LA PRISE DE LOIVRE, LE 16 AVRIL
ficelle, déclarait-il en rendant compte du fait.
Nous progressons.
Le soleil se montre enfin — semblable à une nappe d'argent en fusion, — dardant ses rayons aigus entre les lourds nuages gris.
L'avance se poursuit. A 8 heures, nous occupions la dernière tranchée boche avant d'arriver au canal.
Le capitaine-mitrailleur Pasquier venait s'y installer avec ses pièces.
Cest un vétéran de toutes les attaques. Petit, sec, vif; un Charentais qui sent déjà le Midi. Pour casque, un béret. Il a reçu une balle au-dessus de l'œil droit en juillet 191 5 et a été trépané. Il ne peut pas supporter la « soupière »
Soudain, il voit, à l'écluse de Noue Gouzaine(l), une section de mitrailleuses boches qui vient de se mettre en batterie.
(1) Nom que les poilus donnent au casque.
(2) Sur le canal de l'Aisne à la Marne, au sud-ouest de Brimont.
— Sergent Dubois, prenez une pièce!
Venez avec moi.
Suivi du sergent portant sa pièce sur l'épaule, il s'installe dans un trou d'obus, en avant de la tranchée. Cinquante balles en tir rapide! La section boche est fauchée avant même d'avoir pu mettre en batterie!
A un autre point de la position, Gauliard, qui a quitté ses crapouillots, avise un Boche qu'il vient de faire prisonnier.
— Tu dois savoir le français?
— Oui, j'ai travaillé à Reims.
— Bon! Eh bien, tiens! bois un coup de pinard!... Maintenant, appelle tes camarades!
Le Boche se met debout sur la tranchée, et avec force gestes crie à ses compagnons de venir.
Surgissent une centaine de « Feldgrauen » qui vont rejoindre les prisonniers déjà capturés.
Mais c'était à gauche que les « Lions » devaient faire le plus beau coup de filet.