LES DÉBUTS LITTÉRAIRES DE FAWNY BURNEY
a connu Tauteur qu'avec tout le mondé* Mais ce qui étonnait les contemporains fïEi^elina nous est désormais devenu cxpUcable. Deux fois au cours du XIX® siècle, en i84s et 1889, des documents ont été publiés qui nous ont introduits dans Tintimité la plus familière de la jeune « fabricante de caractères» de 1778 : nous apprenant, d^m même coup, et comment elle a eu Toccasion d'observer tous les types qu'elle nous a décrits, et pourquoi elle s'est tout de suite trouvée si adroite à nous les décrire.
Françoise (ou Fanny) Burney était la fille de Tun des hommes les plus remarquables de l'Angleterre dans la seconde moitié du xviii® siècle, et qui kii-méme mériterait d'être tiré de l'oubli où il est tombé : le compositeur, professeur de musique, et musicographe Charles Burney, auteur de la pantomime la Reine Mab^ de nombre de sonates pour le clavecin à deux [et h quatre matns^ d'une grande Histoire de la Musique^ qui compte parmi les meilleures qu'on ail écrites» mais surtout de deux récits de voyages en France^ en Italie^ en Allemagne, et dans les Pays-Bas, trésor incompa-
l^l FEMMES D AUTEURS ET FEMMES DE LETTRES
fable de renseignements à la fois sur les mœurs et sur la musique du temps. Musicien de profession, Burney était en outre un lettré, avec le goût et le génie de la conversation. Arrivé à Londres en 1760, il n'avait point tardé à s'y lier avec un groupe nombreux d'écrivains, d'artistes, et de beaux esprits; et lorsque, en 1774» il s'était installé dans une maison de Leicester Square où avait autrefois vécu sir Isaac Newton, son salon était devenu une des curiosités de la ville, comme aussi le lieu de rencontre habituel de tous les personnages notables qui visitaient Londres. Ainsi la petite Fanny, cachée dans un coin du salon des Burney, voyait tour à tour se dessiner devant elle une variété merveilleuse de figures, anglaises et étrangères, l'acteur Garrick et le peintre Reynolds, le docteur Johnson accompagné de sa bruyante élève et protectrice M""* Thrale, le prince Orloff, qui avait eu la gloire de collaborer à l'assassinat d'un tsar, et l'élégant Omiah, indigène tahitien, qui se flattait à juste titre d'être plus correctement vêtu, de saluer avec plus de grâce, et de mieux danser, que s'il avait été le fils et le disciple de lord Chesterfîeld. Personne, en vérité, ne la connaissait, la frêle et craintive enfant qui n'avait pas même, comme ses deux sœurs, l'avantage de savoir jouer à quatre mains un duo de Miithel : mais