‹ Quelques figures de femmes aimantes ou malheureusesChapitre 9 sur 31 · LES SIX FEMMES D HENRI VIII · texte numérisé non relu

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leur confrontation résulte pour nous une série d'images si naturelles, si humaines, si pleines de vie et d'expression pathétique, que nous avons peine à admettre qu'elles ne ressemblent pas, au moins en partie, aux originaux qu'elles nous représentent.

Voici d'abord Catherine d'Aragon. De cellelà, un maître plus grand qu'Holbein, plus habile à déchiffrer le secret des âmes, nous a laissé un touchant et magnifique portrait : car bien que la tragédie d'Henri VlIIy que l'on a coutume d'attribuer à Shakspeare, ne soit sans doute pas entièrement de lui, lui seul a pu écrire les deux scènes fameruses où Catherine, en présence du roi, puis des cardinaux, explique les motifs qui la font s'opposer à l'annulation de son mariage. Emu des souffrances de la ^* reine, et de Tincontestable beauté morale de

son caractère, Shakspeare lui a prêté des paroles d'une noblesse si simple et si pure que ces deux scènes suffiraient à nous la rendre chère immortellement. Mais le créateur à'Hamlet était un de ces peintres de génie qui, comme Titien ou comme Rubens, négligeaient volontiers certains traits véritables de la figure de leurs modèles, lorsque cestrails risquaient de détruire l'intime harmonie de la vision poétique qu'ils

avaient rAvée ; ot le fait est que sa Catherine d'Aragon unit à la fermeté, toute royale et d'ailleurs parfaitement authentique, de son attitude, une grâce et une douceur féminines que nous ne découvrons guère, par exemple, dans un très intéressant portrait de cette princesse qui appartient aujourd'hui à la Galerie Nationale de Portraits de Londres, œuvre d'un peintre anonyme de Técole d'Holbein. Au lieu de Tex- ([uise créature qu'a imaginée le poète, sœur des Cordélia et des Desdémone, nous apercevons une femme corpulente et massive, étrangement dépourvue de tout attrait féminin, et dont le dur visage au front trop haut, aux yeux fixes, aux lèvres serrées, annonce une obstination orgueilleuse et hargneuse, un esprit sans souplesse et sans pénétration. Il n'y a rien de tout cela qui, en vérité, ne se lise clairement dans le portrait de Londres ; et c'est exactement tout cela que nous retrouvons dans les premiers clinpitresdu livre de. M. Martin Hume.

Assurément, la fille d'Isabelle la Catholique a uté une martyre; mais assurément on se tromperait à vouloir la tenir pour une sainte. On se tromperait môme à supposer qu'elle ait toujours eu cette droiture de caractère que la plupart de ses biographes ont vantée chez elle ; le sang de son père, le contact de son beau-père

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et de son mari, Tatmosphère de monsonge et de ruse qu'elle a respirée dès Tenfance^ Tont formée, elle aussi, à ne pas trop s'embarrasser sur le choix des moyens, pour parvenir aux fins qu'elle avait en vue. Mais surtout elle a ete, toute sa vie, inintelligente, entêtée, maladroite; et, si elle a eu bien raison de dire qu'on lui avait fait souffrir « l'enfer sur la terre w, elle n'est pas sans avoir, elle-même, beaucoup contribué à s'attirer son sort. Pendant les longues années de sa puissance, jamais elle n'a essayé de deviner le caractère de son mari, ni de prévoir le danger qu'il y aurait, pour elle, à cesser de lui plaire; plus tard, quand s'est posée la question du divorce, elle n'a écoute que son orgueil, et, soit par inintelligence foncière ou par aveuglement elle s'est refusée à comprendre les suites désastreuses qu'allait immanquablement entraîner, pour sa religion, sa résistance à un projet où ses plus sincères amis lui conseillaient de se résigner'. Encore lui auraitil été facile, jusqu'au bout, de tirer parti du dévouement de ces amis, de la respectueuse sympathie que lui gardait la nation anglaise, et de maintes chances favorables que, sans cesse,

