propos d'une affaire d'argent : « J'aime mieux payer deux fois que de faire à quelqu'un l'injure de le soupçonner. »

Cette femme, sensible, fière, passionnée, intrépide, et bonne^ était chaque jour diffamée par l'implacable Knox. Scj3 prêtres étaient mis au pilori, sa foi sans cesse outragée, sa personne accablée d'insultes; et tous ses plans étalent contrecarrés par Elisabeth. Marie avait bien des motifs de pleurer, même avant que son dévoué serviteur Ri2zia fût tué, presque sous ses yeux, par son stupide mari el ses cruels lords. Peut-être, devant cet excès de souffrance, son cœur finit-il par s'endurcir; peut-être fut-il touché du mauvais esprit de la haine et de la vengeance. Mais ce cœur, par nature, était tendre et plein de pi Lié. Au milieu de ses plus affreuses douleurs, Marie s'émouvait de la peine des esclaves ramant sur les galères. Elle écrivait au laird d*Abercairnie pour le prier d'avoir compassion (c d'une pauvre femme et de ses petits », dont il avait confisqué la maison.

Malheureusement, avec un courage tout viril, elle était incapable de ruse : et, au temps où elle vivait, la ruse était la seule arme d'une femme. Sa nature était si droite

et si peu soupçonneuse que, sur la foi d'une bague et d'une promesse, elle se confia à Elisabeth, sa inorlelle rivale. Elle nesavaitpoint dissimuler, et ne parvenait pas à comprendre que les autres le sussent.

Et, avec son courage et sa fierté, c'était essentiellement une femme. Elle avait besoin d'un maître, d'un homme qui la dirigeât, qui la dominât, et qu'elle put servir. A peine s'était-elle fiancée à Darnley, qu'elle l'avait « comblé de tous les honneurs qu'une femme puisse rendre à son mari ». Plus tard, quand elle se considérait comme fiancée à Norfolk, aussitôt elle adoptait vis-à-vis de lui, dans ses lettres, le ton d'une soumission obéissante et passive. Et ses ennemis savaient cela : il n'y a rien dont ilw aient davantage profité contre elle.

Elle eut d'abord pour maître, en Ecosse, son frère Murray, « pensionné par Elisabeth ^k Le malheureux Darnley, qu'on lui donna ensuite pour mari, était lui-même trop nul pour diriger personne. Marie trouva alors un conseiller dans l'italien Rizzio, dont rien au monde ne prouve qu'il ait été son amant. Il lui était dévoué, seul parmi de vilains êtres qui ne pensaient qu'à abuser d'elle. Mais Darnley, avec Taide de Morton et sur le conseil de Murray, fit assassiner Rizzio « presque sous ses yeux ». Que le cœur de la pauvre femme ait été, après cela,

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« touché du mauvais esprit de la haine et de la vengeance», c'est chose trop naturelle pour que nous puissions en douter. Mais je ne crois pas que personne puisse lire le dramatique récit de M. Andrew Lang sans avoir clairement l'impression que, dès l'assassinat de Rizzio, ou môme dès le mariage avec Darnley, Marie Sluart avait cessé d'être moralement responsable de ses actes, traquée, harcelée, pareille à une pauvre petite souris entre les griffes d'un chat.

Je dois ajouter que, cependant, sur le véritable rôle joué par elle dans le meurtre de Darnley, M. Andrew Lang nous renseigne avec infiniment plus de clarté et de vraisemblance que ne l'a fait, jusqu'ici, aucun des accusateurs de la reine ni de ses défenseurs. Il nous apprend que, dès le mois d'octobre i566, Marie, qui était alors très malade, « priait le ciel d'amender Darnley, dont la mauvaise conduite était l'unique cause de sa maladie ». Mais Darnley, au lieu de a s'amender », avait poussé plus loin encore sa mauvaise conduite ; et chaque jourMurray et Lothington, qui tous deux étaient résolus à le perdre, rapportaient à Marie quel-

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que nouveau trait de ses trahisons. Us lui révélaient que Darnley avait écrit contre elle au pape, aux cours de France et d'Espagne, qu'il projetait de s'emparer du petit prince royal, qu'il méditait une révolte et une guerre ci vilo. C'cstUidessusque, aumoisdejanvierde Tannée suivante, Murray et Lethington proposèrent a la reine de la débarrasser de Darnley. Et, comme Marie répondait qu'elle « ne voulait point qu'on fit rien qui pût entacher son honneur et sa conscience », Lethington lui assura que, si seulement elle les laissait faire, « elle ne verrait rien que de très régulier, et approuvé par le Parlement ». La pauvre femme, évidemment, les aura « laissés faire ». Ils avaient înfinimenl plus d'intérêt qu'elle à se débarrasser de Darnley, qui s'était mis à la tète du parti catlH)IÎ([iïe : et le plan qu'ils combinaient devait leur permettre, en outre, de se débarrasser de Marie par la même occasion. Mais il n'en reste pas moins presque certain que Marie fut ainsi informée d'un projet contre Darnley, et qu'elle «c laissa faire ». D'autre part, une lettre trAnjlubald Douglas, écrite plus tard à Marie ellc-môme, raconte que, le 19 janvier iSG;, liotlnvell, Lethington et Morton lui ont dit (jue « la reine ne voulait absolument pas entendre parler de leurs projets ». Jusqu'au bout, sans doute, elle

