TABLEAUX DE GUERRE
Relève de Janvier
e soir(l), relève. Le régiment remonte
Nous partons du cantonnement de repos à ié heures. Le soir tombe. Ciel gris, pluie fine. La route boueuse s'allonge sous l'ombre qui s'épaissit. Le vent affole les chevaux. La pluie, plus violente, nous aveugle. Le bon Tobie — mon cheval — se cabre, refuse d'avancer. Il faut descendre. A la sortie de MafFrécourt(2), je renvoie les chevaux, — au grand plaisir d'ailleurs d'Eustache, mon ordonnance.
La nuit est complète. Il fait noir à ne pas voir à trois pas. Je suis resté à la queue de
(1) 7 janvier 1916.
(2) Au sud-est de la Main de Massiges.
en tranchées.
Q.W-BLQ.UES HÉROS
la compagnie avec les deux docteurs et un sous-lieutenant.
La pluie tombe de plus belle. Le vent de norois nous la chasse au visage. On croirait des aiguilles de grêle qui entrent dans la peau. La capote, lourde d'eau, bat les jambes. Près de moi, un pauvre troupier, courbé sous son sac, traîne lamentablement la jambe.
— Qu'est-ce que tu as?
— Il y a trois jours que je suis malade, mon capitaine.
— De quoi souffres-tu?
— De coliques.
— As-tu ta ceinture de flanelle?
— Oui, mon capitaine, et bien serrée.
Il me dit cela d'un ton si las, que je n'ajoute rien que quelques mots d'encouragement. Parler même le fatigue certainement. Et puis, je n'ai pas de voiture où mettre son sac ; il lui faudra endurer son supplice jusqu'au bout.
RELÈVE DE JANVIER
Et le camarade qui guide la colonne, dans la nuit, s'est trompé! Il nous fait passer par Y... C'est un kilomètre et demi à deux kilomètres de plus pour les malheureux troupiers. La pause ne vient pas. Je souffre encore d'une vieille blessure reçue au début de la campagne, à la jambe droite. A cette heure, elle me lance atrocement. Chaque fois que le pied pose à terre, il me semble appuyer sur une dent cariée.
La pause, enfin !
Je prends le parti de marcher en tête de la compagnie pour éviter autant que possible les à-coups.
Devant moi, Champion mon clairon, le fusil pendu à l'épaule gauche, le bâton dans la main droite, allonge ses grandes jambes infatigables.
La pluie redouble. La tempête grandit, plaquant sur les jambes raidies les pans de capote lourds de pluie. La longue théorie silencieuse et souffrante s'espace de plus en
plus sur la route. Les hommes tombent dans les fossés qui sont des cloaques. D'autres, qui ont les pieds en sang, les jambes ankylosées, la face brouillée par l'eau, avancent sans une plainte. Je songe avec angoisse que nous avons fait douze kilomètres et qu'il nous en reste dix à faire.
Pour comble, à tout instant passent des convois en sens inverse : c'est le régiment que nous relevons qui descend.
Les voitures, brutalement, nous rejettent dans le bas côté où l'on enfonce à pleine boue jusqu'à la cheville, roulent sur les pieds meurtris, avec la muflerie des charretiers pour les pauvres biffins.
La pluie, le vent font rage. C'est un hululement continu. On marche comme un troupeau ivre et titubant, aveuglé par la tempête.
A cela s'ajoute le sifflement des obus venus de droite, de gauche, d'en face. Ils traversent l'air avec un ronflement de
RELÈVE DE JANVIER
wagons glissant sur des rails et vont éclater, « flaouff », à quelque cent mètres.
Le fracas devient assourdissant. La pauvre file d'hallucinés continue sa marche d'automates dans les ténèbres
Des maisons, quelques lumières. C'est le petit village de ... Encore six kilomètres. La nuit se raie de flammes, fusées et éclairs des départs. La faim commence à me tenailler. Si les hommes ont mangé avant de partir, nous, nous n'avons rien pris depuis midi
Des trous lumineux au pied d'une pente noire : c'est le ...e d'artillerie. Juste, un de ses groupes se met à tirer. Une même pensée vient à tous : si les Boches répondent, nous sommes perdus!