* Le Vatican lui-môme, — ainsi qu'il résulte d'un enLrftlîori du cardinal Salviati avec le représentant de l'empereur h Rome» — souhaitait vivement que Catherine, pour éviter un stîtiifsnic'* niaisentit à l'annulation de son mariage.

le hasard venait lui offrir; mais elle n'a rien vu de ce qui se passait autour d'elle, toute à la conscience de son bon droit, et peut-être au plaisir de son entêtement. A ne la considérer que comme femme, comme héroïne de roman ou de tragédie, aucune destinée ne nous apparaît plus émouvante, plus dramatique, que la sienne : sans compter que, sous tous ses défauts, elle avait un cœur d'une bonté merveilleuse, et que sa conduite parmi les persécutions, pour déraisonnable qu'elle ait pu être, atteste en elle une force d'âme, un courage, une résignation chrétienne, dont ses pires ennemis ont été touchés, depuis Cranmer et Cromwell jusqu'à Henri VllI. A la considérer comme reine, l'historien est tenu de la juger plus sévèrement, de reconnaître que son titre de reine lui imposait des devoirs qu'elle n'a pas remplis, et en particulier, d'assigner à cette ardente catholique une très grande part de responsabilité dans la conversion de l'Angleterre au protestantisme.

Henri VIII n'avait épousé Catherine, la veuve de son frère, que par convenance politique :

c'est par amour qu'il a épousé sa seconde femme ; et cet amour passionné du gros homme s'explique quand on regarde, à la Galerie Nationale de Portraits de Londres, le portrait qu'a

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peint d'Anne Boleyn un maître flamand (ou français ?) de l'époque, avec un art infiniment plus prosaïque que celui d'Holbein, mais encore plus précis et plus minutieux. Non pas que le visage d'Anne Boleyn, tel que nous le montre ce portrait, ait rien de vraiment beau : un visage trop long, trop étroit, s'effilant en un menton pointu assez disgracieux. Mais il y a dans le regard caressant et troublant des grands yeux noirs, dans le sourire pincé de la bouche, et dans tout l'ensemble de la physionomie, quelque chose à la fois de lascif et de vipérin, qui doit avoir tout de suite captivé, fasciné, une nature aussi grossièrement sensuelle que celle d'Henri VIII. C'est un de ces visages qu'on n'oublie point, dès qu'on les a vus, et dont on a l'impression que leur charme malsain est fait surtout de la réunion de tous les vices, fondus et combinés là en un mélange de choix. Et une impression toute pareille se dégage de l'étude du caractère d'Anne Bolevn. J'ai vainement cherché, dans ce que nous révèlent les historiens protestants sur la vie et les actions de cette zélée initiatrice du protestantisme, la trace d'une seule qualité sympathique qu'elle ait eue. à moins qu'on ne veuille lui tenir compte d'une certaine bravoure, ou témérité féminine, qui d'ailleurs semble avoir été bien intermittente, et

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avoir alterné avec des crises d'une lâcheté également anormale. Tout ce que peuvent faire pour elle ses apologistes est d'insister sur le fait f[ii'olle a longtemps demeuré en France, et en a rapporté une âme toute corrompue par les mœurs françaises : mais il n'est pas absolument certain que ce ne soit pas, plutôt, une de ses sœurs qui a fait ce long séjour en France ; et, en tout cas, la cour d'Henri VII et d'Henri VIII au point de vue de la dépravation morale, aurait eu largement de quoi enseigner à la jeune femme ce que l'on veut qu'elle ait appris à la cour de François I®^