se sera bornée à les « laisser faire ». Et c'est elle, comme Ton sait, qui alla chercher Darnley à Glasgow, pour l'installer dans la petite maison de Kirk o'Field, ou il fut assassiné quelques jours après. Elle le fit évidemment sur Tordre de ses conseillers d'alors, et en sachant qu'ils voulaient « la débarrasser de lui » : mais rien ne prouve que, à ce moment même, elle n'ait point continué à croire qu'ils voulaient le faire « par des moyens réguliers », et qui seraient u approuvés par le Parlement ».

Rien ne le prouve, malgré l'extrême abondance des preuves apportées ensuite contre elle par Murray, Lethington, Morton, et les autres inspirateurs de l'assassinat de Darnley. Car, de l'analyse infiniment impartiale et minutieuse de res preuves, telle que Ta faite [M. Andrew Lang, résulte, avec une certitude désormais irréfutable, qu'il n'y a pas une de ces preuves qui n'en trouve aussitôt une autre pour la contredire. Le fait est que nous ne savons absolument rien, non seulement de la part prise par la reine au meurtre de Darnley, mais même des circonstances de ce meurtre, à tel point que, suivant le mot de M. Lang, <c un historien scrupuleux, en présence de la contradiction des documents, serait tenu de considérer le meurtre de Darnley comme une fable dénuée du moindre fonde-

LE MYSTERE DE MAHIE STUART Hij

ment ». Tout au phis peut-on aflirmer la complète fausseté de tout ce que les accusateurs de Marie Stuart ont rapporté des préparatifs du crime, du passage souterrain conduisant à Kirk o'Field, de la présence de Marie au moment du crime, etc. Il y a là une eflfrayante accumulation de mensonges, dont quelques-uns continuent, aujourd'hui encore, à être enregistrés par les historiens. Et c'est ainsi que, par exemple, les deux derniers chapitres du premier volume du livre de Mignet contiennent une foule incroyable d'erreurs, dont chacune, fort heureusement^ se trouve aujourd'hui réduite à néant.

Restent les huit lettres du coffret, et les treize sonnets ({ui les accompagnent. M. Lang établit d'abord, à leur sujet, que personne ne s'est sérieusement occupé d'en vérifier Tauthentieité, dans les extraordinaires séances d'York, de Westminster, et de Hampton Court, où, im Tabsence de Marie Stuart, a été jugée sa participation au meurtre de Darnley. Les juges se sont bornés à jeter les yeux sur les lettres que leur présentait Murray ; et la plupart d'entre eux ne semblent pas même y avoir attaché une bien grand© importance, si l'on songe à l'attitude qu'ils ont eue, plus tard, vis-à-vis de la reine d'Ecosse* Ce n'était point pour eux qu'étaient produites ces lettres, mais pour le peuple des deux royau-

mes, pour le Pape et pour la cour de France, pour tous ceux qui auraient pu intervenir en faveur de Marie, et auprès de qui l'on avait intérêt à la diffamer. Toute la philosophie de Tépisode historique qu'ont été ces lettres se trouve à jamais exprimée dans une instruction adressée par Cecil à l'ambassadeur d'Angleterre à Paris, en 1 571 : « Vous ferez bien, — écrivait le ministre d'Elisabeth, — d'avoir plusieurs exemplaires de Detectio de Buchanan (pamphlet qui contenait, entre autres motifs d'accusation contre Marie, le texte des lettres du coffret), et de les présenter à l'occasion, comme spontanément, au roi, ainsi qu'aux nobles de son conseil. Ce livre nous rend l'utile service de la déshonorer, ce qui est indispensable avant qu'on puisse parvenir à autre chose. »

M. Lang a d'ailleurs imaginé un très spirituel moyen de nous rendre suspect le témoignage des « graphologues » du temps sur l'authenticité des lettres attribuées à Marie Stuart. 11 a prié un de ses amis d'imiter quelques lignes de l'écriture de la reine ; et, dans un fac simile do son livre, il nous offre une lettre authentique de Marie à Elisabeth où, de cette façon, quelques lignes sont de l'écriture originale de Marie, ot quelques autres sont de l'imitateur. Il nous met au défl de deviner où commence et où finit

LE MYSTERE DE MARIE STIAIIT i)l

le« faux »; et j'avoue que, pour ma part, je serais tout à fait en peine de le deviner.

