‹ Quelques figures de femmes aimantes ou malheureusesChapitre 12 sur 31 · MARIE DE MODELE IPJ · texte numérisé non relu

MARIE DE MODELE IPJ

a résolu d'entrer au couvent, et rien ne peut la faire revenir sur cette décision.

Non pas, au moins, qu'elle soit une petite sotte^ ignorant tout du monde, et aveuglément férue de sa dévotion ! Avec sa beauté pure et délicate, qui va survivre aux années comme à U souffrance, et durer jusqu'à nous dans d'admirables portraits, elle est gaie, vive, spirituelle, passionnément amoureuse de musique et de poésie ; instruite aussi, écrivant à merveille le latin et le français, curieuse du progrès des sciences, que la cour de Modène a toujours protégées, et ayant une telle souplesse d'intelligence que quelques mois vont lui suffire pour apprendre l'anglais, pour devenir infiniment plus anglaise qu'aucune autre des princesses étrangères que le mariage a jamais transportées à la cour de Londres : mais elle a, dès lors, un simple et profond sentiment d'honneur qui l'empêche d'admettre, une seule minute, qu'une promesse qu'elle a faite ne soit point tenue. Et déjà Peterborough se prépare tristement à quitter Modène, pour aller étudier à nouveau hi princesse de Neubourg, lorsqu'un événement se produit qui change, tout à coup, la face des choses. Le pape Clément X, peut-être pour répondre aux prières des cours d'Angleterre et de France, ou peutêtre, plutôt, par sollicitude paternelle pour

Io8 PROFILS DE FEMMES

Tavenir des catholiques anglais, écrit, de sa propre main, à la petite princesse Marie-Béatrice, une longue et belle lettre latine oii il lui ordonne d'oublier son vœu, et de consentir au mariage qui lui est proposé. « Chère fille en Jésus- Christ, lui dit-il, vous pourrez aisément comprendre de quelle anxiété Nous avons eu l'âme remplie lorsque Nous avons été informé de votre répugnance pour le mariage. Car, bien que nous comprissions que cette répugnance résultait d'un désir, très louable en soi, d'embrasser la discipline religieuse. Nous en avons été pourtant sincèrement affligé, en songeant que, dans Toccasion présente, elle risquait de former un obstacle aux progrès de la religion. »

Cette lettre, cet ordre, eut sur Marie-Béatrice un effet immédiat : la jeune fille fit savoir à Peterborough qu'elle consentait au mariage, ce dont l'excellent homme fut à la fois si étonné et si ravi qu'il résolut de procéder immédiatement à la cérémonie, sans même attendre l'achèvement de négociations qui venaient d'être entamées avec la cour de Rome, touchant certaines clauses secrètes du contrat. Le 3o septembre 1673, dans la chapelle du palais ducal de Modène, le chapelain de la Cour, Dom Andréa Roncagli, célébra le mariage du duc d'York, représenté par le comte de Peterborough, avec la princesse

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