Elle avait eu déjà diverses aventures amoureuses, en Angleterre, avant d'oser se lancer à la t^onquète du Roi. Et à peine eut-elle réussi dans vvtie conquête, qu'elle étala cyniquement une insolence, une rapacité, une cruauté sans limites. Sa conduite à l'égard de Catherine et de la jeune princesse Marie (dont elle s'est publiquement accusée d'avoir souhaité la mort), ses misérables ruses pour retarder sa disgrâce, — jusqu'à simuler une grossesse, pour qu'Henri pùlespérer avoir d'elle un fils, — l'ignominie avec laquelle, dans sa prison de la Tour de Londres, elle s'i*st répandue en dénonciations contre ses plus fi tièles partisans : tout cela est suffisamment connu, et forme un contraste bien saisissant avec

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la noble attitude de la reine catholique qu'Anne Boleyn s'est acharnée à persécuter. En vérilé, les protestants anglais d'aujourd'hui ne peuvent guère respecter la mémoire de la première reine qui a souhaité et favorisé la conversion de l'Angleterre ; mais, au reste, il ne semble pas que les convictions protestantes d'Anne Boleyn aient jamais eu d'autre fondement que son ambition personnelle ; et nombre de faits cités par M. Hume nous prouvent qu'elle aurait été toute prête, pour garder sa couronne, non seulement à approuver le retour de son pays au catholicisme, mais à faire brûler ou décapiter tous ceux qui, autrefois, avaient été ses collaborateurs dans la préparation de la rupture avec Rome.

Anne Boleyn fut décapitée le matin du ry mai i536. Le matin du 20 mai, dans la chapelle du palais d'Hampton Court, Henri, — donL Tarnbassadeur impérial Ghapuys disait que ^i jamais homme n'avait porté ses cornes plus allègrement, » — épousait une jeune fille de vingt-cinq ans, lady Jeanne Seymour. On lui a souvent reproché son excès de hâte, en cette circonstance ; et lui-même, du reste, s'en est repenti : car, quelques jours après, apercevant à sa Cour deux jolies jeunes filles qu'il n'y avait encore jamais rencontrées, il a avoué à ses confidents

qu'il regrettait « de n'avoir pas vu ces jeunes filles avant de se marier avec Jeanne Seymour ». Mais depuis le moment où, en se constituant le pape de son église, il s'était senti maître absolu de ses actes, aussi bien devant Dieu que devant les hommes, délivré désormais de tout scrupule de conscience, il n'admettait plus qu'aucun obstacle le gônât dans la satisfaction immédiate et complète de ses désirs royaux. Et sans doute il n'aurait point tardé à congédier Jeanne Seymour, si celle-ci, le 12 octobre i537, ne lui avait donné un fils, et n'était morte, des suites de ses couches, le 24 octobre suivant.

Il Tavait cependant épousée par amour, elle aussi : encore que, au dire de Chapuys, un des motifs qui l'avaient décidé à ce mariage fût la connaissance qu'il avait de plusieurs aventures galantes de la jeune fille. « Car, écrivait Chapuys, il va l'épouser sous la condition de la prendre vierge; et puis, quand il voudra divorcer, de nombreux témoins se trouveront pour certifier qu'elle ne l'était pas. » Quoi qu'il en soit, Jeanne Seymour ne peut avoir inspiré au roi qu'un caprice tout à fait passager. Dans l'admirable et fameux portrait d'elle que possède le musée de Vienne, tout le génie d'Holbein n'est point parvenu à relever de la moindre nuance de beauté, ni de gentillesse, ce gros