La route coude. Et toujours des champs inondés, où se reflète la lueur des fusées ; toujours, dans la nuit, la membrure grêle des arbres effeuillés.
Sur un tertre, la carcasse tragique, trouée
d'obus d'une haute construction : c'est l'église de elle semble le squelette de quelque animal gigantesque.
Nous passons au pied et tournons à droite. Voici le chemin de Z..., les hauts arbres connus, dont certains gisent, déchiquetés par les obus.
Le supplice de mes pauvres troupiers touche à sa fin.
— Compagnie, halte ! Repos de manœuvre.
Nous sommes arrivés.
Harassés, les hommes se laissent choir sur leurs sacs, tirent des musettes quelques provisions, boivent un coup de « pinard ».
Au bout de quelques minutes, les langues recommencent à se délier. Le lieutenant de jour vient me rendre compte que tout le monde a rejoint.
Encore cinq minutes, et sac au dos ! Dans une demi-heure, chacun sera à sa place. Un air me monte aux lèvres.
RELÈVE DE JANVIER
— Tiens, un qui chante.
— Ah ! c'est le capitaine.
Le brave Paré, un de mes hommes de liaison, est devant moi. Il va guider la compagnie vers son nouveau poste. Les hommes ont déjà oublié leurs fatigues. Je les entends, derrière moi, rire, blaguer, chantonner. Tout à l'heure, ce sera le silence, et sans qu'on le commande.
Mais, pour le moment, ils s'ébrouent. Et je ne puis m'empêcher de penser à la merveilleuse puissance de bonne humeur de notre race. Ils tiendront les tranchées et gaillardement jusqu'à la relève prochaine.
Pour nous réduire, le Kaiser avait compté sans la force infinie de résistance de la gaieté française.
Le Coup de Main
Aujourd'hui un coup de main sur le bastion de la Mine (2) est annoncé pour la tombée de la nuit.
L'artillerie doit pratiquer deux brèches dans le réseau boche et « encager » le coin du secteur ennemi que les fantassins iront explorer.
Journée de printemps. Les oiseaux déjà pépient joyeusement. Une douceur flotte dans l'air. Il ferait bon vivre. Au loin, la brume, fine comme une gaze, voile l'horizon. Après l'engourdissement des longs
(1) 16 février 1917.
(2) Au sud du bois des Battes. En notre possession depuis l'offensive du 16 avril 1917.
LE COUP DE MAIN
jours de froid, c'est le dégel. La nature s'étire sous la tiède caresse du soleil.
La préparation a commencé.
Le 75 claque d'un coup sec. Les obus glissent au-dessus de nos têtes avec un sifflement et comme un miaulement plaintif. Par delà les champs déserts, sur les lisières de bois qui s'épaississent en masses grises, les arrivées frappent leurs rudes coups de marteau.
Un boyau conduit au poste de commandement du colonel
Le colonel, type classique de soldat français, grand, sec, figure anguleuse, énergique et douce, très calme, attend au téléphone les résultats du « travail » des artilleurs.
— Mon colonel, je vous serais reconnaissant de me donner un agent de liaison.
— Accordé.
En route !
(i) Le colonel Mouveaux, commandant le 890 R. I.
Au couchant, le soleil semble entre lés nuages une masse étincelante de métal en fusion d'où partent de longues traînées d'or fauve illuminant le gris fin du ciel.
Le fracas de la préparation d'artillerie, au fur et à mesure qu'on approche de la première ligne, devient assourdissant. « FlaoufF! Flaouff ! » C'est l'écrasement des bombes de crapouillot. « Paf! Paf! » C'est le 75 rageur. Les coups partent, tantôt par un, tantôt par salves, cependant que, semblables à des aigles aux larges ailes, nos avions tournoient au-dessus des lignes et, paisibles, surveillent la manoeuvre.
Des nuages de fumée noire s'élèvent des points battus, épaississant la brume du soir qui déjà enveloppe toutes choses.
Rrac!
Les Boches réagissent...
Chute d'arbre ; pluie de terre dans le boyau : ce doit être du 105.
LE COUP DE MAIN
L'agent de liaison — un beau gaillard bien découplé — se retourne.
— Mon capitaine, est-ce que je vais trop vite ?
— Non pas ! En avant ! en avant !
