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L'excommunication dont j'avais été menacé

Ce qui m'a décidé a été la considération du très grand nombre de jeimes prêtres qu'une catastrophe aurait consternés, ou exaspérés, ou compromis. Un professeur de grand séminaire, à qui javais écrit : (( Mon plus grand désir est que ])ersonne ne se compromette pour moi », ma répondu : « Hélas ! combien sommes-nous ({ui déjà sommes compromis, et dont l'avenir dépend de ce que vous deviendrez ! » Trois autres prêtres m'ont écrit ce matin, l'un pour me demander une réponse aux doutes qui le rongent, un autre pour me dire sa sympathie, le troisième la révolte de son Ame contre ce qui se passe à mon sujet. Que deviendrait tout ce monde, si ma situation ecclésiastique était perdue? Me voilà perdu seulement pour la Sorbonne et le reste. Car il est peu probable que Pie X m'engage à continuer mon cours.

/ Gardez-moi le secret sur tout ceci, jusqu'à ce qu'on sache si ma soumission est acceptée. Je suis persuadé qu'on l'acceptera. Mais qui sait? Mieux vaut ne rien dire et attendre. Encore est-il que je ne vois pas ce qu'on pourrait exiger davantage.

Bellevue, le ss8 février 1904.

A. Sa Sainteté le Pape Pie X.

Très Saint Père,

Je connais toute la bienveillance de Votre Sainteté, et c'est à son cœur que je m'adresse aujourd'hui.

Je veux vivre et mourir dans la comnmnion de l'Eglise catholique. Je ne veux pas contribuer à la ruine de la foi dans mon pays.

Il n'est pas en mon pouvoir de détruire en moimême le résultat de mes travaux.

Autant qu'il est en moi, je me soumets au jugement porté contre mes écrits par la Congrégation du Saint-Office.

En témoignage de ma bonne volonté, et pour la pacification des esprits, je suis prêt à abandonner l'enseignement que je professe à Paris, et je suspendrai de même les publications scientifiques que j'ai en préparation.

Je suis, Très Saint Père, avec le plus profond respect, etc.

Bellevue, le 28 février 1904.

La réponse du Pape ^ me fat coinmiiniquée parle Cardinal Richard le 1 2 mars. Ma lettre au Saint-Père n'était pas plus agréée que les deux précédentes , écrites à son Secrétaire d'Etat. Pie X commençait par dire que cette lettre, adressée à son cœur, ne partait pas du cœur; il prenait acte ensuite de ma déclaration au sujet de mon cours des Hautes Etudes, mais pour ajouter que ce quil y açait de bon dans ma lettre était annulé par la phrase : « // n'est pas en mon pouvoir de détruire en moi-même le résultat de mes travaux »; iL insistait de nouveau pour la î'étractation absolue, et il concluait en disant : a Certes, on ne lui demande pas de ne plus écrire, mais d'écrire pour déjendre la tradition, conformément à la parole de saint Rémi à Clovis : Adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré ».

Je m'efforçai en vain d'e.xpliquer au Cardinal

1. Je ne donne qu'une analj'se du document pontifical, n'ajant pu en obtenir copie, non plus que de la réponse du Cardinal Merry del Val à ma lettre du 11 janvier. Le Cardinal Richard me lisait les textes, mais je ne les ai pas eus entre les mains. J'ai quelque raison de soupçonner que la lettre du Pape contenait, à la fin, la concession d'un délai, ou le retrait de la sentence d'excommunication que le Saint-Office avait dû porter contre moi dans le temps même oi!i ma lettre à Pie X était arrivée à Rome.

Richard ce que la rétractation pure et simple de deux mille pages imprimées, oh il ny a pas que des erreurs, avait d'excessif et d'irréalisable. Je lui fis observer que mes conclusions historiques prenaient, dans l'esprit de mes juges , la forme de propositions théologiques auxquelles je n'avais pas songé, en sorte que je pourrais sincèrement condamner les erreurs qu'on déduisait de mes livres. Comme Son Éminence me parlait de la lettre pastorale que le Cardinal Perraud avait écrite à mon sujet, je me souviens de lui avoir dit que c'était un tissu de contresens. Sous le bénéfice de ces remarques, je lui adressai le jour même les lignes suivantes :

A S. É. le Cardinal Richard.

Monseigneur,

Je déclare à Votre Éminence que. par esprit d'obéissance envers le Saint-Siège, je condamne les erreurs que le Saint-Ot'tice a condamnées dans mes écrits.

Bellevue, le i-j mars 1904.

Je reçus, le i8nia?'s, une lettre da Cardinal Richard niannonçant quil avait envoyé cette déclaration à Rome. Le Cardinal insistait pour « une soumission pleine et filiale », et il m'engageait à écrire une nouvelle lettre au Souverain Pontife. Comme je regrettais déjà la déclaration précédente, qui pouvait être entendue en un sens bien plus étendu que celui que Je lui avais donné dans ma conversation avec V Aî^chevêque de Paris, et qui pouvait tout aussi bien être tenue pour insignifiante, puisque le Saint- Office, en réalité, navdit condamné aucune erreur, je me suis abstenu de toute démarche, et depuis je n'entendis plus parler de rien. Je crus néanmoins devoir abandonner mon cours des Hautes Etudes, comme je lavais annoncé au Pape.

A M. Albert Réville, Directeur de la Section des sciences religieuses à l'Ecole des Hautes Études.

Monsieur, Le bruit dont vous me parlez 1 n'est pas

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