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visage commun, avec son front bas, son large nez, et Tempâtement de son double menton. En réalité, le mariage d'Henri avec Jeanne Seymour doit s*ôtre fait surtout à l'instigation des chefs du parti catholique, qui espéraient, par l'influence de la nouvelle reine, obtenir du roi qu'il consentît à renouer des rapports avec la cour romaine. Et il se peut fort bien que Jeanne ait été très pieuse, très sincèrement attachée à la foi catholique ; et il est plus certain encore qu'elle devait avoir un excellent cœur. On sait avec quelle tendresse, toute maternelle, elle a toujours traité la fille d'Henri et de Catherine, et comment, lorsqu'à eu lieu le célèbre Pèlerinage de Grâce, elle s'est jetée aux genoux du roi, pour le supplier de rendre aux ordres religieux les couvents dont Granmer et Gromwell, avec l'aide d'Anne Boleyn, les avaient dépouillés. Mais Henri, en la relevant, lui défendit de « se mêler de ses affaires » : défense que la pauvre femme, depuis lors, se garda bien d'enfreindre. Son courage était loin d'égaler sa bonté ; et il suffît de jeter un regard sur le portrait d'Holbein pour comprendre qu'une personne aussi molle, et probablement d'un esprit aussi borné, n'était guère faite pour jouer le rôle actif, héroïque, où l'on s'étonne que quelqu'un ait pu avoir l'idée de la destiner.

b/j PROFILS DE REINES

Sa mort fut suivie, dans le long drame matrimonial que nous raconte M. Hume, d'un intermède comique.

Sur le conseil de Cromwell, le roi s'était décidé à épouser, cette fois, une princesse protestante. Il avait songé à la veuve du duc de Milan, cette charmante et spirituelle Christine de Danemark dont Holbein nous a laissé un délicieux portrait : mais elle avait refusé, en aJoLUunt que, « si elle avait deux têtes, elle serait heureuse d'en mettre une à la disposition de Sa Jlajesté d'Angleterre ». Alors Cromwell avait fait choix de la fille cadette du duc de Clèves, dont il avait affirmé au Roi que « chacun vantait sa beauté de corps et de visage, et qu'elle était aussi supérieure en agrément à sa sœur, la duchesse de Saxe, que le soleil d'or à la luae d'argent. » Henri, pour mieux se renseigner, avait envoyé à Clèves son peintre Holbein : et celui-ci, dans le portrait qu'on peut voir au Louvre, avait représenté une jeune femme qui, sans grande beauté de traits et avec une expression un peu somnolente, était assurément d'un aspect beaucoup plus aimable que Jeanne Seymour, telle qu'il l'avait peinte deux ans ïUiparavant. Décidé, sans doute, par la vue de ce portrait, Henri avait demandé la main d'Anne de Clèves. La jeune princesse s'était

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mise en route pour l'Angleterre, s'occupant, sur son chemin, à apprendre les jeux de cartes favoris de son auguste fiancé ; à Douvres, à Cantorbery, à Rochester, le peuple lui avait fait un accueil enthousiaste ; mais quand Henri, avant de venir lui-môme lui présenter ses hommages, avait mandé auprès d'elle un de ses serviteurs, celui-ci, en levant les yeux sur hi future reine, avait fait une grimace de mauvais augure. Il connaissait les goûts de son maître, et prévoyait que ce visage-là ne le ravirait guère.

Holbein, avant de partir pour Clèves, avaitil reçu de Cromwell le conseil de flatter, au besoin, sa « contrefaçon a de la fîgiïrt^ de la jeune princesse ? ou bien ses ytnix d'artiste s'étaient-ils trompés, et lui avaient-ils fait découvrir, dans le visage d'Anne deClèves, des attraits que la nature n'y avait pas mis ? 11 y a, à Oxford, un autre portrait de celle princesse, qui doit avoir été peint au même moment que celui d'Holbein, car Anne yest exactement xèiue de la même façon : et déjà ce second por trait nous fait mieux comprendre la déception d'Henri Vlll, lors de sa rencontre avec sa fiancée : de petits yeux, une grande bouche, toutes les apparences d'un sang pauvre et malsain.