A droite, à gauche, les explosions ébranlent le sol. Devant, le fracas est de plus en plus effroyable. Il semble que l'on s'enfonce vers un gouffre de ténèbres et de flammes.
Au-dessus de nous, le bruit d'un moteur. Cette fois, c'est un oiseau boche qui tournoie. Un à un, on entend sa mitrailleuse égrener les coups. « Miaou ! Pstt ! » Des balles. Le bruit sec d'une branche cassée.
— Mon capitaine, ici, je ne sais plus. Allons, bon ! Comment s'y reconnaître
dans le dédale de tranchées et de boyaux que nous venons de parcourir? Où aller?
Bah ! « Faut pas s'en faire ! »
— • C'est bien, mon garçon. Vous pouvez disposer.
Voici un groupe de poilus, debout devant la gueule béante d'une cagna.
— Qui est-ce qui commande ici ?
— Le lieutenant X...
— - Dites-lui de monter.
Un bruit de pas dans le trou sombre. Le lieutenant X... émerge.
— Conduisez-moi à la tranchée de départ. Un détour, puis un autre, puis un autre
encore, dans le tintamarre grandissant.
Nous y sommes.
Les poilus sont alignés le long de la banquette de tir, alertes, sanglés dans la vareuse; une musette à droite pour les grenades; le masque à gauche; le casque en tête, jugulaire au menton; au poing, le fusil armé de la baïonnette, semblable — dans le jour qui meurt — à une longue aiguille noire.
Un coup de sifflet.
L'officier qui commande l'attaque se dresse sur le dernier gradin de franchissement. Il s'avance, droit sur la brèche, — vingt
LE COUP DE MAIN
mètres de terrain bouleversé et comme brûlé dans le réseau boche.
Au loin, une mitrailleuse crépite. De toutes parts les* obus sifflent et craquent avec un vrombissement.
Un à un, chaque homme, en silence, suit, courbé en deux, soulevant la crosse du fusil, et court vers le parapet boche, une mince butte blanchâtre, derrière laquelle vient de disparaître l'officier.
L'ombre est presque complète.
Un bond.
Nous voilà chez l'ennemi.
Les cagnas ne sont pas comme chez nous. Le cadre d'entrée est plus petit et plus massif. L'escalier semble s'enfoncer tout droit, comme un puits mystérieux et terrible.
Devant, on distingue, dans la semi-obscurité, le geste arrondi du poilu qui — au passage — y jette une grenade. On entend un craquement sourd... Une fumée sort...
Rien!
Une angoisse serre le cœur.
On ne voit pas à trois mètres.
Le pied bute sur des morceaux de rondins, des débris de ferraille. Tout a été bouleversé, les claies arrachées, les banquettes éboulées... Ici, une cagna écrasée. La poutre formant semelle est brisée par le milieu, les étais déchiquetés, calcinés. La terre s'est effondrée. Quelle destruction! Ces décombres sentent le cadavre.
On s'arrête..., on écoute... Rien que le sifflement des balles, l'explosion des grenades, les « rrac ! » des obus. Autour de nous, les éclats se plantent en terre avec un ronflement de toupie. Une acre odeur de poudre saisit à la gorge.
Second coup de sifflet. Il faut partir. A voix étouffée passe l'ordre : « Demi-tour! »
Sans un mot, les ombres sortent une à une de la tranchée boche...
Une course sur la plaine.
Enfin ! chez nous !
LE COUP DE MAIN
Les balles peuvent claquer, les bombes à ailettes cingler comme des coups de fouet : les langues se délient.
L'un brandit un écriteau blanc aux lettres noires; l'autre tient une crosse brisée, une bretelle de cuir.
— J'ai tout ramassé. Je m'en f
Ils parlent tous à la fois, excités, rouges, en sueur, se mouchant, s'épongeant. Entre les pare-éclats, le long des banquettes de tir à demi effondrées, c'est un brouhaha, un encombrement affolé, cependant que, sous le ciel sombre, les explosions continuent d'éclater et les balles de frôler, sournoises, comme de grosses mouches au crissement aigu.
— Et des prisonniers ?
— Nous n'avons rien vu... Il faisait noir. Et puis les crapouillots ont trop écrasé les abris...