Quant au texte même des lettres et des sonnets (dont les originaux ont, comme Ton sait, disparu), M. Lang Ta examiné de fort pi*^s. Il admet, et nous prouve péremptoirement, que ces lettres abondent en invraisemblances, etonldùôtre, en maints endroits, falsifiées par les accusateurs de Marie, notamment par Lethington, dont la participation à ces faux parait incontestable. Mais, en d'autres endroits, M. Lang ne serait pas éloigné de croire à des passages de lettres authentiques de Marie Stuart, modifiées seulement par de savantes interpolations.

11 admet, en particulier, rauthenticité des sonnets, et aussi d'une ou deux des quatre lettres, — assez insignifiantes, — dont on a ronservé le texte français original. Le fait est que, si ces sonnets et ces lettres sont des faux, on peut s'étonner que le faussaire ne leur ait point donné une portée plus précise, eu y multipliant les allusions aux projets criminels de Marie Stuart. Et cependant, je ne puis m'cmpécher de penser que ces lettres et les célèbres a sonnets m sont, eux aussi, des faux, ou du moins qu'ils ont de grandes chances de Tôtre : car j'ai l'impression que lettres et sonnets, abstraction faite

de leur contenu, ne sont pas écrits dans la même langue française où écrivait, d'ordinaire^ la reine d'Ecosse,

M. Andrew Lang rappelle que, lorsque furent publiés les prétendus (c sonnets » de Marie Stuart, Brantôme, et Ronsard avec lui, furent aussitôt d'avis que c'étaient là des vers trop rudes et maladroits pour être vraiment Tœuvre de la jeune reine. Et M. Lang ajoute : « Les deux critiques étaient évidemment prévenus en faveur de leur belle amie. Tous deux étaient d'excellents juges : mais ni l'un ni l'autre n'avait encore vu une suite de i6o vers écrits par Marie Stuart sous le coup d'une grande passion, parmi les soucis du voyage, des affaires, de Tanxiété, et dans l'espace de deux jours : puisque les « sonnets » ont dû être écrits dans l'intervalle du 21 au 23 avril. » Oui, cela est sûr : mais je crois que M. Lang se trompe sur le vrai caractère de l'objection de Ronsard. Certes, la situation particulière où se trouvait Marie Stuart suffirait largement à expliquer l'incorrection prosodique des <c sonnets », et les fautes grammaticales dont ils sont tout remplis : sans compter que les vers authentiques de la reine d'Ecosse sont eux-mêmes fort imparfaits, au double point de vue de la grammaire et de la prosodie. Mais ces vers authentiques ne sont pas* écrits dans la

LE MYSTÈRE DE MARIE STU.VRT ji

même langue, ou plutôtsur le même ton de pensée, que les vers des <c sonnets » à Bothwell. Ils sont Tœuvre d'une personne qui, bien qtrelle fut née hors de France, avait été accoutumée à /;t^/ejÉ^/^ en français, tandis qu'il me semble sentir, à chaque vers des « sonnets » en question^ une personne qui, tout en sachant peut-être mieux encore le français, était accoutumée à petutr en anglais. La différence n'est point facile à expliquer, mais elle se sent très vivement, pour peu que Ton compare de près, à ce point de vue, les « sonnets » à Bothwell avec, par exemple, ces vers écrits par Marie Stuart, vers i58j, dans sa prison de Tutbury :

Que suis-je, hélas ! et de quoy sert ma vîc ? Je ne suis fors qu'un corps privé de cueur.

Un ombre vain, un objet de malheur, Qui n'a plus rien que de mourir envie.

Plus ne portez, ô ennemis, d'envie.

A qui n'a plus l'esprit à la grandeur \ Et vous, amys, qui m'avez tenu chôrc, Souvenez vous que, sans heur, sans saiitay.

Je ne sçaurois auqun bon œuvre fayre î Souhatez donc fin de calamitay ; Et que^ ça bas étant assez punie, J'aye ma part en la joie infinie !

Voilà des vers d'une forme assurément déplorable, avec le beau sentiment qu ils servent a

traduire : et cependant, ce sont des vers franrais» jaillis d'une àme qui, si je puis dire, vivait en français! Leur auteur sentait instinctivement la musique des mots français, cette musique que personne ne peut jamais sentir que dans une seule langue. Et, sans cesse, les phrases même les plus incorrectes, dans ces vers, ont une allure française.

Tout autre est l'impression que donne, aussitôt, la lecture des « sonnets » à Bothwell. Le style n y est pas beaucoup plus incorrect que dans les vers qu'on vient de lire : mais c'est un autre style, où la musique des mots n'entre plus jamais en compte, un style qu'on croirait toujours traduit de l'anglais. Les phrases sont composées sur un autre rythme, avec une autre façon d*ordonner les idées. Je cite au hasard :

Pour lui, depuis, j'ai méprisé l'honneur Ce qui nous peut seul pourvoir de bonheur.

