‹ Quelques inedits d'Octave PirmezChapitre 6 sur 16 · MENUS PROPOS · texte numérisé non relu

MENUS PROPOS

Bourgeois.

Le bourgeois a des phrases toutes faites. Il dit : Découpez-moi cette volaille avec toute l'habileté qui vous caractérise.

Le bourgeois prône la justice et toutes les qualités froides. L'impuissance signe : sagesse, a dit Hugo.

Le bourgeois est sans pardon pour l'originalité. Son esprit doit être carré par sa base, et son cœur, un métronome.

Il est ennemi-né de la chevalerie et du romanesque. Les écarts du génie sont folie; les tendresses de l'âme, enfantillages. Sa plus haute sagesse le mène à passer inaperçu dans la vie, entre le boire et le manger.

Le bourgeois s'arrête hébété devant les statues de Goethe, Schiller, etc.

Il a des muscles et manque de fibres.

Il est compréhensif jusqu'à l'âge de quinze ans. Toutes ses bonnes qualités sont résorbées par sa virilité.

Cent ruchées de bourgeois occupent moins d'espace dans l'univers qu'un seul cheveu de poète.

Son sang doit être jaune.

OCTAVE PIRMEZ

— Pourquoi êtes-vous mis au monde?

— Pour me marier, m'amuser, avoir des héritiers.

Sachez que ses fils sont toujours des héritiers, ni plus ni moins que les dauphins.

Pour le bourgeois, il n'y a jamais d'expression, il n'y a que les traits. Rien ne déplaît plus au bourgeois que des mémoires, biographies, autographies. Il trouve que les auteurs y parlent trop d'eux-mêmes. Cela offusque sa personnalité de bourgeois. Une idée le tourmente : c'est un homme comme moi. Qui ose ainsi s'afficher?...

Hugo est donc bien bon, quand il dit dans sa préface : moi, c'est vous, lecteur.

Il est un sourire bourgeois, incompréhensible de fatuité, et un éclat de rire bourgeois, qui vous révèle tout un monde : hi ! hi !

Le bourgeois serait suspecté s'il ne se mettait sans cesse à cheval sur sa probité et sa religion.

Il aime à parler de ses associés. Quand les bœufs sont deux à deux, le labourage n'en va que mieux.

Il est un regard bourgeois, accompagné d'un mouvement de gorge plein d'humeur, lorsqu'il prononce ces paroles : « Cet homme ne manque pas de bon sens »... — A du bon sens — serait déjà trop dire.

Trois choses donnent le tremblement au bourgeois : le sabre, le pavé et la plume. Je lui fais grâce des deux

OCTAVE PIRMEZ

premiers engins, non du troisième, avec lequel je ferais un livre intitulé : Sotte espèce.

Quand son regard veut être franc, il n'est qu'effronté; quand il veut être aimable, il n'est qu'impudique ; quand il veut être fier, il a la froideur de celui du reptile.

Il se croit gai quand il goguenarde.

Il a horreur du sang; mais il aime l'ordure. Son poème est : la Merdiana.

Charmante famille ! Le père, la mère, les deux enfants, tour à tour graves et souriant malicieusement; graves dès qu'ils parlent ne fût-ce que de la pluie et du beau temps; souriant malicieusement dès qu'ils vous écoutent.

Il y a des gens qui démolissent leur adversaire par en dessous, par une sape rapide et répétée; ils ont les sourcils arqués, la figure allongée, les lèvres fines. J'en ai vu qui plaisantaient en vous offrant des bonbons empoisonnés, et d'autres qui lançaient des bombes qui éclataient longtemps après avoir été lancées. Ils avaient l'expression placide et la bouche relevée aux coins... Mais j'avoue en avoir peu rencontré qui allassent droit à leur adversaire pour lutter bravement corps à corps.

l^es Poèmes en prose

INTRODUCTION

LE GRAND CAHIER VERT Les Umbrae

Le grand Cahier vert renfermait 272 pages numérotées. Pirmez y avait recopié des écrits de jeunesse.

Il n'en subsiste que quelques pages, environ soixante : ce sont des poèmes en prose, les Umhrae,

Sur la page de titre, la première du registre, on lit : DUNSTANy Souvenirs de la Vingtième Année et un sous-titre :

Dunstan Vie passagère Umbrae

D'après les déclarations de Pirmez ('), Dunstan, c'étaient les Jours de Solitude; Vie passagère, ce furent les Heures de Philosophie, Le tout devait exprimer son

(1) Verso de la couverture du grand enlevée de ce cahier où ne reste plus que la note du Cahier jaune, p. 1, citée dan» vert, p. 56.

Cahier vert : < Toute la partie critique a été la partie sentimentale et personnelle. > Voir aussi V Introduction aux Jours de Solitude, et k Cahier

OCTAVE PÎRMEZ

âme, peindre un des tyi^es du siècle, une sorte d^Oberniann chrétien — répétait Pirmez — monomane du regret, obsédé par le temps qui transforme et ruine tout, et cherchant Fimmortalité dans Tau-delà ou dans la mémoire des générations futures.

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