— Mon capitaine! mon capitaine! Il y a un blessé resté sur la plaine... On entend ses cris... Il est debout contre un arbre...
En effet, de l'ombre sortent des gémissements : « A moi ! A moi ! »
— Il faut aller le chercher. Allons ! deux hommes, avec un sergent !
Sur notre droite, un brusque remous.
— Par ici! par ici !«.. C'est nous qui les avons pris.
Deux Boches paraissent, entourés de troupiers qui gesticulent, parlent, rient, exultent.
L'un porte une casquette plate qui paraît neuve ; l'autre est coiffé d'un casque de tranchée qui lui couvre les oreilles comme un bonnet d'enfant.
On les pousse dans une sape. Nous descendons. Au bas des marches, une salle de cinq pieds carrés, encombrée, étouffante, à l'atmosphère lourde de toutes les haleines qui y respirent. La flamme jaune d'une bougie l'éclairé faiblement.
Le plus âgé des prisonniers est un homme de taille moyenne, traits durs, teint jaune,
LE COUP DE MAIN
barbe couleur de vieux chaume, 'raide et mal coupée, des yeux faïence sous les sourcils châtain sale.
— Von welchem Régiment sind Sie? (De quel régiment êtes-vous?)
— Wie ait sind Sie? (Quel âge avez-vous?)
— Sieben und dreissig Jahre. (Trente-sept ans.)
— Woher sind Sie? (D'où êtes-vous?)
— Von Ober-Franken. (De Haute-Franconie.)
Et il se met à parler avec volubilité, en jouant des mâchoires comme un bonhomme articulé.
Littéralement, il hache de la paille.
Cet être verdâtre et mal équarri fait penser à un homme des bois. Quelle distance entre cet anthropoïde et nos paysans ! Jamais je n'avais senti de façon aussi saisissante que nous étions toujours les légionnaires romains défendant le vieux sol gaulois contre les barbares.
Q.U E L QJJ E S HÉROS
L'autre a vingt et un ans. Il est du Palatinat. Blond, à figure- longue, au crâne volumineux, au teint frais, ce Rhénan est certainement plus près de nous
On sort de la cagna... Il fait maintenant nuit noire. A droite et à gauche du boyau où nous avançons à tâtons, les 105 nous accompagnent, déchirant les ténèbres des lueurs fauves des éclatements...
Les (( As )) de la Grenade
oixante-douze grenadiers et fusiliers-
mitrailleurs enlevant de haute lutte une
organisation boche et anéantissant plusieurs compagnies ennemies (on n'a pas compté moins de deux cents cadavres boches sur le terrain), voilà un fait d'armes qui vaut d'être cité.
Opération de détail, mais qui est à étudier de très près, dans une guerre où l'action des petites unités prend une importance considérable, et où, de plus en plus, la valeur individuelle se montre décisif facteur du succès.
Le 18 juin dernier un coup de main
(i) 18 juin 1917.
vivement mené avait mis en notre possession un système de tranchées boches fort gênant pour nous par l'avancée qu'il constituait à l'intérieur de nos lignes entre le mont Cornillet et le mont Blond.
Le succès n'avait pas été complet toutefois : une partie de l'organisation boche — la partie ouest — était restée aux mains de l'ennemi.
Le commandement résolut de consolider sans tarder les résultats acquis. Il ordonna donc un nouveau coup de main pour le 21 juin au petit jour, à 311 30.
Comme les organisations dont il s'agissait n'étaient pas protégées par des réseaux de fils de fer, il fut décidé qu'elles seraient attaquées sans préparation d'artillerie, afin de ne pas donner l'éveil.
Un groupe de grenadiers de six escouades, appuyé en seconde ligne par trois escouades de fusiliers-mitrailleurs, et flanqué de huit mitrailleuses à droite et quatre à
LES « AS » DE LA GRENADE
gauche, devait attaquer à l'improviste la garnison allemande et la débusquer.
Afin de permettre à l'opération de s'effectuer sans l'intervention gênante de renforts boches, l'artillerie devait être en surveillance dés 3hi5, prête à exécuter un tir de barrage, afin d'isoler de l'arriére l'îlot attaqué.
