COMMENT LE FUSILIER COUAPEL FUT DÉCORE
Il adresse quelques hommes au brave Couapel, qui les expédie à la recherche des autres Boches faits prisonniers dans la tranchée, et qui s'étaient égaillés.
De trou d'obus en trou d'obus, on en ramène une trentaine.
A I9h 30, suivi de ses Boches — cinquantedeux exactement — Couapel se présentait au poste de commandement du chef de bataillon.
Mais sa tâche n'était pas finie.
Le lendemain, à vingt mètres des Boches, sous les balles, il organisait avec quelques survivants de sa section une tranchée d'approche à l'abri, d'un gros arbre abattu. Les Boches marmitent; l'arbre, atteint d'un obus, croule, écrasant un homme sous sa masse.
Couapel monte sur la plaine pour essayer de le retirer, — malgré les cris de ses camarades :
— Descends! tu vas te faire tuer! Il ne bouge plus ! Il est mort !
« Mais, raconte Couapel, je voyais encore les doigts remuer. »
Il fait tant et si bien qu'il dégage son camarade
A vingt mètres des Boches! dans la fusillade et le craquement des marmites !
Quelques jours après, à la descente des tranchées, le lieutenant-colonel Detrie commandant le régiment avait la joie d'épingler le ruban rouge sur la poitrine de ce vrai héros.
C'est un grand gaillard, un Breton du recrutement de Saint-Malo. Classe 1906.
Moustache blonde, yeux bleus. Tout simple. Un air de force saine et aussi de douceur qui paraît surtout lorsque la figure s'éclaire d'un sourire.
Chose curieuse, il avait été réformé pour faiblesse cardiaque et n'est au front que depuis le 30 octobre 1915.
Mais il y a toujours montré que, pour un brave, la faiblesse cardiaque n'empêche pas d'avoir du cœur.
Comment le 16e bataillon de Chasseurs à pied a emporté la tranchée ailemande de l'Église, à Sailly^Sallisel, le 5 novembre igi6
Le dimanche 5 novembre, à nh 10, le 16e bataillon de chasseurs à pied (commandant d'Aqùin) attaquait la tranchée dite de l'Église à Sailly-Sallisel. Dix minutes après, la tranchée était entre nos mains, deux mitrailleuses prises et une centaine de prisonniers dirigés sur nos lignes.
Fait d'armes analogue à beaucoup d'autres accomplis au cours de cette guerre ; mais ici, les circonstances en font un extraordinaire et admirable exploit.
Le 16e bataillon, qui s'était déjà distingué à la prise de Rancourt, le 26 septembre,
était remonté en tranchées le 25 octobre. N'ayant pu encore réparer les pertes subies au premier séjour, il n'alignait guère plus de quatre cents fusils.
Aussi, l'intention du commandement était-elle de ne demander à cette troupe d'élite qu'un effort violent, mais rapide.
— Vous attaquerez dans deux jours et vous serez relevés.
Des contre temps font retarder l'attaque de dix jours.
Pendant dix jours, les chasseurs du 16e bataillon doivent tenir les premières lignes sous un bombardement incessant, dans un sol tellement ameubli (il pleut sans discontinuer) que le secteur est un véritable marécage où l'on enfonce jusqu'en haut des cuisses, où il est impossible de creuser une tranchée, à plus forte raison un abri, où le ravitaillement ne peut se faire qu'à dos d'hommes et la nuit. Jamais de soupe chaude. Pour boisson, de l'eau bourbeuse.
PRISE D'UNE TRANCHÉE A SAILL Y-SALL1SEL
Les capotes lourdes d'eau, lourdes de boue, collent après les jambes. Impossible de se réchauffer. Et toujours le ciel bas verse la même pluie fine, implacable. Toujours aussi des 210, des 150, des 105 fusants s'abattent sur nos lignes.
Dans les journées du 31 octobre au Ier novembre, les Boches martèlent nos positions d'un bombardement d'une telle violence, le sol est si complètement bouleversé que les agents de liaison du commandant se perdent quand ils vont du poste de commandement à la première ligne. Or, ils n'ont que cinquante ou soixante mètres à franchir.
Après le pilonnage, une attaque.
Elle est repoussée.
Mais les hommes sont si exténués que, le surlendemain, 3 novembre, le commandant d'Aquin croyait de son devoir d'avertir le commandement de l'état d'épuisement où se trouvait son bataillon après ce séjour de
huit jours dans la, boue, sans sommeil, sans pain et sous un bombardement ininterrompu.
Son rapport se terminait par cette phrase héroïque :
« Les forces physiques sont à bout, les forces morales subsistent seules. »
Les forces morales subsistaient, et leur pouvoir était tel qu'elles allaient permettre d'accomplir l'exploit du 5 novembre.
Le dimanche 5 novembre, en effet, dès l'aube, la préparation d'artillerie française martèle la tranchée boche.
A nh 10 — heure fixée pour l'attaque — l'artillerie allonge son tir.
Alors on vit un spectacle prodigieux.
Des lignes françaises, des blocs de boue surgissent.
Les Boches sont à une distance variant de quatre-vingts à cent cinquante mètres. La terre est mouvante, gluante, on s'y enlise à chaque pas. En un clin d'œil cependant, les
ioé