‹ Quelques HérosChapitre 15 sur 48 · DANS LA SOMME · texte numérisé non relu

DANS LA SOMME

Comment le Fusilier Couapel{l\ du Ç4e R. 7., a gagné la Légion d'honneur à Sailly^Sallisel

Le 29 octobre 191 6, après un bombardement violent des premières lignes ennemies par notre artillerie, une section de la 5e compagnie du 94e régiment d'infanterie recevait l'ordre de se porter jusqu'à la tranchée boche de F « Église (2) » pour se rendre compte de l'effet de notre bombardement et — si possible — l'occuper.

Un quart d'heure à peine après la tombée de la nuit, vers 18 heures, la section, sous

(1) Tué comme caporal, le 29 août 1917, à Verdun.

(2) Ainsi appelée parce qu'elle passait sur l'emplacement de l'église du petit village détruit.

Q.UELQ.UES HÉROS

les ordres du sous-lieutenant Bailly, sortait de nos lignes.

Depuis cinq jours il a plu sans discontinuer. Sol détrempé. Une boue épaisse, gluante, dans laquelle les pieds enfoncent et d'où les souliers ne peuvent se dégager.

Il n'y a que cinquante à soixante mètres à franchir, mais il fait déjà nuit noire, et quel terrain ! complètement bouleversé par le marmitage des deux artilleries ! On patine dans la boue pour rouler dans les trous d'obus.

Néanmoins, l'énergique petite troupe aborde rapidement la tranchée ennemie. Les Boches, surpris* peuvent à peine tirer quelques coups de feu : Couapel en tête, nos troupiers fondent sur eux.

Ils distinguent dans la nuit des êtres hagards qui lèvent les bras en criant : Kamerade !

Couapel fait signe aux Kameraden de se mettre de côté et entraîne ses compagnons

COMMENJ LE FUSILIER COUAPEL FUT. DÉCORE

en avant dans la tranchée qu'il faut occuper, et où jlui-même s'apprête à mettre en batterie son fusil-mitrailleur.

Mais les unités boches voisines contreattaquent à la grenade. Les uns après les autres, Couapel voit tomber ses compagnons, tués ou blessés.

Lieutenant, sergents et caporaux sont atteints.

Plus de gradés.

Or, on n'a pas eu le temps de désarmer les prisonniers. Que faire s'ils se ressaisissent et attaquent par derrière, pendant qu'on est pris de face et de flanc par la contre-attaque ?

La situation est terrible.

Couapel ne perd pas son sang-froid.

Il se retourne vers la troupe de prisonniers boches, leur fait signe de le suivre, et, prenant la tête de la colonne, se met en devoir — au milieu des ténèbres — de les ramener dans nos lignes.

Il va au jugé.

Comme il est seul, il lui faut surveiller la marche des derniers aussi bien que des premiers. Ils sont vingt-trois.

Les balles sifflent. A droite, à gauche, les éclatements déchirent les ténèbres de lueurs fauves aveuglantes, car l'artillerie boche a déclenché le tir de barrage. Il voit un entonnoir d'obus. Il fait signe à ses prisonniers de s'y planquer. Lui-même se place sur le rebord avec son fusil-mitrailleur pour les tenir en respect.

Mais voici qu'il aperçoit une mince lumière. Une voix s'adresse en allemand aux prisonniers.

— Qui est-ce qui parle ici ?

— Officier du 94e, 2e bataillon. Qui êtesvous ?

— Soldat Couapel, fusilier-mitrailleur.

— Vous êtes seul ?

— Oui.

— Attendez, je vous envoie du renfort.

C'est un lieutenant du 94e devant son abri.

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