Le 21 au matin, donc, — la nuit étant encore noire, — tout le monde se trouvait à son poste. Même, le capitaine chargé de l'affaire avait jugé prudent d'envoyer, la veille, un de ses sous-lieutenants, le souslieutenant Alligné du 77e régiment d'infanterie, occuper dés 21 heures, avec deux sous-officiers, le maréchal des logis Pellerin du 16e chasseurs à cheval et le sergent Gamief du 248e d'infanterie, un « bouchon » (I) nous séparant des Boches dans le boyau d'où l'attaque devait partir.
(1 ) Barrage en chicane, établi dans un boyau pour arrêter l'avance de l'ennemi.
A 2h45, on apportait les dernières caisses de grenades. Nos hommes n'attendaient plus que l'heure « H » (3h 30) pour s'élancer.
Or, voici que, dans la nuit où commencent à blanchir les premières pâleurs du jour, des ombres surgissent.
Des éclatements craquent, suivis de longs jets fulgurants.
Ce sont les Boches qui attaquent à coups de grenades incendiaires.
L'une d'elles tombe à deux mètres.
Alligné et ses deux sous-officiers sont atteints.
— J'ai eu un instant d'affolement, me disait Alligné sur son lit d'hôpital. J'avais la figure phosphorescente... C'était comme la lueur des chiffres sur les montres lumineuses... Je sentais des brûlures sur les mains, sur les cuisses, sur la poitrine, sur les joues...
(En effet, tout le côté droit de sa face n'est qu'une plaie. L'œil l'a échappé belle ;
LES « AS » DE LA GRENADE
heureusement la paupière seule a été atteinte.)
— Mais quand. j'ai vu que je ne souffrais pas trop, je suis resté.
Nous avons pris des grenades, et en avant! dans le tas!
Au bout de vingt à vingt-cinq minutes, ils ont lâché pied.
Alors nous les avons talonnés.
Nous sommes entrés avec eux dans leur tranchée...
Quand j'ai vu que ça marchait bien du côté droit, je me suis porté sur la gauche, où notre mouvement paraissait arrêté...
De ce côté, des mitrailleuses prenant la tranchée attaquée d'enfilade empêchaient la progression et surtout interdisaient le ravitaillement en grenades.
Mais le capitaine Ullern, qui d'un petit poste en avant de nos lignes dirigeait l'attaque, les avait vues. A coups de V. B.
( i ) Grenades à fusil.
il les faisait battre. A 4hio, elles étaient réduites. Le mouvement en avant reprenait.
— Je m'étais dressé debout sur le parapet pour mieux diriger mon monde, continue Alligné.
Les Boches f... le camp ! C'était un plaisir! Jamais je ne les avais vus filer comme ça.
Soudain, j'ai reçu comme un coup de fouet à l'épaule gauche. Je ne sentais plus mon bras. « Tiens! je suis touché! une balle!... » J'ai remué les doigts... Ils marchaient... Je me suis dit : Allons! il n'y a pas trop de mal!
On s'est remis à la poursuite des Boches.
Ils n'ont pas existé, mon capitaine!
Cependant Ullern faisait avancer les escouades de fusiliers-mitrailleurs, mettre en batterie sur la gauche une section de hotchkiss et vider chargeurs et bandes sur les Boches fuyant de trou d'obus en trou d'obus.
Les Boches déclenchaient successivement
LES « AS » DE LA GRENADE
deux contre-attaques, que nos mitrailleuses et nos grenadiers arrêtaient net.
A 5 heures, tout l'îlot attaqué était conquis, et deux tirs de représailles par 105 et 210 n'étaient que les manifestations brutales d'une rage impuissante.
A 5h 30, les grenadiers d'élite et les fusiliers-mitrailleurs étaient relevés.
Ils redescendaient des lignes, pourvus de casques, de fusils, de revolvers pris à l'ennemi.
Partout sur leur passage éclataient les applaudissements de leurs camarades du 1 66e régiment d'infanterie.
— Bravo! Vous les avez eus! Vous êtes des as !
Le nom leur restera : les « as de la grenade ».
Plus de deux cents cadavres boches jonchaient le terrain. Nos gens emportaient six mitrailleuses.
Leurs pertes?
En tout, trois tués et six blessés !