Mais les témoignages écrits nous forcent à penser que ce second portrait était encore trop

flatté. Ils nous apprennent qu'Anne de Clèves, à l'époque de ses fiançailles, avait un grand corps osseux et disproportionné, et que son épais visage était, en outre, profondément couturé des traces d'une petite vérole qu'elle venait d'aVoir. De telle sorte qu'Henri, quand il se trouva devant elle, fut « si merveilleusement étonné et déconfit » qu'il n'eut pas le courage de lui offrir les cadeaux qu'il avait apportés pour elle. Lui-même, cependant, à cette époque de sa vie, était loin de pouvoir passer pour un beau cavalier : tout son corps était gonflé démesurément, sa large face pendait en d'énormes bajoues, et il avait les jambes couvertes d'ulcères purulents qui rendaient son voisinage fort désagréable. Mais il n'en jugea pas moins Fqu'une femme comme celle que lui avait procurée Cromwell était indigne de lui : et Cromwell eut la tête tranchée; et Anne, presque au lendemain de ses noces, fut invitée à signer l'annulation de son mariage. Elle le fit, d'ailleurs, avec tant de bonne grâce qu'Henri en fut vraiment touché, et que l'on affirme qu'il songea plusieurs fois, par la suite, à se remarier avec une princesse aussi complaisante : d'autant plus qu'Anne de Clèves, dans l'intervalle, s'étant bien nourrie, bien reposée, s'étant faite au luxe et à l'élégance de la cour anglaise, avait changé et

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embelli considérablement. Tout compte fait, c'est bien elle qui fut la plus heureuse des six femmes d'Henri VIII.

La cinquième de ces femmes fut Catherine Howard ; la sixième et dernière fut Catherine Parr : et je voudrais d'abord dire quelcjues mots de celle-ci. Les historiens s'accordent à louer son tact, sa réserve, ses manières affables, rhabileté avec laquelle elle a su, jusqu'à la (in, retenir la faveur de son mari. D'où vient donc que son portrait (par un peintre anonyme, dans la collection de lord Ashburnham) nous laisse une impression plus fâcheuse encore (jue celle d'Anne Boleyn ? D'où vient que, sous la sim* plicité de la mise, et l'honnête apparence bourgeoise de la physionomie, nous sentons cjuelque chose de faux et de mauvais, qui nous lait oublier jusqu'à la laideur de ce visage aux lèvres lourdes et aux gros yeux saiUanls ? Et d'où vient que la même impression ressorte de tous les documents cités par M. Hume, qui n*a cependant que des éloges, lui aussi, pour le caractère de Catherine Parr ? Les lettres qu*elle écrivait au roi, par exemple, ont beau être plus (c pleines de tact » que celles que lui écrivait jadis Catherine d'Aragon : la flatterie y est si constante, et d'une humilité si forcée, que nous ne pouvons nous résoudre à la croire sincère.

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Et quand nous découvrons ensuite que cette princesse, toujours prévenante et douce pour les enfants d'Henri, était d'une dureté féroce pour ses serviteurs, nous ne sommes plus surpris qu'une telle femme ait réussi, tout en se donnant Tair de rester en dehors des affaires d'état, à jouer le grand rôle politique que nous voyons qu'elle a joué. Car non seulement, par sa famille et par son entourage, elle appartenait au parti catholique ; non seulement elle n'était devenue reine que grâce à ce parti, et en lui promettant de le soutenir ; mais jamais, depuis le divorce de Catherine d'Aragon, ce parti n'avait été aussi fort qu'il l'était à l'époque de son avènement. Or, elle ne fut pas plutôt installée à la cour que l'influence du parti catholique commença à décroître ; et bientôt, quand le conflit s'engagea ouvertement entre les deux partis, ce fut la protection active de la reine qui assura le triomphe définitif des protestants, en même temps qu'elle valait la mort ou la disgrâce aux anciens amis de Catherine Parr.

Du moins, la dernière femme d'Henri a-t-elle eu le mérite d'échapper, pour son propre compte, à toute catastrophe : elle a survécu au roi, comme elle avait survécu déjà aux deux autres vieillards qu'elle avait épousés précédemment ; et, aussitôt veuve, elle s'est remariée, en qua-

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