Pour lui j*ai hasardé honneur et conscience.

Pour lui tous mes parents j'ai quitté et amis, El tous autres respects sont à part mis.

Bref, devons seul je cherche ralliancc.

Mais cette impression est infiniment plus vive quand on compare, au même point de vue, la prose française des « lettres du coffret » avec celle des lettres authentiques de Marie Stuart. Ici encore, je ne parle point de la grammaire ni

LE MYSTÈRE DE MARIE STLART f)%

de Torlhographe. Que Fauteur des <c lettres du coflfret » commette invariablement, par exemple, la faute d'accorder les participes avec les sujets (j'ai promise, etc.), c'est de quoi la responsabilité peut échoir au copiste ; et d'ailleurs Marie Stuart, dans ses lettres françaises, si je ne sache point qu'elle y ait commis cette faute-là, en commettait d'autres de même nature. Plus significatives déjà sont, tout au long des « lettres du coffret », de nombreuses expressions anglaises, dont les lettres de Marie Stuart sont infiniment plus sobres. « L'ingratitude vers moi* », « quant au propose ', » « vous promettiez bien autre chose de votre providence ' » : autant de façons de parler essentiellement anglaises. Mais la véritable différence de ces lettres et des lettres originales de Marie Stuart est plus profonde encore, plus indéfinissable, et plus saisissante. Elle consiste dans le ton général, dans le rythme des idées et des mots, dans la vie intime de la langue employée.

Je prends, au hasard, le début de la seconde lettre : « Mon cœur, hélas ! faut-il que la folie d'une femme dont vous connaissez assez l'ingratitude vers moi soit cause de vous donner du

* Vers est l'équivalent direct du mot anglais lowards.

* Dan» le sens du mot anglais pu/ pose, dessein.

* Providenve^ en anglais, signifie prcvoyanic, prudence.

plaisir^ vu que je n'eusse su y remédier sans le savoir; et, depuis que m'en suis aperçue, je ne vous l'ai pu dire pour savoir comment me gouverne rai-je, car en cela ni autre chose je ne veux entreprendre de rien faire sans en savoir votre volonté. » Ou bien encore : <c L'émail demirond est noir, qui signifie la fermeté de celle qui renvoie; les larmes sont sans nombre, aussi sont les craintes de vous déplaire, les pleurs de votre absence et de déplaisir de ne pouvoir être en eflet extérieur votre, comme je suis sans feintise de cœur et d'esprit, et à bon droit, quand mes mérites seraient trop plus grands que de la plus parfaite que jamais fut, et telle que je désire être, et mettrai peine en condition de contrefaire pour dignement être employée sous votre domination... Comme fait celle qui vous veut être pour jamais humble et obéissante loyale femme et seule amie, qui pour jamais vous voue entièrement le cœur, le corps, sans aucun changement, comme à celui que j'ai fait possesseur du cœur duquel, vous pouvez tenir siir jusques à la mort, ne changera, car mal ni bien onques ne estrangera. »

Non, quelles que soient là-dedans les fautes du copiste, ce n'est point la fille de Marie de Guise» la veuve de François II, l'amie de Ronsard, qui a écrit ces lettres, évidemment pensées en

anglais avant de revêtir leur forme française ! Pas un instant le « ton », dans ces lettres, n'est fuançais, tandis qu'il l'est toujours dans les lettres authentiques dé Marie Stuart, même les plus hâtives et les plus incorrectes. Dans ses instructions à ses défenseurs, en septembre i568, Marie Stuart disait : « Il y a en Ecosse diverses personnes, hommes et femmes, qui savent con* trefaire mon écriture, et écrire, de la manière dont j'écris, aussi bien que moi. » Nous savons aussi qu'il y avait alors en Ecosse, et dans Tentourage même de la reine, bon nombre de personnes, fort instruites, qui lisaient et écrivaient couramment le français. Mais toutes ces pt^rsonnes avaient d'abord appris leur langue natale, tandis que Marie avait d'abord appris le français. Et, quand l'une de ces personnes s'est employée à écrire de fausses lettres de la reine, elle a l>ien pu contrefaire son écriture, ses expressions habituelles, et jusqu'à ses fautes : mais il y avait, dans le français de Marie Stuart, quelque chose d'essentiellement français qu'elle n'a pu imiter; et par là je crois bien que l'on parviendrait aujourd'hui, sans trop d'invraisemblance, a justifier la pauvre reine d'Ecosse du crime détestable dont son frère Murray, et les autres assassins véritables de Darnley, se sont efforcés de souiller sa mémoire.

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