LE PRISONNIER ALSACIEN
L'un d'eux survole le Boche, se laisse tomber sur lui.
— Tac ! tac ! tac !
Victoire! Le Boche pique du nez... Il est frappé à mort. Il descend, il descend...
A travers champs on se précipite.
C'est là-bas, près d'un bois, que gît la carcasse désemparée.
Le vainqueur, en tournoyant, vient se poser auprès.
Déjà des troupiers accourent des environs.
L'aviateur français se saisit de quelques sapeurs pour faire écarter les curieux.
L'interprète d'un camp de prisonniers voisin arrive en s'épongeant.
Voici les deux Boches.
L'un, long, sec, teint de pain d'épice, cheveux couleur de chaume, séparés par une raie impeccable. Junker hautain. Il a une balle dans le mollet. On l'emmène se faire panser.
L'autre est allongé à terre : il a reçu une balle dans l'aine.
Il souffre. Sa tête retombe exsangue, inerte. Beau jeune homme de vingt-six à vingt-sept ans. Physionomie douce, ouverte, teint clair parsemé de taches de rousseur. Cheveux blonds d'or, en brosse.
C'est le pilote.
Le toubib est auprès.
Il sonde la plaie...
L'interprète s'approche.
Il a laissé partir l'autre, mais celui-ci l'attire. Lui est Alsacien, Strasbourgeois; et — me disait-il plus tard, — ce ce type-là n'avait pas une gueule de Boche ».
11 regarde la plaque d'identité que le blessé porte au poignet.
Il pâlit; une émotion indicible l'étreint.
« X Ruprechtsau(l)... 18... »
Il se penche vers le blessé et, d'une
(i) Faubourg de Strasbourg. En patois alsacien : la Robertsau.