‹ Quelques figures de femmes aimantes ou malheureusesChapitre 28 sur 31 · FEMMES U^AUTEURS ET FEMMES DE LETTRES · texte numérisé non relu

FEMMES U^AUTEURS ET FEMMES DE LETTRES

savoir comnient le tout ou des parties auront à être puKtiéâ^ ni après quel délai, sept ans, dix ans ? Mais, sur lous CCS sujets, je m'en remets à l'expérience pratique de J,-A, Fronde, et souscris d'avance à sa décision. Je lègue à rua nièce, Mary Carlyle Aitken, une copie incomplète du susdit manuscrit, qui se trouve parmi mes papiers avec les originaux des lettres de ma femme.

MalheiireLisement, lorsque Carlyle mourut, en 1881, son frère Jean et son ami Forster (le célèbre biographe de Goldsmith et de Dickens) étaient morts ; de telle sorte que les manuscrits de M*"* Carlyle se trouvaient entièrement confiés à {< rimpartialité », et à « l'expérience pratique » de James-Anlhony Froude. Celui-ci était un des hommes les plus intelligents de son temps, et, comme Ton sait, un admirable écrivain ^ Il ne manquait pas non plus de « droiture », bien que ses compatrioLes lui reprochassent de n'être que modérément scrupuleux en fait de véracité.

Désintéressé, généreux, toujours plein de passion sous Tapparence affectée de son scepticisme, il n'avait qu'un défaut, mais qui se trouvait être, dans Tespèce, d'ime gravité exceptionnelle : il était fou. Sur ce point ses admirateurs euxmêmes s'accordaient avec ses ennemis, dont le nombre dépassait peut-être encore celui des

' On pourra irouycr quelques détails sur la personne et l'œuvre de Froud« dans la première série de mes Écrivains étrangers.

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ennemis de Carlyle. L'historien d'Henry VIII et d'Elisabeth était victime de ce qu'un critique a appelé « la folie de l'inexactitude ». Il ne pouvait pas copier un document sans y introduire des variantes qui souvent en altéraient le sens- Décrivant une ville qu'il venait de visiter, il la représentait comme perchée sur une montagne tandis qu'elle s'étalait dans une plaine, ou comme arrosée par un fleuve dont elle était séparée par des centaines de lieues. Sans compter une fantaisie constamment en travail, et un goût naturel du paradoxe dont je ne crois pas qu'aucun autre écrivain, même anglais, ait off'ert l'exemple.

Tout cela^ on doit l'avouer, constituait un fâcheux ensemble de conditions pour une œuvre aussi délicate que la mise au jour des documents intimes légués par Carlyle. Et voici que, pour comble de malechance, Froude se rappela tout à coup, en présence de ces documents, un des mots favoris de son cher vieux maître. Il se souvint que celui-ci, au cours de leurs promenades, lui avait maintes fois parlé de « ses remords » à l'endroit de sa femme. Maintes fois, en effet, le vieillard, que la mort de sa compagne avait laissé inconsolable, lui avait dit qu'il se repentait de n'avoir pas suffisamment apprécié les qualités d'esprit et de cœur de sa bien-aimée Jeannie» pendant qu'il avait eu le

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