‹ Quelques lettres sur des questions actuellesChapitre 16 sur 46 · oir Documents, u" \'I · texte numérisé non relu

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La description des « rebelles » dont parle Sa Sainteté, qui prôchent (( le retour au pur Evangile », ne convient qu'à des protestants. Y en a-t-il un seul, parmi ceux que le Saint-Père semble avoir voulu désigner, qui ait apprécié le développement chrétien comme une « frondaison » à élaguer pour que soit restituée à l'Évangile sa pureté première ? Cette thèse est, en particulier, eelle du professeur Harnack, que j'ai essayé de réfuter dans L Evangile et V Eglise. On peut bien me l'imputer : le fait est que je l'ai toujours combattue. J'ai écrit aussi, il est vrai, que les formes du développement catholique n'avaient rien d'absolu, et que le dogme, le gouvernement, même le culte de l'Église étaient toujours perfectibles. Mais ce qui est mauvais en soi n'est pas capable de perfectionnement. Et si j'avais pensé que la théologie, les conciles, l'ascétisme fussent en contradiction avec l'Évangile, je n'aurais pas entrepris la défense de l'idée catholique contre l'idée protestante, je n'aurais pas cru le catholicisme susceptible de progrès et d'amendement.

Je n'ai jamais admis ni écrit que l'inspiration biblique se réduisit à la doctrine de la foi et des mœurs, ni que l'Eglise, dans l'interprétation des Ecritures, fxit sujette aux règles de la science critique. J'ai même écrit tout le contraire, sauf k

reconnaître dans l'enseignement intégral de la Bible, comme dans celui de l'Eglise, un élément ou un aspect relatif et variable, tlont l'existence ne peut être contestée que par ceux qui n'ont jamais étudié ce double enseignement dans l'histoii-e.

Le Saint-Père parle avec amertume de ceux qui s'émancipent de l'Église, « sans se révolter, pour nètrc pas mis dehors, mais néanmoins sans se soumettre, pour ne pas manquer à leurs propres convictions ». Votre l'hniucuce n'ignore pas ce qui s'est passé après la condamnation de mes livres parles Congrégations du Saint-Oifice et de l'Index. Votre Eminence exigeait une rétractation si étendue, que je n'en ai pas pu même concevoir la possibilité. Cette exigence m'a toujours paru dépasser de beaucoup la portée du jngement rendu, le Saint-Office n'ayant censuré aucune doctrine en particulier, et mes livres contenant tout un ensemble d'opinions dont la plupart, d'ordre purement historique, échappent, en cette qualité, au jugement de l'Eglise. Mes sentiments n'ont pas changé depuis trois ans. Mais il serait faux et injuste de dire que je ne me suis pas révolté parce que j'ai craint d'être mis dehors. Je ne me suis pas révolté parce que je n'avais aucun motif de conscience pour rompre avec l'Eglise, et que

je pensais avoir de ces motifs pour rester dans Ja profession du catholieisuje. Ce ne sont pas les menaces dont on a usé envers moi qui ont déterminé ma conduite. Et bien que cette conduite n'ait pas été comprise, je ne regrette pas les sacrifices que j'ai faits, il y a trois ans, pour contribuer, autant qu'il était en moi, à la pacification des esprits.

Ceffonds, le 12 mai 1907.

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